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176 Philippe v. a
Aucun motif de religion ou de patriotisme ne fut oublié. On mit enjeu les affections de famille, qui sont si actives et si puissantes. Enfin on dé- posa sur le maitre-autel de la cathédrale la promesse de la reine Anne de maintenir les lois et la constitution des Catalans , et Ton fit un appel solennel à la Divinité, de l’injuste et cruel délaissement dont ils allaient devenir les victimes.
La fermeté inattendue et l’aspect menaçant des Catalans convainquit Philippe qu’il aurait besoin, pour résister à tant d’efforts, de toute l’assistance qu’il pourrait obtenir de l’étranger. 11 crut donc devoir changer de conduite vis-à-vis de l’amiral anglais; et par des faveurs et des présens, il parvint à obtenir de lui, non seulement de gêner l’arrivée des vivres à Barcelonne , mais d’adresser • une remontrance menaçante à la régence, dans laquelle il se plaignait de tentatives pour piller les bâtimens anglais et de mauvais traitemens à l’égard des marins de la nation. Les Catalans répondirent à cette menace en s’excusant sur l’impérieuse nécessité, et en promettant le redressement de ces griefs; mais en même temps, ils firent un appel pathétique à la générosité anglaise , et demandèrent sa médiation pour obtenir un armistice. Cet appel ne fut suivi d’aucun effet; car pour faciliter aux Espagnols la conti- . nuation du blocus avec le même nombre de v vaisseaux, l’amiral en détacha trois de son es-
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cadre pour escorter la flotte qui arrivait de l’Amérique.
Dans cette position critique, la mort de la reine Anne, à laquelle on s’attendait depuis long-temps, et l’avénement de George 1er firent revivre les espérances des assiégés. Comme les malheureux saisissent avec empressement la moindre lueur d’espérance, ils se flattaient que ce changement devait amener une intervention prompte et efficace en leur faveur. Cette confiance, il est vrai, n’était pas tout-à-fait dénuée de raison, carie premier acte du nouveau gouvernement fut une démarche pour eux auprès de la France. Il déclarait qu’ils étaient sous la protection de la couronne d’Angleterre , en réclamant contre la marche des troupes françaises et le siège qu’elles mettaient devant Barcelonne, au mépris de la promesse solennelle du monarque français de contribuer, de concert avec les Anglais, au maintien de la constitution catalane.
Ces démarches venaient trop tard pour pouvoir être utiles aux assiégés. Louis XIV répondit :
(( Qu’il avait déjà employé ses bons offices ; que ;
leur obstination seule était la cause des malheurs i
qu’ils éprouvaient, et que son honneur l’empêchait de rappeler ses troupes. » Pour éviter de nouvelles remontrances, il envoya des renforts à l'armée, et donna ordre au général qui la com- 11. * 12
J yS PHILIPPE V.
mandait de redoubler d’efforts pour soumettre Barcelonne.,
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Les factions se reveillèrent dans Londres';' et • ne tardèrent pas à tourmenter George, qui com-
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mençait un nouveau règne. Retenu par la crainte d une insurrection jacobite, il n’osà pas appuyer de nouvelles instances par des actes d’hostilité; mais tous les appels qu’il fit à la grandeur d ame de Louis XIV et à l’humanité de Philippe ayant échoué, il donna aux malheureux Catalans le seul secours qu’il lui était possible de lem*- procurer dans les circonstances, en intimant a l'amiral Wishart l’ordre de ne plus incommoder les assiégés et de ne plus empêcher l’arrivée par mer de toute espèce de secours. (*)
Les Catalans ne pouvaient rien attendre de l’empereur, qui avait déjà signé la paix. Ils avaient échoué dans toutes leurs démarche^, non seulement auprès des puissances chrétiennes,
. mais même auprès des Turcs. Ainsi ils restèrent abandonnés à leur courage ej: à leurs propres ressources. (*)
(') Tindal , vol. XVIII /page 3o3. Situation des Catalans.
