‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 19 sur 32 · HM · texte numérisé non relu

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:at de l’Europe. — Contestations politiques et commerciales entre l’Espagne et l’Angleterre, et vues de Philippe sur le trône de France. — Alberoni travaille pour opérer une rupture avec la France , et en faveur de l’union avec l’Angleterre. — Conclusion d’un traité de commerce. — Philippe se déclare contre le prétendant.— Correspondance de M. Dodington, ministre d’Angleterre à Madrid ; ses rapports avec Alberoni. — Propositions faites à l’Angleterre pour une alliance contre l’empereur. — - Elles ne sont pas agréées. — Traité qui prépara la Conclusion de la triple alliance.

Ayant de signaler la marche tenue par Alberoni, et de développer le plan et les vues d’un CfT?* ministre sous l’influence duquel l’Espagne fut appele'e a jouer un grand rôle en Europe , il jfBÎf est bon de jeter d’abord un coup d’œil sur les t* différentes puissances plus immédiatement inté- ^ ressées dans les affaires de la Péninsule, par suite des stipulations du traité d’Utrecht.

tf/ • L’empereur ne se berçait plus de l’espoir d’en-

lever le sceptre espagnol aux mains dfc son heureux rival ; mais il persistait toujours à porter

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ciiAP. xxiv. — 8 1716-1717. ^55

le titre de roi d’Espagne. Il conférait l’ordre de la loison-d’Or; il établissait à Vienne un tribunal composé de ses principaux adhérens, sous la présidence de l’archevêque de Valence, et déclarait le conseil d’Espagne déchu de son autorité; $ il confisquait aussi , dans les Pays-Bas et en Italie, les biens de tous ceux qui avaient reconnu Philippe.

Les contestations auxquelles donna lieu l’arrangement précipité et imparfait qui termina la guerre de la succession , avait éloigné l’Autriche de toute liaison avec les puissances maritimes. L’empereur regrettait beaucoup la perte de la Sicile; mais ce qui surtout le contrariait, c’était les conditions onéreuses sous lesquelles il aurait à recevoir les Pays-Bas, telles que l’occupation des principales forteresses par des garnisons hollandaises , avec des revenus affectés à leur entretien; sans compter les entraves imposées par la cupidité mercantile des puissances maritimes sur le commerce et les manufactures de cette riche et industrieuse contrée. Il se trouvait aussi dans ce moment engagé dans une guerre contre les* Turcs, qui l’obligeait à concentrer ses forces dans les provinces de Plongrie les plus éloignées , en laissant sans défense ses nouvelles possessions d’Italie. (*)

(*) Maison (V Autriche , chapitres ni et v. ’ à w ' ’

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Les Hollandais se trouvaient presque aussi mécontens de la Grande-Bretagne que de l’empereur, par suite des discussions relatives à la barrière. Jaloux des Anglais qui leur avaient enlevé leurs avantages commerciaux, ils cherchaient l’occasion favorable de reprendre leur commerce lucratif avec les possessions espagnoles de l’Ancien et du Nouveau-Monde.

Georges Ier, qui venait de monter sur le trône d’Angleterre , n’avait pas à s’occuper seulement de ses démêlés avec l’empereur et les Hollandais; il avait bien d’autres embarras au dedans. Il est vrai qu’il était monté sur le trône d’Angleterre sans essuyer des secousses qui étaient fort à redouter, et que le parti qui avait sacrifié si légèrement les intérêts nationaux, se voyait vaincu et exposé à la vengeance de la partie offensée ; mais ce calme apparent cessa bientôt. Les Jacobites, qui vers la fin du dernier règne avaient acquis un dangereux ascendant, se mirent en rébellion ouverte , soutenus par les mécontens et les factieux des autres partis. Le prétendant débarqua en Ecosse (janvier 1716), déterminé à tenter un coup décisif pour remonter sur le trône : il était encouragé par la secrète assistance de la France et de l’Espagne. ‘ *

Les Whigs, qui avaient jadis frayé le chemin du trône à la- maison de Brunswick , étaient pour

le moment affaiblis par leurs propres divisions.

