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campagne pour reprendre l'offensive (juillet 27). Il arrivait au camp au moment même où Phi— lippe, forcé par le manque de subsistances de quitter sa position, se retirait vers Lerida, d’où il recevait son approvisionnement. C’était pour la première fois que ces deux princes rivaux se trouvaient en présence; les événemens qui eurent bientôt lieu ne furent pas indignes de la présence des deux monarques compétiteurs, quoiqu’à vrai dire, ils se trouvassent sous la direction immédiate de leurs généraux respectifs.
Les alliés levèrent leur camp le même jour que les Espagnols, repassèrent la Sègre après eux, manœuvrèrent pour les couper de Lerida, et détachèrent un gros corps de cavalerie sous les ordres de Stanhope, pour passer un gué sur la No- ' guera à Alferez. Philippe, pour empêcher leur passage, fît avancer toute sa cavalerie, en attendant qu il pût arriver avec l’infanterie pour la soutenir; mais celle-ci arriva trop tard, et dans un tel désordre, qu’elle attaqua sans succès les alliés qui occupaient déjà une position très avantageuse sur une hauteur en avant de la petite ville d’Àlmenara. La cavalerie qui s’était avancée essuya le feu de quatorze pièces d’artillerie ; l’infanterie 11e put la secourir à temps; elle fut chargee par toutes les forces de l’ennemi qui , par une marche rapide, s’étaient portées sur cet endroit. .En un clin d’œil la cavalerie espagnole fut cul-
rCHAP. XVIII. Ï7IO. 3t
butée ou rejetée sur les colonnes d’infanterie. Toute l’armée eût été défaite complètement si la nuit n’eût favorisé sa retraite. Philippe, ainsi que ses généraux, firent de vains efforts pour rallier les troupes ; il ne dut son salut qu’à un régiment de cavalerie qui se sacrifia pour le sauver. (*)
Cette affaire mal engagée ne coûta à l’armée de Philippe que quinze cents hommes ; mais elle lui imprima une terreur panique, et fut la source d’autres désastres. Dans le premier moment de la déroute, le roi était entré à Lerida (*) ; et avant qu’il eût pu réunir ses forces dispersées, l’ennemi occupait déjà Barbastro et Huesca , ainsi que les places qui protégeaient la communication avec la Catalogne. L’ennemi continua ses mouvemens, passa la Cinca à Monzon, culbuta l’arrière-garde espagnole (i3 août), quoiqu’elle fût soutenue
(') Histoire de i Europe , 1710, page 545. Saint-Philippe, tome II, page 337. Lettre du général Stanhope à M. JValpole y sur la bataille d’ Almenara, du 3 1 juillet 1710. — Papiers de JValpole. — Histoire de la reine Anne , par Sommerville , page 636.
(*) Les officiers qui environnaient le roi sur la fin de la bataille l’obligèrent, ou, pour mieux dire , le conjurèrent de se retirer et de prendre la route de Lerida ; six escadrons des alliés n’étaient plus qu’à une petite distance de l’endroit où il combattait. La retraite du roi fut favorisée par la valeur et la présence d’esprit de Vallcjo, qui commandait le régiment des dragons de son nom. Ce brave officier résolut de se sacrifier, lui et son monde , pour le salut
3 S • , y~ PHILIPPE V.
par la cavalerie, et s’avança enfin vers l’Ebre pour couper l’armée royale et lui fermer le cîie- i min de la capitale et de l’intérieur du royaume.
Philippe n’épargna rien pour rétablir ses af- * Paires. Il commandait des troupes découragées; la désertion lui enlevait des soldats ; la confiance dans les chefs était perdue , et l’armée se plaignait hautement et avec amertume qu’on voulait la sacrifier pour avoir un prétexte d’abandonner l’Espagne. Mais, fort heureusement pour lui, il arriva sur l’Ebre à Saragosse (17 août) avant les alliés , et confia le commandement au marquis du Bay, qui, après s’être distingué sur la frontière occidentale du royaume, fut appelé avec une partie de ses forces à l’honneur de sauver son souverain. L’armée campa entre l’Ebre et le Gai- t lego (18 août). On tint plusieurs conseils pour
de son roi ; il partagea* ses troupes en cinq petites divisions , qui fondirent simultanément avec la plus grande intrépi»
dite sur les ennemis , firent acheter cher la victoire aux
Anglais , et donnèrent le temps au roi et à ceux qui l’accompagnaient de se retirer à la faveur de la nuit, ce qui empêcha les ennemis de les poursuivre. Tauge , Histoire de l'avènement de la maison de Bourbon , tome V, page 4^4.
