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de roi de Portugal à la baguette, nous n'obtiendrons rien de lui. » Le roi ayant alors demandé s'il n'était pas bien le maître de traiter le Portugal de la manière indiquée et voulue par la reine, « Rien de plus facile , répondit l'ambassadeur, mais l'affaire est entre les mains des médiateurs ; il convient de leur laisser juger ce qui s'est passé.— Cest juste, dit la reine; aussi rien n'est encore décidé. » Changeant alors de ton de voix, « Vous ne faites tous, poursuivit-elle, que gâter cette cour-là par vos complaisances ; je vous assure que si je ne regardais pas à cette petite (voulant parler de la princesse des Asturies), le roi de Portugal aurait déjà reçu un soufflet. » (*)
(') M. Keene au duc de Newcastle, Ségovie, a/» septembre 1736.
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Répugnance de l'Espagne à accéder à on traité définitif, et tentative pour recommencer la guerre. — Mort, caractère et administration de Patmo. — Notice sur son successeur La Quadra, et sur la nouvelle administration. — Signature du traité définitif!
Le cabinet espagnol, qui ne voulait pas abandonner Parme et Plaisance, ni renoncer à Guastalla en faveur de la maison de Lorraine , éleva des objections sans nombre pendant le cours de la négociation, et s'adressa à la France et aux puissances maritimes en leur qualité de garantes de ces successions mais la France ne voulant pas se mêler de cette affaire, et les puissances maritimes insistant toujours sur l'évacuation de la Toscane, Philippe et la reine élevèrent des prétentions aux allodiales du feu duc. Ik temporisèrent jusqu'au moment où les troupes impériales quittèrent l'Italie, par suite de la guerre qui éclata entre la Russie et la Turquie. Reprenant alors tout à coup leurs préparatifs, ils se montrèrent prêts à recommencer les hostilités, sous prétexte de
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ces allodiales, croyant l'occasion favorable pour s'approprier la totalité de l'héritage.
La mort de don Joseph Patino renversa toutà-fait les plans qu'ils avaient concertés. On le surnomma le Colbert de l'Espagne. C'était sans contredit le plus habile ministre de tous ceux qui, depuis l'avènement de Philippe , avaient dirigé le gouvernail de l'État.
Patino était issu d'une famille noble, et, si nous devons nous en rapporter à M. de Montgon • , il fit ses premières études dans un collège de jésuites. 11 devint le seul confident et le principal coopérateur d' Alberoni, contribua à la chute de Riperdà , et partagea par la suite la faveur du Roi avec le marquis de La Paz. Ses talens su pé rieurs lui donnèrent bientôt un grand ascendant. Son collègue vint à mourir en resté seul maître
du pouvoir, il avait toutes les qualités requises pour ménager un monarque aussi ombrageux , aussi hypocondriaque que Philippe, et une femme aussi impétueuse et intéressée que la reine. Ses connaissances dans toutes les branches de l'administration étaient immenses. Il avait beaucoup de clarté et la plus grande facilité pour l'expédition des affaires. Singulièrement adroit dans tout ce qu'il entreprenait, fin et doux en même temps, il joignait la fermeté de l'âme au
(') Tome I, page 507.
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courage opiniâtre des Espagnols. Comme son habile prédécesseur, il s'affranchit de la dépendance des conseils. Ce fut lui qui supprima ces discussions interminables qui se prolongeaient par des mémoires et des rapports qui avaient rendu proverbiale la lenteur du gouvernement espagnol. D sut concentrer en lui seul la principale direction de tous les départemens de l'administration.
Ce fut au milieu d'obstacles continuels et d'interminables disputes que le ministère de Patino se signala par de constans , quoique silencieux efforts, pour augmenter la force et la prospérité de l'Espagne. Connaissant entièrement la haute importance des colonies d'Amérique , il tourna toute son attention à exclure les étrangers du commerce lucratif de ces contrées. 11 arrêta ûn plan qui semblait être presque le second acte d'Alberoni : tout le commerce d'Amérique fut concentré par lui presque exclusivement à Cadix ; par lui le commerce avec les colonies fut rendu direct, sûr et régulier, ce qui n'existait pas avant son ministère. .