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CHAP. XXI Y. I716-I717. l5j

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Ce scjbisme qui, l’aunée suivante, devait jeter dans l’opposition les hommes les plus marquans de ce parti \ commençait déjà à se former ; le palais du roi lui-même était un théâtre de dis- ‘ sensions scandaleuses. Les contestations (') qui s’élevaient entre le roi et le prince de Galles . troublèrent tout à coup la paix domestique, et augmentèrent les dangers du trône.

La popularité qui avait accompagné l’avénement du nouveau souverain , et présidé à la formation d’une nouvelle administration , s’était bientôt évanouie. Les maîtresses et leurs adhérons avaient excité , par leur rapacité , la jalousie .* nationale contre les étrangers. On censurait vivement toutes les mesures prises par le souverain ; on les supposait dictées par des vues aile- é mandes, et. dirigées par des agens de cette nation. < >

Georges avait offensé les deux% grandes puis- J sançes du Nord, la Russie et la Suède, ensepa- * rantde cette dernière Brême et Verden, et en s’opposant aux tentatives de la première pour avoir quelque état en Allemagne. Il se trouvait. aussi engagé dans des querelles avec la France, relativement à l’exécution des derniers traités, particulièrement sur les deux points relatifs à la démolition de Dunkerque et au renvoi du prétendant.

(*) Mémoires de sir Robert ÎValpole , cliap. ix a xvi.

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Enfin, dans Ses communications avec l’Espagne, il éprouvait de bien plus grandes difficultés , qui venaient d une source intarissable, YsJsiento; car, malgré les stipulations claires et positives du traité, on n’avait encore rien arrêté à cet égard ; en sorte que les négocians anglais se trouvaient journellement exposés à de nouvelles vexations.

Lia guerre de la succession avait réveillé l’ancienne rivalité entre la France et l’Angleterre. Quoique l’épuisement de la population et des finances de la France , par suite des efforts qu’elle avait faits dans la dernière guerre, ne lui permît pas de reprendre les desseins ambitieux qui avaient mis en danger l’indépendance des Etats de l’Europe, on ne manquait pas de motifs pour

des hostilités indirectes. On avait aussi des moyens d’augmenter les embarras dont la maison de Brunswick était menacée. Néanmoins, tandis que le gouvernement mettait ainsi à profit les troubles intérieurs d’une puissance rivale, la nation était agitée par un ferment de troubles qui faisait craindre une guerre civile. Le changement dans l’ordre de la succession paraissait avoir ébranlé la monarchie jusque dans ses fondemens; un parti très nombreux dans le peuple et à la cour nourrissait un vif attachement pour Philippé, comme descendant du dernier nio-

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narque , et le regardait comme le principal appui de ce système politique, qui naguère avait * rendu la F rance 1 arbitre de l’Europe. Q)

Victor Améde'e, roi de Sicile, était peu salis- '* fait des cessions qui lui avaient été faites en ré- ç

compense de ses services dans la dernière guerre.

La cupidité qui caractérise sa maison, lui faisait convoiter le Milanais avec le titre de roi, en échange de la Sicile, île très importante par elle- . même, mais qui est éloignée, et dont la possession serait très précaire pour un prince sans forces maritimes. A cet effet, il entra dans une négociation secrète avec l’empereur, se flattant de l’espoir de pouvoir prétendre à une partie de - •la succession autrichienne, en mariant son fils le prince de Piémont, avec une des archiduchesses. Tout en suivant cette négociation entamée, il se réservait de prêter l’oreille à toute autre ouverture qui pourrait augmenter son pouvoir ou lui présenter d’autres avantages.

De son côté le pape ne voyait pas avec satisfaction la maison d’Autriche réunir Naples à 1 Empire et au Milanais. Il s’effrayait en considéîant que la puissance redoutable exercée jadis par les empiétemèns de la maison de Souabe en Italie menaçait de revivre. U faut ajouter à ces motifs

généraux de jalousie, d’autres causes moins fortes

(*) Mémoires du régent , duc d'Orléans.

