‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 16 sur 32 · SES · texte numérisé non relu

SES

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(*) Depuis qu’il avait cessé de diriger les affaires , il avait été chargé d’une mission publique à Paris.

qu’en arrivant sur la frontière on lui interdît l’entrée de l’Espagne. (*)

Cependant l’Inquisition , forte de son pouvoir établi depuis si long-temps , osa braver le monarque, et trouva moyen de faire échouer les fF . projets du ministère. Le renvoi du cardinal del Giudice n’eut pas lieu , parce que le pape refusa d’accepter sa démission; et les inquisiteurs récemment nommés par le roi, n’osèrent pas prendre possession de leurs places. On effraya la conscience du trop scrupuleux monarque; une junte

de théologiens fut convoquée; elle émit un avis

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favorable au Saint-Office, et censura le Mémoire

de Macanaz. Le conseil de Castille confirma en-

suite cette décision; car tout en donnant à cet écrit de faibles éloges sur quelques points, ce

4 conseil lui trouvait le défaut d’être en général

trop violent, et contraire aux principes de la foi catholique. Philippe plia donc devant les hautes autorités tant civiles qu’ecclésiastiques de son royaume, et évita d’adopter l’avis de ses ministres , quoiqu’il continuât pourtant a défendre ^ ^ - Macanaz contre la vengeance du redoutable tribu- * nal, dont ce confesseur n’avait provoqué la colère

que par zèle pour le service de sa couronne. (a) (*) (') Saint-Philippe.

(a) Saint-Philippe, tome III, pages i#o à i5o.

(*) Voici la teneur du décret rendu par le cardinal del

Giudice:

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CHAP

Ces différentes reformes, et surtout tive pour diminuer le pouvoir des soulevèrent tous les esprits contre mais la faveur et l’influence de la princesse

Don François del Giudice , par la divine miséricorde, '

Prêtre Cardinal du titre de Sainte-Sabine , Archevêque de

Montréal, Protecteur du royaume de Sicile , Inquisiteur

général de tous les royaumes et seigneuries de Sa Ma-

jesté, de son Conseil-d’Etat.

Par la teneur de la présente , nous ordonnons que l’on saisisse et défende en entier le livre in-quarto imprimé à Paris , 1712, ayant pour titre : Joannes Barclai de polestatc Papœ pro Guillelmo parente et adversurn Roberti S> R ccclesiœ Cardinalis Bellarmini tractatum de potestate Papœ in rébus temporalibus , d’autant qu’il contient des propositions d’une doctrine erronée, tenant de l’hérésie, impie, injurieuse au Saint-Siège Apostolique et à quelques pontifes de glorieuse mémoire , et contre l’immunité ecclésiastique , et que ce livre est la défense d’un autre condamné, et qu’il cite plusieurs livres défendus pour le même sujet.

Un livre in-octavo écrit en français , traitant de l’auto-

rité des rois en ce qui regarde l’administration de l’Église, imprimé à Amsterdam en 1700 , ayant pour auteur IVF Talon, ci-devant avocat - général , et depuis président du Parlement de Paris, parce qu’il contient dès propositions scandaleuses , téméraires , erronées , contraires à l’ Écriture- Sainte , injurieuses atfx saints Conciles, et opposées à l’autorité du Saint-Siège, à la puissance, l’immunité et la juridiction Apostolique , tenant de l’hérésie et du schisme.

Un papier manuscrit qui commence par ces mots : El fiscal general , et finit : Madrid, 10 décembre 1 7 1 3 , sans

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Ursins étaient trop bien affermies pour que le mécontentement populaire , ni même le pouvoir du clergé, eussent pu les ébranler si elle n’eût pas offensé la cour de Versailles, en s’opposant a

signature ( c’est l’écrit de Macanaz ) , avec une addition qui commence par ce mot : Pondéra , et finit par ceux-ci : se consulta a vuestra magestad , contenant cinquante-cinq paragraphes; parce qu’il contient des propositions séditieuses, scandaleuses , téméraires , injurieuses, avilissant la religion et l’état ecclésiastique tout entier, et qu’il a été rédigé dans le but de renverser toute Immunité et jurisprudence ecclésiastique, ainsi que la puissance Apostolique, offensant les oreilles chastes, tenant de l’hérésie, schismatique, erroné et hérétique.

