‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 63 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

Espagnols qui se sont distingues par leur* écrits pendant le

règne de Philippe P\

3. Les bornes de cet essai ne permettant pas de tracer une histoire particulière des sciences et des lettres sous le règne de Philippe V, je me bornerai à indiquer les écrivains espagnols qui les ont illustrées : c'est au reste la seule manière de bien connaître cette époque; car il en est de F histoire littéraire des peuples comme de leur histoire politique; elle se trouve renfermée tout entière dans la vie et les écrits d'un petit nombre d'hommes supérieurs par leur savoir et leur génie.

Le père Feyjào.

On doit mettre à la tête du catalogue des hommes qui ont honoré FEspagne par leurs connaissances pendant le règne de ce monarque , le savant bénédictin Feyjôo, parce qu'il fut le vrai restaurateur de la littérature. « La mémoire de cet homme illustre sera éternelle parmi nous, dit le comte de Campomanes (*), tant que la nation sera éclairée : le temps où il vécut fera toujours époque dans notre littérature. » Il conçut en effet le projet aussi hardi qu'honorable , d'arrêter

(') Vie du père Feyjào , insérée dans l'édition des ouvrages do ce savant bénédictin , faite par le comte de Campomanes.

le débordement des erreurs et des préjuges dont l'Espagne était inondée ; et , nouveau Pélage , il s'élança de la petite cellule de son monastère, dans les Asturies , pour combattre contre les mécréans et les infidèles de la littérature, dont l'irruption était bien plus complète, et bien plus funeste aussi, sous certains rapports, que ne l'avait été naguère celle des Arabes, Tout paraissait devoir assurer son succès. Il était doué par la nature d'un esprit supérieur, et de toutes les qualités nécessaires pour faire goûter la vérité à ses compatriotes. Une naissance distinguée, de la piété, un grand amour pour sa patrie , une vaste instruction et une éloquence entraînante, tels étaient les titres qui commandaient le respect et la vénération générale pour le réformateur.

Le premier volume du Théâtre critique {Terreurs communes parut en 1726; les sept autres suivirent à des époques très rapprochées. Le but de cet ouvrage important était d'attaquer toutes les erreurs généralement accréditées, et de frapper impitoyablement sur le charlatanisme, quel que fût le manteau sous lequel il cherchait à se cacher. Formé à l'école de Descartes, du chancelier Bàcon et de Bayle , le père Feyjôo porta l'esprit d'analyse dans toutes les matières, hormis celles concernant l'autorité civile et les croyances religieuses, dont il se défendit l'examen avec une louable sagesse. Ainsi, ces faux prodiges dont on

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