Pour mettre ce dessein à exécution , il s'occupa de relever la marine espagnole ; il fit stationner sans bruit une force respectable dans les mers d'Amérique. Déjà, en 1728, ses mesures éveillèrent la vigilance ombrageuse de l'Angleterre. « Depuis que je suis revenu dans i!e pays,
dit M. Keene, j'ai remarqué, avec un grand déplaisir; les progrès faits par Patino dans son plan de rendre puissante la marine espagnole, et je l'ai répété dans presque toutes 'les dépèches que j'ai eu l'honneur d'écrire. Cette idée le domine à un tel point que ni les subsides payés à l'Empereur, ni le dénûment des troupes espagnoles, ni la pauvreté des personnes attachées à la maison du Roi et aux tribunaux ne peuvent l'en détourner. Il a le trésor à sa disposition , et tout l'argent qui ne va pas en Italie pour les desseins de la reine est appliqué à la construction des vaisseaux. Il se soutient auprès du roi , en le flattant de l'espoir d'être grand par la mer et indépendant de toutes les autres nations , et auprès de la reine en épousant ses intérêts particuliers.
« J'ai fait remarquer aussi qu'en poursuivant ce système , il a évité de faire du bruit , pour ne pas donner l'éveil à la jalousie des puissances maritimes, A cet effet , ses vaisseaux sont construits et équipés dans différens ports pour qu'ils puissent partir deux ou trois seulement à la fois, sans être aperçus etsans attirer l'attention. Les trois vaisseaux envoyés dernièrement dans les Indes occidentales sontnnexemplede cette mamèred'agir : on répandit le bruit qu'ils allaient en croisière dans la Méditerranée , et on les approvisionna en conséquence pour cette expédition ; mais aussitôt qu'ils atteignirent une certaine latitude, on
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ouvrit les instructions qui ordonnaient aux commandans de faire voile pour l'Amérique en touchant aux Canaries pour se ravitailler. Ainsi il parait positif qu'on n'a pas l'intention d'envoyer un nombre considérable de vaisseaux à la fois en Amérique, mais par degrés : je ne puis parler avec certitude que de ceux qui se trouvent à Cadix, parce que je tiens d'un des fournisseurs qui se sont chargés de les approvisionner, qu'il n'y a des ordres que pour les provisions de huit vaisseaux dans ce port. Par la liste des vaisseaux jointe à ma lettre du 26 du mois dernier, il parait que neuf doivent être construits dans les Indes ; mais comme on n'a pas dans ces contrées plusieurs articles de construction qu'il faudra envoyer d'Europe, je pense qu'on enverra les matériaux par les premiers vaisseaux qui partiront pour cette destination. On a dû en avoir transporté déjà quelques uns, car Patino m'assure toujours que les entrepreneurs de la compagnie de la mer du Sud ne laisseront pas de trouver toute sorte de matériaux à la Vera-Cruz. » (')
Sans entrer dans des détails d'une nature minutieuse qu'il serait toujours fastidieux de rapporter , il suffira, pour montrer l'esprit de l'administration de Patino, d'appeler l'attention du lecteur sur ces plans et ces établissemens qu'il
(• ) M. Keeneauduc de Newcastle, Madrid, a3 aoàt 1 728.
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forma à l'instar d'autres grandes compagnies de commerce dans les autres pays. Pendant le règne de l'influence allemande, lorsqu'il fat question de faire passer la compagnie d'Ostende à Trieste , il rédigea un projet pour remonter le commerce des monarchies espagnole et autrichienne , au moyen de cette compagnie , et pour rendre Cadix le centre du commerce avec le Nord, les Pays-Bas,, F Allemagne, le Levant et les Indes orientales et occidentales ('). Le dessein ayant échoué par l'abolition de la compagnie , il forma un autre établissement pour donner à l'Espagne le commerce du cacao, et diminuer la contrebande faite par les sujets de l'Angleterre , de la Hollande et de la France avec le continent et les îles du golfe du Mexique. Ce fut la compagnie de Guipuzcoa , dont le double objet était la prospérité du commerce et l'augmentation de la marine. Elle devait fournir chaque année deux vaisseaux de quarante à cinquante canons chacun, qui devaient prendre leur cargaison à Saint-Sébastien et à Passages , consistant en produits et marchandises du pays, et les échanger en Amérique contre des productions de Caracas, de Venezuela, Cumanà, Margarita et Trinidad. Tant à leur sortie des ports qu'à leur
( 1 ) Notice sur Riperdn par les abbés siciliens , Madrid , at août 17'iS.
