‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 11 sur 32 · S<4VT» K ' V CV* • » ‘«JT ' M : TV · texte numérisé non relu

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respectives à la couronne d’Espagne , ainsi que le roi Philippe l’a fait pour celle de France ; et les paroles qui terminèrent les renonciations des ducs de Berri et d’Orléans , confirment cette opinion. 11 y est dit : Nous jurons solennellement sur les évangiles contenues au Missel, etc.

« Je vous avouerai pourtant, milord, que dans l’insertion de ces paroles ainsi que dans l’omission de la solennité du serment, il y a quelque chose qui ne satisfait point. La reine pense de même , et si je n’ai aucun ordre à vous transmettre à cet

égard, c’est, je crois, parce qu’on regarde les

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choses comme si avancées, qu’il n’est plus temps de revenir sur cette circonstance ; dans ce cas il vaudrait peut-être mieux supposer que les princes ont juré, que d’entrer dans des discussions, et fournir par là occasion à l’autre peuple maintenant, et aux Français un peu plus tard, de chicaner sur la validité de ces actes. Votre grâce me permettrait-elle d’ajouter ici mon opinion personnelle ? Si vous croyez qu’on puisse suppléer à ce manque de solennité avant la conclusion de la paix , ou au moment de la ratifier, les princes devaient jurer, ce me semble, non comme faisant cet acte sur votre* demande , mais comme remplissant cette formalité dans le temps et le lieu convenable. » (‘)

(’) Lettre au duc de Shrewsbury , fVhitehall , 2/1 mars

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Une circonstance qui, certes, n’est pas la moins extraordinaire de cette transaction , c’est que, malgré les protestations les plus solennelles de la part de Louis XIV, sur sa résolution de ne s’approprier aucune partie du territoire espagnol, il, saisit cette occasion pour tenter un nouvel effort contre la prospérité commerciale de l’Angleterre, et contre les possessions espagnoles dans le Nouveau -Monde. Nous voulons • parler de la concession faite a un négociant appelé Crozat, en l’autorisant a coloniser le pays, que la France s’était efforcée en vain jusque-là* d occuper, avec l’intention de former un établissement dans le golfe du Mexique, et de circonscrire les colonies anglaises et espagnoles a l’ouest. On sait que ce pays, qui, sous le nom de la Louisiane, se trouvait en réalité démembré des provinces espagnoles, de la Floride et du Mexique, et qui, arrosé par le Mississipi , contenait une étendue très considérable de territoire, offrait les moyens de s’emparer du commerce très lucratif du Mexique, et divisait les colonies septentrionales de l’Espagne , en dominant la navigation entre la Vera-Cruz et la Havane. Les transactions subséquentes, et les guerres en Amérique, n’ont que

1712 et 1713. Correspondance de Bolyngbroke , vol. III.

Page 5o9.

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trop fait voir la haute importance et les motifs réels de cette acquisition. (*)

. Les désastres de la campagne dans les Pays- Bas , l’urgence des subsides a fournir à l’Autriche , et la crainte que l’Angleterre ne signât une paix séparée surmontèrent la répugnance des Hollandais, et ils confièrent enfin leurs intérêts au cabinet anglais comme à leur unique appui ( 19 dé- < cembre) : ils ne pouvaient guère les confier à des agens moins capables. Dans la discussion qui ^ s’ensuivit , le monarque français eut tout l’avanwtage. Il chicana sur les mots de traité du commerce; et au lieu de la barrière qui avait été établie par le bon sens des ministres précédens , il obtint la restitution des places importantes* dé Lille et Maubeuge , excluant leé villes de Nieuport, Lierre et Halle, dont on avait besoin pour • assurer le pays entre l’Escaut et la mer. 11 eût même obtenu Tournay, si la complaisance de Bolyngbroke n’eût été contenue par les sentimens

énergiques, ou plutôt par la prévoyance du tré-

sorier. #

(') R a ÿn al, Histoire des Indes orientales et occidentales , vol. VII , page 16 ( traduction anglaise ). Etat de l'Europe , en 1712 ,page 208. On peut lire quelques remarques importantes dans l’ouvrage de Rostletliwayte , Grands interets politiques et commerciaux de la Grande-Bretagne. t)n pourra consulter aussi les Cartes de ce pays , faites avant la fin du dix- septième siècle.

