‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon (volume 3)Chapitre 8 sur 32 · Torcy , tome III , page · texte numérisé non relu

Torcy , tome III , page

(a) Noailles, tome IV, page i45 à i58. Torcy ^tome FU, page 2. Sàikt-Philippf. , tome II, page 264.

te

Vendôme arrivait dans ce moment même pour . diriger ie courage du monarque, et mettre à profit le zèle que montraient ses fidèles sujets.

. Ayant appris en route que l’ennemi était à Madrid , il s’écria : « Si le roi , la reine et le prince . ’ v des Asturies sont en sûreté, je réponds du reste. » Vendôme en arrivant à Valladolid le 20 septembre , cinq jours avant le départ de Noailles , qui lui fut d’un grand secours, trouva comme lui l’état des affaires beaucoup moins mauvais qu’on ne devait se l’imaginer. Outre les gardes espagnolesetWallones, au nombre de quatre mille hommes, il restait de l’armée d’Aragon cinq mille chevaux, et huit mille hommes d’infanterie; sur les frontières de la Vieille-Castille et du Portugal huit bataillons et douze escadrons; autant en Andalousie; trente-deux bataillons et trente-cinq

escadrons en Estramadure. Des volontaires ac-

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couraient de tous côtés se ranger sous les drapeaux, tandis qu une foule de petits détachemens, dirigés principalement par les habiles chefs des partisans don Feliciano Bracamonte et don Jo- * . seph Vallejo, infestaient toutes les routes, et venaient inquiéter les ennemis jusqu’aux portes mêmes de Madrid. (*)

' (*) C’est à ces partisans que Ton dut en grande partie le

succès des armes de Philippe. Don Joseph Vallejo surtout

devint redoutable pour les alliés. Non seulement il leur enlevait les vivres aux portes de Madrid, mais il faisait grand

L’attachement, dit le biographe de Philippe V, y. la magnanimité , la loyauté du peuple de Castille, fera l’admiration des âges à venir; loin de se lais- » ■> ser abattre parles malheurs de leur souverain, ils se sentaient ranimer par les revers. Ils prodiguerent leurs biens et leurs vies pour l’aider à réparer ses pertes, levèrent et entretinrent des troupes « à leurs propres dépens pour défendre la cause de leur roi et celle de leur pays. Les désastres, qui se succédaient sans interruption , ne servaient qu’à redoubler leur zèle et leur fidélité, à un tel degré qu’on le croirait à peine, s’il entrait dans notre sujet de rapporter en détail quelques uns des innombrables témoignages de fidélité et de dévoûment.

Vendôme ne revenait pas de son étonnement »

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nombre de prisonniers : il culbuta huit cents chevaux com- mandes par le baron de Vecel , qui passaient à Saragosse. A f Ocana , il surprit un régiment de Portugais , et sur les hauteurs d’Alcala il brava le général Stanhope lui-méme, qui lé cherchait avec deux mille chevaux ; peu s’en fallut même qu’il ne fit prisonnier le roi Charles au Pardo , lorsqu’il était à la chasse; ce fut un des gardes-forestiers, qui eut peur de périr dans la bagarre, qui trahit le secret, et avertit Charles du danger qui le menaçait. Un autre partisan célèbre à cette %

époque était don Juan de Cereceda.

On assure qu’une personne attachée au service domestique du roi Ferdinand VII, et jouissant d’une grande faveur * auprès de ce monarque , s’est occupée depuis nombre d’années de recueillir toutes sortes de renseignemens sur les partisans, du temps de la guerre de la succession. On ne sau-

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\ en voyant un changement si inespéré , précisément au moment d’un si grand revers.

Il déclara que l’archiduc ne pourrait se maintenir à Madrid quand même il aurait une armée de cinquante mille hommes. Il donna les éloges les mieux mérités à la fermeté et à la prudence

' de Philippe, ainsi qu’au courage de la reine, qui avaient si bien réveillé , et continuaient encore à exciter l’enthousiasme patriotique de la nation.

Valladolid se trouvait exposé aux incursions de l’ennemi. Les tribunaux furent transférés à Vittoria. La reine fixa sa résidence à Corella, petite ville située sur la frontière de la Navarre, remarquable par la beauté de son site. Philippe se rendit à l’armée.

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rait trop l’engager à les publier ; car les opérations de ces troupes irrégulières furent d’une haute importance pour l’affermissement du trône de Philippe V, comme celles des Guérillas l’ont été de nos jours pour le succès de la guerre contre Napoléon. Une histoire détaillée de ces bandes servirait à prouver aux générations à venir qu’aucune cause ne saurait être soutenue parles armes en Espagne, avec avan^ tage, si elle est contraire au vœu général du peuple; elle ne

* pourrait qu’affermir les Espagnols eux-mémes dans leurs sentimens patriotiques, en même temps qu’elle rendrait leurs ennemis plus circonspects dans leurs opérations militaires; ce qui , en définitive, tournerait toujours à l’avantage de ce pays, dont on empêcherait ainsi la ruine et la dévastation , suite inévitable de ce genre de guerre , -comme l’ont prouvé les deux résistances glorieuses , mais dévastatrices, que nous avons indiquées.

