‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 15 sur 32 · VA · texte numérisé non relu

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ordres pour que les murs mitoyens qui séparaient le couvent de l’hôtel fussent jetés bas : on ouvrit une galerie qui communiquait aux deux bâtimens, afin qu elle pût faire sa cour et visiter l’auguste affligé sans ressentir l’intempérie des saisons, et surtout sans publicité. (')

Dans cet état d’isolement, une femme douée d’autant d’adresse et d’habileté que l’était madame des Ursins, se trouvait dans la position la plus favorable pour exercer son empire sur l’esprit du roi, et pour travailler à s’emparer de l’autorité royale. Au bout de trois jours, les pouvoirs conférés au cardinal del Giudice lui furent retirés. On confia la direction principale des affaires aux soins d’Orri, qui avait été rappelé en , Espagne pour la seconde fois.

Le premier objet de madame des Ursins et de son protégé, fut d’introduire un nouveau système d’administration, et d’ôter toute participation dans le gouvernement aux Espagnols dont l’attachement ne leur était pas parfaitement connu. Grimaldo jouissait d’une grande influence en sa qualité de secrétaire d’état; il reçut la démission de cet emploi , qui le mettait à même de devenir un adversaire redoutable; on ne lui laissa plus que le département de la guerre et des Indes,

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L’autre secrétaire, Mejorada, fut remplacé par don Manuel Vadillo ; on ôta à don Francisco Ronquillo le gouvernement du conseil de Castille^ qui fut divisé entre cinq personnes diffé- € m ■ 4

' rentes. On nomma aussi quatre présidenS pour le conseil des finances, et trois pour celui des Indes ; de pareils changemens eurent lieu dans les autres parties de l’administration. Par toutes ces mesures on voulait tirer les Espagnols de leur indolence , en les forçant d’entrer dans les vues du nouveau gouvernement; enfin le département important des finances fut partagé . entre Orri et le comte de Bergueik (*). Le pre-

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(*) Cette nouvelle organisation des conseils et du gouvernement est désignée par les Espagnols sous le nom de la planta de Orri. Une innovation de cette nature ne pouvait manquer de rencontrer une forte opposition de la part des partisans de l’ancienne routine. I.e marquis de Saint- Philippe, qui n’aimait pas Macanaz , et qui lui reproche d’a- ~

vdir été le principal auteur de ces innovations , prétend que ^ la diversité des juntes, au lieu d’accélérer l’expédition des affaires , entravait évidemment leur marche.

Il se peut que quelque confusion ait signalé ces réformes dans les premiers momens ; mais la division du conseil en sections pour la discussion des affaires , les réglemens mieux1 entendus pour mettre de la clarté dans celles-ci, l’abolition d’un trop grand nombre de jours de vacance , qui retardaient l’administration de la justice et. suspendaient le cours des affaires, étaient sans: contredit des mesures aussi sages qu’utiles, et il faut savoir gré de celte amélioration , soit à

Orri , soit à Macanaz.

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mier resta à peu près le maître de toute l’autorité ministérielle; le second, non moins impérieux et aussi tranchant, s’offensa de l’air de supériorité que prenait son collègue, etcabala, ainsi qu avaient fait les ministres précédens, contre la princesse des Ursins; mais trompé comme eux dans son attente , il se rebuta , donna sa démission et retourna en Flandre.

11 est de toute justice de reconnaître que plusieurs changemens introduits par Orri dans le système d’administration intérieure étaient bien entendus, et qu’ils eurent d’heureux résultats. Sans ajouter une foi aveugle aux louanges extravagantes de ses partisans , nous nous faisons un

devoir de le defendre contre des accusations non moins exagérées de la part de ses ennemis; et quoiqu’à la distance qui nous sépare de cette époque, il ne soit pas facile de retracer ses plans dans toute leur étendue, un coup d’œil sur ses principales améliorations suffira pour donner une idée du mérite réel de ce ministre.

Formé à l’école française , il dut naturellement y puiser tous les elemens du plan d administration financière qu’il chercha a établir en Espagne. 11 fut cependant contrarié dans son exécution par les ambassadeu rs de Fra nce et par les Espagnols to u t à la fois. Pendant son premier séjour en Espagne, il parut borner ses efforts à l’adoption de quelques mesures, telles que de se procurer quelques

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ressources pour faire face à la dépense ordinaire, d’introduire des améliorations et des économies dans l’administration militaire, et d’établir, dans le personnel de l’administration, quelques changemens partiels, que le temps et les circonstances rendaient indispensables. Il rédigea surtout un projet lumineux pour la réversion à la cSuronne , des fiefs royaux qui, dans les deux Castilles, avaient été , soit engagés , soit aliénés pendant les troubles de la monarchie. Plusieurs rois d’Espagne avaient recommandé à leurs successeurs cette mesure dans leur testament; mais aucun ministre ne s’était senti assez fort pour la tenter. Orri réunit tous ces fiefs dans une même catégorie ; et, pour concilier les règles de la justice avec la préroga- * tive royale, il créa une junte, qui fut autorisée à juger et à déterminer les droits des individus qui pourraient produire des titres valables. A l’époque de son renvoi , en 1 704, ses projets avaient été tout à coup suspendus ; et, quoique son système d’administration eût été conservé pendant la surintendance d’Amelot, les finances, par suite des changemens et des troubles qui survinrent, étaient tombées dans ce même désordre dont il avait voulu les affranchir.