CHAP. XX. ifo

f^es Etats souscrivirent, quoiqu’à regret , à cet arrangement qui devint le prélude de leur paix avec ta France. (l)

Cet événement fut suivi immédiatement de la conclusion de la paix générale entre la France et tous les membres de la grande alliance, excepté l’empereur et l’Empire. Les conditions à l’égard de la France, l’Angleterre et la Hollande furent en substance les. préliminaires eux-mèmês.

(*) Correspondance de Bolyngbroke , vol. II et III , passim. Lamberti, totneVII, page 3 19; tome VIII, page 34, etc. ^ Nous voyons le ministre anglais fournir lui-même à la cour de France des argumens à ce sujet :

« La reine , dit-il , ne peut jamais rien faire qui ait l’apparence d’une opposition directe à ce que les alliés demanr dent ce qu’ils jugent à propos ; mais tant qu’ils agiront comme ils font actuellement, elle peut avec justice rester passive et neutre sous le rapport de leurs intérêts. C’est un

assez grand avantage pour la France , et tel , qu’à parler 0 franchement , elle aurait sacrifié il y a un an beîtacoup plus

que Tournay ^

'«Je pense d’après mon opinion personnelle, et je crois.

pouvoir dire celle de la reine , qu’en cette occasion il con-

viendrait mieux que dans le cours des négociations, les Français déclarassent que quelle que fût leur intention à l’égard ■ des cessions qu’ils consentaient à faiac aux Hollandais, lorsque la reine expliqua clairement ses vues, néanmoins leur conduite a été telle , et la situation des affaires a tellement changé de face , que le roi e$t résolu à insister pour que Tournay lui soit rendu. »

Lettre de Bolyngbroke à Prior , 1 o septembre 1712. Lettres a lord Bolyngbroke , vol. III, page 65.

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t*5 O PHILIPPE V.

Philippe fut reconnu comme roi d’Espagne et des Indes ; on admit enfin au congrès les plénipotentiaires, le duc d’Osuna et le marquis de Monteleone , qui signèrent les traités avec l’Angleterre et la Savoie. Pour prévenir l’union de la France et de l’Espagne, le monarque espagnol renouvela ses renonciations, et déclara le due de Savoie successeur a la couronne , dans le cas où sa propre succession viendrait à s’éteindre. Il reconnut les droits de la reine Anne et de la succession protestante dans la maison de Hanovre, céda Gibraltar et Minorque a l’Angleterre, garantit à la nation anglaise X A siento (*) pour f

(*) Ce mot asicnto signifie en espagnol traité , et veut dire ici permission accordée aux Anglais de faire le commerce

des Nègres dans les colonies espagnoles.

Voici l’origine et les diverses modifications de Yasienlo : la première*f>atente pour l’importation des Nègres dans les possessions espagnoles d’outre mer, fut accordée aux Flamands en 1 5 1 7, Ceui-ci firent de très gros bénéfices et jouirent de ce privilège malgré la grande opposition du cardinal Ximenès , l’âme, comme on sait, de l'administration espagnole à cette époque. En 1 522 , les Flamands y étaient en si grand nombre qp’ils surpassaient celui des Espagnols : , ils eurent même l’audace de tomber sur ces derniers, tuèrent le gouverneur, et attaquèrent le fort de Santo-Domingo. Melchior d’Avila et Fernando Perez les repoussèrent. La cour d’Espagne s’alarma de cet attentat ; on défendit l’importation des Nègres ; elle cessa tout-à-fait en i58o. A cette époque , les Génois , jpii avaient prêté des sommes

CHAP. XX. I712- !yi4.

trente ans, efr promit de rétablir leur commerce

sur le même pied où il était sous la domination des monarques de la dynastie autrichienne. Il ' céda les Pays-Bas, Naples et Milan avec l’ile de Sardaigne à la maison d’Autriche, et* la Sicile au duc de Savoie avec le titre de roi , et la rever- J

