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Nous ne pourrons pas avancer dans notre narration sans rencontrer de nouvelles preuves de l’opinion que nous venons d’énoncer relativement au monarque français. Tandis que pour tromper les alliés , il affectait de refuser tout secours a Philippe, qu’il repoussait Medinaceîi qui lui demandait de faire une diversion en Catalogne, et qu’il se plaignait hautement de l’ingratitude des Espagnols qui insultaient ses agens , méconnaissaient les anciens services qu’il leur avait rendus, et qui vexaient ses négocians , il
plus sincères à terminer que de la part des alliés. Ce fut la hauteur et l’orgueil de ces derniers qui les aveugla : le monarque français profita habilement de leur faute. Lorsque la paix paraissait déjà assurée en vertu des concessions faites par les plénipotentiaires français, et qu’en acceptant la nouvelle alliance de Louis avec ses ennemis contre Philippe , on était convenu d’un secours pécuniaire pour faire la guerre au monarque espagnol , cherchant par là à ôter à cette nouvelle alliance l’image horrible d’un père armé contre son fils , et d’une nation contre une autre qui ne l’avait point offensée j lorsque la paix , disons-nous, paraissait acceptée sur ces bases , le sieur Petkum , député de la Hollande , déclara que son ordre était de dire aux plénipotentiaires que le roi de France seul devait se charger de la restitution de l’Espagne et des Indes dans le terme de deux mois, suivant l’article 3y°.« Ce rapport , dit une Relation des conférences qui existe manuscrite à la Bibliothèque du roi à Paris, à force d’être insensé, parut fabuleux : on demanda au député s’il avait un pouvoir, ou une lettre de créance quelconque, qui l’autorisât à parler ainsi. Il répondit que
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encourageait secrètement Philippe à persévérer, en lui faisant espérer des secours aussitôt que les dangers pressans dont il était entouré disparaîtraient. En réponse à la demande faite lors de la mission d’Ibberville, il écrivait : « Si vous êtes informé, comme je n’en doute pas, de ce qui se passe en Flandre , vous comprendrez aisément que pendant que Douai est assiégé, la conjoncture n’est pas propre au siège de Gironne , et que ce ne serait pas contribuer au repos de l’Espagne que de laisser la France ouverte à mes ennemis.
non , et les plénipotentiaires français ne purent rien comprendre. Les députés hollandais arrivèrent pourtant à la séance prochaine avec des pouvoirs explicatifs relatifs à la* proposition du sieur Petkum , qu’ils appuyèrent. Les négociations furent rompues. »
Pour ceux qui désireront approfondir l’état réel de cette question , qui ne peut jamais être assez examinée , parce qu’elle aura un grand intérêt, surtout pour la Grande- Bretagne , ils peuvent consulter d’une part les Mémoires de Torcy ; la Conduite des alliés , par Swels , et les quatre dernières années de la reine Anne ; les Examiners ; les Lettres de Bolingbroke sur l’histoire , et Y Histoire de la reine À une , par Sommerville ; et d’autre part les Lettres de Hare à un membre Tory ; la belle apologie du Traité des Barrières , écrite par M. Poyntz , quoique attribuée à l’évêque Hare ; la Réponse de lorcl Walpole à Bolingbroke, et une exposition complète de toute la négociation dans le Supplément de Tindal à Rapin, vol. ,XVI. On peut consulter aussi lcsy.doouinens officiels dans Lamberti: *
L’état des affaires changera peut-être avant la fin de la campagne, et si je puis alors disposer d’une partie de mes troupes, je serai bien aise de les employer comme vous le désirez.
« Profitez cependant, autant qu’il vous sera possible, de la faiblesse de l’archiduc, et songez que votre sort est entre vos mains. La campagne que vous allez faire en décidera; et si elle est n glorieuse pour Votre Majesté, nos ennemis en seront moins difficiles sur les conditions de la paix. Il serait inutile de vous dire encore à quel point elle est nécessaire à mon royaume; et je crois que vous savez que je l’expose aux plus grands périls, en rejetant les propositions odieuses qui m’ont été faites à votre préjudice.
