CHAPITRE ADDITIONNEL. OdJ
Marti ( Emmanuel), doyen d' Alicante.
Mayans a rendu un véritable service à l'histoire littéraire d'Espagne , par sa Vie de Marti , écrite en latin ('). Elle est remplie de détails très intéressans sur les ouvrages et la personne de ce savant illustre , pour lequel Mayans avait une vénération égale h celle qu'il eut pour Louis Vives. « Ego cerle in rneo musœo habeo magni sapienlissimique Jo, Ludovi Vives et Emmanuelis Martini viri undequaque eruditissimi prœstantissimique effigies : quas quoties intueor, vehcmentissime mihi animus incenditur ad sapientiam. » C'est certes un éloge bien flatteur pour Marti que de le comparer à un philosophe et a un savant aussi éminent que Louis Vives. Nous voudrions que les bornes de cet Essai nous permissent d'entrer dans tous les détails de cette Vie 9 où se trouvent tant de renseignemens et de notices curieuses sur les littérateurs les plus distingués du règne de Philippe V ; mais nous nous contenterons d'en indiquer les principales particularités, qui se rattachent à l'histoire littéraire de ce règne.
Marti , que les étrangers ont appelé de son
l'ancienneté de Tordre de Saint-Benoit; sur l'origine, la discipline et l'ancien gouvernement de Tordre monastique ; sur le fœtus monstrueux d'une chèvre , etc.
(') Emmanuelis Martini ecclesiœ Alonensis Decani Vita, scriptore Gregorio Mayansio. Amstelœdami, 1788.
nom latin, Martinus, tantôt Martin ou Martinez, et tantôt Martini, naquit Tan i663 à Oropesa, dans le royaume de Valence. Dès sa première jeunesse il montra les plus excellentes dispositions pour les lettres. Michel Falcon , abréviateurde la grammaire de Sanchez, Sanctii Minerva , lui apprit les elémens de la langue latine. A l'âge de 10 ans Marti composait déjà de petites pièces de vers fort applaudies, qu'il eut le bon esprit de brûler, quand il eut reconnu lui-même leurs imperfections. Il fit ses études de philosophie et de théologie à l'Université de Valence avec distinction; mais il cultivait en secret la poésie, et formait son esprit parla lecture des meilleurs ouvrages de l'antiquité. La vive passion qu'il inspira à une dame, et qu'il n'était point disposé à partager, l'éloigna de Valence. 11 y revint de Huesca où il s'était retiré, après que le danger fut passé. Durant cette absence il avait appris à lire et à entendre le grec , sans autre secours qu'un Hésiode que le hasard lui avait procuré. Le désir de se perfectionner dans l'étude de cette langue le conduisit à Rome en 1686. Arrivé dans cette ville, il s'y livra avec une ardeur nouvelle , se rappelant que le célèbre Pic de la Mirandole avait appris l'hébreu en quelques semaines sans être aidé par aucun maître, et que Scaliger avait également réussi à apprendre l'arabe. Au bout de quelques mois Marti écrivit et