Nous voulons qu’aucunes personnes , de quelque qualité et condition qu’elles puissent être, ne gardent, lisent ou vendent lesdits livres et n’en conservent des manuscrits, ou les impriment de nouveau , sous peine d’excommunication majeure, de 200 ducats au profit du Saint- Office ; à l’effet de quoi nous procéderons contre les désobéissans ,

"et ordonnons que depuis le jour que notre présent décret sera lu, et dans les neuf jours suivans , on apportera à nous présens, aux tribunaux du Saint-Office, ou à ses commissaires qui résident dans les lieux de sa juridiction , les , susdits livres , manuscrits , et l’on dénoncera les personnes qui les gardent ou cachent après le terme expiré. Ceux qui n’obéiront pas seront traités comme rebelles et encourront les peines usitées en pareil cas. Nous prononçons contre eux , à présent et pour l’avenir, sentence d’excommunication majeure , et nous déclarons qu’ils auront encouru lesdites censures , que nous procéderons contre eux à leur exécution; eu foi de quoi, nous avons rendu le

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la paix , et surtout si elle ne fût tombée dans une de ces erreurs , dont les esprits les plus prévoyans, les plus élevés et les plus circonspects ne savent pas toujours se garantir.

présent décret signé de notre main , scellé de notre sceau , contre-signé par le soussigné, secrétaire du Roi et de son Conseil. Marli 3o juillet.

Signé t Cardinal dkl Giudick , Inquisiteur- Général ;

* Don Antonio Alvarez de Fuente, Secrétaire

du Roi et de notre Conseil. 1

« Un mandement d’inquisiteur, dit Duclos , Mémoires secrets , tome I, page 110, daté de Marli, et affiché dans Paris , y parut une chose fort bizarre. C était contre un Espagnol ; mais cet Espagnol soutenait des maximes françaises , et qui devraient être de tout pays. » Duclos aurait pu ajouter que cet acte d’autorité, signé dans une des résidences royales de France , et contre un président du parlement de Paris qui avait défendu avec zèle et avec savoir les prérogatives de l’autorité civile , était quelque chose de plus qu’une bizarrerie , et que c’était une insulte qui aurait mérité une sévère punition *. Il est probable que si la princesse des Ursins eût conservé son influence à Madrid, le cardinal , non seulement eût perdu sa place d’inquisiteur-

1 Mémoires de Lamberti , tome VIII, page 709.

* L’Inquisition a conservé jusqu’aux derniers jours de son existence les ouvrages de Bardai et de Talon, dans son index expurgatoire. Le grand-inquisiteur, don Joseph Ra mon d’Arce, ayant chargé le chanoine Villanueva d’en préparer un nouveau dans un esprit moins opposé à la raison que celui qui était en vigueur, on se préparait à faire rayer ces. ouv rages, si favorables aux droits d,e l’autorité civile, lorsque les évenemens politiques de 1808 empêchèrent de réaliser ce projet. Villanueva , pages 1 1 5. et 138 de sa Vie littéraireT

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général , mais l’inquisition elle-même eût couru de grauds dangers; car celte dame favorisait les réformes projetées par Orri, réformes qui ne pouvaient être mises à exécution sans détruire les abus introduits 'dans l'administration ecclésiastique. Le sort en décida tout autrement. Le malheur » de l’Espagne voulut que madame des Ursins fût disgr Del Giudice

aciee.

conserva son pouvoir, et Philippe V expia ses premiers décrets par une amende-lionorablé. Le parti italien, ennemi de l’autorité royale, l’emporta par suite du mariage de ce monarque avec Élisabeth Farnèse , et de l’influence d’Alberoni. Macanaz se sauva en France, js.

