‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 27 sur 32 · JN · texte numérisé non relu

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424 * ;i • philitpe v.

cile eût été facilement conquise , si l’escadre an-

glaise ne se fût pas présentée sur les côtes. L’amiral mouilla, pendant quelques jours, dans la baie de Naples; et comme les arrangemens pour le transfert de la Sicile a l’empereur étaient achevés , il consentit à protéger le passage de trois mille Allemands à travers le détroit de Reggio pour renforcer la garnison qui défendait la citadelle de Messine. L’arrivée d’un renfort si considérable embarrassa beaucoup les Espagnols dans leurs opérations terrestres et maritimes. Les commandans de l’escadre espagnole délibérèrent assez long-temps sur la question de savoir s’ils repousseraient la force par la force , ou s’ils battraient en retraite. Ils s’arrêtèrent a ce dernier parti , quittèrent leur station devant Messine, et prirent leur direction vers le sud. L’amiral Byng termina l’opération de l’embarquement des troupes allemandes, gouverna vers le phare de Messine , et, à son passage, envoya une lettre au commandant espagnol pour éviter les hostilités et proposer une suspension d’armes. La proposition n’ayant pas été acceptée, l’amiral, qui recevait à tout moment des avis sur l’arrivée de l’escadre dans le détroit, renvoya les Allemands à Reggio, prit la mer, et le 1 1 août les deux escadres se rencontrèrent dans les eaux de Syracuse. (*) *

, (*) L’escadre espagnole, comme nous l'avons déjà dit, consistait en vingt-deux vaisseaux de ligne , trois vaisseaux

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CIIAP. XXVIII. I717-I718. /p5

L’amiral espagnol Gastaneta (*), quelque brave et excellent marin qu’il fût, n’avait pas la capacité qu’exige le commandement d’une escadre considérable. 11 se trouvait d’ailleurs dans une fausse position, faite pour embarrasser le général le plus habile. Nous avons vu que le ministre espagnol pensait que probablement l’escadre se retirerait a Malte en cas d’attaque; mais aucun ordre positif n’avait été donné à cet égard. L’amiral espagnol n’avait aucune donnée pour diriger sa conduite. 11 ne se croyait pas autorisé à être l’agresseur; d’un autre côté, il ne voulait pas quitter les côtes de la Sicile. M. Patino, * commissaire du gouvernement, étant le chef principal de l’entreprise, l’amiral lui demanda des instructions; celles qu’il reçut augmentèrent son embarras, au lieu de le dissiper. Il n’ignorait . pas que son escadre était de beaucoup inférieure à celle des Anglais pour la force, la discipline et l’équipement; il ne pouvait donc que chercher a

marchands armes en guerre , quatre galères , et une galiote majorqume.

L’escadre anglaise se composait de vingt vaisseaux de ligne , dont un était de quatre-vingt-dix canons , deux de .

• quatre-vingts et de soixante-dix, le reste de soixante. Le plus petit , le Roc/tester, n’avait que cinquante canons. Saint-Philippe , tome II , page 9.85.

(*) On lui conféra le commandement de l’escadre, parce qu’il était le général de marine le plus ancien en grade. Il passait pour être un bon marin , mais il manquait d’expérience pour les combats. Saint-Phii.ippi:.

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éviter tout engagement avec un ennemi qui avait une supériorité reconnue. Cette hésitation tourna à l’avantage de l’amiral anglais. En effet, aussitôt que Gastaneta fut instruit de l’apparition de l’escadre anglaise, il passa le détroit pour prendre une position près de Messine, et se mettre à l’abri des batteries de la côte; mais, lorsqu’il vit Byng s’avancer dans la baie de Naples, il leva l’ancre, et fit voile vers le sud, dans l’intention de rejoindre une division qui avait été détachée, afin de se ménager une retraite assurée vers Malte ou la Sardaigne. 11 doutait encore, à la vue même des vaisseaux anglais, qu’ils commençassent l’attaque; c est ce qui lui fit continuer son mouvement sans crainte apparente; car il ne voulait montrer ni méfiance ni inquiétude. (*)