CHAP. XVill. I71O. * 5i

Vendôme était trop sage pour risquer de compromettre les destinées de l’Espagne par des exploits, sans doute, brillans, mais hasardeux; il aima mieux employer le temps précieux qui lui restait à organiser et discipliner les troupes, et à faire des préparatifs pour prendre l’offensive. Il laissa prudemment les soldats ennemis s’épuiser dans l’inaction et la débauche , surtout dans les rixes particulières avec les naturels, ou dans des combats continuels avec les bandes irrégulières. Pour les détails militaires, le duc de Popoli, les comtes d’Aguilar et de Las Torres, ainsi que Valdecanas, secondèrent habilertient le général en chef. Don Baltazar Patino, pour sa part , déploya une ’ haute capacité et un zèle extraordinaire pour la réunion des approvisionnemens et la rentrée des contributions. C est encore par les efforts réunis de ces hommes habiles qu une armée de vingt-cinq mille hommes se trouva organisée et parfaitement équipée dans le court espace de cinquante jours , «n présence et à la vue d’un ennemi victorieux.

foutes ces dispositions étant ainsi terminées, Vendôme ne permit pascaux alliés d’opérer leur jonction avec les Portugais , ce qui, selon toute apparence , leur aurait donné le moyen de se maintenir dans la Castille. Aussitôt qu’il s’aperçut des mouvemens qu’ils commençaient à faire dans ce but, il marcha rapidement par Salamanque et Plasencia, et s’empara du passage impor-

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tant d’Almaraz sur le Tage, d’où il pouvait à la fois empêcher leur jonction , et appeler à lui ’ . l’armée espagnole d’Estramadure, s’il se trouvait

v dans le cas d’en avoir besoin.

L’événement justifia la prévoyance du général. A fin de diviser les forces et l’attention de l’ennemi, une diversion puissante fut opérée du coté des , . Pyrénées orientales, où l’expédition contre Cette

ayant échoué, les Français se trouvèrent prêts à • .. .. reprendre l’offensive. Les alliés s’étant retirés dans leurs cantonnemens sur cette frontière, on rassembla des troupes dans le Dauphiné et dans les autres parties de l’est de la France; et Noailles, à la tête de vingt mille hommes, avec un train considérable d'artillerie, entra en Catalogne pour attaquer Gironne, la clef de cette province du côté du nord.

Cette expédition fut un coup décisif qui ruina les espérances et les desseins de Charles. Son année était restée campée dans les environs de la capitale, t : dévorée par la chaleur du climat. Elle diminuait

chaque jour par les maladies et les suites de l’in- ' tempérance, sans compter les combats multipliés * . qu’elle avait à soutenir contre les paysans et les

troupes irrégulières. Les généraux alliés avaient . employé les argumens les plus pressans , et fait les représentations les plus vives pour que les troupes portugaises fussent mises en mouvement, et s’avançassent dans l’intérieur* de l’Espagne, pour

CI1AP. XVIJI. 1710. 55,

détruire, par la force de deux armées reunies , celle de Philippe, avant qu elle eût repris courage et qu’elle se fût renforcée. Leur peine fut perdue; car, après de courtes et inutiles excursions dans l’ Es tram ad lire , les Portugais rentrèrent dans leurs cantonnemens, laissant Philippe maître de diriger toutes ses forces contre ses ennemis les plus dangereux. (*)

Environnés d’obstacles devant une armée en-

(*) « Le roi Charles , et les généraux Starenberg et Stanhope , ainsi que les officiers supérieurs portugais qui étaient à Madrid , voyant que la cour de Lisbonne n’accordait pas les secours qu’ils avaient d’abord demandés , diminuèrent

graduellement leurs prétentions , jusqu à $c contenter de trois mille hommes d’infanterie , et de mille de cavalerie : ce secours , si peu considérable , fut encore refusé. On se fondait sur ce qu’ôn manquait du nécessaire pour entreprendre une si grande marche. On disait en outre que les frontières resteraient exposées aux incursions de la cavalerie ennemie : celle*-ci , ajoutait-011 , n’avait déjà inspiré que trop de craintes. Les ministres de deux puissances maritimes représentèrent qu’ils se chargeaient de fournir tout ce qui serait nécessaire pour la marche de ce détachement , et que , quant aux frontières , il y aurait toujours assez de troupes pour les mettre à couvert de toute insulte.

^La cour de Portugal refusa encore de consentir à cette pro-

position , déclarant qu’elle avait besoin de ces troupes. Alors les alliés ne recevant pas de secours pendant que l’armée de Philippe grossissait à vue d’œil , la retraite de l’armée alliée devenait indispensable. » Mémoires de Lambéni , tome VI , pagc^i 71. <