(*) Les Catalans étaient bien persuadés qup les princes de la grande alliance ne leur donneraient aucun secours, et que c’était une folie à eux de penser que leur petite république pourrait se maintenir1, surtout étant abandonnés par l’empereur /rqais telle était leur obstination et leur
La tranchée fut ouverte le 12 juillet, sous la directitfti d’habiles ingénieurs français. Les travaux avancèrent rapidement vers les remparts. Les batteries commencèrent à jouer le 25, malgré quelques sorties désespérées, et cinq jours * après, on put s’établir dans le chemin couvert. Le 1 2 août deux brèches furent praticables, mais il fallut encore trois jours pour que les assiégeans pussent mettre le pied sur les remparts.
C’est là où se termine ordinairement la résistance la plus opiniâtre d’une ville de guerre. Ici ce n’était à peine que le commencement de la
haine contre le gouvernement du roi Philippe , qu’ils allèrent jusqu’à demander du secours au sultan par l’entremise du ministre même que l’empereur avait à Constantinople. On ignore les conditions qu’ils offrirent. Les comtes de §aballâ et Pinôs , qui se trouvaient à Vienne comme agens de la Catalogne , dirigèrent cette affaire , qui n’eut aucun succès. Le sultan ne voulut pas s’embarquer dans cette entreprise /'soit qu’elle lui parut difficile , ou qu’il rîe se souciât pas dc*ompre avec la France. On a prétendu que les Catalans avaient offert au sultan la souveraineté de la Catalogne, en leur conservant seulement leur religion et ♦ leurs privilèges; mais la chose n’est pas probable.
<^>uoi qu’il en soit , et en supposant même qu’ils n’eussent proposé que de rester république sous la protection des Turcs ,^cette démarche douleur part fait voir dans quelles aberrations peuvent tomber, et de quels mauvais calculs les peuples comme les individus Sont capables , lorsqu’ils sont
exaltés par la force des passions. *
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résistance des Catalans. Tandis qu’on se préparait à donner l’assaut de trois cotés à la fois, Berwick eut l'humanité de tenter encore un effort pour sauver la ville des malheurs qui allaient fondre sur elle. Il différa de donner le signal d’un combat
• qui ne devait pas être moins funeste pour ses propres troupes que pour les assiégés. Tous ses efforts bienveillans n’ayant fait que redoubler l’enthousiasme de ces derniers, il donna enfin
le signal de l’assaut dans la matinée du 1 1 sep- \ tembre. (*)
Un auteur contemporain (3), qui écrivait sous l’horrible impression du moment, a trace un tableau effrayant de cet événement déplorable.
« Cinquante bataillons de grenadiers commencèrent cette terrible attaque ; quarante autres bataillons les soutenaient. Les Français escaladèrent le bastion de l’Est; les Espagnols, celui de Santa-Clara et delà Porte -Neuve. L’opiniâ- 4 treté de la résistance alla jusqu’à la férocité. Le canon chargé à mitraille faisait un affreux ravage * dans les brèches. Les assaillans périssaient par
* centaines avant que d’y faire un seul pas. Des troupes fraîches, arrivant sans cesse, forcèrent enfin à la retraite les troupes moins nombreuses
des assiégés. Au même instant les colonnes fran-
(*) Mémoires de Berivick y tome IT, page 174 et sua>. * Saint-Phïlippk.
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çaises et espagnoles montèrent sur les brèches , et les Français pénétrèrent aussitôt dans la ville. Ce fut là que le combat commença véritablement; chaque rue était barricadée ; il fallait , pour gagner un pouce de terrain, sacrifier un grand nombre de soldats. Les assaillans ne pouvant forcer les barricades ni combler les fossés , restaient exposés au feu continuel qui partait de toutes les maisons. Enfin , les assiégeans surmontèrent tous les obstacles en se renouvelant sans cesse, et non sans une immense effusion de sang. Tout fut passé au fil de l’épée. Les Catalans prodiguaient leurs vies et ne voulaient pas de quartier. Lorsqu’on les eut poussés jusqu’à la grande place, les assaillans s’imaginèrent que le combat était terminé , et se dispersèrent pour se livrer au pillage. Les insurgés, profitant du moment, revinrent à la charge; ils refoulèrent les assiégeans jusqu’à la brèche, et ils auraient même été rejetés dans les fossés, si leurs officiers n’étaient parvenus à les rallier. Le combat continuait encore avec le plus grand acharnement , car la colonne espagnole, qui avait pénétré dans la ville , fut forcée de se replier sitôt qu’elle apprit que les Français avaient été repoussés.