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On peut lire. les divers ouvrages de ce magistrat, dans le Semanario erudito , publié par don Antoine Valladares de Sotomayor. L’auteur s’y élevait , dit M. Llorente , dans le deuxième volume de son Histoire de l’Inq uisilioji d’Espagne , contre les abus qui se commettaient à la cour de Rome, contre ceux des, immunités du cierge et des tribunaux ecclésiastiques; il appelait l’attention publique sur les suites funestes qu’avait pour l’État la multiplication des moines et de plusieurs autres corporations. Les qualificateurs , au moment de prononcer sur ces ouvrages , firent voir clairement qu’un esprit de haine et de vengeance les avait inspirés ; mais il est assez plaisant de trouver dans la procédure de Macanaz un livre ainsi intitulé : Défense de l’Inquisition , écrit par lui-même. Les inquisiteurs le qualifièrent à’ ironique , parce qu’ils découvrirent certaines ch osés

qui n’étaient pas vraies ; leur opinion se trouva confirmée quelque temps après j>ar un autre écrit de Macanaz, iuti-

logne, d aller à Madrid, sous prétexte de faire à Philippe des complimens de condoléance à l’occasion de la mort de la reine , mais dans le but réel d’obtenir un consentement à la paix. La princesse des Ursins s’étant aperçue de l’objet du voyage, non seulement eut assez d’influence pour l’empêcher, mais elle persuada Philippe de faire dire au maréchal que sa présence à l’armée serait plus avantageuse pour son service qu’un compliment de condoléance. Offensé de cette sortie assez peu respectueuse , Louis XIV répondit qu’il n’enverrait ni troupes ni vaisseaux contre Barcelonne, jusqu’à ce que la paix fut signée avec la Hollande ; mais madame des Ursins était si bien déterminée à ne pas abandonner la principauté qu’011 lui promettait dans les Pays-Bas, qu’elle parvint à l’emporter sur l’impatience qu’avait Philippe de voir les Catalans réduits à l’obéissance. Elle lui persuada de ne faire aucune réponse à la déclaration de son grand-père , et elle envoya Qrri en Catalogne pour s’assurer si les ressources de l’Espagne

tulé : Apologie de la défense écrite par F. Nicolas Jésus de Belando , en faveur de V Histoire civile d* Espagne , prohibée injustement par t Inquisition . Malgré cette sévérité des in-

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quisiteurs , Ferdinand VI permit à Maçanaz de revenir eti Espagne , et l’envoya plus tard au congrès d’Aix-la- Chapelle , comme son ambassadeur.

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ne seraient pas suffisantes pour soumettre la province sans aucun secours etranger. Convaincue enfin qu’il n’était pas possible de se passer de l’assistance de la France, elle fit de nouvelles démarches auprès de la cour de Versailles, quoique sans montrer la moindre disposition à se désister de ses prétentions.

Dans cet état de choses , des altercations inconvenantes éclatèrent entre madame des Ursins et l’ambassadeur de France , le marquis de Brancas. Elle retira à l’ambassadeur toute intervention dans les affaires de la cour. Lui, à son tour, se vengea en l’accusant d’intercepter ses dépêches. 11 déclamait sans cesse contre sa funeste influence dans le gouvernement. 11 lui reprochait de traverser les plans de Berwick, au détriment de la gloire de l’armée française , et du bonheur de l’Espagne. Enfin, il déclara qu’elle était capable de souffrir que les troupes françaises envoyées dans ce pays manquassent de tout et mourussent même de faim.

Les plaintes de l’ambassadeur aggravèrent le mécontentement de Louis XIV. Il fit savoir de nouveau sa résolution de ne plus envoyer de secours à Philippe , et son intention d’arrêter même la marche des troupes qui étaient destinées à agir contre Barcelonne. Il ajoutait, du ton d’un monarque offensé dans sa dignité : « Je

ferai une paix séparée avec la Hollande et avec 1 empereur, et je laisserai l’Espagne se défendre seule contre ses ennemis. Je suis bien décidé à ne plus m’attirer de nouveaux malheurs pour plaire à madame des Ursins et à procurer à mes ^iujèts te repos dont ils ont besoin ». Pour mieux exciter la haine nationale contre cette femme ambitieuse , on permit à Brancas de répandre cette déclaration au nom de son souverain.