Le marquis.de San-Philipe attribue au marquis de Villadarias l’honneur d’avoir contenu les escadrons ennemis, pour donner le temps au roi de se sauver. Quoi qu’il en soit de ce fait particulier , on s’accorde généralement à reprocher à Villadarias quelques fausses manœuvres dans cette journée importante. «
décider les opérations ultérieures. Les uns pro- , posaient d’abandonner l’ Aragon, d’autres étaient d’avis qu’il fallait risquer une seconde bataille ; mais telle était l’incertitude du monarque et la diversité d’opinions parmi les généraux, que, décidés à combattre, ils négligeaient de faire les préparatifs nécessaires, et non seulement laissèrent passer l’Ebre aux ennemis à Pina , mais leur permirent, sans les inquiéter d’aucune manière, de se ranger en bataille sur la rive opposée.
La bataille devenait inévitable; les Espagnols prennent leurs rangs et font leurs dispositions. Leur gauche était appuyée sur l’Ebre , leur centre se prolongeait sur un terrain propre à faire manœuvrer l’infanterie ; la droite s’étendait jusqu’à la hauteur de Torrero qui domine Saragosse. Philippe n’avait quç dix-neuf mille hommes, découragés et mécontens , à opposer à trente mille que leur dernière victoire avait remplis d’orgueil et d’enthousiasme.
Le lendemain dès la pointe du jour, on échangea des coups de canon; Philippe parcourt les rangs , encourage les troupes à bien faire , et se retire sur une éminence au milieu du camp pour tout voir et tout diriger. Vers midi la bataille • commence ; la cavalerie espagnole charge vigoureusement les alliés sur la droite , disperse les escadrons des Portugais ; un détachement de cavaliers espagnols, dans l’aftleur de la poursuite, 11. 3
54 ptiilippe V
est entraîné jusqu ait couvent des Chartreux, où ljirchiduc attendait l’issue de la bataille ; peu s’en fallut qu il ne fut. fait prisonnier. L’ardeur inconsidérée des Espagnols donna le temps aux généraux alliés de faire arriver leur réserve; les vainqueurs sont repoussés à leur tour; dès la première charge les Espagnols sont culbutés et s’enfuient à toute bride. L’infanterie des alliés , • d’un pas grave et assuré , gravit la hauteur où était, le centre de Philippe , essuie un feu terrible, et par une attaqué rapide et impétueuse met le désordre dans les lignes ennemies. Des soldats de nouvelles levées jettent leurs armes; mais quelques vieilles bandes espagnoles, soutenues d’un faible corps de cavalerie , font bonne contenance contre toute la force de l’armée victorieuse des alliés ; elles se retirent sur la hauteur de Garba qui était voisine, et ne se rendent qu’après un „ combat opiniâtre, qui les avait réduites au cinquième de leur nombre. (l)
Deux heures après que l’engagement était
jf) Saint-Philippe, toraç H, page 348. — Histoire de l'Europe , pages 5g i -
Nous avons aussi entre les mains une lettre du général Carpenter à M. Walpole, dans laquelle on attribue principalement les victoires d’Almenara et de Saragosse au général Stanhope, qui se glorifia devant la cour et le maréchal de l’honneur de ces deux affaires ( Manuscrit de fValpole et Sommcrville sur la reine Anne ).
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commencé, l’on vit les Espagnols abandonner le * champ de bataille. Ee marquis de Bay se retira avec huit mille hommes vers les montagnes de Soria. Philippe resta bravement sur le lieu du combat, jusqu’à ce que le sort de la journée fut décidé; il quitta le camp pour regagner Madrid par Agreda, et faire tout disposer pour la translation de la cour à Valladolid.
