‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 7 sur 89 · III · texte numérisé non relu

III

358 Philippe v.

Les impériaux étant entièrement défaits, on prit des mesures pour la soumission de la Sicile avant même que Gaëte, Pescara et Capoue se fussent rendues. Montemar, renforcé par des secours considérables arrivés d'Espagne , y débarqua à la tête d'une forte armée dans les environs de Palerme , et fut sur-le-champ salué comme vice-roi du nouveau souverain : avant le milieu de Tété suivant, toute l'île était soumise. Trapani f la dernière forteresse qui restait entre les mains des Autrichiens , se rendit le 2 1 juillet.

Le roi s'embarqua pour la Sicile , et fut couronné à Palerme avec la plus grande pompe , le 5 juillet. Bien ne manquait plus pour affermir la suzeraineté de don Carlos que l'approbation du pape, comme seigneur dont le royaume des Deux-Siciles relevait ; et quoiqu'il ne fut pas parvenu à en obtenir l'investiture, la cour d'Espagne intimida tellement le pontife , qu'il se décida à garder la neutralité, et refusa le tribut accoutumé de la haquenée , et la bourse avec l'argent lorsque l'Empereur les lui offrit. (')

Pendant cette conquête rapide , les armées alliées eurent des succès non moins brillans dans le nord de l'Italie. Le comte de Mercy, le plus audacieux des généraux autrichiens, fut défait et tué à la suite d'une tentative désespérée , pour

(•) État politique , juillet 1735.

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pénétrer dans le pays au sud du Pô, à la bataille sanglante de Parme « Des renforts arrivèrent à l'armée impériale pour réparer ses pertes : le vieux guerrier Staremberg, qui avait succédé dans le commandement, tenta plusieurs fois de passer le Pô ; mais il ne réussit pas mieux que son prédécesseur, et avant la fin de la campagne il se trouva réduit à la possession d'Orbitello, de Mirandola, et de Mantoue avec son district.

Au retour du printemps, des renforts considérables arrivèrent de France et d'Espagne. La réduction totale des Deux-Siciles étant tout-à-fait réalisée , un corps d'Espagnols , anx ordres du vainqueur de Bitonto , débarqua sur la côte de la Toscane ; il en occupa la forteresse , et rejoignit les alliés pour cueillir de nouveaux lauriers en Lombardie. Avec cet(e augmentation de forces, Orbitello fut réduit par les Espagnols ; les Impériaux furent rejetés dans le pays de Trente; et Mantoue, le boulevard de la Lombardie, se trouva bloquée par les armées combinées. (')

Dans le même temps , les opérations militaires en Allemagne, quoique moins brillantes, étaient tout aussi fatales aux Allemands. Le duché de Lorraine fut occupé sans opposition ( 1733), et une armée de cent mille Français,

(') MOBATORI.

après la prise de Kehl, s'avançait au-delà du Rhin. L'année suivante , le pays arrosé par la Moselle fut assuré par la prise de Trêves et de Traerback; la soumission de Philisbourg facilitait l'entrée en Allemagne. Le siège en est devenu mémorable par la mort du maréchal de Berwick , qui fut tué au pied de ses remparts. L'armée impériale, quoique commandée par Eugène , était trop inférieure en nombre , trop mal disciplinée et mal payée , trop divisée enfin par les intrigues de ses généraux, pour agir oftensivement. Elle passa toute la campagne de i j55 à être seulement témoin des triomphes des ennemis , sans rien tenter pour les lui ravir. (')

Au milieu de ces événemens Philippe se trouva tout à coup engagé dans une querelle avec le pape. Malgré son attachement à l'Eglise, et son titre de roi catholique , il s] offensa des insultes de la cour de Rome, et montra une fermeté et une noblesse de sentimens dignes du successeur de Charles-Quint. Quelques uns de ses agens, qui cherchaient à faire des recrues à Rome , furent massacrés dans une émeute populaire. Un soulèvement pareil éclata à Velletri ; par suite des exactions des Espagnols, un détachement de leurs troupes fut forcé de quitter la ville et de se retirer à Rome. Clément XI n'ayant pas donné la

(') Histoire tie la Maison d'Autriche, vol. II, chap. u.

