CHAPITRE XXV
Indignation de Philippe en apprenant les traités entre l’Angleterre,
l’empereur et la France. — Conduite artificieuse d’Alberoni. — y •> ^ Ses efforts pour amener l’Angleterre à une alliance avec l’Es-
pagne. — Conférences d’Àlberoni avec l’envoyé d’Angleterre. — Extraits de la correspondance de M. Dodington, relative à la situation et aux vues d’Alberoni.
^ *. ^ Pendant que Philippe et Alberoni se flattaient de l’espoir d’obtenir la coopération de l’ Angleterre pour mettre à exécution leurs desseins contre l’Italie, ils n’apprirent pas sans étonnement qu’un traité avait été signé entre l’Angle- . terre etr l’empereur. Le seul bruit qui avait cir-
culé sur cet événement avait suffi pour leur . ' donner beaucoup d’alarmes.
Lorsque Monteleon, ambassadeur d’Espagne - 1 à Londres, transmit la désagréable nouvelle de * cette transaction diplomatique, le roi reprocha assez durement à Alberoni sa légèreté et sa confiance présomptueuse. « Eh bien, lui dit le mo- ■ parque d’un ton railleur, vôilà vos Anglais et vos ~ i Hollandais dont vous vantiez tant l’amitié et l’as-
sistance! que pouvez-vous dire maintenant pour les défendre, en les voyant entrer dans de nouvelles alliances avec nos plus grands ennemis, après que je leur ai accordé par vos conseils toutes leurs demandes, après avoir adopté toutes leurs mesures? » Alheroni répondit que quand même la nouvelle serait vraie, F Angleterre n’avait jamais promis son alliance. Le roi répliqua vivement : « Je ne l’aurais jamais cru ; qu’ils fassent ce qu’ils voudront, je prendrai des mesures; cela est de toute nécessité, car je ne peux pas me fier à ces deux nations. Cependant je continuerai d’être dans des dispositions amicales jusqu’à ce que je sois convaincu qu’il n’y a plus de remède. » Puis s’approchant de plus près d’Alberoni, il ajouta avec animosité : « Sur votre parole, j’ai abandonné mes anciens amis! A quelle extrémité je me trouve réduit! Je ne puis compter sur un seul ami; vous m’avez très bien conseillé...!
Alberoni se trouva, s’il était possible , encore plus contrarié que le roi lui-même. Son caractère impérieux s’indignait d’avoir été trompé dans ses plus flatteuses espérances , et d’avoir été la dupe des protestations de la cour d’Angleterre; mais, persuadé que la colère n’est bonne à rien, il s’empressa de cacher ^pn ressentiment, et continua à tenir le même langage de conciliation et d’amitié, quoique mêlé d’expressions de doléance et de regret. Dans ses entrevues avec l’envoyé
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anglais, \1 insista principalement sur le désappointement et le chagrin de son auguste maître. « Je ne l’ai jamais vu, disait-il, si vivement affecté; jamais il ne m’a traité si mal. 11 me regarde comme la cause de cet affront inattendu, inouï, parce que je lui ai conseillé de rompre avec le régent, et de se lier avec l’Angleterre. 11 ne m’est plus possible de travailler avec lui. Sa Majesté se plaint de l’article par lequel les deux parties se garantissent mutuellement, non seulement leurs possessions actuelles, mais toutes celles qu’elles pourront acquérir par la suite d’un commun accord ; et elle prétend que cet article ne peut avoir été inséré que contre elle, parce que l’empereur ne peut rien gagner en Italie qu’à son préjudice. Le roi élève aussi des objections contre la disposition du traité qui présent de n’admettre aucune puissance dans l’alliance ; et il pense qu’on a songé à l’en exclure. Mais quelle alliance l’Espagne pourrait-elle faire avec l’Angleterre? quelles compensations pourrait offrir celle-ci pour les conditions favorables stipulées par le dernier traité, si elle entre en même temps dans des liaisons avec l’empereur? L’Espagne n’a rien à craindre de la France ; nous espérons que les puissances maritimes ne deviendront pas nos ennemies, et que l’Angleterre ne maintiendra pas ses engagemens pour la garantie de l’Italie; nous voudrions seulement que le roi