En arrivant dans la capitale , il ne fut pas reçu comme un prince fugitif, mais comme un souverain qui possédait les cœurs de ses*sujets , et qui leur devenait encore plus cher, à raison de ses malheurs et de la constance qu’il avait montrée dans 1 adversité. Un décret royal transféra aussitôt la résidence de la cour et des tribunaux à \ alladolid, ancienne demeure des rois de Castille. Le roi convoqua les grands et les personnes les plus distinguées de la cour, pour leur faire part de ses projets et leur dire qu’ils étaient les maîtres de rester ou de le suivre à Valladolid; *N i 1 assemblée resta un moment incertaine : les *
* grands avaient présente à la mémoire la sévérité qu’on déploya en 1706 contre ceux qui n’avaient pas suivi la cour dans sa retraite; mais l’impulsion fut bientôt donnée par Montellano, Montalto, Medina-Sidonia , et Frigiliana, qui annoncèrent la résolution où ils étaient de partager le sort de leur souverain. Tout le monde n’eut
qu’une voix pour suivre un si noble exemple de
fidélité. 4 '.l w 1
Philippe passa encore deux jours à Madrid pour faire quelques dispositions nécessaires aux circonstances , et le 9 septembre il quitta sa capitale au milieu d’un concours immense d’habitans qui lui témoignaient leur attachement par des pleurs et des vœux , et qui auraient fait volontiers tous les sacrifices imaginables pour le tirer de sa position embarrassante. Son départ fut le signal d’une émigration presque générale ; la plupart des grands l’accompagnaient; plus de trente mille personnes couvrirent la route de Valladolid ; des dames de la première distinction suivaient à' pied cet immense convoi, et il ne resta dans la capitale que ceux que l’âge , les infirmités ou le manque de ressources empêchèrent
de se mettre en voyage. ( 1 )
Charles accompagné de ses auxiliaires, tant Anglais qu Allemands , entra triomphant à Saragosse. Pour s’attacher les Aragonais, il rétablit les anciens privilèges et leur constitution. Mais ^ de longs et violens débats s’élevèrent entre les généraux, relativement au plan d’opérations qu’il fallait suivre. Starenberg n’était pas d’avis de
(l) wSaiîtt-Philippk , tome II, page 366. Ortiz, cbap. xn.
XIII et XIV.
poursuivre l’armée ennemie; il voulait lui couper le chemin de la France, en se rendant maître de la Navarre. Le général S tanhope, qui commandait l’armée anglaise, était d’avis de se porter sur la capitale. Son opinion l’emporta; les alliés dirigèrent leur marche vers Madrid, dans l’espérance que les Portugais viendraient les y rejoindre, et qu’une fois maîtres de la capitale, ils obtiendraient bientôt la soumission de toute l’Espagne. (*)
Pour frapper les yeux du peuple, ou pour le surprendre et meme l’effrayer, Charles fît son entrée publique dans Madrid, précédé d’une escorte de deux mille chevaux, suivi de sa garde, des officiers de sa maison et de ses principaux ad-
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(*) Le marquis de Saint-Philippe rend compte du conseil de guerre tenu par les alliés après la victoire de Saragossc , et il expose fort au long les raisons alléguées par les généraux anglais et allemands , à l’appui de leurs divers avis. Nous y renvoyons les gens de l’art, qui, après les avoir approfondis, hésiteront peut-être encore à prononcer : tant il existe de causes indépendantes de la volonté des chefs qui échappent à l’humaine prévoyance, et peuvent renverser ou faire réussir une opération militaire. C’est ce qui rend difficile de déterminer s’il eût été plus sage de se porter rapidement sur la Navarre ,pour couper toute communication avec la France, que de se diriger sur Madrid. La fortune, qui ordinairement décide de tout à la guerre en souverain arbitre , se plut cette fois-ci à ruiner le plan de Stanhope.