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satisfaction qu'on lui avait demandée , les ministres espagnol et napolitain quittèrent Rome , et ordonnèrent aux sujets de leurs souverains respectifs d'abandonner la ville. Le nonce du pape fat renvoyé de Naples ; en même temps les Espagnols retournèrent à Velletri avec de nouvelles f orces y dressèrent des potences dans les marches, arrêtèrent ceux qui avaient trempé dans la dernière émeute; et, après quelques excès , levèrent une contribution de huit mille écus, comme in* demnité pour une occupation militaire. Un autre détachement leva de pareilles contributions à Osria ; et un troisième , sous un prétexte frivole , exigea cinquante mille écus des habitans de Pales trina. La cour de Madrid ne témoigna pas moins de ressentiment contre le pape ; le nonce fut renvoyé, son tribunal fut fermé (*) ; toutes les contributions et paiemens que Ton faisait à la cour de Rome furent suspendus. Ces mesures vigoureuses forcèrent le pape à la soumission : non seulement il donna la satisfaction qu'on lui

(•) Philippe V ayant appris par un courrier du cardinal Aquaviva léS violences commises par le peuple de Rome le n"5 et le a5 du mois de mars , ordonna que le tribunal de la Nunciatura fût fermé, et que rinternonce du pape se retirât de la cour : il ordonna également qu'on envoyât un courrier à M. Valenti Gonza^a, le nouveau nonce, pour lui dire de ne pas entrer dans le royaume jusqu'à ce que Sa Majesté eût reçu à ce sujet les satisfactions convenables.

avail demandée, mais il acheta une entière réconciliation par le chapeau de cardinal , conféré à l'Infant don Louis (décembre 19), âgé alors de dix ans seulement, qui fut nommé aussi administrateur de l'archevêché de Tolède. (') (*)

Dans cet état favorable des affaires , Elisabeth Farnèse se flattait déjà de l'expulsion des Autrichiens de l'Italie , et d'une nouvelle souveraineté pour son second fils don Philippe. Mais les divisions, qui arrivent naturellement entre les membres d'une grande association à la suite des succès, firent évanouir les vives espérances qu'elle avait conçues ; la France s'étant assuré la Lorraine , dont elle avait convoité la possession pendant plus de deux siècles , ne se souciait pas de conférer un nouveau pouvoir en Italie, soit aux Sardes, soit aux Espagnols. Les menaces et les préparatifs de l'Angleterre et de la Hollande ne laissèrent pas que d'effrayer la prudence et la circonspection de Fleuri. Ces deux nations sentirent qu'il n'entrait pas dans leur politique de

(•) Muhatou, Annali d' Italia t aiino 1736. Beccatiki , Storia di Caroio terzo. Oetiz, tome VII , par 4'4o.

(*) Il fat créé cardinal de l'ordre des Diacres dans le consistoire tenu le 19 décembre 1735 , avec le titre de Santa Maria délia Scala. On lui conféra aussi avec l'administration de l'archevêché de Tolède la qualité <Y Altesse Royale éminentissime , selon que cela fut réglé par le cérémonial établi à ce sujet.

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-permettre l'humiliation de la maison d'Autriche; mais le roi de Sardaigne surtout , qui avait puissamment contribue au succès des dernières campagnes, s'alarma des progrès de ses propres allies : il prit la résolution de ne pas consentir à l'établissement d'un autre prince espagnol en Lom bardie , sur les ruines de la domination autrichienne. Les jalousies, et cette discordance d'intérêts, amenèrent une opposition mutuelle et des négociations séparées. La France «et la Sardaigne, s' entendant secrètement avec l'Angleterre, entravèrent le blocus de Mantoue, et empêchèrent sa reddition, principalement par le refus de fournir une batterie d'artillerie de siège pour battre la place. (*) ■(')

(*) Mantoue éàt long-temps bloquée par les armées af- 4iées : lorsqu'il fut question d'en entreprendre Je siège,, on .en confia la direction au général espagnol , comte de M a céda , qui s'était distingué à la bataille de Bitonto , et dans les différentes opérations militaires de la conquête de Naples et de la Sicile ; le duc de Montemar vint s'établir à Concordia pour être à même de seconder les opérations du siège. On attendit en vain l'artillerie nécessaire pour battre la place.

(') La Correspondance de lord Waldegraye , ministre d'Angleterre à Paris , fournit des preuves nombreuses des obstacles de toute espèce mis par la France pour empêcher la prise de Mantoue. Elle fait voir qu'ayant rempli son but par la cession de la Lorraine et de Bar, la France voulait forcer l'Eapagne à des conditions de paix.