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de divisions 1 concernant la principauté de Comacchio et la suzeraineté féodale de Parme et de Plaisance. Il s’ensuivait que le pape, dont l’importance comme souverain temporel était peu considérable, se trouvait très disposé à accorder à Philippe ses faveurs comme chef de la religion ; et certes, ces faveurs étaient assez importantes pour n être pas négligées dans un pays aussi catholique que l’Espagne.

Les petits Etats d’Italie , fatigués des exactions de l’empereur, et alarmés de ses prétentions à la suzeraineté féodale, ne demandaient pas mieux que de trouver un appui dans quelque puissance étrangère, dont la protection pût garantir leur sécurité.

Dans cette situation des affaires publiques ; Alberoni sentit bien que l’Angleterre et la Hollande seraient d’un grand poids dans la balance politique, et que leur assistance, ou du moins leur consentement serait d’une haute importance pour son dessein de rétablir la domination espagnole en Italie. 11 s’attacha donc à vaincre l’éloignement de son souverain pour les deux puissances qui avaient été ses plus dangereux ennemis dans la dernière guerre ; il se rendit garant auprès de lui de leur assistante publique ou secrète. Il chercha, en faisant une cour assidue^ au ministrp hollai^dais, le baron de Ri* perdà, à obtenir par son entremise l’appui ma-

ritimede la république, et il proposa pour cela de prendre douze de ses vaisseaux à la solde de l’Espagne, sous prétexte de protéger le commerce d’Amérique. Craignant aussi que la Hollande 11e fût influencée par l’Angleterre , il se servit de l’intervention de Riperdà pour faire lui - meme connaissance avec les ministres anglais, et offrit ses services pour rétablir la bonne intelligence avec l’Espagne.

L’envoyé anglais ( ' ) raconte ainsi sa première entrevue avec ce nouvel agent politique, à qui il n’avait jamais eu occasion de parler, et qu’il n’a vait pas vu jusqu’alors.

« Le baron de Riperdà m’avertit qu’il avait reçu un billet par lequel on l’engageait à se rendre à la cour où l’attendait une personne qui devait l’entretenir par ordre du roi. Il y fut , et trouva un monsieur (*) de haute volée, qui, 1 dit-il, lui montra une autorisation du roi pour parler avec lui au nom de Sa Majesté : ils causèrent longuement sur les affaires de Hollande. On promit à cet égard une satisfaction complète.

( 1 ) L’envoyé britannique , à cette époque , était M. Bubb ; il prit après le nom de Dodington , et sur la fin de sa carrière devint lord Melcombe. Il resta chargé des affaires de l’Angleterre à Madrid , par suite du départ de M. Methum , et fit preuve, en cette occasion critique , malgré sa j^incsse, d’une singulière discrétion , et d’une haute capacité.

(a) Alberoni.

Le monsieur le pria ensuite de venir le soir chez moi pour me dire de la part du roi qu’il était disposé à vivre dans la meilleure intelligence avec mon souverain. Désirant donner toutes les preuves imaginables à cet effet, il était prêt à révoquer les articles explicatifs , et à tout faire pour obtenir de vivre en bonne harmonie avec Sa Majesté britannique. Le monsieur désirait que j’en fisse part à mon souverain cette nuit même. » (*)

Dans une lettre postérieure, l’envoyé ajoute : « J’ai vu le monsieur, qui est ici le maître absolu. Il a un ascendant illimité sur la reine et, par là, sur le roi qui n’aime pas les affaires et qui se laisse mener par sa femme. Je dois ajouter que je ne vois ici aucun parti qui puisse lui résister. » (3)

• Dans les premières affaires diplomatiques qui furent traitées immédiatement après la paix d’Utrecht, le gouvernement anglais avait eu à lutter contre toute l’influence du parti des Bourbons , qui était très puissant, à la tète duquel se troi> vait le cardinal delGiudice, ministre principal, ainsi que contre la lenteur, les contradictions et les préjugés des Espagnols. Alberoni avait à peine

( ' ) M. Dodington , au secrétaire d’état Stanhope (20 septembre 71 5).

(3) Papiers de Mekombe, possédés par H. P. Vyndham-, Esq.