Çfuoi qu’il en soit , ce général avait une raison plus forte
hérens. Il n’oublia pas de se montrer attaché à la religion catholique, et d’aller visiter la basilique de Notre-Dame d Atocha, qui est en grande vénération a Madrid; mais rien ne put ébranler la fidélité que les habitans gardaient à Philippe, ni . effacer l’antipathie qu’ils avaient pour les Autrichiens. On ne vit dans cette solennité que quelques enfans que la curiosité y amenait. Partout dans les rues et dans les places régnait un morne silence, dont l’éloquence parlait plus haut que 1 opposition la plus forte. Le monarque triomphateur en fut tellement contrarié, qu’arrivé à la porte de Guadalajara, il ne voulut pas conti-^1 nuer, comme c’était l’usage, jusqu’au palais du Retira ; mais il rétrograda pour sortir par la porte d’Alcala, en s’écriant : Madrid n’est qu’un désert. (x)
Le marquis de Mancera fut le noble organe de » . . n. , o
1 opinion publique, lorsque, pressé par les me-
qiie toutes les considérations militaires de se porter sur Madrid, c’était les instructions de son gouvernement. On raconte, disent les Mémoires de Noailles , tome V, page 160, qu’en sortant du conseil de guerre tenu chez l’archiduc , un officier anglais ayant dit à Stanliope : « Eh bien , milord , où allons-nous, est-ce à Valence ou à Madrid? il lui répondit : à Madrid. J’ai ordre, de la reine et des alliés, d’y conduire le roi Charles; quand il y sera une fois, que Dieu ou le diable l y maintienne ou l’en fasse sortir , je ne m’en soucie point , ce n’est pas mon affaire. »
(*) Saint-Philippe, tome II, page 385. « * » &
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naces de Charles, l’illustre vieillard répondit avec une fermeté que le poids des années ( il avait cent ans ) n'avait pu affaiblir : « Je n’ai qu’un Dieu et un roi auxquels j’ai juré fidélité. Je suis à la veille de descendre dans la tombe ; je 11e manquerai pas à l’honneur pour le peu de temps qui me reste à vivre. » Ce fut dans ces fâcheuses circonstances que l’archiduc fut proclamé roi dans la capitale. Le gouvernement municipal s'était dissous. Les diverses branches d’une administramère furent. alors confiées à Guerrera,
Palmar, Belmonte, Laguna, LJceda, Hijar, Fer- ^ nanunez, don Antonio Villaroel et autres nobles qui avaient, depuis long-temps, suivi les drapeaux du nouveau roi Charles, ou qui adhéraient pour la première fois à sa cause. (*)
Si jamais Louis XIV eut le désir sincère d obtenir de Philippe la cession de sa couronne, ce fut assurément au milieu de ces désastres , convaincu , comme il l’était, que la situation de la France devenait très critique, et que l’Espagne ne pourrait désormais se soutenir que par ses propres forces. Mais, ayant reçu une adresse des principaux grands d’Espagne, immédiatement après la bataille de Saragosse , par laquelle ils lui demandaient de ne pas abandonner sou petitfils, il se détermina h envoyer iSoailles prendre
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(') Ortiz, tome VII , page ao3.- ' ■ • •
tion éphé
des informations, et s’assurer si les ressources de l’Espagne suffiraient pour soutenir la lutte; espérant, de son côté, en continuant la guerre encore pendant une autre campagne en Flandre et en Allemagne, avoir l’occasion de diviser ou d’affaiblir les alliés. Dans le meme but , il céda au vœu de Philippe, et envoya Vendôme prendre le commandement de l’armée espagnole. . r
Les instructions qu’il donna à Noailles feront mieux voir ses propres senti mens et l’état de la cour d’Espagne à cette époque.
Noailles eut l’ordre de représenter que la seule condition au prix de laquelle on pourrait obtenir la paix des alliés était la cession de l’Espagne, et qu’ainsi il fallaitque Philippe persuadât ses fidèles sujets de se rallier autour du trône; qu’autrement il se trouverait dans la nécessité de le quitter, en échangeant cette monarchie contre un établissement ailleurs. La Sicile et la Sardaigne auxquelles on voulait faire allusion, offraient, à la vérité, un bien faible dédommageront; mais il y avait, ajoutait-on, une énorme différence entre la possession de ces-deux îles avec le titre de roi, et la condition privée d’un prince chassé de ses états, et sans espoir de remonter sur le trône.