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nemie qui s’augmentait journellement, renfermes étroitement dans un pays où ils pouvaient à peine se maintenir par la force, ne comptant plus sur l’assistance ou la coopération des Portugais , les généraux alliés ne songèrent plus qu’aux moyens de se tirer d’une position aussi critique. Au milieu de leurs incertitudes, la nouvelle de l’invasion de la Catalogne , que Charles apprit d’un déserteur envoyé par sa femme, ne fît qu’augmenter leurs alarmes. Cet avis ne laissa plus de choix sur le parti à prendre. A fin d’assurer le retour de Charles en Catalogne 011 fournit une escorte de deux mille chevaux, tandis que pour ‘ masquer la retraite un décret royal annonça la translation de la cour à Tolède : l’armée alors se concentra à Cienpozuelos. A peine Charles avaitil quitté les environs delà capitale, que la haine du peuple fît une nouvelle explosion. Ce prince put encore entendre le son des cloches et les acclamations qui annonçaient à Madrid le triomphe de son compétiteur (*). Peu de grands le suivirent ; encore le faisaient-ils parce qu’ils avaient figuré dans les places de son gouvernement éphémère , et dans la crainte d’éprouver le ressentiment d’un souverain offensé. Lorsque la personne ' de l’archiduc fut une fois en sûreté, les alliés commencèrent, le 20 novembre, leur retraite

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(') Saint-Philippe , loimf-ll, pagç, 400 . ' .

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sur l’Aragon, à travers les montagnes qui séparent la frontière de la Castille.

Ce fut alors que Philippe , dirigé par les talens et l’habileté de Vendôme , réprit le dessus. Il mérita ce changement de fortune par son courage, sa prévoyance et son énergie. Sur le premier avis de la retraite des ennemis , son armée se mit en mouvement et les inquiéta beaucoup • dans leur marche. Pendant que Vendôme s’avançait contre les alliés, Philippe crut devoir entrer dans la capitale pour recevoir les félicitations de son peuple fidèle. Les députés de Madrid étaient ? venus au-devant de lui jusqu’à Talavera, le priant de revenir dans cette ville, et lui faisant en même temps l’hommage d’un don qu’ils avaient pu se procurer malgré les exactions de l’ennemi.

Le 3 décembre, Philippe, accompagné de Vendôme, rentra dans Madrid, où l’allégresse éclata ** au-delà de toute expression , comme la consternation y avait été profonde et universelle. Après avoir fait la prière accoutumée dans la chapelle .■ de la Vierge, à Atocha, il se dirigea vers le palais

tv- il fallut plusieurs heures pour que son . carrosse traversât les prinéipales rues, car le concours du peuple était innombrable. Tous les habitans se précipitaient en foule pour le saluer , et faisaient entendre les plus bruyantes et les plus sincères . acclamations. Les maisons et les fontaines pu-

bliqùes étaient ornées de drapeaux et d’em-

blêmes ; il y eut illumination générale. On voyait aisément dans cette ivresse universelle le présage des plus brillans succès. (*)

Quelqu'agréables que dussent être pour Philippe ces témoignages d’amour et de dévouaient * de la part de son peuple, il ne perdit pas un temps si précieux dans de vaines cérémonies. Le troisième jour il quitta la capitale pour rejoindre * if l’armée qui avait continué de s’avancer contre l'ennemi, sous les ordres de Valdecanas, pendant que les bandes de Bracamonte et de Vallejo l'inquiétaient et le harcelaient sans cesse.

Animées par son zèle , et guidées par les avis qui arrivaient de toutes parts , les colonnes espa- , gnôles gagnaient à chaque minute de vitesse sur *r les alliés. L’infanterie , dirigeant sa marche sur Guadalajara , passa l’Henarès sur le pont, tandis que la cavalerie, ayant Vendôme à sa tête, tra- ^ . . 9 versa cette rivière à gué, quoiqu'elle fut extrê- * moment grossie par les pluies. *

Par ce mouvement rapide et habilement exé- ,

. Acuté , on parvint à atteindre un corps de six mille hommes qui, sous les ordres de Stanhope, formait * l'arrière-garde. Dans la nuit du 6 cette colonne occupait Brihuega, à quatre lieues de Guadalajara, pour couvrir la retraite des équipages h travers les défilés environnans. Elle y fut attaquée à l’ improviste par un corps considérable de cavalerie,

(•} Saikt-Philip1*e , tome IF, page 4o3. 1

sous les ordres de Valdecanas ; le gros de l'armée ne tarda pas à arriver; les bandes de Bracamonte et de Y allejo , dépassant Brihuega, observaient les mouveruens du corps principal que commandait Starenberg.

Le général anglais, quoique surpris dans une position où il n’avait pour toute défense qu’un *. • . vieux mur bâti en brique, avant même qu’il eût pu soupçonner l’approche de l’ennemi, ne déshonora point son pays et ne ternit point sa réputav tiori militaire. Il fit barricader les portes, ordonna des retranchemens dans les rues, et fit créneler % les murs des maisons pour garder sa position jusqu’à ce qu’il eût reçu du secours; mais il ne put arrêter l’impétuosité des Espagnols que la présence de leur monarque bien-aimé remplissait d’enthousiasme. L’artillerie de campagne étant ' ^ trop faible pour faire brèche, on pratiqua une mine sous une des portes ; son explosion renversa une partie 'considérable du mur : aussitôt les . troupes pénètrent dans la ville, s’ouvrent un passage à travers tous les obstacles , bravant un feu continuel de mousqueterie qui ressemblait à un incendie, tant il était vif et nourri. Avant la nuit le commandant anglais, réduit, après un carnage horrible, à quatre mille cinq cents hommes qui lui restaient, assailli de toutes parts, fut forcé de se rendre à la merci des assaillans. (*)

(*) Parmi les actions brillantes de cette journée, on cite

On envoya de suite les prisonniers dans l’intérieur. Les partisans espagnols, chargés d’observer les mouvemens de l’armée de Slarenberg, annonçaient son arrivée pour soutenir la division qui avait été coupée : on se prépara à la recevoir. L’armée royale se mit sur-le-champ en .bataille sur une hauteur qui domine la plaine de Villaviciosa.