. CHÀP. XXIV. I716-I7I7V 205 #

paru sur la scène, que toutes ces difficultés s’étaient ,

évanouies. Les discussions commerciales , jusqu’alors entravées à chaque pas , furent terminées sur-le-champ. Alberoni lui-même présenta un nouveau traité dont il se constitua l’avocat, par lequel on annulait les articles explicatifs . O11 écartait tous les points en question, et l’on restituait aux Anglais les avantages commerciaux '

dont ils avaient joui pendant les règnes des monarques de la dynastie autrichienne. (l)

L’envoyé d’Angleterre, en annonçant d’un air \ ' triomphant à sa cour cette transaction , fait cette • •

remarque : « Nous avons signé la nuit dernière, après mille disputes, le traité ci-joint.... Je pense qu’en général il nous donne le droit de prétendre à tous les avantages que nous avions au temps de Charles II; le premier article semble établir nos . droits sur le même pied , et avec les mêmes avan- • tages et faveurs.

« Nous sommes convenus que la ratification aura lieu dans six semaines ; ce dont je suis fort ' aise , pour que nous puissions terminer le plus tôt possible ; car je vous prie d’observer que le ministère espagnol avait tout-a-fait gâté notre af-t faire , soit par ses vues étroites , soit par les bruits absurdes que les Irlandais avaient fait courir sur

(•) Projet de traité , dans les Papiers de Melcombe. Traité de commerce entre l' Angleterre et l’Espagne; (14 dé-

V 4 . % ^ yy. —L pi

cembre 1 7 1 5 ). . .

a64 . PHILIPPE V. »

nos dissensions intérieures, et auxquels quelques uns des membres avaient été assez crédules pour accorder une certaine importance. Je ne crois pas que 1 honneur du roi soit intéressé à détromper ici qui que ce soit, si ce n’est Sa Majesté catholique qui se trouve, je le pense, dans les meilleures dispositions pour vivre en parfaite intelligence avec le roi mon maître. Cependant, cela n’empêche pas que tout ce que nous avions arrêté le matin avec le roi , ne fût défait le soir par le cardinal del Giudice et par son parti ; je voyais qu’on élevait des soupçons auxquels je n’apercevais pas, je l’avoue, le moindre fondement. Nous avons été sur le point de signer huit jours de suite.

c< Hier je fus trouver notre ami (Alberoni), pour le prier de porter au roi le traité, et de dire, • en mon nom , à Sa Majesté catholique , que je croyais qu’il ne contenait autre chose que ce que Sa Majesté elle-même avait eu la bonté d’approuver plusieurs fois ; et que m’étant imposé le devoir de ne pas m’écarter en rien de ses ordres , et d’y employer ses propres expressions, j’espérais qu’elle voudrait bien considérer qu’il ne dépendait pas de moi de faire davantage, et qu’elle eût la bonté de terminer cette affaire de quelque manière que ce fût. Le monsieur le fit à la lettre. Le roi lut le traité, et lui demanda son avis. Il répondit qu’il croyait la demande très raisonnable; et que, si Sa Majesté le trouvait bon, le

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mieux serait de le déclarer ainsi tout de suite, et d’en finir une bonne fois. Le roi répondit qu’il le voulait bien, et lui ordonna de le faire signer. 11 vint à la secrétairefrie où il fit rédiger sur-le-champ les pleins pouvoirs pour le marquis de Bedmar; ils turent prêts dans la soirée : nous nous rendîmes chez le marquis de Bedmar que nous trouvâmes au lit, et qui ne savait rien de cette affaire, je pense, jusqu’à l’heure du diner. Là, après avoir lu le traité, nous le signâmes. Un des deux extraits fut envoyé au roi. Ce fut alors que je vis le marquis de Bedmar pour la première fois : ce sera probablement la dernière.