Le ii au matin, l’approche de l’amiral Byng ne laissa plus de doute a Gastaneta, qu’il n’était plus temps d éviter la bataille. De fortes brises et les courans opposés qui se trouvent dans cette mer resserree forcèrent les vaisseaux à se séparer, et 1 empêchèrent, si toutefois il est vrai qu’il en eut 1 intention , d esquiver l’escadre anglaise qui

(*) kes Espagnols ne pouvaient que se méprendre sur les intentions des Anglais ; car le marquis de Lède ayant témoigné àl officier envoyé par l’amiral Byng sa surprise de ce que son escadre eût escorté les transports ayant à bord des troupes autrichiennes , 1 olficier répondit que l’acte de protéger ces transports ne saurait être considéré comme une hostilité. Saint-Philippe, Commcntarios , tome II, page 190. «

* se trouvait déjà mêlée avec la sienne. Dans cette situation, l’amiral espagnol, le marquis Mari, quitta le corps principal de l’escadre, avec six vaisseaux les plus légers et avec les galères , pour s’approcher de la côte ; car les vaisseaux de ligne , quoique tirés à la remorque , ne pouvaient y prendre leur ligne de bataille.

L’amiral anglais profite d’une brise favorable, détache une division pour couper Mari , continue de s’avancer sur le corps principal, et l’engagement commence. Les vaisseaux espagnols mis en désordre, et séparés les uns des autres , soM presque tous attaqués en détail par des forces supérieures, * et tour à tour obligés de se rendre. Du reste, ils se battirent en désespérés ; et cet engagement, qui devint célèbre, fut plutôt une retraite qu’un combat régulier. Le commandant en chef, après une résistance opiniâtre, fut blessé dangereusement et fait prisonnier. Toute l’escadre espagnole fut prise ou détruite , à f exception de quatre vaisseaux et six frégates, formant la division del amiral Cammock (*), qui put se sauver et gagner le port San- Valeta. La division de Mari "fut jetée à la côte, près d’Aosta; elle eut la même destinée que l’escadre.

Après cette affaire si funeste pour l’Espagne , l’amiral anglais, craignant ou feignant de craindre

(*) On ne trouve aucun amiral de ce nom dans la relation de Saint-Philippe. Cet historien dit que les galères d’Es» *»gne , commandées par Grimaud , ne pouvant pas secourir l'escadre, se retirèrent à Palerme.

qu’on pût lui reprocher d’être l’agresseur, en-* voya un de ses capitaines avec une lettre d’ excuse au marquis de Lède, .alléguant que les Espagnols avaient commencé le combat. 11 prétendait que cet accident ne devait pas être considéré comme une rupture entreles deux nations. (*)

Avant que cet événement désastreux fût connu à Madrid, le comte de Stanhope, de concert avec le plénipotentiaire français, le marquis de Nancré, avait offert la médiation des puissances neutres, et proposé l’accession de l’Espagne à la quadruple » alliance, *} u i était alors sur le point d’être signée par la France, l’Angleterre et l’empereur. Alberoni y consentit d’abord avec sa dissimulation accoutumée, il les berça de l’espoir que leur négociation aurait un résultat pacifique ; mais les nouvelles de l’heureux débarquement en Sicile, l’enthousiasme qu’il excita dans la capitale, et l’arrivée des trésors de l’Amérique lui firent jeter le masque. La cour, par ses conseils, reprit le ' langage hautain qui lui était familier.