Sur le premier avis de l’attaque de Brihuega ,

Je trait suivant : le duc de Vendôme attaqua Brihuega et fut ^ repoussé deux fois. Comme on allait donner Je troisième assaut, le comte de San Estevan de Gormaz, grand d’Es- * pagne, capitaine-général d’Andalousie, vint se mettre au ,

poste le plus périlleux avec les grenadiers les plus avancés. Le eapitaine qui les commandait, surpris de voir qu’un homme aussi distingué voulait marcher avec lui, lui représenta com- . bien ce poste était au-dessous de lui. San Estevan de Gormaz lui répondit froidement qu’il savait là-dessus tout ce qu’ifc ** pouvait lui dire , mais que le duc d’Escalona , son père, plus généralement nommé le jnarquis de Villena, était depuis long-temps prisonnier des Impériaux , indignement traité à Pizzygitone , avec les fers aux pieds , sans qu’ils eussent jamais voulu entendre à aucune rançon ; qu’il y avait dans * Brihuega des principaux officiers-généraux , impériaux et anglais ; qu’il était résolu à^les prendre pour délivrer son père , ou de mourir. Il donna dans là place avec çe détachement , fit merveille , prit de sa main quelques uns de * ces généraux , et , peu de temps après , en fit l’échange avec son père, vice -roi de Nâples, qui avait été pris à Gaëtc, les armes à la main. Mémoires de Saint-Simon ,

volume VII. , ^

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CHAr. 'XVIII. Ï710. • 5rj

le general autrichien avait rassemblé ses troupes avec toute la diligence que permettait la nature du terrain ; mais , soit par des obstacles qui tenaient aux localités, soit par la nécessité de marcher avec ordre en présence d’un adversaire aussi actif qu’habile , il ne lui fut pas possible de franchir les six milles qu’il avait à faire jusqu à Brihuega avant la reddition de Stanhope. Il annonça son arrivée par des signaux ; et , quoique d’après la cessation du feu il soupçonnât que Stanhope s’était rendu , il continua à s’avancer. Voyant enfin toute l’armée espagnole prête â le recevoir > et la croyant bien plus nombreuse qu’elle ne l’était dans la réalité , il prit une position défendue par des ravins et des coteaux , et commença à répondre aux coups de canon de l’ennemi dans le but de l’amuser jusqu’à ce que la nuit pût favoriser sa retraite.

Vendôme, dont le coup d’œil était celui de l’aigle, se montra jaloux de couronner ses belles opérations par la perte totale des ennemis. Sitôt qu’il le voit suspendre sa marche, il donne lç signal de l’attaque. Quelques courtisans représentant à Philippe la nécessité de ne pas exposer son auguste personne, Vendôme s’écria en vrai soldat : « Ces braves gens seront invincibles si vous vous placez à leur tête(x). » L’avis s’accordait

( ' ) IBarkes, Histoire tV Allemagne , tomcX, page 5 7 5

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60 PHILIPPE V. a '

tout-à-fait avec le caractère du jeune monarque. Il prend donc le commandement de l’aile droite, charge l’ennemi, culbute la première ligne de sa cavalerie, et force la seconde à se replier. Mais ses troupes, entraînées par trop d’ardeur, négligent d’appuyer les flancs de l’infanterie qui se trouve dans le plus grand danger. La bataille devient générale; les alliés, à qui il ne reste d’autre alternative que de vaincre ou de périr, chargent avec une telle impétuosité, que l’on croit l’armée royale rompue , et l’on donne l’ordre de se retirer, sur Torija.

Dans cette extrémité, les généraux espagnols et les officiers rallient les soldats qui leur restent, et formant un corps d’élite, quoique peu nombreux, combattent eux - mêmes dans les rangs comme de simples soldats, et arrêtent les progrès de l’ennemi, jusqu’à ce queValdecanas, s’avançant à la tête des Wallons et de la réserve, tombe sur l’ennemi harassé et en désordre. Cette attaque vigoureuse rétablit la fortune de la journée. L’obscurité mit fin au combat, qui, probablement, aurait fini par être favorable aux alliés s’il avait pu durer davantage. Starenberg, resté maître du champ de bataille, fit enclouer son artillerie et celle prise à l’ennemi, et se retira pendant la nuit. Il perdit trois mille hommes dans les divers combats qu’il eut à soutenir pendant sa retraite contre les partisans espagnols , et gagna Barce-

CHAP. XVIII. I7IO. 6ï

lonne avec sept mille hommes, reste de cette arméequi avait donné des lois à l’Espagne. L’année royale perdit, dans l’affaire de Villaviciosa, trois mille hommes tués, et eut mille blessés.