Une négociation était le but général des efforts de toutes les parties , tandis que les puissances maritimes pressaient tous les gouvernemens d'accepter leur médiation , et se préparaient à soutenir , s'il le fallait , leurs instances par les armes. Mais la France profita habilement du déplaisir de l'Empereur à l'occasion du faible appui , ou plutôt de la défection des puissances maritimes , pour ouvrir une négociation secrète. La Baune , agent intime du cardinal ministre , se présenta encore une fois à Vienne , et avec le même mystère et le même succès que Riperda , il conclut les préliminaires pour une pacification générale , le 5 octobre , sans la participation d'aucune puissance. (')

La substance de ces préliminaires , lorsqu'ils furent définitivement arrêtés et modifiés , était que Stanislas renoncerait à la couronne de Pologne , en conservant le titre de roi , et qu'il posséderait , sa vie durant, le duché de Lorraine, qui reviendrait à la France après sa mort; en compensation, la Toscane appartiendrait au duc de Lorraine , pour l'indemniser de son héritage paternel. La France garantirait la pragmatique sanction, reconnaîtrait Auguste roi de Pologne, et consentirait au mariage projeté de l'aînée des

( •) Histoire de la Maison d Autriche , vol. H , chip, xi rl XU. Conduite de l' Angleterre dans les affaires de Pologne.

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archiduchesses avec le duc de Lorraine. L'Empereur ratifiait la cession de la Lorraine et de Bar, renonçait à Naples et à la Sicile en faveur de don Carlos K et devait recevoir en échange Parme et la Toscane, avec les territoires conquis pendant la guerre dans le nord de l'Italie. (')

Ces préliminaires furent suivis d'un armistice pour s'occuper de la conclusion d'un traité de paix définitif. Un tel accommodement, fait sans la participation de l'Espagne , que les liens de famille rendaient nécessaire, excita l'indignation de Philippe, et surtout de la reine. Le roi voyait avec chagrin le manque de confiance que son neveu lui avait témoigné ; la reine se sentait profondément* blessée de la cession forcée de son héritage paternel, mortification la plus poignante qu'elle pouvait éprouver après les espérances detat elle s'était toujours bercée à l'égard d'une alliance autrichienne, et qui entraînait la perte de cet établissement en Lombardie , sur lequel elle comptait déjà pour son second fils. La manière dont elle en reçut la première nouvelle fit voir assez combien sa fierté était blessée , et quelle était son indignation.

« Je n'ai jamais vu le roi , dit M. Keene , ni aussi gai , ni aussi en train de causer , que depuis qu'il apprit la première nouvelle de cette trans-

(') Préliminaires de Vienne, dans Roussbt , et dans d'autres recueils de documens officiels.

action. On a trouvé le moyen de lui faire bien jouer son role ; la conduite de la reine est bien loin d être affectée. Patiïio fait la meilleure contenance qui lui soit possible ; mais il n'y a pas de doute que le roi souffre beaucoup du traitement qu'il éprouve de la part de la France ; la reine, de voir son ambition trompée, et Patino , d'avoir été dupe, lui qui se croit capable de duper tout le monde par la supériorité de son génie. Je n'ai rien entendu de ce qui a pu -échapper à la reine à cette occasion ; seulement elle dit hier a un de mes amis, que, tant qu'elle vivra, elle n'aura plus de rapport avec la France.

« L'ambassadeur de France va à la cour comme de coutume ; mais l'accueil glacé qu'on lui £ut ne l'engage pas à répéter ses visites. Leurs Majestés Catholiques redoublent d'égards devant lui pour F autre ministre de famille, le duc de Sora , ambassadeur de Naples.

« Lorsque l'ambassadeur français reçut ses premières dépêches qui lui enjoignaient d'entretenir la cour de cette affaire , Patino leur dit que ses excuses étaient frivoles et banales ; qu'il lui conseillait de ne pas dire un seul mot sur cela devant le roi, s'il voulait s'épargner des désagrémens qui pourraient arriver dans un semblable entretien, dans lequel la reine se livrerait peut-être plus à l'impétuosité de son caractère que si elle était seule . L'avis ne fut pas dédaigné.

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« Dans ses conversations avec moi , Patiào dit que la reine avait prédit à Ro Item bourg tout ce qui est arrivé , lorsqu'il les pressait de s'engager dans la guerre. Ils ont payé deux millions et demi de piastres comme un à-compte de subsides aux Français , qui ont demandé également la moitié de ce qu'on devait donner à la Suède par le dernier traité. Ils ont envoyé constamment tous les mois six cent mille piastres en Italie; ils se trouvaient pourtant en situation de pouvoir maintenir la guerre pendant deux ans encore, et s'ils n'avaient pas été abandonnés , ils l'auraient fait. » (•)

« Le roi et la reine se plaignent beaucoup de la cour de France. Dites au cardinal, dit la reine indignée à Patino , que rien , si ce n'est sa décrépitude, ne pouvait lui faire faire de semblables folies , et ne recevez plus l'ambassadeur de France chez vous. » (a)