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retour , ils étaient particulièrement favorisés quant aux droits et aux autres prérogatives. Dans l'intervalle de leurs voyages, ils devaient croiser comme des gardes-côtes, surveillant constamment la côte entre le fleuve de l'Orinoco et le Rio de la Hacha , et capturant tous les vaisseaux qui prendraient part à un commerce illicite. (0
Le succès de ce premier essai encouragea plus tard le ministre à réaliser le plan d'une compagnie de commerce avec les Indes orientales pour les Ues Philippines , idée qui avait été proposée naguère par Riperdà. Cette compagnie obtint des privilèges non moins considérables que celle de Guipuzcoa ; le gouvernement se montrant au-dessus de cette jalousie que les monarques espagnols avaient toujours manifestée pour la conservation de leurs droits de souveraineté, il lui fut accordé le privilège de former des établissemens militaires, et d'acquérir des territoires dans toutes les parties de l'Orient qui pourraient être favorables à son commerce et à l'affermisse-
(') Octroi de ta compagnie de Guipuzcoa. Rousskt , tome V, page '^39. Dépêches de M. Ketne.
Cette compagnie dura long-temps, au grand avantage des colonies et de la mère-patrie à la fois; mais ayant éprouvé des pertes considérables dans la guerre d'Amérique , et dos abus s'élant glissés dans son administration, elle tut supprimée, l e, commerce fut fait après par des individus.
ment de leur pouvoir (1733). Cette compagnie éveilla naturellement la jalousie des nations commerçantes : mais elle succomba sans bruit sous le poids de capitaux supérieurs de celles-ci , de
leur puissance et de leur influence. (')
Philippe avait de la considération pour Patiîîo dont il écoutait les conseils ; mais il ne lui accordait ni son affection ni sa confiance. La finesse de la reine et la capacité du ministre furent souvent mises en œuvre pour parer aux effets de cette irritabilité dont sa maladie était la cause , et pour adoucir la défiance naturelle de son caractère. On en raconte le trait suivant dans la correspondance de M. Kecne : Quelques uns de ses conseillers secrets auxquels Philippe s'adressait constamment en leur demandant leurs avis, firent peser sur les ministres des accusations qui laissèrent une impression profonde dans l'esprit du monarque, méfiant et soupçonneux par caractère. La reine, qui s'aperçut de l'effet produit par ces accusations, au lieu d'irriter son mari par une opposition directe, affecta de les trouver fondées, et fut d'avis qu'il serait convenable d'appeler le ministre pour qu'il répondit aux charges élevées contre lui. Ce prétexte donna à Patino la facilité de présenter un mémoire aussi détaillé qu'éloquent, dans
(•) Registre historique pour iy33. Rousskt, toinc VII! , pape ^69. Cilloa , lomc II.
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lequel il ne manqua pas de s'appesantir sur le déplorable état des affaires lorsqu'il entra au ministère , en traçant en même temps un ta-bleau flatteur des bienfaits de son administration.
une modestie apparente, il priait le roi de lui indiquer les défauts de son système, et de vouloir bien marquer les modifications et les changemens qu'il serait convenable d'y faire. Cet écrit du ministre était parfaitement conforme au goût et aux principes de Philippe, qui se trouvait non moins satisfait de la perspective des améliorations nationales que flatté de cet appel à son jugement. La reine, toujours prête à tirer parti des dispositions de son mari , fit semblant de céder à sa conviction , et finit par déplorer les préjugés injustes qu'elle s'était permis d'accneillir contre Patino. ( 1 )
Malgré l'heureux résultat de cet essai , Patino eut encore à lutter contre une foule d'obstacles , autres que les soupçons et les préventions de son souverain. Il eut besoin de toute la capacité dont il était doué pour nourrir cette guerre que la reine se plut à fomenter en Italie et en Portugal; car, quoiqu'il se vantât en public d'avoir les moyens de soutenir la querelle pendant deux ans encore , la solde des troupes se trouvait considé-
(•) Dépêches de M, Keenc au duc de Newcastle , 3o avril