énormes à Philippe II pour l’expédition de X invincible Armada contre l’Angleterre, n’ayant pas l’espoir, vu les embarras du trésor espagnol , d’être remboursés de si tôt , obtinrent de faire revivre cet octroi jusqu’à ce qu’ils fussent • payés de l’argent qu’ils avaient avancé. Ils en jouirent jusqu’en 1646; et se trouvant alors entièrement remboursés de 'leurs créances , ils cessèrent leur commerce , parce que le grand nombre de pirates dont ces mers fourmillaient , rendait la navigation et le trafic très difficiles.

Plus tard , un nommé Nicolas Portia acheta diverses obligations, appelées par les Espagnols Cartilla del Pagador real . Pour en être satisfait il s’adressa à la cour , et demanda le privilège de l’importation des Nègres pour cinq ans , et l’ayant obtenu , il le transféra à deux allemands appelés Cousman et Becks, parce qu’il n’avait pas les moyens de l’exploiter. Les Allemands firent des bénéfices énormes, et non seulement ils ne payèrent pas à Portia les sommes convenues , mais ils gagnèrent le gouverneur de Carthagène , qui enferma Portia sous prétexte qu’il était lunatique. Cependant il trouva moyen de s’échapper, et arriva en Espagne, où il rendit compte de tout ce qui setait passé. Il promit au premier ministre de grands avantages si on lui ^accordait un^nouveau privilège pour cinq ans ; il l’obtint en effet. Ces octrois ont depuis été accordés aux Portugais , aux Français , et en 1712 aux Anglais. Lamberti , tome VII, page 124. ‘ \ .

sion h la couronne d’Espagne, si» sa succession venait à s’éteindre. Enfin il s’engagea à ne jamais vendre ou céder à la France , ni à nulle autre nation, aucune ville ou province de F Amérique. Telle fut la substance des traités avec l’ Angleterre et la Savoie, qui se chargèrent d’obtenir l’accession des autres puissances.

Toutes les parties firent des efforts pour que l’empereur fût compris dans la pacification ; mais Charles rejeta les conditions qu’on lui offrait; il refusa d’abandonner ses droits à l’Espagne, aux Indes et à la Sicile. Il n’était pas content non plus des conditions auxquelles il devait recevoir les Pays-Bas ; il persista dans sa résolution de continuer la guerre, et engagea les princes de l’Empire à soutenir encore une campagne. Cependant, dans l’impossibilité de porter la guerre partout , il conclut un traité de Neutralité pour l’Italie ( 14 mai 1713), consentit à évacuer la Catalogne et les îles de la Méditerranée , à la seule condition d’une amnistie générale pour tous ses adhérens; et il concentra toutes ses forces sur le Rhin, où il espérait pouvoir faire un effort vigoureux et dé- J cisif.

L’événement prouva combien l’Autriche se trompait en croyant qu’elle pourrait soutenir, seule et sans le secours des alliés, la guerre ' contre la France. Viïlars prit le commandement de l’armée du Rhin , s’empara de Spire, Worms,

Kaiserslautern , et força Landau de se rendre après une résistance obstinée ; puis traversant le Rhin , prit Fribourg dans le Brisgau. Ces revers firent voir à l’empereur qu’il avait mal calculé sa force et ses ressources. Après avoir perdu tout espoir d’être secouru par les puissances maritimes, il entra dans une négociation séparée avec la France. Les conférences furent ouvertes à Rastadt entre Eugène et Villars. Ils furent bientôt d’accord, et signèrent les préliminaires qui furent la base d’un traité entre la^ rance et l’empereur, et l’Empire , lequel fut signé à Baden en Suisse.