« Philippe témoigne aussi son chagrin , par des expressions aussi fortes que l'urbanité peut permettre , dans une lettre écrite au roi de France , pour lui accuser la réception des préliminaires. Voici sa lettre : « L'ambassadeur de Votre Majesté m'a remis votre lettre du 29 novembre : je vois par son contenu que Votre Majesté est persuadée qu'elle a eu des motifs puissans

(') M. 'Keene au duc de Newcastle, le 21 novembre

(a) Mémoires de Richelieu , lomc V, page 386.

pour conclure sans ma participation, et au moment même où nous venions d'obtenir des avantages signales, un traite particulier avec l'Empereur. Mon amour pour la personne de Votre Majesté, et mon zèle pour l'honneur de la nation française , ne me permettent pas d'examiner ces motifs. Je veux bien croire seulement qu'ils ont été de la nature la plus grave, puisqu'ils l'ont emporté sur ceux qui dérivent en tout temps de notre intime union de famille, de mon désir personnel d'une bonne intelligence, et de ma déférence aveugle aux vœux et aux instances de Votre Majesté qu'elle m'a répétés souvent dans ses lettres. Xose me flatter cependant, que les engagemens contractés par Votre Majesté n'iront pas jusqu'à abandonner mon fils , le roi des Deux-SicUes , à l'ambition de l'ennemi, ni mes troupes à sa discrétion. J'attends cela de l'invariable affection que j'ai pour Votre Majesté. » (l)

Au milieu de ces mortifications et d'un tel désappointement , le roi et la reine eurent recours à l'Angleterre pour faire une ouverture à l'Empereur; et9bien déterminés à continuer seuls laguerre, . ils refusèrent de ratifier les préliminaires : mais ce délai imprudent plaça leurs troupes dans une situation critique et alarmante. Montemar, dont le

(') Pardo , 7 janvier 1736. Notes réservées dans tes Papiers de M. Kernc.

courage ne se démentit point dans cette circonstance difficile, et qui se montra jaloux d'ajouter une nouvelle gloire à sa réputation , s'était refusé à admettre l'armistice sans un ordre spécial de sa cour. Cependant ses troupes se trouvaient disseminées sur une très grande étendue de pays et mêlées avec les Français et les Sardes de qui il ne pouvait pas attendre des secours. Bien loin d'être en état d'agir offensivement, elles s'attendaient à être chassées par les Autrichiens , et craignaient même d'être attaquées par leurs propres alliés. Dans cette situation , il ne restait à M ontemar d'autre parti à prendre que de sortir du danger imminent dont il était menacé, et de repasser le Pô : c'est ce qu'il s'empressa de faire. De la il se retira à Bologne , espérant que le respect dû à l'Église le mettrait à couvert d'une attaque dans les États du pape. Mais au moment où il donnait une fête chez lui aux familles principales de la ville , il fut surpris par un détachement de hussards allemands. Il les prit pour l'avant -garde de l'armée impériale , pressa sa marche vers la Toscane, et fut harcelé dans sa retraite par diverses bandes irrégulières qui pillèrent ses équipages, firent ses traineurs prisonniers, et s'emparèrent de son hôpital à Bologne où il y avait quinze cents malades. Pendant cette marche périlleuse, ce fut avec peine que le duc de Noailles lui persuada d'accepter un armistice de deux

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mois, comme le seul moyen de sauver ses troupes, et de prévenir ainsi la perte de ses dernières conquêtes. (')

Philippe , réduit à cette extrémité, se voyant abandonné de ses alliés, menacé par les préparatifs hostiles des puissances maritimes , alarmé en outre par l'apparition subite d'une escadre anglaise sur ses côtes , accéda , quoiqu'à regret , aux préliminaires de Vienne, le 18 mai 1756. Son acceptation fut précédée de celle de don Carlos comme roi de Naples, le ior mai.

Toutefois, avant que cet accommodement fiat terminé , une contestation nouvelle , et d'une nature bien différente , s'éleva entre l'Espagne et le Portugal, dont le but réel, ou du moins le résultat définitif, fut un dessein hostile contre la colonie de Sacramento sur la rivière de la Plata, convoitée depuis long-temps par l'Espagne.

