‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 66 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL. 6l · texte numérisé non relu

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que j'eus alors. Toutes mes connaissances se réduisaient, il est vrai, à un petit nombre de faits de physique et d'histoire; mais j'avais appris pour toujours à raisonner, à examiner, à douter. Quelques semaines s'étaient à peine écoulées qu'à la grande surprise de mes bons parens j'étais déjà sceptique, respectant, à la vérité, toutes les matières concernant le dogme, mais ne laissant passer néanmoins aucun autre sujet religieux, aucune des idées généralement reçues sans les apprécier à leur juste valeur. »

Beaucoup de personnes, parmi les Espagnols, trouveront dans ces paroles de Doblado un tableau fidèle de l'affranchissement de leur esprit. U y en a un plus grand nombre qui, sans avoir éprouvé d'aussi vifs transports, sont néanmoins redevables à la lecture des ouvrages du père Feyjoo , d'avoir secoué les erreurs et les préjugés dans lesquels elles ont été élevées.

Tl fallait s'attendre à une guerre ouverte contre ce sage réformateur de la critique littéraire, de la part des feux docteurs. Du fond des antres des écoles où l'on n'enseignait qu'une obscure métaphysique, on vit sortir des athlètes armés de toutes pièces pour le combattre. Cette guerre tourna, comme toutes celles de l'erreur contre la vérité, au profit de la cause de cette dernière. Elle contribua à répandre le bon goût de la littérature et les principes des vraies connaissances humaines. lie

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triomphe éclatant du père Feyjôo annonça le commencement d'une nouvelle ère pour la civilisation des Espagnols. Dans leur désespoir, les partisans des vieilles erreurs eurent recours à leur argument prétendu péremptoire, leur ultima ratio. Le savant bénédictin fut dénoncé à l'Inquisition comme attaquant dans ses écrits les croyances religieuses. Heureusement sa piété reconnue et surtout la protection qu'il mérita de la part des ministres de Ferdinand VI le mirent à couvert de toute poursuite; ce monarque le nomma son conseiller honoraire. Charles III fit le plus grand cas de sa personne : le pape Benoit XIV, le cardinal Quirini et un grand nombre d'autres littérateurs étrangers lui témoignèrent leur estime.

Un autre effet des écrits du père Feyjôo fut d'avoir répandu l'étude de la langue française et d'avoir contribué à faire connaître les livres classiques de sa littérature parmi ses compatriotes. Dans la vingt- troisième lettre du cinquième volume des Lettres savantes, il soutient que l'étude de la langue française était bien plus utile que celle de la langue grecque, et que par conséquent elle devait être préférée. Lui-même était redevable d'un grand nombre de ses connaissances à la lecture des ouvrages écrits dans cet idiome. Cette influence de la littérature française se fait plus ou moins remarquer chez tous les écrivains espagnols du dernier siècle. Depuis l'avènement

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