Cependant les alliés n’épargnaient ni les caresses ni les menacesipour détourner Philippe de faire de nouvelles agressions. Le roi d’ Angle-, terre désirait le maintien de la paix avec tant de sollicitude, qu’il offrit, par le canal du régent d’abord, ensuite par la bouche du comte de Stanhope, la restitution de Gibraltar, sous condition •

(‘) État politique y vol. XVI, pages 56 , /|88. Saint-Phi- r I.JPPF. , tome III, page# 2197, 3o6. Tinual, vol. XIX, page 216.

que Philippe voulût accéder de suite à la quadruple alliance ('). Mais les brillantes espérances que la conquête de la Sardaigne et l’hei|- ’ reux débarquement en Sicile avaient fait naître étaient tellement exaltées, que çet objet même, si cher autrefois, avait perdu tout son intérêt. L’offre fut définitivement rejetée comme n’étant pas une compensation proportionnée aux prétentions auxquelles on croyait avoir droit d’aspirer, et que Philippe voyait déjà réalisées. (a) (*)

(*) Dépêches de M. Stanhope à Horace IValpale , t i octobre 17^5.^

(a) L’offre de Gibraltar faite par Fintermédiaire du régent, fut enveloppée d’un tel mystère, qu’on ne l’a jamais su d’une manière positive. L’assertion de ce prince , qui ne fut jamais contredite par la cour d’Angleterre, ne laisse aucuu doute que le roi Georges lfr l’ait dûment autorisé à faire cette offre; mais dans quels termes, et si elle fut ou non conditionnelle, c’est ce qu’on ne saurait affirmer. Les discussions qui survinrent font croire toutefois qu’elle dépendait de certaines conditions, indépendamment de celle de la prompte accession de l’Espagne à la paix.

Duclos fait à l’égard de ce projet d’arrangement un récit qui parait tout-à-fait invraisemblable. Il dit que l’objet de la missfon de Louville à Madrid fut de communiquer cette offre de Gibraltar, et que toutes les mesures étaient prises pour la reddition clandestine de la place. Au moment de signer le traité, Philippe recevrait un ordre signé du roi d’Angleterre, adressé au gouverneur de Gibraltar, pour remettre la place à l’armée espagnole qui devait s’en approcher et sommer la garnison de se rendre. En vertu de

cet ordre , la garnison espagnole l’occuperait sans oppo-

43o i PHILIPPE ' V. '

Dans deux audiences accordées aux ambassadeurs, le roi et la reine témoignèrent avec une vivacité extraordinaire leur déplaisir au sujet du traité proposé, comme étant injuste par lui-mème, et comme non moins préjudiciable à leurs inté-

sition , et le gouverneur anglais avec la garnison se retirerait à Tanger.

La simple relation de ces circonstances suffit , ce nous semble , pour en démontrer l’invraisemblance.

(*) Les mémoires secrets du marquis de Louville ne disent pas que ce dernier ait été chargé de la part du régent de faireau roi d’Espagne l’offre de Gibraltar. Cet argument, quoique à la vérité purement négatif, est, à notre avis, d’un grand poids.

S’il faut en croire Belando dans son Histoire civile d’Espagne , ce fut M. Stanhope qui , dans ses premières conférences tenues à l’Escurial aussitôt après son arrivée, déclara qu’il avait l’ordre du roi son maître de céder Gibraltar, et que si la paix ne tenait qu’à céla , elle aurait lieu certainement. Cette offre fut-elle sincère ? L’Angleterre n’aurait-elle' pas fait naître des difficultés et des obstacles , dans le cas où elle eût été acceptée , pour se dispenser de l’accomplir ? Le ministère anglais souhaitait-il si ardemment la paix entre l’empereur et l’Espagne , qu’il eût consenti à céder de son plein gré la place la plus importante qu’il avait sur la Méditerranée , seulement pour obtenir le but de la médiation? Il est permis d’en douter. Tout porte à croire, au contraire*, que , si la proposition de céder Gibraltar eut réellement lieu , elle ne fut qu’un leurre pour entraver les opérations du ministre espagnol. On verra dans le cours de ces mémoires quelle clameur a excité dans le parlement et dans le peuple d’Angleterre la seule proposition de délibérer sur le projet d’échanger Gibraltar contre d’antres acquisitions importantes# - , . ,v . ,

CIIÀP. xxvui. — 1717-1718. 45 1

rêts qu’à leur honneur. L’indignation qui les animait fut à son comble, quand on leur présenta un ultimatum qui ne leur accordait que trois mois pour l'acceptation de la quadruple alliance , et annonçait que, passé ce terme fatal, la France et les puissances maritimes se verraient dans la nécessité de déclarer la guerre'. Pour toute réponse à cette menace , le cardinal eut ordre de déclarer que son souverain ne poserait pas les • armes jusqu’à ce que la Sardaigne et la Sicile fussent cédées à l’Espagne, et sans que l’empereur, après avoir indemnisé la maison de Savoie pour la perte de la Sicile, se fut engagé à maintenir seulement un nombre déterminé de troupes en Italie.