Jean 1er, roi de Portugal, uni par les liens du mariage à la famille d'Autriche, et par intérêt avec les puissances maritimes , nourrissait contre la maison de Bourbon une ancienne inimitié trop profondément enracinée pour qu'elle eût pu être

(•) NoiiLLES , tome V, pages 258 , 278. Mc&atoti , Mémoires de sir Robert JValpole , chap, xlit, xlv. Histoire de la Maison d'Autriche , vol. II , chap, xn et tin. Tindal, vol. XX, années 1735 et Historial register and poli-

tical slate from 1733 à 1799. RocssET. Kocx, Histoire des traités. Conduite de t Angleterre , etc. ( Manuscrits. )

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effacée par le double manage conclu dernièrement. De son côté, la cour rivale de Madrid nourrissait une jalousie non moins invétérée contre le Portugal. Dans une telle disposition des esprits , la dispute diplomatique la plus frivole fit craindre le renouvellement des hostilités, et amena presque une rupture ouverte entre deux princes également pointilleux et irritables.

Les domestiques de don Cabrai de Belmonte, ministre de Portugal à Madrid, ayant donné asile à un malfaiteur pour le soustraire aux officiers de justice, furent arrêtés par ordre de la cour. Le ministre espagnol à Lisbonne demanda aussi satisfaction pour cet outrage à la justice pu? blique; mais il eut la mortification de voir conduire en prison dix-neuf de ses domestiques saisis chez lui. On échangea des notes et des plaintes ; et comme chaque partie ne voulait pas reculer, les deux ministres se retirèrent de leurs ambassades respectives, et les deux nations firent des préparatifs pour la guerre.

Le roi de Portugal se plaignit aux puissances maritimes et à l'Empereur des mauvais traitemens que sa fille éprouvait de la part de sa belle* mère, et représenta que le moindre espoir d'un appui extérieur porterait le parti mécontent en Espagne à secouer le joug de la tyrannie de la reine, et placerait les rênes du gouvernement dans les mains du prince des Asturies. L'Empe-

reur fit en cette occasion des promesses très libérales d'assistance, dans l'espoir de renouveler les hostilités sur le même principe que dans la guerre de la succession ; mais les puissances maritimes étaient trop décidées en faveur de la paix pour prêter l'oreille à ces projets ettravagans, et le gouvernement anglais se borna à envoyer une escadre de vingt-cinq vaisseaux aux ordres de sir John Norris, pour assurer le retour de la flotte marchande du Brésil, et pour empêcher toute tentative de la part de l'Espagne contre elle (*). En même temps , les alliés désavouèrent toutes les vues hostiles qu'on pouvait leur supposer, et offrirent leur médiation pour terminer la dispute.

Cette mesure, quoique accompagnée de tous les témoignages de considération , occasionna les remontrances accoutumées et les emportemens ordinaires de la cour de Madrid. Philippe rejeta

(*) Plusieurs notes diplomatiques furent échangées entre M. Patino et M. Keene, à l'occasion de l'escadre envoyée par le roi d'Angleterre dans les eaux de Lisbonne. Le ministre espagnol faisait observer l'alarme de tous les négocians de l'Europe et de l'Amérique intéressés dans la flotte qui s'apprêtait à Cadix pour les Indes occidentales, en voyant une nombreuse escadre anglaise dans le voisinage de ce port ; M. Keene de son côté déclara , en réponse aux notes du ministre espagnol , que son souverain n'avait en vue que la protection du commerce britannique , et protesta hautement contre les intentions hostiles qu'on prêtait sans aucun fondement à l'Angleterre. Document officiels.

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toute autre mediation que celle de la France; mais tandis que la contestation traînait en longueur, il fit une attaque en Ame'rique contre la colonie du Sacramento , et réussit à chasser les Portugais de leurs possessions usurpées sur le territoire espagnol. Ce but étant rempli , craignant d'ailleurs les pertes que le commerce d'Amérique éprouverait, si la guerre éclatait contre l'Angleterre à la suite de cette agression , il se montra mieux disposé à un accommodement, et consentit à remettre la décision de la dispute aux puissances maritimes et à la France. Les puissances médiatrices ne s'opposaient pas à l'exclusion partielle des Portugais de la rivière de la Plata ; on exigea donc du Portugal son consentement à cet égard. Après des pourparlers et des subtilités , les deux cours acceptèrent une convention dictée par les puissances médiatrices ; et enfin un traité signé à Paris mit un terme à cette dispute qui, toute frivole qu'elle était en apparence , aurait pu encore entraîner l'Europe dans une guerre générale. (')

Pendant la négociation , la reine n'exprima pas son ressentiment avec plus de dignité que dans les occasions précédentes. Elle dit à l'ambassadeur de France : « Si nous ne menons pas ce drôle

( 1 ) Mémoires de sir Robert fValpole , chap. Correspondance de M. Keene , de Madrid ; et de lord Tyrawctey, de Lisbonne.

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