On y disait encore : « Celui qui règne, ne fut-ce que sur line petite étendue de pays, peut, par sa sagesse etsa bonne conduite, se faire considérer des au très nations de 1 Europe; et, lorsqu’il voit devant
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lui une longue suite d’années, il peut espérer des conjonctures favorables pour rendre sa fortune meilleure. Un prince réduit a la condition d’un particulier, est bientôt loin de la mémoire des hommes : ses vertus sont comme ensevelies. Il devient inutile au reste de la terre; souvent à charge à son propre pays ; et loin de trouver des occasions de faire valoir ses droits , il ne laisse à sa postérité que de vains titres et de vaines prétentions. » La question doit être ainsi posée : u L’Espagne peut-elle , ou non , se défendre elle seule? Si elle le peut, que Philippe rappelle toute son énergie, et qu’il montre qu’il possède encore des ressources. Si la chose est impossible, il faut qu’il renonce à une dignité qu’il ne peut plus conserver, et qu’il cesse d’attirer des malheurs réels sur la France, pour des espérances chimériques. Noailles parlera ensuite séparément au roi et à la reine, ou même à la princesse des [Jrsins, avec la discrétion convenable : l’essentiel est de dissiper leur illusion. »
Comme on n’ignorait pas qu’en dernier résultat tout dépendait de la volonté de madame des Ursins, Koailles fut prévenu de n’épargner ni les promesses ni les menaces pour la déterminer à agir conformément aux injonctions de Louis XIV.
(f On laisse au négociateur la liberté d’employer auprès delà princesse des Ursins les considérations particulières, soit d’espérance, soit de crainte.
qu’il jugera propres à la toucher personnellement, jusqu’à lui dire, mais à la dernière extrémité, qu’on la rendra responsable des mauvais conseils qui entraîneraient le roi d’Espagne dans le précipice, lorsqu’il reste encore une voie pour conserver ses états. » (*)
]\oailles devait communiquer ces instructions# à Vendôme, qui était aussi en route pour l’Espagne, afin que tous deux pussent agir d’un commun accord, et atteindre le but de cette mission délicate. Ces ordres leur parvinrent à Bayonne , où Vendôme fut retenu quelque temps par une îég ère indisposition. Noailles partit seul pour joindre le roi et la reine à V alladolid. ; *?• *
La présence du danger, les exhortations de la reine et de la princesse des Ursins avaient réveillé l’énergie de Philippe, et lui avaient rendu tout son courage ; il était résolu à ne quitter jamais une couronne qu’il avait si chèrement achetée. Le lendemain il réunit les grands près de lui, ordonna à Noailles de leur faire connaître la mission dont il était chargé : aussitôt qu elle leur fut exposée, l’alarme devint générale. Ils déclarèrent unanimement qu’il fallait que la France envoyât des secours, et que, pour eux, ils étaient prêts à verser leur sang, et à faire le sacrifice de leur fortune pour la défense de leur souverain chéri.
(*) Mémoires de Noailles , tome IV, page i37.
Noailles ne les berça pas de vaines espérances; il leur déclara, d’une manière positive, qu’il n’y avait aucun secours étranger à attendre, vu la distance et la difficulté d’approvisionner une ar- » mée considérable; il leur fit remarquer cependant la faiblesse de l’ennemi. 11 insista sur ce qu’il n’y avait que leurs propres et prompts efforts qui fussent capables de rétablir les affaires, ajoutant • . que le moment était venu de réaliser leurs promesses et leurs protestations de loyauté et d’attachement. Il insinua que pour seconder leur élan patriotique, il était probable que le roi de France se déciderait à opérer une diversion du côté du Roussillon. (*)
Ces exhortations et ces raisonnemens ne furent pas inutiles. Les grands tinrent une assemblée solennelle pour aviser aux moyens de parer à un danger si imminent. Le duc de Medina-Sidonia ' ouvrit la délibération en proposant de faire une adresse à Louis XIV, par laquelle on le prierait de revenir sur la résolution d’abandonner l’Espagne à sa destinée , et d’accorder quelques prompts secours. Le duc d’Osuna , seul dans l’assemblée, fut d’avis que l’Espagne pouvait continuer à se défendre sans aucune assistance • étrangère. 11 prétendit que ce serait une tache indélébile pour les Espagnols que de demapder
(‘) Noailles, tomctV, page 146: ■ : •
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des secours au dehors, après avoir été déjà trompés tant de fois par la France. Mais la présence du danger fut plus forte que son discours. On mit de coté l’intérêt personnel et les préjugés nationaux. L’orateur fut écouté avec indifférence, et la proposition du duc de Medina-Sidonia fut adoptée par acclamation. Le comte de Frigiliana, qui passait pour écrire avec facilité et même avec éloquence, fut chargé de rédiger l’adresse, qui fut signée sur-le-champ par tous ceux qui étaient présens à la séance (*). Elle fut envoyée au duc d’Albe, ambassadeur d’Espagne à Paris, avec ordre de la présenter, et de l’appuyer de tout le poids de son caractère.
