‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 26 sur 32 · CV · texte numérisé non relu

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Salento, à quai relieucs de Païenne, sous les ordres; du marquis de Lède , qui devait réunir au commandement en chef de l’armée les fonctions de la vice-royauté de Sicile, quand on aurait pris possession de cette île.

Les grandes puissances de l’Europe virent avec étonnement l’Espagne , telle que le lion emblème de ses armes , se réveiller après un siècle de léthargie, déployer une vigueur et une fermeté digne des plus beaux jours de la monarchie, et faire craindre le renouvellement d’une guerre qui venait à peine d’être terminée par le traité d’Utrecht. En Angleterre, la crainte de nouveaux troubles affermit encore plus le gouvernement dans sa résolution , et en France , fixa la politique incertaine du régent; une nouvelle alliance fut aussitôt conclue entre Dubois et Stanhope, ministres iniluens des deux pays. On s’occupa de suite des mesures a prendre pour la conclusion du traité entre l’empereur et les Turcs; un corps d’armée considérable se porta des frontières de la Hongrie jusqu’en Italie. L’empereur, afin de mieux s’assurer le secours des alliés , annonça qu’il était prêt à accepter la médiation de l’Angleterre, pour terminer a l’amiable les contestations qui existaient depuis si long-temps entre Phi- Hppe et, lui. On prit aussi des mesures pour obtenir l’adhésion des Hollandais.

Ce traité conclu d’abord entre l’empereur, la

France et l’Angleterre, et qu’on lors de l’adhésion des Hollandais, alliance , fut basé sur les mêmes principes généraux qui avaient été proposés auparavant. Mais on y stipula formellement que la Sicile reviendrait à l’empereur, et que la réversion de la Toscane et de Parme serait assurée a don Carlos. Pour l’accomplissement de cette condition, les 4. places fortes des deux duchés devaient être ocncupées par six mille Suisses à la solde des puis- ? sances médiatrices. Comme il fallait aussi satisfaire à l’honneur de Philippe, l’empereur consentit a quitter le vain titre de roi d’Espagne. Victor- Amédée devait avoir en partage la Sardaigne, comme compensation pour la perte de la Sicile; êt l’empereur non seulement confirmait les cessions faites à la maison de Savoie en i yo5 , mais il reconnaissait son droit à la succession éventuelle d Espagne , dans le cas où la descendance de Philippe viendrait a s’éteindre; enfin le terme de trois mois fut fixé pour l’accession de Philippe et du roi de Sicile. Ce terme expiré , toutes les forces des parties contractantes devaient être employées pour leur arracher leur consentement.

Avant la signature formelle du traité, on en communiqua les conditions à la cour de Madrid.

‘ C’est alorsqu’Alberoni donna libre carrière a son indignation, éclatant en invectives contre les deux parties contractantes, mais plus parti cù lié-

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rement contre le duc d’Orléans. « Le régent i disait-il, s’est, déclaré à la face du monde l’ami d’une puissance ennemie du roi son oncle, et le moment est arrivé, selon tou te apparence, où il va s’engager dans une guerre contre son auguste parent. Le maréchal d’Uyelles, en signant cette alliance dans le but d’éviter une rupture, verra la France en armes contre le roi d’Espagne. Sa Majesté Catholique est décidée pour sa part à faire la guerre à jamais , plutôt que de consentir à une proposition aussi infâme; tant qu’il lui restera et la vie et la force, elle fera tomber sa vengeance sur ceux qui prétendent lui arracher violemment son acquiescement. Si Stanhope vêtit nous parler le langage d’un maître, il sera mal accueilli : les passe-ports qu’il a demandés lui son! accordés , on entendra ses propositions ; mais on n’y fera pas la moindre attention si elles ne sont différentes du projet ; il sera surpris d’apprendre que le roi ne veut maintenant prêter l’oreille à aucune offre de la Toscane , et qu’il fera

valoir ses droits à cet Etat en temps et lieu. » Pendant cet accès de dépit et d’indignation , le comte de Stanhope se présenta dans Madrid et l’escadre anglaise commandée par l’amiral Byng entra dans la Méditerranée , pour appuyer les propositions de paix. Avant l’arrivée du comte , les Espagnols avaient opéré leur débarquement en Sicile; l’amiral doubla le cap Saint-

Vincent, et envoya un courrier avec l’annonce officielle de son arrivée, et des instructions pour le ministre M. Stanhope.