« Le comte Alberoni s’est conduit parfaitement et très amicalement dans cette affaire , et il m’a chargé de vous dire une foule de choses sur sa disposition à vous servir en tout; je vous en ferai grâce pour le moment. Seulement donnez-moi l’ordre de dire quelque chose en réponse pour lui de la part du roi ou de la votre , car cela fera bon effet, et je pourrai en faire un usage utile. » (*)

L’adroit et insinuant favori ne borna pas là ses ' services : non seulement il persuada au roi de retirer la promesse d’assistance faite par les ministres au prétendant, mais il se disposa à em- " ployer les expressions les plus vives d’intérêt et

(*) M. Dodinglon , au secrétaire d'état Stanhope. ( 1 2 dé- «

cembre 17 1$.) Papiers de Melcombc. \ • • f .

d’amitié envers le roi d’Angleterre. Lorsque del Giudice hasarda de témoigner de la surprise de voir la paix conclue avec un prince qui chancelait sur son trône, et qu’il sentait en devoir de recommander la cause du prétendant, dont il exagérait les progrès en Angleterre, le roi l’interrompit* à son grand étonnement , non sans consternation, par une réponse laconique, mais décisive : « Je regarde le roi d’Angleterre comme mon frère, et je suis décidé à vivre en amitié avec lui ; que je n’entende plus parler de cette affaire. » (*)

Non content de cette déclaration particulière, Alberoni obtint de son souverain un témoignage public et solennel de sa résolution de ne donner jamais aucune aide au prétendant ni à ses adhérons. La rédaction de l’écrit fut arrêtée entre Alberoni et l’envoyé d’Angleterre ; le roi y donna sa sanction avec aussi bonne volonté qu’au traité de commerce. La publication de cet écrit fit une grande sensation en Espagne, et contribua au découragement des partisans de lafamille exilée, tant en Angleterre qu’au dehors.

Le gouvernement anglais se trouva si reconnaissant des services rendus par Alberoni, que celui-ci ne douta plus de son appui , ou tout au

v 1 ) Dépéc he de M. Dodington au secrétaire d'état Stan hape ( 27 avril 17 16 ). • <,

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moins de sa connivence pour tout ce qu’il voudrait entreprendre. 11 profita donc de l’occupation de Novi par les troupes impériales pour interjeter appel auprès du roi d’Angleterre , en sa qualité de garant de la neutralité de l’Italie ; il chercha même à l’engager dans une alliance avec l’Espagne, sous le plausible motif de maintenir la foi des traités. Comme l’on croyait que ces représentations produiraient leur effet, le roi d’Espagne offrit aux Génois de leur envoyer un corps de trpupes espagnoles ; il leur promit sa protection efficace contre les usurpations de l’empereur. (x)

L’envoyé anglais lui-même proposa et soutint cette nouvelle liaison avec l’Espagne : « Je ne veux point, disait-il, tracer de nouveaux systèmes politiques; mais je pense qu’il peut se faire qu’en agissant conformément à la garantie promise sur un point dans lequel il parait indispensable d’intervenir, nous portions un coup funeste a l’influence que la France a ici, et que nous parvenions à diviser les deux nations. Nous pourrions tellement obliger la reine, qui est la seule qui gouverne ici , que Sa Majesté britannique fut regardée comme la protectrice de l’Espagne , et qu’elle fût plus favorisée que jamais pour son commerce. Nous pourrions engager cette couronne

(') Saint-Philippe, tome III , page 169.

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268 PHILIPPE y.' . *8?^

à entrer dans la garantie de la succession protestante, dont raffermissement seul, tant qu’il restera quelque vertu en Angleterre, sera plus important pour nous que toute autre affaire au monde , pour ne point parler d’une garantie commune du traité des barrières avec les Hollandais, à laquelle l’Espagne pourrait bien consentir, et que j’envisage comme un point essentiel pour notre sécurité. »

Abordant ensuite avec ménagement la proposition , il continuait : « Maintenant je vais yvous entretenir de ce que je crois être la pensée de cette cour et de ce qui peut probablement la déterminer à faire les alliances et à prendre les mesures que Sa Majesté désire soit à présent , soit pour l’avenir. J’ignore ce qu’on peut vous avoir écrit à cet égard ; mais je pense qu’ils n’auront rien demandé d’une manière positive ( au moins ils ne l’ont pas dit) qui puisse les exposer à un refus. Mais dans le cas où Sa Majesté voudrait agir en ami envers l’Espagne, et se prononcer en sa faveur, je m’imagine que la première chose qu’on lui demanderait serait d’interposer ses bons offices auprès de l’empereur, pour qu’il ne fit aucune innovation en Italie, et d’envoyer quelques vaisseaux de guerre dans la Méditerranée pour appuyer les vaisseaux du roi d’Espagne, comme son allié, sous prétexte de prévenir un débarquement de la part des Turcs.