Le courage castillan se réveilla pour maintenir la gloire et l’indépendance de la nation. On forma une junte de guerre pour préparer et faciliter les opérations militaires. Elle devait rester en permanence; Noailles serait prié d’assister à toutes ses séances , et les mesüres qu elle arrêterait devaient être dirigées par lui.
(*) Le biographe de Philippe a conservé les noms des grands qui signèrent l’adresse: ce sont les ducs de i’Infantado, Popoli , Atri , Medina-SidOnia , Montellano , Arcos, Abrantès, Banos, Veraguas, Soria, Jovenazzo et Bejar; les marquis de Priego, Astorga , Aylona, Bedinar, Villafranca , Montealegre , Almonacid, delCarpio; les comtes deLemos, Peharanda, Benavente, San Estevan del Puerto, Onatc , Frigiliana , et le connétable de Castille. Saint-Philippe , tome II , page 370.
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Noailles , après avoir exécuté la partie ostensible de ses instructions, mit tousses soins à faire comprendre a Philippe la nécessité d’abdiquer sa couronne, dans le cas où l’enthousiasme et les efforts de ses sujets se trouveraient insuffisans pour la lui conserver; mais ce fut sans succès qu’il employa tous les argumens fondés sur le respect , la reconnaissance et l’affection que Philippe avait pour son grand-père; il ne fut pas plus heureux quand il exposa la supériorité de l’ ennemi, la faiblesse et le désordre de la monarchie espagnole. Philippe, encouragé par la reine et par la princesse des Ursins, animé par les circonstances critiques du moment, parut puiser une nouvelle force dans les obstacles mêmes. 11 répondit fermement à quelques argumens de l’ambassadeur, d’àutres furent passés sous silence ; il persista enfin dans sa résolution de s’ensevelir sous les ruines de l’Espagne plutôt que d’abandonner un peuple qui lui avait donné et lui donnait encore en ce moment des preuves si touchantes de sa loyauté, de son amour. Puis, parlant du caractère de ses sujets, qui paraissait, ainsi que le sien propre, avoir besoin du malheur pour retrouver toute son énergie , il dit à Noailles : « Mes troupes , il est vrai , sont faibles , dispersées et sans discipline ; mais cet état doit bientôt cesser. Si l’armée d’Aragon a souffert, celle de l’Estramadure est encore intacte , et même son état est
amélioré. 11 nie manque un bon général ; mais le duc de Vendôme ne tardera pas d’arriver. Je suis enchanté que les Anglais aient amené l’archiduc à Madrid; il peut voir dans ma capitale quelles sont les dispositions de mon peuple; il peut s’assurer par lu i-mème que c’est, leur propre volonté, et non la force, qui les maintient dans la fidélité. L’ennemi a fait des fautes ; il a négligé ses moyens de succès, et nous devons profiter de ses erreurs. Quels progrès pourra-t-il faire sans places fortes , sans magasins, au milieu d’un peuple ennemi, éloigné de trente lieues du pays d’où il tire ses approvisionnements? Peut-on croire que l’archiduc abandonne la Catalogne et l’ Aragon pour rejoindre les Portugais? S'il pouvait le faire, la diversion du coté du Roussillon le forcerait de rétrograder. En définitive, nous devons chercher a empêcher leur jonction , éviter un engagement décisif et ménager sagement nos forces. Si, forcé de recevoir la bataille, l’archiduç éprouvait une défaite , elle aurait les suites les plus funestes pour lui. Voilà la dernière ressource qu’il faut tenter plutôt que d’abandonner le royaume. Quant aux finances , nos affaires ne sont pas dans un état désespéré. Nous ne sommes en anticipation que de deux mois sur notre revenu , et le déficit pourra être facilement comblé au moyen des emprunts et des dons gratuits. Notre position était bien autrement critique en 1706, car nous 11’avions
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