I^es deux partis furent d’accord dans les éloges qu’ils donnèrent aux commandans des deux armées. On nomma Vendôme le restaurateur de la monarchie espagnole, titre qu’il avait si bien mérité. Des louanges furent aussrdécernées à Slarenberg, de la part de ses adversaires, pour la bravoure, le sang-froid, l’habileté dont il venait de donner des preuves éclatantes. Parmi les officiers espagnols qui se signalèrent dans cette journée, nous citerons les comtes d’Aguilar et de San Estevan de Gormaz, ainsi que Moya, Bracamonte, et surtout Valdecanas. Du coté opposé, nous citerons Villaroel qui commandait le centre et dirigea l’attaque qui faillit être funeste aux armes de son premier souverain. (')(*)

(*) Saint-Philippe, tome II, pages 421 à 437. Histoire de l’Europe pour 1710. Ortiz.

(*) Sur les affaires d’Almenara , de Saragosse , de Brihuega

et de Villaviciosa , on peut voir, pour les Espagnols , les Cornmentarios del marques de San Felipe ; et pour les alliés plusieurs lettres et rapports officiels dans les Mémoires de Lamberti.

D’après le compte que le général Starenberg rendit à sa cour, sur la bataille de Villaviciosa, l’année de Philippe se composait de trente-deux bataillons et quatre-vingts escadrons, savoir : vingt bataillons, formés des débris de

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Philippe rendit compte à FjOuîs XIV de cet engagement mémorable ; %on rapport prouve sa candeur et sa magnanimité.

~ « Nos deux lignes furent mises en mouvement,

quarante-quatre qui s'étaient trouvés à la bataille de Saragosse, et douze tirés de l’armée d’Estramadurc; et quarante-quatre escadrons formés également de soixante-dix, qui avaient pris part à ladite bataille, avec trente-six tirés de l’arirtée d’Estramadure. ,

nL’armée alliée se composait de vingt-neuf escadrons et de .

vingt-sept bataillons; savoir : quatre escadrons impériaux,, deux espagnols, un anglais, dix portugais , six hollandais et six palatins. L’infanterie consistait en quatorze bataillons impériaux, cinq espagnols, deux portugais, deux anglais et deux palatins. Ces corps se trouvaient très affaiblis ; cela 11e pouvait être autrement après une campagne si pénible, au mois de décembre. Lambkrti, tome VI, page 172.

Ce fut Villaroel qui culbuta une grande partie de l’armée de Philippe, te marquis de Saint-Philippe dit , en parlant

de cetle bataille, que si. la bravoure et l’habileté de Villa-

roel avaient pu effacer la tache de transfuge, il se serait cou- ■ vert de gloire. Le meme écrivain affirme que, dans la confusion et l’ignorance où se trouvait Starenberg de la position et de l’état de l’ennemi après la bataille , il réunit dans la nuit scs généraux , pour aviser au parti qu’on prendrait le lendemain ; ils furent tous d’avis de se rendre, excepté Villaroel , qui émit une opinion contraire en disant : « Que l’on ne pouvait pas se décider pendant la nuit ; qu’au jour on ver*

rait ce que l’on devait faire ; que pour sa part il avait culbuté l’infanterie espagnole , qui ne pouvait être rassemblée de grand matin; qu’on aurait.. bien le temps de se mettre

CHAP. XVIfl. — 1710. 63

é§rwait-i£, et à trois heures et demie notr£ cavalerie commença l’attaque sur la droite. Après avoir ciÜbuté celle de l’ennemi à sa gauche, elle tomba sur quelques bataillons d’infanterie, les

en marche', et de prendre la route de l’Aragon , où l’on se trouverait en pleine sûreté, » On n’oserait pas garantir l’authenticité de cette anecdote , rapportée par Saint-Philippe seul ; mais elle n’est point invraisemblable, attendu la confusion dans laquelle les deux.armées se trouvèrent lorsque la nuit survint. * - *

Villaroel avait servi d’abord Philippe avec zèle; mais il

se troulft plus tard engagé dans des liaisons secrètes avec les agens du duc d’Orléans, Laflotte et Régnault; car il est certain que ce prince voulait hériter du trône d’Espagne, dans le cas où Philippe V l’abandonnerait. L’impos- , sibilité où il était de parler au roi catholique de cet en cas , l’engagea dans des démarches secrètes qui firent tout son crime ; elles n’échappèrent pas pourtant à la vigilance de la princesse des Ursins , qui fit arrêter Régnault , ainsi que

nous l’avons déjà dit. Don AntonioVillaroel quitta, aussitôt

après cette arrestation, l’Aragon où il avait commandé l’année précédej^e , et vint se présenter à la cour. D’après les lettres de Fitz~Moritz , écrites en faveur du duc d’Orléans et contre la priâcesse des Ursins, il paraîtrait que celle-ci chercha en vain à gagnerVillaroel , et à arracher de lui des aveux contraires à son honneur et à sa loyauté. Le général se hâta de quitter la cour, et fut se cacher dans le fond de la Galice.