Les traités de Westphalie, de Nimègue et de Ryswick servirent de bases pour la paix dans tout ce qui regardait la maison d’Autriche et l’Empire . Landau fut cédé à la France ; Fribourg, le vieux Brisach et Kehl furent restitués à l’empereur. La France consentit à lui laisser la possession de Naples, du Milanais et de la Sardaigne, ainsi que des Pays-Bas, aux conditions déterminées par le dernier traité des Barrières. Les électeurs de Bavière et de Cologne furent réinstallés. Les princes d’Italie furent maintenus dans la jouissance paisible de leurs possessions ordinaires. Charles ne voulant pas se désister de ses prétentions sur l’Espagne, il ne lui fût- pas possible de s’entendre avec Philippe; et la solution de la grande dispute relative aux états espa-

PHILIPPE y.

gnols resta livrée au hasard des batailles ou à des négociations ultérieures.

De nombreuses difficultés empêchaient aussi la conclusion d’un traité particulier entre Philippe et les Hollandais, quoiqu’il leur eût fait connaître son adhésion aux conditions convenues sous l’intervention de l’Angleterre. Les demandes de la république , relatives à ses privilèges commerciaux et au paiement des arrérages dus par les rois d’Espagne de la dynastie autrichienne, donnèrent lieu de très longues discussions.

Les conditions convenues entre l’Angleterre et l’Espagne ne reçurent également leur exécution qu’avec de nouvelles difficultés ; elles causèrent des délais auxquels on n’eût pas dû s’attendre. Philippe, par une répugnance réelle ou simulée à consentir au démembrement de sa monarchie, reprit les pièces et documens nécessaires pour constater la cession de la Sicile au duc de Savoie. D’un autre côté, il se servit de l’intervention de l’inquisition pour élever des obstacles relativement à l’autorité spirituelle, soit à Gibraltar, soit à Minorque. II fit aussi des difficultés sur les arrangemens commerciaux et rejeta décidément les demandes faites par le roi de Portugal.

Pour aplanir enfin toutes ces difficultés, le ministère anglais suivit l’exemple de Louis XIV; il cajola la princesse des Ursins , et parvint par ce moÿen, faible en apparence, à conclure un

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traité de commerce. « Je pense, écrivait Bolyngbroke à StrafFord, le i3 février 1713, que c’est madame des Ursins qui nous a fait renvoyer le traité tel qu’il est; faites entendre, je vous prie, aux ministres espagnols que la reine le croit ainsi, et que vous êtes tout-à-fait dévoué aux intérêts de cette dame. Tant que la reine d’Espagne vivra, elle gouvernera son mari; la princesse gouvernera à son tour la reine; d’où il faut conclure qu’il y a pour nous un avantage réel à flatter l’orgueil de cette vieille femme, puisque nous n’avons pas les moyens de flatter son avarice. (l)

Tous les efforts pour assurer à la princesse des Ursins son duché de Limbourg ayant été inutiles, le gouvernement anglais ne dut plus compter sur son assistance. Parmi les points qui n’étaient pas arrêtés , se trouvait aussi l’arrangement avec le Portugal. Déjà, depuis 1711, Philippe avait ouvert une négociation secrète avec la cour de Lisbonne; mais l’ Angleterre l’avait fait avorter. La guerre avait été continuée en Estramadure sans aucun résultat ; aucune des parties contendantes n’en retira un avantage marqué. La suspension d’armes entre l’Angleterre et l’Espagne fut suivie, le 7 novembre/ d’un armistice semblable avec le Portugal, que

Lettres de Bolyngbroke.

l’on prorogea par la suite jusqu’à ce qu’un traite définitif eût lieu.

Le gouvernement anglais affectait de prendre un grand intérêt au Portugal ; mais il se refroidissait à mesure que le gouvernement de Madrid élevait de nouvelles difficultés. ‘Enfin le roi de Portugal abandonna de son plein gré les réclamations auxquelles les derniers traités lui donnaient droit; et après une discussion qui dura jusqu’en 17 1 5, il ne songea plus à son agrandissement du côté de l’Espagne , pour acquérir la colonie du Sacramento , à l’entrée du Paraguay et de la rivière de la Plata, et qui a été depuis le sujet de tant de contestations entre les deux cours. 11 obtint aussi de la France qu’elle abandonnât ses prétentions à certains districts sur les frontières du Brésil, et à la liberté de naviguer sur le fleuve des Amazones.