Madame des Ursins fut alors sérieusement alarmée de cette attaque ; elle employa toute son adresse pour apaiser le monarque français par T entremise de madame de Mainte non. Mais elle répéta en vain que ses prétentions n'avaient pas entravé la paix; en vain elle rappela ses services passés ; en vain pressa-t-elle Philippe de demander le rappel de l’ambassadeur, aucun secours ' ne fut envoyé contre Barcelonne ; et il fut loi- i sible aux Catalans d’augmenter leurs moyens de résistance. Enfin la fermeté de la cour dé"' France et la crainte des suites de son ressentiment, forcèrent madame des Ursins à se soumettre. Ce cardinal del Giudice fut envoyé à Paris; il parvint a rétablir la bonne harmonie entre les deux cours, qui continuèrent à correspondre sans aucune aigreur. Philippe fit passer à ses plénipotentiaires, à Utrecht, ses pleins pouvoirs pour conclure la paix.

Cette soumission , faite à propo£ ,

dissipa l’orage r

qui commentait à se former. Louis parut satisfait des explications de madamedosUrsins. \ æs troupes qui venaient d’évacuer la Sicile curent ordre de rejoindre F armée destinée à agir contre Barcelonne; mais au moment où tout annonçait le

calme, l’ambition de madame des Ursins et sa confiance présomptueuse l enveloppèrent dans une nouvelle disgrâce à laquelle elle était bien loin de s’attendre.

Philippe avait reçu de la nature une forte constitution ; ses goûts et son caractère le portaient h désirer vivement les plaisirs du mariage (*). A peine les restes de la feue reine avaient-ils été déposés dans les caveaux du Panthéon de l’Escurial, qu’il s’agissait déjà pour lui de contracter un nouveau lien. On jugeait nécessaire alors, comme on L’avait. * lait, jadis, de lui choisir une princesse qui, avec des qualités propres à gagner son attachement, n’eùt ni les talens ni l’amour de commander d’une ma-

(*) Philippe n’aimait rien tant que les plaisirs du mariage. Les mémoires du temps s’accordent tous sur la constitution ardente du monarque. On peut- -lire dans les Mémoires secrets du marquis de Louville , tome II , page 99 , l’entretien qu’il eut avec le confesseur Daubcnton et les alarmes de celui-ci. Mais les mémoires sont également d’accord sur la fidélité inviolable de Philippe à la couche nuptiale; tous affirment unanimement que scs sentimens religieux , l’amour de ses devoirs, et rattachement pour les deux femmes

qu’il eut, firent de lui un modèle de "fidélité conjugale à citer, malgré l’ardente constitution que la nature lui avait donnée.

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nière absolue. Louis XIV, qui cherchait à fixer le choix de Philippe, proposa une des princesses de Portugal, ou de Bavière, ou une fille du prince de Condé. Mais la destinée future de l’Espagne et le choix d’une reine qui devait, au nom de Philippe, pacifier ou troubler l’Europe , ne fut point laissé à l’option du monarque français. La princesse des Ursins, seule arbitre des volontés d’un roi faible, était trop prévoyante et trop ambitieuse à la fois pour perdre cette occasion d’affermir sa puissance et de fixer sa destinée.

Nous ne savons pas si c’est avec raison qu’on a prétendu qu elle avait consolé Philippe de la perte de sa bien-aimée Louise; mais ce qui est du moins évident, c’est qu’elle aspirait a partager et le trône et la couche royale. Avec tout autre souverain , un semblable projet, à l’àge déjà avancé de madame des Ursins, aurait paru trop bizarre pour qu’on en eût même conçu le soupçon ; mais comme il s’agissait d’un homme dont Alberoni . avait décrit assez grossièrement le caractère, en disant qu’il ne lui fallait qu’un prie-dieu e le coscie di Una donna (') ; si l’on considère les artifices, le caractère et l’ambition de la princesse des Ursins, le projet peut paraître assez vraisemblable. D’ailleurs le temps ne lui avait pas encore tout-à-fait enlevé ses attraits person-