« Enfin , le nombre et la valeur surmontèrent la grande résistance des assiégés. Les Espagnols tournèrent contre les Catalans leur propre artillerie ; on fit encore avancer d’autres pièces de
piiiuppe u.
canon sur la brèche. Cependant, quoique rompus et mis en désordre , ils ne cessèrent de combattre. Les assaillans , irrités du feu continuel et terrible 'qu’on faisait sur eux, tentèrent un coup désespéré. Ils s’emparèrent du bastion de Saint-Pierre où les assiégés avaient placé leurs principaux moyens de résistance, et firent jouer contre eux leur propre artillerie. Leurs chefs les conduisirent à une nouvelle attaque ; ils furent complètement repoussés; Villaroel fut blessé grièvement dans cette échauffourée. Loin que ce malheur arrivé à leur commandant les décourageât , ils soutinrent encore le combat pendant douze heures dans tous les quartiers de la ville. Il n’y eut pas un habitant qui ne prit part à sa défense. L’histoire de ce siècle n’offre pas d’exemple d’un siège aussi long ni aussi meurtrier.
« Les femmes se retirèrent dans les couverts : la populace, défaite et rompue de tout côté , quoique hors d’état de se défendre, ne demandait pas de quartier. Les assaillans massacrèrent tout, sans distinction d’âge, ni de sexe. Quelques insurgés arborèrent un drapeau blanc ; Berwick saisit cette occasion pour faire cesser le carnage. Il ordonna aux troupes de garder leurs postes jusqu’à ce qu’il eût entendu . les propositions ; mais le cri de mort et incendie , tout-à-coup parli du milieu des rangs , réveilla la fureur du soldai : les rues furent de nouveau inondées de sang;
Berwick lui-mème, maigre toute son autorité, ne put arrêter ce désordre. La nuit arriva, mais pour produire de nouveaux massacres, car après un coürt intervalle de repos, les habitans reprirent leurs armes et firent encore un feu meurtrier par les fenêtres ou du haut de leurs maisons.
« Des députés parurent enfin à la brèche, et demandèrent à parler au général. Quand le maréchal vit qu’ils exigeaient un pardon général et la conservation de leurs privilèges, il rejeta leur demande avec beaucoup d’humeur, et menaça de faire passer tous les habitans au fil de l’épée s’ils ne se rendaient avant le jour. Cette inflexibilité ranima au dernier degré le courage des Catalans ; le combat recommença avec une nouvelle fureur : un feu terrible jaillissait sur les assaillans, de toutes les maisons qui, par ordre du maréchal, venaient d’être sauvées d’un incendie général.
« L’imagination ne peut se faire une idée du tableau de cette nuit fatale. Le maréchal donna > l’ordre de retirer les morts et les blessés, retint les troupes sous les armes, et se prépara a réduire la ville en cendres; mais il accorda encore un délai de six heures pour donner aux insurgés le temps de réfléchir sur leur obstination. Cette concession n’ayant abouti a rien , on mit sur-lechamp le feu aux maisons, lia lueur des flammes
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les avertissant d’un désastre inévitable, ils arborèrent de nouveau le drapeau blanc , symbole de la paix. On éteignit le feu commencé; les députés du corps municipal rendirent la ville sans condition , et les offres que Bervvick leur fit amenèrent la reddition de Montjui et de Cardonne.
« La vie et les propriétés des habitans furent respectées ; mais vingt des chefs , parmi lesquels se trouvaient Villaroel, Armengol, le marquis del Peral et Nebot, furent emprisonnés indéfiniment dans la forteresse d’Alicante. L’évêque d’Albarracin et deux cents ecclésiastiques furent bannis en Italie; les officiers subalternes furent libres de rentrer dans leurs foyers, en prêtant serment de fidélité au roi ; les étendards de la ville furent brûlés publiquement; la ville perdit ses privilèges; un nouveau gouvernement fut établi à l’instar de celui de Castille. Le prince Tzerclaes fut nommé capitaine général de la province, et le gouvernement de Barcelonne fut donné au marquis de Lede.