Orri, de retour en Espagne à l’époque propice de la signature récente de la paix, élevé au pouvoir par la faveur illimitée dont jouissait sa protectrice, reprit le cours de ses vastes projets. 11

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résolut de mettre un terme aux vexations multipliées et aux abus qui ne servaient qu’à entretenir une armée de fermiers, de percepteurs, de gardes et autres employés, non seulement dans le ministère des finances, mais encore dans les villes et les provinces. En conséquence, on rendit, le 26 décembre 1715, un décret royal, par lequel on rétablissait enfin , dans cette .machine discordante et compliquée , un ordre aussi simple que précis. L’administration de l’Espagne fut divisée en vingt et une provinces, toutes gouvernées par des règles uniformes et affermées chacune à une seule personne (*). Un mois après, on appliqua la même méthode à un département où la confusion était encore plus marquée, celui des douanes, dans lequel les attributions des différens employés,

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(*) Avant que la nouvelle méthode d’administration des rentes provinciales ne fût établie, le trésor avait à s’entendre avec plus de quatre-vingts fermiers ÿ car non seulement dans chaque province, mais même dans chaque ville, il y en avait plusieurs, soit pour les alcabalas , soit pour les millones. Il en était de même pour les autres rentes dont la perception ne pouvait se faire qu’en multipliant les gardes, les percepteurs et autres employés , ce qui entraînait des dépenses considérables et des vexations nombreuses. Dans le seul royaume de Grenade , on comptait dix-sept fermages pour les rentes provinciales , outre plusieurs autres rentes qui étaient administrées ou affermées séparément. La même chose arrivait dans toutes les autres provinces du royaume j en sorte que dans chacune d’elles

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et des gardes préposés aux diverses branches dans un meme port, avaient donné lieu à toutes sortes de fraudes et d’abus, d’où résultaient la ruine totale des fabriques , celle du commerce national et des pertes immenses pour le trésor royal. Ce dé- * partement fut d’abord divisé en dix-sept fermes, vcomme les contributions de l’intérieur de l’Espagne; mais par la suite, il fut placé sous la di- * rection immédiate du conseil des finances. Les mesures pour l’adoption du nouveau système avaient été si bien conçues , et préparées avec une telle prévoyance, que tout commença à marcher sans aucune difficulté ni aucun retard. La publication de ces deux décrets peut être considérée 4 comme une nouvelle ère, dans l’histoire économique de l’Espagne, et comme la base de ces développemens importans que le gouvernement de Madrid a constamment cherché depuis à donner à son administration financière.

Orri, plein de zèle pour les réformes utiles, se

il y avait auparavant autant de fermiers qu’il en existait , du temps d’Uztariz , dans les vingt et une. Leur nombre réduit n’allait pas au-delà de seize. Tous sont si solvables , dit-il, qu’ils paient un mois à l’avance, et sans qu’il y ait de faillites, comme cela arrivait très souvent autrefois. Uztariz , Théorie et pratique du Commerce et de la Marine , page 1 4y. Saint- Philippe , tome III , page 83. Noailles , tome T, II , III et IV. Passirn.

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proposait encore de réduire le pouvoir et les privilèges du clergé. 11 voulait mettre un terme aux abus ecclésiastiques, et diminuer surtout le pouvoir formidable de l’inquisition. Il était soutenu dans ce projet par le confesseur du roi. Robinet, et appuyé par don Melchior de Macanaz, qui, par sa grande capacité et l’énergie de son caractère, s’était élevé de l’emploi de juge dans un tribunal inférieur d’Aragon au poste de fiscal (procureurgénéral) au conseil de Castille, et qui s’était prononcé déjà contre les immunités du clergé. A l’instigation d’Orri et de la princesse des Ursins, il présenta un Mémoire au roi, dans lequel il s’attachait à prouver que les abus de l’Eglise avaient été préjudiciables aux intérêts de la couronne; que le privilège de Y asile avait fait du sanctuaire de la Divinité le refuge des criminels; que beaucoup d’autres immunités civiles du corps ecclésiastique étaient nuisibles à l’autorité royale et au trésor public à la fois ; et que le tribunal du nonce du pape ( la nunciatura ) exerçait un véritable despotisme.

Ce Mémoire fit une impression profonde sur l’esprit de Philippe, qui, suivant la marche accoutumée de ces sortes d’affaires, le renvoya à l’examen du conseil de Castille. Cette circonstance, que le hasard ou tout autre motif avait amenée, devint funeste à un projet assez peu en harmonie

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avec l’état de l’Espagne, ainsi qu’à ses auteurs.

L’œil pénétrant de l’inquisition découvrit bien- iS^y tôt le Mémoire , qui fut dénoncé solennellement comme hérétique, et subversif de la foi catholique.

Deux jurisconsultes français, dont on avait sollicité les avis et les lumières, se trouvèrent enveloppés dans la sentence. Par considération pour le roi, le nom de Macanaz fut passé sous silence.

Le décret de l’inquisition, après avoir été envoyé à Paris pour obtenir la sanction du grand-inquisiteur, le cardinal del Giudice (*), fut affiché |dans les églises, dans les places publiques du royaume et jusque sur les murs du palais du roi.

Les réformateurs rassemblèrent alors toutes* leurs forces pour parer ce coup dangereux et inattendu. Ils représentèrent la publication de la sentence de l’inquisition comme un attentat scandaleux contre la couronne. Le roi en fut si vivement irrité , qu’il en exigea la révocation et fit enlever les affiches des églises. Il eut meme la pensée de suspendre le Saint-Office de ses fonc- * *

tions ; Robinet et le frère de Macanaz furent nommés inquisiteurs par intérim > et le cardinal del * * Giudice eut ordre de donner sa démission. Le roi le rappela de Paris, et envoya un ordre pour

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