Tout espoir d’accommodement s’étant éva- • noui , le comte de Stanhope se disposa a partir; mais avant qu’il ne quittât Madrid , Alberoni avait sans doute reçu quelque avis sur les malheurs de ; l’escadre; car, dans sa visite d’adieux, il revint à ses premières protestations d’amitié, insista sur ses dispositions en faveur de la paix , et jeta tout le blâme de la rupture sur l’aversion particulière du roi contre l’empereur et contre le régent. Il déclara dans sa douleur, et les larmes V aux yeux , qu’il avait été entraîné malgré lui dans des mesures hostiles, et qu’il désirait sincèrement négocier un prompt accommodement.

« Si le cardinal, disait lord Stanhope, nous . trompe, M. de Nancré et moi, c’est ce que je ne saurais dire; mais j’avouerai à votre seigneurie

que je crois qu’il voudrait bien arriver h un armistice, et qu’il cherchera à arranger les affaires. Il se plaint amèrement de l’opiniâtreté du roi , qui est mu dans cette querelle , dit-il , plutôt par son animosité contre l’empereur et le régent que par aucune raison politique ; il le représente comme extrêmement jaloux, et se méfiant de tous ceux qui sont autour de lui. Pendant un laps de temps considérable aucun des autres ministres n’a pu jamais parler au roi que devant la reine et le cardinal; autant que je puis en juger, ils sont jaloux les uns des autres. Le cardinal versa des larmes en me quittant; il a promis de m’écrire, et de ne laisser passer aucune occasion propre à concilier les affaires. » (*)

V oulant garder encore les apparences à l’égard de Victor- Amédée , le ministre espagnol ne publia pas une justification sur l’attaque de la Sicile, ainsi qu’il l’avait fait dans d’autres occasions, et ne la représenta pas comme un pays conquis ; au contraire, il écrivit une lettre flatteuse à ce prince, pour lui annoncer le débarquement des troupes espagnoles et la prise de Palerme. Il représentait l’occupation de l’ile non comme un acte d’agression, mais comme une mesure de précaution, pour empêcher qu elle ne fut ravie au propriétaire légitime par ces mêmes puissances qui l’avaient garantie par le traité d’Utrecht, et il protestait

(*) Bayonne, 2 septembre 1718. Papiers de Schaubi

HÀP. XXVIII. 1717-1718.

qu’elle resterait en depot jusqu’à ce qu’elle pût lui être restituée en toute sûreté. (l)‘

Cette démarche ne produisit pas l’effet qu’il avait en vue. Victor-Amédée , soit qu’il fût réel- ♦ lement offensé de l’invasion, soit qu’il espérât peut-être tirer un meilleur parti de l’empereur que de l’Espagne, s’adressa à l’Angleterre et à la France comme garantes du traité d’Utrecht; il accompagna son exposition de plaintes amères contre la perfidie et l’injustice d’Alberoni, qui l’avait trompé , disait ce prince , par de feintes protestations d’amitié, afin d’obtenir une occasion plus favorable pour l’invasion de ses Etats.

La cour d’Espagne répondit au bout d’un certain temps à ce mémoire. Elle accusait à son tour la cour de Turin de perfidie et de duplicité. Le roi déclara alors qu’il ne regarderait désormais la Sicile que comme un dépôt ; qu’il était décidé à empêcher qu’elle ne passât entre les mains de son implacable ennemi , et à la réunir à la monarchie espagnole, dont elle avait été démembrée. Le manifeste se terminait par une insinuation dont le but était de jeter le blâme de l’entreprise sur les cours de Paris et de Londres, représentant que dans leur candeur apparente elles avaient , dans le mois de mai précédent, laissé entendre au ministre espagnol qu’il existait une négocia-

(*) Ortiz, tome VII, page 336.