D’àprès ces lettres , dont plusieurs assertions doivent paraître fort suspectes, Villaroel apprit dans sa retraite la déroute de Saragosse , et la fuite tumultueuse et précipitée de la cour. Touché des malheurs de Philippe V, il voulut au • moins les partager s’il ne pouvait pas les réparer, et il se

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mit en pièces et s’empara d une batterie. Notre

infanterie chargea aussitôt après; et, après plusieurs attaques, elle parvint à se placer sur les derrières de l’ennemi, et joignit la cavalerie de la droite. Mais l’infanterie de l’ennemi se battit avec courage, et peu à peu fit retirer nos troupes, excepté les gardes wallonnes qui s’ouvrirent un passage à travers les deux lignes et la réserve, en culbutant tout ce qui se présentait devant eux et faisant un carnage horrible.

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présenta à Valladolid pour offrir ses services au roi. S’il faut ajouter foi à ce qui est raconté dans lesdites lettres , son offre aurait été mal accueillie, et la princesse des Ursins aurait voulu le faire arrêter; mais ayant été prévenu par ses amis, il passa par leurs conseils dans l’armée de l’archiduc.

Le marquis de Saint-Philippe au contraire, ennommantles personnes qui se prononcèrent en faveur de l’archiduc , lors de son arrivée à Madrid, met en tète de la liste don Antonio Yillaroel, lieutenant-général, après avoir reçu,' ajoute-t-il , une gratification de route du roi Philippe pour le suivre. ■ ,

Quoi qu’il en soit, Villaroel, après avoir fait des prodiges de valeur dans la bataille de Villaviciosa avec le centre de

l’armée de Starenberg, suivit jusqu’à la fin la cause de l’archiduc. Nous le verrons commander les Catalans en 1714* et combattre à leur tête dans l’assaut de Barcclonne, où il fut grièvement blessé. D’après les articles convenus entre les députés de la ville et le maréchal de Berwick, il fut enfermé dans la forteresse d’Alicante avec d’autres généraux

qui servaient sous lui , et qui furent également faits prison-

niers dans la prise de cette ville. ' 1

CHAP.#X*1!Ï. — 17 ro.

u’Le duc de Vendôme s’apercevant que notre centre faiblissait, et que notre cavalerie n’avait pas disperse' celle de l’ennemi sur,la droite, donna l’ordre de se replier sur Torija ; mais quand nous nous retirions avec une.grande partie des troupes, on vint nous annoncer que le marquis de Valdecanas et ^e général Mahony, avec la réserve de quinze escadrons, avaient attaqué et culbuté l’infanterie ennemie. #En conséquence de cette agréable nouvelle, nous retournâmes sur le» hauteurs de Bihuega, et attendîmes l’approche du jour pour reprendre notre position sur le champ de bataille. » (x)

Les deux partis réclamèrent, comme cela arrive assez souvent, les honneurs de la journée. La vérité est, ainsi que Philippe le laissa entendre dans sa lettre, et que l’événement même le prouve assez, que Starenberg gagna réellement la bataille ; mais ne s’étant proposé d’autre objet que la retraite, et ne pouvant connaître, dans l’obscurité et dans la confusion , l’état où se trouvait l’ennemi, il abandonna de son plein gré le champ de bataille , et se retira avec tous les désavantages 4’une défaite. (*)

(’) Mémoires de Bcrwick , tome II, page 5i5. HÉ .. (*>) Il arriva au maréchal de Wirtemberg , à la bataille de

Villaviçiosa, de ne pouvoir pas retirer ses canons, parce . que les troupes du roi d’Espagne lui avaient pris ses chevaux d’artillerie. Santa-Cruz, Réflexions militaires , tome VI,

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page i39. .

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Ap rès que Pqnnemi eut pris la^ route dé la Catalogne, Philippe marcha sur Saragosse, où la reine et la cour s’étaient déjà rendues. Malgré la saison très avancée, Valedecanas et Mahony continuèrent avec activité les opérations militaires. Tandis que les Français s’emparaient de Gironne et descendaient dans la plaine d’Urgel, les Espagnols s’établirent successivement dans le centre de la Catalogne, et la prise de quelques postes peu importans, tels que Miravet, Calai et Solsonne, bornèrent le pays occupé par l’archiduc à un tiers de la province , et menacèrent les deux places maritimes, Barcelonne et Tarragone.

On se flattait généralement que la guerre d’Espagne tirait à sa fin ; et Vendôme, avec son activité ordinaire, pressait tous les préparatifs pour le siège de Barcelonne. Diverses circonstances contribuèrent pourtant à en suspendre les opérations. Les troupes étaient distribuées en cantonnemens ; et en différant le siège jusqu’à la saison suivante, on donna imprudemment à l’archiduc le temps de recruter son armée et de relever son • pouvoir chancelant.