(') Dbclos, tome II, page 64.

nels; toutes les ressources de l’art étaient employées pour relever leur éclat. A une taille qui conservait encore toutes les formes de sa première élégance, à des manières prévenantes, à une mise recherchée , à une vivacité qui ne se démentait jamais, elle unissait ce ton d’assurance que donne la longue habitude du pouvoir. 11 faut dire aussi qu’elle avait acquis des droits incontestables au respect et à l’estime du monarque par les fidèles services qu elle avait rendus, par ses soins à alléger pour lui le fardeau de l’administration , et surtout par la tendre sollicitude qu’elle avait témoignée pour ses augustes enfans. Ajoutons encore que l’habitude d’une société constante et familière, et la consolation qu’il en avait reçue lorsque son cœur était accablé par le chagrin, avaient dû faire naître dans son âme un senti-

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ment qui , s’il n’était pas l’amour, pouvait du moins s’appeler une tendre affection. N’est-il pas probable aussi que la conscience de tant d’avantages dut éveiller l’ambition d’une femme qui avait la passion de commander, et qui , par sa grande influence, non moins que par un air de dignité qui lui allait si bien, était faite pour porter le titre et soutenir la représentation qui convient à une souveraine.

Du reste, son projet, si elle l’a eu réellement, a dû nécessairement rester couvert d’un voile impénétrable. Mais si l’on doit ajouter foi aux asser-

lions d’ Alberoni et d’ Elisabeth Farnèse , ainsi qu’à l’aveu de Philippe lui-même , elle conçut ce projet, et il n’échoua peut-être que par la honte que firent naître dans l’esprit de Philippe les sarcasmes lancés très à propos par son confesseur. (*) (*)

Mais en livrant ces observations au jugement des personnes qui aiment à pénétrer les secrets de l’histoire privée, il est du moins hors de doute que la princesse des Ursins fut intéressée à choisir une reine qui lui fût aussi attachée que l’avait été la dernière. Ayant d’ailleurs trop d’esprit pour contribuer au choix d’une princesse qui pût être gouvernée par une cour étrangère, elle sut écarter avec adresse les propositions de Louis XIV ; elle s’occupa uniquement à découvrir une princesse de quelque petite cour, qui réunît à la beauté un caractère aimable ét des (alens médiocres, qui la missent dans le cas de se

(*) « Le roi, dit Duclos, aimant à s’entretenir des nouvelles de France avec son confesseur, lui demanda un jour

ce que l’on disait de nouveau à Paris : Sire , répondit Robinet , on y dit que Votre Majesté va épouser madame des Ursins. Oh ! pour cela , non , dit le roi sèchement ; et il passa, v. ( Mémoires secrets , tome I, page 74*)

(') « Madame des Ursins était trop âgée pour avoir des enfans, dit Duclos; mais le roi avait trois fils qui paraissaient assurer la sucession ; et avec son ardeur et ses scrupules , il lui suffisait de trouver une femme , et qu’elle fût la sienne. »

laisser guider par celle à qui elle devrait son élévation. Cette recherche importante l’absorbait tout entière, lorsqu’une insinuation fortuite d’Àlberoni, l’agent habile du duc de Parme, la détermina à fixer son choix sur une princesse de la maison de Farnèse. (*)

En s’entretenant avec Alberoni , pendant que . le convoi funèbre de la feue reine passait, elle

lui dit : « Il nous faudra, chercher une autre

femme pour le roi » , et elle nomma alors plusieurs princesses. Le rusé italien trou vait toujours quelque chose à opposer à chacune d’elles; et, devinant toute la pensée de son interlocutrice, il lui dit : («Il vous faut, madame, une princesse obéissante et docile, et qui n’aime pas à se mêler des affaires d’état. » Madame des Ursins demandant alors : « Où trouverons -nous cette personne? » il parcourut rapidement toutes les familles de l’Europe; et ensuite, comme si l’idée lui en était venue tout a coup, il nomma Elisa-