« Telle fut la fin d’une résistance qui rappelle la destinée de Numance et de Sagonte, sous les Romains , et dont on a vu * de nos jours un exemple semblable dans l’immortelle et héroïque défense de Saragosse. La victoire coûta aux royalistes au moins six mille hommes pendant le
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siège, et quatre mille dans l’assaut. Les assiégés souffrirent aussi beaucoup de leur côté (*). Quelques conseillers de Philippe lui proposèrent, relativement à la résistance opiniâtre des habitans, de saisir cette occasion pour raser la place, et .ériger une pyramide qui perpétuât jusqu’aux générations les plus reculées la mémoire de la catastrophe qui l’avait suivie; mais le monarque, trop humain et trop sage pour détruire une des premières villes de son royaume, ne voulut point céder à des ressentimens personnels; il remplit religieusement les conditions que Berwick avait accordées aux habitans. » (**)
Il ne restait plus que Majorque qui n’avait pas encore reconnu l’autorité de Philippe. L’effroyable destinée de Barcelonne ne paraissait pas suffire pour opérer la soumission de ces fiers insulaires ; mais l’arrivée de dix mille français et d’autres troupes espagnoles les convainquit que toute résistance de leur part deviendrait inutile! Après une courte délibération, ils acceptèrent
(*) Les assiégés eurent trois raille hommes tués ou blessés, parmi lesquels cinq cent quarante-trois ecclésiastiques et moines. Historia general de Espana , Tablas chronologicas , vol. XX.
(**) Outre la description animée que nous venons d’emprunter à Saint-Philippe , le lecteur peut voir le rapport de Berwick , qui rend une égale justice au courage des défenseurs de Barcelonne.
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l’offre d’un pardon général, et des conditions plus favorables que celles accordées aux Catalans; ils prêtèrent ensuite serment de fidélité et d’obéissance à Philippe. ■ %
Le courage héroïque et la triste destinée des Catalans excitèrent l’admiration et l’intérêt deceux même qui étaient le plus ouvertement con- ' traires à leur cause. Le roi et le peuple d’Angleterre les virent succomber avec le plus grand regret ; mais personne ne dut être plus ému que l’empereur, qui se regardait comme ayant été luimeme la cause innocente et malheureuse de leurs désastres. Malgré la défection de l’Angleterre, il avait recommencé ses instances en leur faveur
* • aux conférences de Rastadt. On lit dans les Mé-
. moires de Villars un témoignage honorable de son zèle et de sa fermeté pour eux, ainsi que du , regret et de la répugnance avec laquelle il les
abandonna à leur sort. Une lettre écrite au eé- , rieral Stanhope , qui avait été également témoin 0 §. tt ^ de leur fidélité et de leurs souffrances pour sa cause , dont nous allons donner l’extrait fait / * voir que les sentimens de Charles, comme mo- » narque, étaient entièrement d’accord avec ceux
* de l’humanité.
* * Apres avoir exprimé sa reconnaissance à
M. Stanhope et à tous ceux qui avaient défendu sa cause; après avoir téinoigné sa satisfaction du changement de gouvernement qui venait d’avoir
lieu en Angleterre, il continue en disant : « Convaincu , comme je le suis, de la bonté de votre cœur, je pense que vous et vos amis serez touchés de la fidélité, de la constance et du malheur de mes pauvres catalans, dont rattachement pour moi n’a pas d’exemple. Ni les calamités, ni les dangers, ni la plus pressante persuasion n’ont pu ébranler leur généreuse fidélité : tout cela me déchire le cœur. Je vous laisse à penser, voiis, qui êtes le meilleur des juges, ' s’il est dans mon pouvoir de les secourir, n’ayant pas de forces maritimes; je ne ferais au contraire qu’accélérer leur ruine. Je place mes espérances en vous et en vos amis, et je ne doute pas que vous ne réfléchissiez à la situation effroyable à laquelle ils ont été réduits par quelques uns de vos compatriotes malintentionnés, au mépris des promesses les plus solennelles, tant de fois réitérées. » (')
(') La lettre dans laquelle nous avons pris cet extrait est «
écrite en français, de la main même de l’empereur ; elle est
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conservée dans les papiers de Harrington . ^
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3Sv
188 ; Philippe v.