rablement arriérée ; quant à la maison civile du roi, il lui était dû quatre ans d'appointemens. Les travaux ordinaires de ses différens ministères étaient une charge au-dessus de ses forces. M. Keene décrit ses embarras dans les premiers temps de son ministère, avant qu'ils ne fussent augmentés par les difficultés provenant de la guerre d'Italie. « Je ne puis, dit-il, vous donner une idée exacte de l'extrême désordre qui règne ici dans les affaires, par suite de la manière de vivre du roi , ni des embarras qu'éprouvent ceux qui sont chargés de les traiter. Pendant plusieurs mois on ne s'est occupé que d'équiper l'escadre espagnole et d'envoyer l'infant en Italie. Patiïio, qui est chargé de tout, perd tous les jours quatre heures au château à faire sa cour, et j'en perds autant à l'attendre. Il passe depuis deux heures jusqu'à six en conversation avec Leurs Majestés Catholiques; et, quand il a du temps à lui, il s'occupe de voir quelle sera la manière de les mettre d'accord entre eux, et de conserver son crédit auprès de l'un et de l'autre. A peine a-t-il le temps de manger et de dormir; mais je n'entends pas par la faire son apologie, car personne n'est plus convaincu que moi qu'il est l'ennemi de tout commerce étranger ; et comme il a plus de connaissances commerciales, et sait mieux les abus qui se commettent dans les douanes que les ministres qui l'ont précédé, il nous
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tracassera bien plus que les autres ne l'ont fait. Nous avions auparavant à nous plaindre des délais; nous déplorions la lenteur espagnole. Maintenant c'est le tour de la méchanceté; car le ministre ne cherche qu'à réformer et à rapporter toutes les mesures qu'il croit préjudiciables à l'Espagne. » (■)
Il est hors de douteque Patino succomba victime de ses fatigues violentes et continues , qui affectèrent sensiblement son corps et son esprit. 11 fut attaqué d'une maladie grave, qui, au bout d'un mois de souffrances, le conduisit au tombeau. Il mourut le 3 novembre 1736, à l'âge de soixantedix ans. Dévoué aux intérêts de son souverain jus* qu'au dernier moment de sa vie, il envoya ses papiers secrets au roi, en ajoutant son avis sur la situation critique des affaires, conçu avec le même jugement et brillant de la même clarté qu'il eût montrés dans son état habituel de santé robuste. Philippe reçut la nouvelle de sa mort avec cette indifférence et cette apathie qui le caractérisaient. Mais la reine sentit vivement la perte d'un ministre qui, pour parler comme Keene, Y était se- Ion son cœur. Cependant, par respect pour le roi , elle dissimula sa peine devant le public sous le dehors de l'indifférence. Elle le cajola, en représentant comme son élève le ministre décédé.
(') M. Keene à M. Walpolc , 2 5 novembre i73i.
« Le roi et moi, dit-elle à M. Keene, l'avons formé à la science des affaires étrangères. Nous sommes en état de faire nos affaires nous-mêmes, nous formerons d'autres ministres. »
Malgré cette affectation d'orgueil ou de dignité, on montra toutes sortes d'égards pour le ministre pendant sa maladie. On honora sa mémoire après sa mort. Philippe adoucit ses derniers momens en le créant grand d'Espagne, avec réversibilité de ce titre à ses héritiers. U accorda une pension considérable à sa nièce , la comtesse de Fuen- Clara. Le trésor public paya la dépense de ses obsèques. Le convoi fut accompagné par les officiers municipaux et par le corrégidor de Madrid. Il fut enterré avec des honneurs presque semblables à ceux que l'on rend à un prince du sang. (')
U reste peu de détails à ajouter sur ce ministre habile après ce que nous venons de dire. Son caractère et sa conduite Ont été représentés par les étrangers sous un jour peu favorable ; ils auraient dû prendre en considération qu'il a été forcé de soutenir le choc impétueux de mille intérêts opposés, que d'innombrables obstacles l'environnaient, et qu'il a été obligé à la fois de ménager les préjugés enracinés dans l'esprit du roi et de servir les intérêts de la reine. Fleuri disait de lui
(•) M. Keene à M, Walpole, 6 novembre 1736, et autres dépêches à peu près de cette date au duc de Newastle.