Les conseils et les ministères furent de nouveau transférés à Madrid. Ronquillo sévit derechef contre tous ceux qui par peur avaient reconnu l’archiduc ; il exila les femmes et les familles de ceux qui l’avaient suivi. Plusieurs personnes, du

plus haut rang, eurent à souffrir de leur timidité

et de leur imprudence dans cette occasion. Mais, parmi les classes mitoyennes ou inférieures, Ronquillo , malgré sa vigilance et sa sévérité, i*e trouva pas une seule personne qui méritât d’être nue. (*)

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(*) Outre les auteurs cités dans ce chapitre , nous avons consulté Ortiz , Tindal , Targe, et autres historiens dont

nous avons fait mention précédemment.

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<, PHILIPPE y.

•■■V . “> ri. - ’v '

La France se trouve dans la détresse. — L’Angleterre séparée de la grande îmiancç. — Négociations scSèrètes entre le ministère anglais et la France. — Situation de D’Espagne. — Santé chancelante de la reine d*Espagne. , — Contestations et froideur momentanée entre les Cours de Versailles et de Madrid. — Mémorial de Noailles sur la situation de la cour et de la nation.^— Ses intrigues contre la princesse des Ursins. — Son rappel. — « Disgrâce d’Aguilar. — Mission et instruction du nouvel envoyé * VBonnac. * — Opposition de Philippe et de ses ministres aux ^sacrifices demandés par Louis XIV, comme prix de læÇaix. — * La princesse des Ursins réussit à les mettre d’accord. — Philippe donne des pleins pouvoirs à Louis ’XIV pour continuer la négociation en son nom. — Mort de l’empereur Joseph.

— Charles quitte la Çatalogne. — Il est élu empereur’ d’ Allemagne. — Rupture entre lès Coürs de Londres et de Vienne. -^MOuverture du Congrès d’Utrecht. — Avantages obtenus par Louis XIV. — Disgrâce de Marlborough. — Campagne de 17 ii en Catalogne. ' - *

Malgré les avantages récemment remportés, la couronne de Philippe n'était pas encore bien assurée sur sa tête, car le sort de l’Espagne, comme l’issue de la guerre , dépendait de la lutte engagée dans les Pays-Bas.

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L’année précédente les alliés avaient ajouté k leurs conquêtes Douai, Béthune, Saint- Venant et Aire : la chaîne de fer ( on appelait ainsi la frontière de la France) avait été brisée. Encore une campagne dirigée avec la même habileté,* accompagnée du même succès, et Louis XIV devait se trouver réduit à la nécessité de recevoir les

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conditions de la paix sous les murs de sa capitale. La détresse publique devint extrême a la suite de tant de désastres, et toute l’énergie d’un gouvernement absolu suffisait a peine pour tirer d’une nation épuisée les moyens de prolonger une guerre défensive et malheureuse. La mort du dauphin ( 14 avril ) emporta le principal partisan de la guerre d’Espagne , tandis que le parti du nouveau dauphin trouva partout, et a la cour et a la ville , des avocats zélés pour le rétablissement de la paix, qu’ils considéraient comme le seul moyen d’écàrter le danger d’une ruine totale wet imminente.

Quant aux alliés, lorsqu’ils terminèrent la campagne précédente, ils avaient conçu les espérances les plus flatteuses. Tous les efforts de la France pour diviser l’alliance et négocier une paix sé- 4 parée avaient été infructueux ; tandis que de son côté l’empereur ayant? défait les rebelles en Hongrie, et entamé des négociations avec les Turcs pour mettre fin a une guerre qui avait épuisé jusqu alors toutes ses forces, se trouvait par là

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en état d’enVoyer des renforts considérables en Espagne, dans les Pays-Bas et sur le Rhin. Le v moment était venu de prendre sa revanche sur la France, en lui faisant expier tous les maux qu’elle lui avait occasionnés depuis le commencement de la guerre de trente ans. Elle allait perdre enfin les acquisitions qu’elle avait dues soit à la victoire, soit à d’heureuses négociations. On aurait désormais une barrière établie d’une manière durable pour la sûreté des États de l’Europe • contre sa puissance et contre l’ambition de son gouvernement ; mais dans un moment aussi critique pour la maison de Bourbon, elle dut encore . son salut à des jalousies mutuelles qui s’élevèrent s & entre ses ennemis, et dont elle a su si bien et* si souvent profiter pour consolider sa propre grandeur.

Le duc de Savoie, mécontent de l’empereur, quis’était approprié les districts qui lui avaient été promis comme prix des services qu’il avait rendus à la cause commune, ouvrit une négociation secrète avec la France ; quoique découverte et tout-à-fait manquée, elle n’en fut pas moins un - germe de soupçons et de discordes’ (*) , comme on le verra par la suite.

Mais ce qui, chez les alliés, contribua surtout à faire perdre le fruit de tous les sacrifices et à

( ’ ) Mémoires de Benvick , Home II , page 1 82: P >«

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, chap. xm — 7»

entraver les opérations militaires et qui sriuva la France, ce fut de la part de T Angleterre sa déviation des principes que son gouvernement avait* proclamés le premier.