« Je vous avoue que j’avais lieu de croire, que, risquant tout pour vous , mes sujets ressentiraient, au moins en Espagne , les effets de la reconnaissance dont vous m’assurez, et que je crois être «■ . véritable. Ils éprouvent cependant des traitemens que je n’aurais pas soufferts sous le règne de votre prédécesseur : j’ordonne à Blécourt de vous en « parler fortement. Vous me ferez plaisir de l’écou- > # ter avec attention , et de lui rendre une réponse décisive ; car il ne suffit pas que vous disiez que vos ministres agissent sans vos ordres. J’ai trop bonne opinion de vous pour admettre une pareille excuse. Elle ne vous serait pas honorable,
: comme elle ne serait pas conforme aux sentimcns
(') Noailles, tome IV, page 3.
d’amitié et d’estime que je conserverai toujours pour vous. » (l)
Les circonstances auxquelles cette lettre se rapporte, ainsi que l’expérience de l’année précédente, persuadèrent les deux cours que l’administration espagnole, telle qu elle se trouvait composée, ne servirait qu’à rendre vains tous leurs efforts. Pour opérer donc ce changement, la cour d’Espagne frappa un coup d’autorité qui devait servir en même temps à en imposer aux grands, signalés par leur opposition au gouvernement. Le duc de Medinaceli fut arrêté et transféré à la forteresse de Ségovie. Il fut traduit devant un tribunal spécial chargé de lui faire un procès sur sa conduite. On n’a jamais rendu public l’énoncé des crimes dont il était accusé; mais on répandit partout avec une grande affectation le bruit qu’il avait livré aux ennemis la négociation privée avec les Hollandais, et communiqué les assurances données par Louis XIV à son petit-fils de ne pas l’abandonner. Dans cours de la campagne, on le transféra à Pampelune. Sa mort, arrivée l’année suivante, jeta sur cette affaire un voile qui n’a pas été soulevé puis, quoiqu’il paraisse assez probable qu’il n’eut d’autres torts que l’amour de l’indépendance de son pays, et sa vigoureuse
tion aux projets de la France. Il fut remplace dans son ministère par Ronquillo, qui arriva à ce poste éminent, en s’engageant à remédier aux rnaiK occasionnés par la conduite de son prédécesseur, et à pourvoir aux besoins du trésor et de l’armée. (*) (*)
Fa tranquillité ayant été rétablie dans le cabinet par ce changement , Philippe reparut à l’armée afin de tenter un effort décisif pour la conservation de sa couronne. La reine fut déclarée régente pendant son absence, avec l’assistance d’un conseil composé de Veraguas, Bedmar, Frigiliana et Ronquillo, nommé comte de Gramedo. Sa cor-
(') Saint-Philippe, tome II, page 33o.
(*) Voici la cause que l’on donne à l’arrestation du duc de Medinaceli, dans les Mémoires de Lamberti , à la page i65 du cinquième volume.
La source de cette disgrâce venait d’un écrit cacheté que le marquis d’Àstorga avait laissé en mourant , avec ordre de le transmettre entre les mains du roi. Le marquis y déclarait que le duc de Medinaceli, premier ministre, transmettait tous les secrets d’état au duc d’Uceda, qui était en Italie , et que ce dernier en faisait part à la cour de Vienne. Un prince d’Italie, qui était dans la grande alliance, parvint à s’assurer de l’existence de cette correspondance; il se servit pour cela de quelqu’un qu’il avait auprès du duc d’Uceda, à qui celui-ci communiquait scs secrets; le prince envoya des preuves matérielles à la cour de Madrid. Cette cour reconnut qu’il n’y avait que le duc de Medinaceli qui eût pu les révéler; le duc d’Uceda embrassa, peu de temps après, le parti de la maison d’Autriche.
chap. xvn. — 1710. 25
respondance avec le roi 5e France nous montre son esprit enjoué et son allégresse, en voyant terminée la désunion affectée entre les deux cours.
La reine d'Espagne à Louis XI V, icr août.