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434 PHILIPPE y.» *-

tioii secrète pour transférer la Sicile à l’empereur. Cette communication seule avait suffi , y était-il * dit, pour mettre le roi dans la nécessité de repousser la force par la force. (')

(') Vie cV Alberoni, page 4 4°- Manifeste de la cour d Es-,

% Pa8ne sur ^entreprise de la Sicile i dans Rousset , tome I , page a34» ' * *

fi.

CHAp; XXIX. — 17 18-17 19.

"* Remontrances de la Cour d’EspagnC contre la conduite de l'Angleterre. — Intrigues d’Alberdni avec diverses puissances dé l’Europe. — Arrangement avec la Suède et la Russie pour faire une descente en Angleterre. — La conspiration contre le régent de France découverte* — Papiers et manifestes publiés à cette ~ occasion. — La France déclare la guerre. -4 Philippe se met à la tête de son armée. — Campagne'malheureuse. — Prise des places

frontières et destruction des chantiers et des arsenaux. — : Mort

•.de Charles XII, et neutralité de la Suède et de la Russie. — L’expédition en Écosse en faveur du prétendant manquée. — Vaine tentative sur la Breftgne. — Malheur des armées espagnoles en Sicile. — Accession dès Hollandais à la quadruple alliance. Manœuvres inutiles d’ Alberoni pour diviser les alliés. •

evene-

Alberoni , tout mortifie qu il était des e mens, et quoique trompe dans ses espérances, ne se laissa pas décourager par la défaite d’une escadre qu’il avait préparée afec tant de peine, et qui, pour employer l’expression énergique des Espagnols, parut sortir de dessous terre. On adressa sur-le-champ les plaintes les plus vives au gouvernement anglais , contre cette violation de la bonne foi qui avait jusqu’alors si honora-

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Blement dftingué cette nation à l’égard de IjÉs- ;

; pagne. L’araBassadeur Monteléon écrivir’au secrétaire d’étât une lettre destinée à être rendue publique; il âe plaignait de cet outrage inouï,

► qui faisait un si grand contraste avec la déclaration par laquelle l’amiral , disait-on , avait seulement l’ordre de défendre lés États de l’empereur. . L’ambassadeur disait que le roi et tous les vrais Espagnols avaient ressenti la plus vive indigna- * tion en apprenant cette attaque inattendue de la ^ v part d’une natïon a laquelle ils avaient montré un attachement tout particulier ; il terminait par une déclaration qui ne pouvait manquer de faire une grande sensation sur des cœurs généreux , savoir Que malgré ces agressions non méritées, le roi son maître distribuerait avec la fidélité la - plus scrupuleuse les cBargemens précieux de la * flotte, aussitôt quelle arriverait d’Amérique; qu’il conserverait religieusement les rapports de f bienséance et de commerce entre les deux pays; qu’il maintiendrait enfin aux Anglais toutes les concessions et les avantages dont ils avaient joui • / jusqu’à cette époque.

Le cardinal lui-iftême confirma, bientôt après , les déclarations de l’ambassadeur, par une lettre où il disait sans détour que tels étaient les sentimens de son souverain ; mais revenant h plusieurs reprises, et avec adresse, aux plaintes expiimees par Monteléon , il laissait tomber à dessein quel-

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CHAJP. XXIX. — I718-I7I9. 4 57 .

ques insinuations tendantes à faire soupçonner et même croire que l’amiral, de connivence avec ^

le ministère, s’était écarté des instructions ^qui ^

lui avaient été données, par suite des instances * et des présens du vice-roi impérial, le comte de Daunjll prétendait même que l’on trouvait dans le rapport officiel de la bataille , des expressions de regrets, et mênie de remords, sur cettè injuste ^ agression r(‘) . *