Ainsi se termina cette négociation qui sauva la maison de Bourbon. Torcy donne, dans cette occasion , des éloges à la modération de l’Angleterre. « L’Angleterre, dit -il, en quittant ses alliés, qui furent plus tard défaits à Denain, eut la gloire de contribuer à rendre à l’Europe une paix heureuse et durable ; avantageuse à la France, puisqu’elle lui fît rendre les principales places qu’elle avait perdues pendant la guerre, et conserver celles que le roi avait offertes trois ans auparavant; glorieuse, puisqu’elle maintint un

ghap. xx. — iyi2-iyr4- * i5j prince de la famille royale sur le trône d’Espagne; necessaire, par la perte déplorable qui affligea le royaume quatre ans après cette triste négociation, et deux ans après la paix, du plus grand roi qui ait jamais porté une couronne. » Et à la fin de ses Mémoires, après avoir rapporté la restitution d’ Aire, Béthune et Saint- Venau, et avoir donné des regrets à la nécessité de consentir à la démolition de Dunkerque pour rompre la grande alliance ; après avoir parlé des concessions faites au duc de Savoie, il termine en disant : « mais la monarchie espagnole, l’objet et le prix d’une guerre sanglante pendant douze ans, fut conservée dans la famille royale. Le droit des descendans de Saint-Louis fut reconnu par les puissances et les nations elles-mêmes qui avaient conspiré auparavant pour forcer Philippe à descendre du trône sur lequel Dieu l’avait placé. » (?)

C) Pour le contenu de ce chapitre , on a consulté et coin-; paré les Jetés clu traité d’JJtrecht , Lamberti^voI. 7 et 8; les diffère ns traités dans la collection générale des traités de paix et de commerce ; les Feuilles périodiques et les Document sur l'état politique de l Europe ; le Rapport du comité secret en 17 1 5 , et autres documens parlementaires de cette époque; Tindàl, où Ton trouve un trésor de faits importans; Les Quatre dernières années de la reine Anne , et conduite des alliés , par Swift ; les Mémoires de Villars , de Polignac, et ceux du prince Eugène , écrits par lui-mème;

l58 • PHILIPPE V.

les Mémoires de Torcy . Saint-Philippe, tome III. Mabm, Droit public. Koch , Abrégé de V histoire des Traités de paix. Paix d’Utrecht, tome I. Larrey, Histoire de Louis XIV; Histoire de la reine Anne , par Sommerville ; Histoire de Cunningham ; et enfin la Collection des Lettres de. Bolyng broie j qui fournit tant de preuves de la faiblesse et de l'entêtement du cabinet britannique, sans lesquelles on ne saurait y croire.

(*) Nous ne nous arrêterons pas à examiner ici quels furent les motifs secrets qui décidèrent la reine d’Angleterre à confier le pouvoir à des hommes ouvertement prononcés en faveur de la paix ; nous indiquerons seulement quelques uns des raisonnemens de ces ministres , à l’appui de leur système politique.

La guerre avait eu pour but d’affranchir l’Europe du pouvoir de la France; ce but était rempli. Louis XIV avait éprouvé des revers, et ne menaçait plus l’indépendance des aulrespeuples.il était assez indifférent pour l’Angleterre que la couronne d’Espagne fût possédée par un prince de la maison de Bourbon , ou de celle d’Autriche ; car, certes , Philippe V ne serait pas plus redoutable , uni avec la France , que ne l’avait été Charles V , et que ne le serait encore tout autre prince autrichien qui porterait la couronne impériale en même temps que celle d’Espagne. D’ailleurs, on ne pou- • vait plus se faire illusion à l’égard de l’opinion des Espagnols, qu’on avait d’abord représentés comme étant très attachés à la dynastie autrichienne. Déjà, en 1710, le général Stanhope , commandant les forces anglaises en Espagne, et qu’on ne pouvait accuser de désespérer trop facilement du succès de ses projets personnels , avait déclaré au ministère anglais qu’il n’y avait plus rien à faire en Espagne , •

à cause de l’attachement des peuples à Philippe V , et de leur aversion pour l’archiduc ; que des armées pourraient

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courir sans effet ce pays jusqu au jour du jugement , ce furent ses propres expressions. Enfin, la bataille de Villaviciosa renversa toutes les espérances d’établir l’archiduc en Espagne.