« Vous voudrez bien, disait l’amiral , informer Sa Majesté Catholique de mon arrivée avec l’escadre sous mes ordres dans la Méditerranée, et lui notifier que je suis autorisé à appuyer, au nom du roi mon maître, toutes les mesures qui peuvent contribuer à aplanir et concilier les contestations existantes entre elle et l’empereur.

« Si Sa Majesté Catholique ne consent pas à accepter la médiation de mon 'souverain , et si elle persiste dans sa résolution d’attaquer les Etats de l’empereur en Italie , le roi mon maître m’a ordonné de maintenir la neutralité de cette contrée, de défendre les possessions de l’empereur, et de repousser toute attaque (‘) qui pourrait être tentée de ce côté-là. »

L’envoyé britannique eut une entrevue avec le cardinal.. Après s’être étendu sur les soins extrêmes que se donnaient la France et l’Angleterre pour maintenir la paix de l’Europe, il lui communiqua cette lettre pour donner encore plus de force à ses raisonnemens. L’altier et impétueux ministre fut très irrité de ce message, qui contenait des raisonnemens si péremptoires ; il répondit avec colère : « Mon auguste maître courra toutes les chances ; il s’exposera même à

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d (') Saint-Simon, tome VIII, page 253.

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être chassé de l’Espagne plutôt que de consentir au rappel de ses troupes, ou à une suspension d’armes. Ne croyez pas que les Espagnols s’effraient si aisément; j’ai une si grande confiance dans la bravoure de notre escadre, que si votre amiral se décidait à l’attaquer, je ne suis pas en peine du résultat. » Il n’y avait rien à répondre

* à une pareille sortie; l’envoyé anglais se borna à montrer la liste des vaisseaux qui composaient * l’escadre anglaise; il engagea le cardinal à la comparer avec celle d’Espagne. Le sang-froid avec lequel il présenta sa‘liste enflamma la colère du ministre, qui la prit, la déchira en mille mor- * ceaux, et la foula aux pieds. L’envoyé lui fai- « sant quelques autres observations, « je commu-

* niquerai votre message au roi, lui répliqua-t-il. avec vivacité , et je vous informerai dans deux jours de ce que Sa Majesté aura résolu. » Mais, „ soit mépris ou dessein de gagner du temps pour que l’escadre espagnole pût se réfugier à Malte,

il fut neuf jours à apporter la décision. Au bout de ce temps il renvoya la lettre de l’amiral avec cette apostille : « Sa Majesté Catholique m’a faitl’hon-

* neur de me dire que le chevalier Byng peut exé-* eu ter les ordres qu’il a reçus du roi son maître.

~ . * « A l’Escurial , le 1 5 juillet. . V *

(( Signé Albehoni. » (*) * *

.( ') Uarniral Byhg à M. Stanliope , 20 juin,. 1 7 1 B. Tindat., ▼ol. XIX, page 202.

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# chap. XX.V111. — 1717—171 8^ 425

Pendant ce temps-là, les troupes espagnoles avaient commencé, sous les auspices les plus faê vorabfes, leurs opérations en Sicile. Tout présageait un succès éclatant. Elles s’avancèrent sur Palerme trois jours après leur débarquement ; elles furent jointes par un grand nombre de nobles qui applaudissaient au rétablissement de l’administration espagnole. La ville ouvrit ses portes ( 1 3 ' juillet); la citadelle se rendit après un blocus de quelques jours. Alors la révolte devint générale :

, un faible corps de sept mille hommes , qui était tout ce qui existait à peu près de troupes piémontaises, ne pouvait suffire pour contenir la populace, et tenir tête à un ennemi supérieur; plusieurs forts, les moins considérables de File, furent pris par les partisans seuls de l’Espagne (23 juillet). ’ v iv

Après la soumission de Palerme, l’escadre trafiSporta l’infanterie devant Messine, qui était déjà cernée par la cavalerie du côté de terre. Là, comme à Palerme et comme partout, l’arrivée des troupes victorieuses devint le signal d’une révolte populaire. Les habitans eux-mêmes enfermèrent les Piémontais dans la citadelle, où ils furent de suite assiégés. Toute la population salua les Espagnols avec des acclamations d’allé- ^ gresse. f) ^ ,

Les choses se passaient de manière que la Si-

(*) Saint-Philippe, tome III, page 270. Historical register, page 390.

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