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Si en même temps Sa Majesté ouvrait une négociation pour resserrer ses liens d’amitié avec l’Espagne, je ne doute pas qu’elle n’obtint des conditions auxquelles on était loin de s’attendre il y a six mois.

(( Je ne terminerai pas cette dépêche sans rappeler votre attention sur un point qui a pour but d’obliger la reine. Sa Majesté britannique est déjà garante de l’Italie. Si elle faisait un pas de plus , et qu elle garantit aussi la conservation des États de Parme et de Toscane à la reine et à ses héritiers , je suis persuadé qu’elle obtiendrait des conditions encore plus avantageuses. Ces deux garanties sont les principales à mon avis, et j’aime à vous les répéter : la garantie de la couronne dans la personne de Sa Majesté et de la famille royale, et celle du traité de la barrière.

J’ai songé à cela parce que nous obligerions tellement la reine, dont le fds est encore loin de succéder au trône d’Espagne, et qu’il n’a rien à espérer dans l’ordre probable de la succession , que Sa Majesté serait aussi considérée ici , et beaucoup plus aimée encore que les Français ne l’ont jamais été.

« Mon opinion est que Sa Majesté pourrait faire à présent une alliance avec l’Espagne, aussi étroite qu’elle la voudrait , et qu elle peut la baser sur des fondemens tellement du raides par • les conditions qu elle obtiendrait, que la nation -ÿ-

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reviendrait aux sentimens favorables que de tout temps elle a montres pour nous; Sa Majesté acquerrait plus de considération, de dévoûment et d’estime que ses prédécesseurs n’en eurent jamais. Quant aux Français, ils n’y ont à présent li* Pas la moindre influence. La grande difficulté *.# de cette négociation était d’ ouvrir et d’élargir ; cette brèche. La cour les a traités dernièrement avec la plus grande indifférence,' et elle est dis- T posée à agir envers eux comme Sa Majesté le désire; c’est au point que je crois qu’ils ne leveront plus la cr^te ici y à moins que nous ne lais- ♦ sions échapper cçtte conjoncture favorable.

« Le roi d’Espagne s’est brouillé complètement avec ses anciens amis, en faisant un traité qui leur a hautement déplu , sans avoir demandé aucune condition pour lui, et contre l’avis de tous ses ministres. Avouons que s’étant confié à nous de si bonne grâce , il ne s’en trouverait que plus contrarié si nous refusions de lui fai^e un bon accueil.

« Affaiblie, comme l’Espagne lest, il n’y a pas de nation qui puisse se relever plus facilement qu’elle, et mieux à présent que jamais. Autrefois ses possessions d’Italie et des Pays-Bas lui étaient a charge ; loin de lui procurer des avantages, il fallait les maintenir avec les trésors « v des Indes et avec les revenus des deux Castilles ;

Ik î) tandis qu’à présent on n’a plus cette dépense

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CIÏAP. XXIV. 1716-1717. " ^71

à faire*: les deux Castilles paient plus de contributions quelles n’en payaient autrefois; tandis que le roi retire des ressources considérables de 1 Aragon et de la Catalogne , qui ne contribuait presque en rien auparavant. En effet , les revenus de Philippe V excèdent d’un tiers ceux de ses prédécesseurs, et les dépenses ne vont pas jusqu’à la moitié : ainsi, avec un peu d’ordre, il deviendrait un allié utile.