Lors de la vive discussion entre M. Saint-John (lord Bo- * lyngbroke) et le prince Eugène sur ce sujet , le ministre anglais avoua sa surprise d’entendre le prince poser en principe que la .cour de Vienne ne consentirait pas à la paix , sans la condition préliminaire , devenue alors impraticable, de mettre la couronne d’Espagne sur la tète de l’empereur. Malgré les raisons du ministre anglais , le général autrichien prétendant toujours traiter sur cette proposition, le premier finit par lui reprocher, les preuves à la main, que depuis le commencement de la guerre, et au mépris des stipulations de la grande alliance contre la France, la cour de Vienne , en faveur de laquelle l’ Angleterre s’était armée , n’avait jamais fourni le nombre de troupes et l’argent pour lesquels elle s’était engagée; que la Hollande en avait usé de même ; d’où il résultait que le fardeau de la guerre était

retombé presque entièrement sur la Grande-Bretagne, motif

légitime pour la porter à une paix qui serait d’ailleurs glorieuse et équitable. Le prince Eugène crut répondre valablement par un mémoire qui prouvait que l’empereur pourrait employer, dans la campagne suivante contre la France et l’Espagne, soixante-huit mille trente hommes d’infanterie, et vingt-deux mille huit cents de cavalerie, outre des sommes considérables. Le ministre anglais termina la conférence en répliquant qu’en supposant meme qu’il y eut assez de troupes, il y avait trop peu d’argent; que, dans le cas dont il s’agissait, le futur ne pouvait remédier au passé, ni indemniser l’Angleterre d’avoir supporté, année commune, depuis qu’Anne était sur le trône , un subside de cinq raillions 369,621 livres sterling * , somme énorme;

* 120,516,472 livres tournois.

enfin que la reine devant; à son peuple de ne pas bépuiscr

plus long-temps, elle était irrévocablement résolue à conclure la paix.

Quant à la convenance de cette paix pour l’Angleterre, si ^ l’on met de côté les intérêts des partis Tory , Whig et Jacobite , qui troublaient alors la nation, si l’on juge cette' grande transaction avec impartialité, on est fondé à penser aujourd’hui que le plan de pacification fut utile à l’Angleterre , puisqu’il devint le principe de la prospérité qu’elle atteignit depuis; et pour ce qui concerne les alliés, ce plan leur fut également avantageux, puisque l’équilibre établi par lui a duré quatre-vingts ans , c’est-à-dire jusqu’à la guerre de la révolution française. La paix de 181 5 l’a rétabli à peu près sur les mêmes bases.

De ce qu’il y ait eu après la paix d’Utreclit une réaction en faveur des Whigs , et de ce que le parlement ait envoyé à la ‘

.. tour de Londres le comte d’Oxford, et lancé un acte à'attainder contre lord Bolyngbroke, parce qu’ils l’avaient signé, il faut en conclure seulement que les partis attachaient alors, comme i Is attachent toujours, une grande importanceà l’accomplissement de leurs vues intéressées. Sans doute l’occasion était des plus belles pour abaisser la France; mais il fallait courir encore . de nouveau les chances de la guerre; et une bataille gagnée par Louis XIV pouvait changer de tout point la face des choses.

S’il y avait quelque puissance fondée à se plaindre , c’était «

l’Espagne. Après des souffrances et des sacrifices inouis , elle perdait plusieurs provinces importantes ; la paix se faisait à ses dépens. Cette monarchie restait encore, il est vrai, grande et puissante; l’affermissement de la nouvelle dy- « nastie était ausfci pour elle un avantage immense ; mais enfin c était par le démembrement de provinces considérables, appartenantes à l’Espagne , que l’on parvenait à contenter Jes diverses parties contendantes.

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On trouvera des détails fort curieux sur la paix d’Utrecht , . et sur les causes qui la préparèrent , dans tassai historique sur Bolyngbrokc , qui précède les lettres de ce ministre imprimé à Paris en 1808.

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