« Le sieur de Blécourt m’ayant communiqué la résolution que Votre Majesté a prise de rappeler ses plénipotentiaires sur les propositions barbares que les alliés leur ont faites en dernier lieu , j’ai cru devoir vous marquer, par un exprès, l’extrême reconnaissance que j’en ai , et la sincère disposition où nous sommes d’aider la France, en tout ce que nous pourrons, à soutenir une guerre que la témérité de nos ennemis rend tous les jours plus nécessaire et plus juste de notre part. Il y a long-temps que nous prévoyions quelle devait être la fin des conférences de Gertruydenberg. Persuadés que les Anglais et les Hollandais ne veulent ni le roi votre petit-fils en Espagne , ni la France en état de tirer un jour vengeance de la tyrannie qu’ils exercent à son égard, nous avons vu, par cette raison, avec un déplaisir infini, le parti que vous aviez pris de nous abandonner, pour ainsi dire, croyant, par cette conduite, porter à des sentimens plus modérés un ennemi que la bonne fortune aveugle , et qui ne reconnaît plus d’autre loi que celle de la force qu’il a malheureusement en main. Aujourd’hui que nous devons voif un artifice dans toutes les insinua-
tions qu on nous a faites , à' affecter une dés - ' union qui nous a causé tant de mal , tâchons , je vous en supplie très humblement, de regagner, par une route tout opposée, ce que nous avons perdu; et n’ayant plus qu’un même intérêt, efforçons-nous de tirer, par des mesures mieux ' concertées que par le passé , les avantages que nous pouvons espérer de l’union effective des deux couronnes. Nous ne vous serons point à charge ; mais nous demandons , comme une chose absolument nécessaire , pour persuader aux Espagnols que nous allons agir avec le même esprit, de nous envoyer au plus tôt le duc de Vendôme pour commander en Catalogne. Le roi, qui connaît par lui-même combien il a besoin d’un bon général, le souhaite avec passion; et je puis vous „ assurer que cela fera le meilleur effet du monde,
% * meme par rapport à la France, dans le cœur de
nos sujets. On ne peut être plus sensible que je le suis aux bontés de Votre Majesté, et je vous prie de l’être un peu aussi à la tendresse que le roi et moi avons pour vous. »
Cependant Louis XIV, soit qu’il jugeât que les Espagnols seraient humiliés de supporter le commandement d’un général étranger, soit par toute autre raison , éluda de consentir à la demande de la reine; et quoique la nomination de Vendôme eût été déjà notifiée depuis le mois de mai par ses plénipotentiaires, pendant les conférences deGer- .
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truydenberg ( 1 ) , Philippe se vit dans la nécessité d’accepter pour commandans sous ses ordres , le marquis de Yilladarias et le prince de Tzerclaes , manquant tous deux des talens nécessaires pour tenir tête à Staremberg.
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(*) Torcy, tome II, page 33o. ' "*
Campagne de 1710. — Défaites éprouvées par l'armée de Philippe à Almenara et à Saragosse. — La Cour et les tribunaux se retirent à Valladolid. — Mission de Noailles. — Le duc de Vendôme nommé pour commander l’armée. — Enthousiasme des Castillans pour la cause de Philippe. — L’archiduc marche sur Madrid. — Imprudences et revers des alliés. — Les troupes espagnoles reprennent leur ascendant. — Succès de Noailles en Catalogne. — Les alliés quittent Madrid. — Retour de Charles à Barcelonne. — Stanhope et ses Anglais faits prisonniers à Brihuega. — Bataille de Villaviciosa. — Retraite de Staremberg en Catalogne. — Philippe entre à Saragosse.
Il n’y eut aucune campagne , pendant toute la durée de la guerre de la succession d’Espagne , plus fertile en événemens que celle de 1710, qui va faire le sujet de ce chapitre.
Aussitôt que les renforts envoyés par la France eurent joint l’armée, Philippe en prit le commandement, dans l’idée de profiter de la supériorité numérique de ses troupes, et dans l’espoir de pouvoir pénétrer jusqu’au cantonnement des al- ^
liés. Il passe la Sègre à Lerida avec vingt-trois mille hommes (i5 mars), et attaque Balaguer
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