La princesse des Ursins met des obstacles à la conclusion de la paix , afin d’obtenir une principauté dans les Pays-Bas. — Mort de Marie-Louise, reine d’Espagne. — Désespoir de Philippe, . * et influence de madame des Ursins. — Administration »et mesures financières d’Orri. — "Vaine tentative pour réformer les ' abus de l’Église. — Disputes et réconciliation de madame des Ursins avec la Cour de Versailles. — Ses négociations et ses intrigues pour remarier Philippe.* — On se décide pour Élisabeth Fârnèse , princesse de Parme. — Arrivée de la nouvelle reine d’Espagne. — Disgrâce et exil de la princesse des' Ursins. — Remarques sur cet événement singulier. — Ses aventures ultérieures. — Changement dans le gouvernement espagnol.
Louis XIV, qui ne s’était empressé de conclure la paix que dans la crainte qu’il ne survint quelque changement dans le gouvernement anglais, qui rendrait indispensable la continuation de la guerre, ne désirait pas moins vivement de terminer l’arrangement entre l’Espagne, la Hollande et le Portugal. Divers motifs avaient fait ajourner cette négociation , qui était assez compliquée. Il s’adressa à Philippe, pour qu’il ratifiât les conditions secrètes convenues en son nom, par
l’entremise de l’Angleterre. Mais il trouva son petit-fils moins docile à la main qui l’avait place sur le trône, que sensible aux sacrifices que Ton exigeait de lui. Outre qu’il était indigné des injures qu’il avait essuyées de la part des Hollandais et de l’empereur, il existait encore d’autres causes qui contribuaient à augmenter sa résistance.
Une de ces principales causes était l’opposition de la princesse des Ursins. La principauté qui lui avait été promise, plutôt comme prix de ses services futurs que comme récompense de ceux qu’elle avait déjà rendus, quelque peu importante qu’elle avait voulu la supposer d’abord, n’étâit rien moins que le duché de Lim bourg. Louis XIV avait positivement promis d’obtenir à cet égard le consentement de l’empereur. L’Angleterre, de son côté, avait aussi offert son utile intervention : ainsi le don projeté de cette principauté se trouvait garanti par toutes les formali tés nécessaires . Avant que l’on eût signé la cession des Pays-Bas, une convention avait été passée le 27 mars 1713 entre l’Espagne et l’Angleterre, par l’entremise de lord Lexington , relativement à la concession du duché de Limbourg avec des terres d’un revenu annuel de trente mille écus. La meme clause fut insérée plus tard dans le traité d’Utrecht, sur la demande du ministère anglais (t3 juillet); et la reine d’Angleterre engagea sa parole de ne consentir au transfert des Pays-Bas
igo ' PHILIPPE v.s
que lorsque madaine des Ursins serait installée pacifiquement et reconnue danssa souveraineté. (*) Avant et après la conclusion du traité JJes membres du cabinet anglais continuèrent à lui prodiguer l’office de leurs services, et employèrent maintes fois leur crédit personnel , voire même la parole de leur augiiste souveraine , pour l’accomplissement de cette condition. (*)
(') Traite entre la Grande-Bretagne et VJEs'pagne.