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qu'il parlait comme il écrivait, par énigmes ou par chiffres. On a été jusqu'à lui reprocher la fausseté , la duplicité , le manque de foi ; on Ta représenté comme dominé par des préjugés nationaux et personnels. Ces reproches ne sont peutêtre pas tout-à-fait sans fondement ; mais en le jugeant comme ministre, il est juste de ne pas perdre de vue les obstacles dont il était entouré et les circonstances difficiles qui le dominaient. Quant à ses talens, à son mérite supérieur, le témoignage de ses amis et de ses ennemis se trouve parfaitement d'accord. Un de ses rivaux en politique fit l'aveu que la perte de Patino était un malheur irréparable pour l'Espagne. (') (*)
(') M. Walpole, dans sa relation de la conduite de l'A ngleterre dans les transactions politiques. ( Manuscrits. )
(*) Les ennemis de l'administration de Patino ne négligèrent ancun moyen de le chagriner. Vers la fin de l'année 1 735 commença l'émission clandestine d'une feuilleanon yme, écrite à la main , sous le titre de el Duende politico , te farfadet politique. Elle continua de paraître à des époques irrégulières jusqu'au mois, de mai 1736. C'était une satire grossière du plus mauvais goût contre Patino et contre les commis des bureaux (los covachuelos) , ainsi appelés, parce qu'ils se tenaient pour travailler dans des petites loges (covachuelos). On attaquait parfois dans cette feuille le roi et la reine eui-méraes, en les rendant les objets des plus indécentes bouffonneries. Mais le but principal étant de décréditer l'administration tout entière, on y lisait surtout des injures très violentes contre la manière dont Pa-
La mort de Patino remit F administration encore une fois entre les mains du roi. On vit alors un nouvel essaim d'acteurs paraître successivement sur la scène politique. Le chef du nouveau ministère fut don Sébastien de La Quadra qui avait d'abord été page de Grimaldo en même temps que le marquis de La Paz. Tous deux avaient été avancés tour à tour dans les emplois administratifs. A la mort de Grimaldo, don Sébastien se trouvait premier commis dans le département des affaires étrangères. Après y être
tino et la reine dirigeaient le système du gouvernement , et notamment la politique extérieure. Il faut que des per« sonnes attachées au palais du roi aient favorisé l'émission de cette feuille , puisqu'elle se trouvait quelquefois déposée , dit-on , sous la serviette même du monarque. Philippe tourmentait sans cesse le ministre pour qu'il fît des démarches afin de découvrir l'auteur.
Rien ne saurait mieux prouver que les gouvernemens absolus ont tort de prendre les louanges et les flatteries des courtisans pour l'expression de l'esprit public, que l'accueil que l'on fit à Madrid à cette feuille vraiment nauséabonde. Une satire fine et délicate n'aurait pas été lue avec plus d'empressement. On en a conservé un grand nombre de copies. Cet empressement peut s'expliquer seulement par le besoin que tous les peuples éprouvent , n'importe la forme de leur gouvernement , d'exprimer leurs sentimens sur les actes de l'administration sans autre différence , à l'égard de ces censures amères , que celle provenant de la diversité de leur civilisation relative. On s'arrachait en Angleterre les lettres de Junius , parce que tout en attaquant le gouvernement aver
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resté une trentaine d'années, il fut nommé ministre. Il était d'une capacité assez médiocre, et il avait la franchise d'en convenir lui-même; enfin il était tellement inférieur à celui qui l'avait précédé , que les mauvais plaisans disaient que Patiïio l'avait chargé de faire regretter sa perte. La Quadra , bien différent de Patiiïo, qui avait l'air de menacer ses souverains alors même qu'il paraissait se plier à leurs volontés en flattant leur ambition, avait toute la timidité et l'irrésolution d'un esprit faible et embarrassé. Toute son ambition se bornait à être un simple agent du roi et de la reine.
M. Keene écrivait au moment de sa nomination : « La Quadra fera consister tout son mérite dans sa résignation à leurs volontés, sans leur conseiller de prendre tel ou tel parti , et sans se rendre responsable du plus petit accident. Il a tellement peur de se compromettre lorsqu'il parle , qu'il ne dit pas même les choses qu'il devrait dire ;
véhémence , elles renfermaient des vues profondes sur les matières politiques : on lisait à Madrid avec avidité les insipides bouffonneries àuDuende, par cela seul que ce pamphlet périodique attaquait le gouvernement , et que d'ailleurs on manquait d'écrits lumineux qui exposassent avec mesure le véritable état des affaires publiques.
Il parait que l'auteur du Duende était un moine portugais qui demeurait à Madrid. A la fin on parvint à l'arrêter; il fut enfermé dans le couvent des Carmes déchaussés , d'où il réussit à s'évader. Il se réfugia en Portugal.