Le ministre espagnol ne se borna pas à montrer son ressentiment par des notes et des écrits polémiques ; il employa £ous les ressorts „de sa politique pour embarrasser èt confondre les alliés, surtout pour diriger le fléau de la guerre contre la France et l’Angleterre. "

Ce fut principalement dans le Nord où ses efforts eurent le plus de succès. Pendant la dernière guerre, le roi de Danemarck avait fait la con- «î quête du Hôlstein , de Slevic, de Brème et Verden ; mais 11e pouvant résister aux attaques de Charles XII , après son retour de sa^captivité en Tu rquie, il céda Brème et Verden a Georges rr, comme électeur de Hanovre , afin d’obtenir par cette cession qu’il accédât à la confédération for-

jrt,-

C) Saint-Philippe, tome HI , page 34. Ortiz , tome VII,

fat. XXIII, chap*Vf. Tin d ai., volume XI^., pages 38^, g63.

Lettres

de Monteiïon- et

d’ Albcroni. Jlislor,

regist. , pou#1

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mée contre la Suède, et de pouvoir s’appuyer sur g une escadre anglaise dans la Baltique.

* Charles XII s’offensa hautement de cette inter- *

A 1 vention. Il entra a son tour dans des cabales avec

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. les jacobites d’Angleterre , et avec les exilés en » '

• France et en Hollande. Sa fierté fut encore bien • * j' iL ptys blessée par l’arrestation de ses deux ministres

Gortz et Gyllembourg, par Suite de la décou- a verte de ses intrigues avec les mécontëns , et de -* ses projets d’invasion en Angleterre. (‘) 1

Pierre-le-Grand n’était pas moins irrité contre le gouvernement anglais , qui voulait paralyser ses projets d’avoir des étals dans l’empire d’Alle- 4 magne.. Son ressentiment le fit donc aussi in tri- <

guer avec les jacobites et tout le parti mécontent, quoiqu’il affectât le plus grand éloignement pour *les suggestions de la cour d’Angleterre, tendantes à l’impliquer dans les charges avancées contre Charles XII.

Alberoni profita de la circonstance pour ménager une réconciliation entre ces deux monarques rivaux, et tâcher qu’ils concentrassent toutes -leurs forces contre un pays qui les avait offensés tous deux également. Il envoya le duc d’Ormond * en Russie pour négocier un mariage entre Anne, fille de Pierre Ier, et le fils du prétendant? et quoique Pierre fit semblant de ne pas accueillir

' Saint-Philippe, tome III, pa^s 252 <>t.344.

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CiiAP. XXIX, 1718-1^19. 439

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cette mission, la demande du ministre espagnol n’en eut pas moins une heureuse, issue. Les ministres de Suède et de Russie s’assemblèrent ( 1 7 mai) dans l’ile d’Aland ; et sous la médiation d’un agent de la cour d’Espagne, ils y signèrent les articles préliminaires d’un accommodement par lequel Charles devait céder à la Russie des territoires sur la côte de la Baltique à titre d’échange; on devait l’aider dans la conquête de la Norwége, et à reprendre Brème et Verden. Leurs forces réunies devaient concourir avec celles de l’Espagne', pour faire une invasion dans lès îlès Britanniques , à l’effet de remettre sur le trône la famille des Stuarts. (*) (*)

C) Saint-Philippf. , tome III, page 357. *

(*)Les plans convenus entre la Russie , la Suède et l’Es-

pogne étaient vastes. Les deux premières puissances devaient

armer une escadre de cinquante vaisseaux de ligne*, avec lin

nombre proportionné de bâtimens de transport pour trente

mille hommes , qui , ayant Charles XII à leur tète, débar-**"^

queraient en Écosse où se rendrait aussi la première<expé-

dition de l’Espagne. Pour opérer une diversion , le czar

Pierre entrerait en Allemagne avec cent cinquante mille

hommes; l’Espagne, dans uhe seconde expédition, condui-

rait le roi Jacques en Angleterre et le replacerait sur le

trône de ses ancêtres. Ce n’était pas tout: quaiid la famille

* r là .

des Stuarts aurait été rétablie , les forcés< des alliés se se-

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