(*) . A la princesse des Ursins ,
Whitehall, ce a5 janvier 1
5 février / '7‘3
Madame, votre Altesse peut voir jusqu’à quel point le marquis de Monteléon (ambassadeur d’Espagne) s’est rendu maître de mon esprit , puisqu’il a su m’inspirer la hardiesse de vous écrire. Je sais tout le cas que je dois faire de l’amitié que ce ministre a bieij voulu me témoigner; mais , en vérité , Madame , il ne m’a pas accordé et ne m’accordera jamais une faveur que j’apprécie autant que celle dont il vient de mlhonorer, en me fourmssant un prétexte d’écrire à votre Altesse , et de lui marquer les sentimens d’un cœur entièrement dévoué a son service. i,
Tout serviteur que je suis de M. Lexington ("ministre d’Angleterre à Madrid), je ne puis m’empêcher -de lui envier le bonheur de faire sa cour, sotis la protection de Votre Altesse, à cette grande reine d’Espagne, dont les vertus héroïques font l’admiration du siècle présent , n|i seront celles de la postérité.
Comme M. le comte d’Oxford (premier ministre d*A.n gleterre) a l’honneur lEécrire à Votre Altessse , il est fort
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CI1AP. XXII. I7l4- KJI
Rien 11e paraissait manquer désormais pour mettre le comble à ses espérances, que l'acquiescement des Hollandais et le consentement de l’empereur ; mais ils ne se trouvaient liés envers la princesse des Ursins par aucune obligation personnelle, et ses vœux furent trompés : les Etats refusèrent leur garantie; l’empereur s’opposa formellement à la cession d’un État aussi important , situé au centre d’une province éloignée, à une
inutile que j’entre dans aucun détail , à l’égard des intérêts des deux cours. Je me flatte que.JVI. le marquis de Monteléort a trouvé dans sa négociation toutes les facilités qui dépendaient de moi, et j’ose assurer Votre Altesse qu’il me trouvera toujours le môme.
Je n’ai pas manqué, Madame, d’envoyer à MM.1 les plénipotentiaires de la reine toutes les instructions qui ont été jugées les plus convenables pour faire assurer à Voire Àltesafe , dans le traité de paix , la principauté que Sa Majesté catholique lui a accordée. Je ne veux point douter que les soins des ministres , dans cette occasion , n’obtiennent un plein succès; ce qu’il y a de certain, c’est que je ne négli-
gérai rien pour faire éclater le profond respect et l’attachement inviolable avec lesquels j’ai l’honneur d’ôtre /etc.
A " Signé Bolyngbroke.
Dans une autre lettre écrite à madame des Ursins, en datëidu i3 septembre, il lui dit :
« La reine , Madame*; m’a chargé de renouveler à Votre * Altesse l’assurance qu’elle soutiendra ses prétentions à l’avenir, comme elle l’a fait par le passé, et qu’elle veut regarder Votre Altesse comme un des liens qui doivent cimenter l’étroite union qu’elle souhaite entretenir pendant toute sa vie avec Leurs Majestés catholiques. *>
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personne qui dépendait de la France et de l’Espagne. L’Angleterre n’avait pas de raisons satisfaisantes à opposer à ces objections ; son zèle se refroidit peu à peu : Louis XI V lui-même', après une légère affectation de répugnance, abandonna cette affaire , qui était pour lui de peu d’importance , comparée au rétablissement de la paix générale. (‘) (*)
Madame des Ursins, cruellement blessée de son peu de succès , employa toute son influence pour entraver la négociation avec la Hollande ; ce qui donnait plus de force à son ressentiment, c’est qu’elle trouva le roi et la reine vivement affectés d’un refus qu’ils regardaient comme un affront personnel.
Ce fut au milieu de la suspension diplomatique produite par cette faible cause que la reine d’Espagne succomba à la maladie de langueur qui minait depuis long-temps sa constitution. Elle mourut le 14 février 1714? ^ l’âge de viugt" six ans , laissant deux en fans males ( Louis et Fer-
(') Mémoires de Villars , tome II, page 3 16.
{*) Duclos prétend que Louis XIV avait vu avec assez d’indifférence les prétentions dé cette princesse ambitieuse ; mais que la marquise demarquisée ( madame de Maintenon) , réduite à voiler sa grandeur réelle , ne pouvant supporter que sa protégée prétendit se faire ostensiblement souveraine, chercha les moyens de la perdre dans l’esprit, du roi, et ne tarda pas à les trouver.
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