« Ce serait pour moi une grande satisfaction , et je ne désespère pas d’én jouir, de voir Sa Majesté au bout d’un an (car il n’y a presque pas plus long-temps qu’elle a commencé à s’occuper des affaires d’Espagne), de la voir, dis -je, rétablir ici le commerce de ses sujets, obtenir une garantie d’un si grand prix pour la succession protestante et pour le traité de la barrière, brouiller la France et l’Espagne plus qu’une guerre de quinze ans n’aurait pu faire, et substituer une alliance durable entre l’Espagne et l’Angleterre. \ * Enfin , la voir faire plus pour son peuple en Espa- * t^gne, au bout d’un an, que toutes nos petites « intrigues et négociations n’auraient pu faire dans ^ A quatre. « ( ■ ) jh * ' i *

L’occasion était favorable pour l’Angleterre de resserrer ses: liens avec l’Espagne; mais il fallait ♦

( 1 ) M. Dodington au secrétaire d’état Stanhopc ( 9 fé-

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neanmoins qu’elle se décidât à sacrifier sés intérêts commerciaux à cette union politique ; et les ministres anglais connaissaient trop bien la vieille jalousie de la cour d’Espagne contre la proscrite commerciale des autres puissances, pour s’engager dans les hasards de la guerre sans autre but que 4 de maintenir un traité conclu trop légèrement ,

N et qui pourrait être révoqué avec la même facilité. Convaincus aussi que le repos était nécessaire à la nation , pour qu’elle se remît après une lutte longue et dispendieuse, menacés en même temps d’uné guerre civile, ils pensèrent qu’il fal- ^ lait conserver la paix en privant par là les Jacobites de la dangereuse assistance de la France.

Ils éludèrent donc avec adresse les propositions faites par la cour espagnole , en lui renouvelant toutefois les protestations d’amitié de l’An- . gïetcrre, pour adoucir l’amertume de leur refus.

« Sa Majesté, disaient-ils, serait très disposée à faire un nouveau traité avec le roi catholique, pour renouveler et confirmer les,. anciens; mais 4

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la situation actuelle des affaires ne lui permet pas de contracter de nouveaux engagemens ; car bien loin de contribuer au maintien de la neutralité de l’Italie, il est à peu près sûr qu’ils éveilleraient des jalousies qui pourraient la compromettre de

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nouveau. » *

fies tentatives inutiles du régent pour rétablir

l’influence de là France à Madrid, l’intérêt per-

•* , 4 CHAP. XXJY. 1716-1717. -* ' 273

sonnel qu’il avait à s’assurer la succession éventuelle de la couronne d’Espagne, non moins que , l’insurrection qui. venait d’éclater en faveur du prétendant en Ecosse, le déterminèrent à abandonner son ancien systèipe de politique, et à adopter de nouvelles maximes de conduite à l’égard de l’Angleterre. Cette concurrence d’inté- * g % rèts publics et particuliers donna lieu à la forma- • tion de la grande alliance, dont le seul but était la conservation de la paix et la confirmation des stipulations du traité d’Utrecht, concernant la succession des deux couronnes.

Le cours progressif de cette alliance fut marqué par une série de traités particuliers. Dans le mois de février, le roi d’Angleterre renouvela son alliance avec les Etats-Généraux ; au mois de mai suivant il signa un nouveau traité avec l’empe- * reur, pour la défense réciproque de leurs terri- , toires, dans lequel on introduisit une clause i *. inusitée jusqu’alors, renfermant la garantie des V acquisitions que chacune des deux puissances # pourrait faire à l’avenir d’un commun ac-

cord. Ces traités furent suivis d’un arrangement conclu entre l’Angleterre et la France r dans le mois de juin , par suite duquel le préten- ' dant devait être renvoyé au-delà des Alpes , les •v fortifications de Dunkerque démolies, et la succession des deux couronnas mutuellement garantie, conformément au traité d’Utrecht, Tous

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les points contestés ayant été ainsi réglés séparé-

v ment, ces divers engagemens furent scellés au mois de juillet par une triple alliance entre la % France, rAngleterreetlesProvinces-Unies.il * *

parait même que , dans le but d’obtenir l’adhésion de l’empereur, il y eut aussi des engagemens

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. échange de la Sardaigne. V; « k > %

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