(•*) L’auteur de la Fie cl’ Alberoni , publiée à La Haye en 1722 , a inséré une lettre-d’Alberoni à un de ses amis, dans laquelle il affirme que le mariage fut arrangé sans le consentement, et même sans la connaissance de la princesse des Ursins ; mais cette lettre est évidemment controuvée , ainsi

que cela est démontré par le témoignage authentique die

l‘oggiali , auteur des Memorie istoriche de Piàcenza , ainsi que par l’aveu d’Albcroni lui-même , dans l’apologie qu’il écrivit à la suite de sa disgrâce. *

beth Farnèse, fille d’Edouard, le dernier duc de Parme, ajoutant avec le meme ton de franchise et d’ indifférence : « C’est une bonne fille , grasse, robuste, pleine de santé, élevée dans la petite cour de son oncle le duc François, et accoutumée à n’entendre parler que du travail de l’aiguille et de broderie (*) ». 11 glissa aussi quel- . ques mots fort adroitement sur les droits qu’elle avait aux duchés de Parme et de Toscane, et qui pouvaient contribuer un jour à rendre à l’Espagne son ascendant en Italie.

La princesse des Ursins ne répondit d’abord rien de positif à ces ouvertures d’Alberoni, mais la confiance qu’il lui inspira la décida secrètement. Ce ne fut qu’au bout de trois mois, pendant lesquels l'impatience de Philippe n’avait fait que s’accroître, qu’elle se rendit enfin à ses désirs et lui proposa d’obtenir le consentement, de Louis XIV pour un nouveau mariage, quoique sans faire aucune mention de la duchesse de

(*) Voici les propres expressions de Poggiali ; il tenait ce fait d’une personne de considération à qui Alberoni , luintéine, l’avait raconté.

« Questo pur freddamente , e corne a mezza voce, lanorninô , aggiugnendo per allro , ch’clla era una buona Lombarda, impastata da butte.ro e fromaggio Picentino , elevqta alla casalinga , nella pic cio la corte del duca Francesco, suo zio e patrigno , ed avezza di non sentirsi di ch 'altro parlarc chc di mertclli ricatni et tele. » Poggiali, Memorie istorichc diPiacenza, page 27J).

21 6 PHILIPPE V. r .

Parme. En conséquence, elle fit venir son neveu le comte de Chalais, officier des gardes espagnoles, qui se trouvait au siège de BarcelonnëÇ pour le charger de cette mission. Elle le présenta à Philippe; mais le timide monarque étant embarrassé d’avouer son désir, la favorite prit la g parole en disant : « Sa majesté désire se marier, et vous ordonne d’aller a Paris , afin d’obtenir le consentement et la recommandation du roi de France. » L’embarras de Philippe ayant cessé, il l’autorisa formellement a remplir cette mission importante. M. de Chalais. prit congé du monarque et se rendit à la cour de Versailles.

Ce fut dans ce moment meme, ou très peu de temps après, qu elle conseilla à Philippe de demander la main de la duchesse de Parme; lui faisant sentir la nécessité de tenir la chose secrète, .afin d’empêcher l’empereur de travailler sous main à rompre un mariage qui devait donner à l’Espagne des États en Italie. Un courrier fut - expédié sur-le-champ à M. de Chalais pour lui donner contre-ordre; mais on ne put l’atteindre sur la route, et il arriva a Paris avant le courrier. L’arrivée inattendue du comte de Chalais ne put qu’exciter la curiosité du cabinet de Versailles. Il supposa des affaires particulières, car il avait reçu le contre-ordre; mais on épiait avec trop de soin tous ses mouvemens , pour en être aisément dupe. Enfin, après avoir refusé de dé-

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clarer à Torci l’objet de son message , il dut obéir aux ordres du roi lui-même, à qui il en fit part dans une audience particulière.

La princesse des Ursins avait déjà obtenu la dispense du pape; et, par l’entremise d’Alberoni, elle s’était assurée du consentement de la cour de Parme. Elle jugea alors qu’il était convenable de faire à Louis XIV une communica-

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