Le caractère et les vues politiques de la reine Anne avaient été cause de ce changement . Bien di f- *

férënte de Guillaume, cette princesse ne nourrissai t ».

contre la France aucune animosité, soit politique, ‘ « soit personnelle. Elle n’était pas. douée, d’ailleurs, fr d’assez de capacité pour bien comprendre et sa- '* voir, apprécier l’esprit deda politique de son prédécesseur, Elle avait reçu le sceptre d’ Angleterre comme un héritage qui lui appartenait de droit; et à la mort de son fils unique, le duc de Glocester, l’amour fraternel s’était réveillé dans son • ^ âme. Elle brûlait du désir*de rétablir sa famille détçônée, en mettant un jour la couronne sur fa tête de son frère ; mais le bonheur qui jusqu’alors ' avait accompagné ses armas, et la considération, w » publique dont jouissaient les ministres , aussi lia-*

• biles qu’heureux , qui gouvernaient en son nom , lui avaient fait une loi de cacher ses sentimens

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I * secrets au fond de son cœur. .£ h

Le hasard, plutôt qu’un dessein déterminé, * révéla ses inclinations secrètes. Lat duchesse* de Marlborough , sa favorite, avait placé auprès . d’elle une de ses parentes, mistriss iSTasham , dans le double but de se délivrer de l’ennui de L’avoir sans cesse auprès d’elle, et d’ affermir par là

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faveur auprès de la reine. Cette dame était aus^i

fort attachée secrètement a la famille des Stuarts, *et, jalouse du pouvoir de sa protectrice, elle profita pour lui nuire d’un des momens d’humeur que le caractère impérieux de la duchesse faisait naître dans l’esprit de la reine. Pressée de hâter sa chute , elle fomenta le mécontentement de sa maîtresse , et devint l’intermédiaire pour une négociation privée avec le chef des torys Harley. Comme il eût été impossible à la reine d’arriver à l’accomplissement de ses vues en faveur de son frère pendant une guerre qui aurait affaibli la France, et augmenté la puissance et la considération d’un ministère whig, elle dirigea tous ses efforts vers la paix. Elle trouva tous ses conseillers torys et jacobites parfaitement d’accord sur cet objet ; car, par des considérations privées , chacun de ces partis était opposé à la guerre et secondait de son mieux les vociférations de paix. (*)

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£*) Potir bien comprendre le contenu de ce chapitre ,

1 relativement à la révolution ministérielle qui eut lieu sous la reine Anne, il faut connaître l’état et la force • des partis politiques qui s’agitaient à cette époque en An- " gleterre. Ils étaient au nombre de quatre, savoir 1 les Torys, iss Whigs, les Jacobites et les Républicains; mais il n’y avait parmi eux de réellement puissans qt^e les, deux «premiers; car les Jacobile9, nom sous lequel on désignait • les partisans de la maison des Stuarts , étaient si peu con-

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La divergence d’opinions qui accompagne nek cessairement les gouvernemens libres , servit les vues de la reine et hâta la chute des Whigs. On s était servi avec succès de la liberté de la presse fc ainsi que du talent des écrivains les plus habiles . \ pour blâmer leur conduite et dénigrer leur caractère. Les succès obtenus par l’ Angleterre , à force d’être fréquens, avaient perdu leur pres- « tige. A peine le danger qui avait éveillé l’esprit

\ > ‘ public était-il passé , qu’on le considérait déjà

comme imaginaire , et le peuple commençait à

^ sidérables par eux -mêmes, qu’on n’en eût pas même parlé dans les discussions politiques de ce temps-là , s’ils ne se fussent réunis aux Torys , lesquels , malgré leur attachement à la ligne protestante , professaient des doctrines sur -* la prérogative de la couronne, moins en opposition avec celles des Jacobites que les Whigs. Quant aux Républicains,

4 qui se composaient de la vieille semence des partisans de Cromwell et de quelques presbytériens , ils n’auraient pu faire seuls aucune figure s’ilsrnc s’étaient pas réunis aux Whigs” C’était entre ces derniers et les Torys que le pouvoir était réellement disputé.

Les principes politiques et religieux de ces deux partis sont assez généralement connus ; les Whigs étaient favorables aux droits du peuple, les Torys soutenaient ceux du prince, et ce système d’autorité qu’on a désigné sous le nom de prérogative de la couronne. En matière ^ religieuse , les Whigs avaient pour devise la tolérance , et la liberté de conscience , sans d’autres exceptions qu’à l’égard des ca- * Iholiques; les Torys au contraire voulaient maintenir les lois pénales et les restrictions en matières de conscience *

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demander à grands cris la fin d’une lutte dont on lui avait représente la continuation comme un calcul purement personnel tantôt d’avarice , tantôt d’ambition. Les Torys mirent à profit, avec - 4 * * une adresse consommée, cette révolution dans ^ *

l’esprit public : Us se réunirent aux Jacobites et f . fc ouvrirent des négociations secrètes avec la France P et avec la famille exilée. (*) *

Lorsque le projet parvint à sa maturité, le ♦

premier coup frappa la duchesse de Marlbo- . / rough , qui fut disgraciée ; mistriss Masham la . /

ce parti se trouvant en possession des hautes dignités de l’église anglicane. • ||

Mais le caractère peut-être le plus prononcé de division de ces deux partis consistait dans un grand attachement 1 de la part des Whigs à tout ce qui pourrait affermir la révolution, et conserver la couronne à la ligne protestante ; <+ et une incertitude marquée de la part des Torys, chaque fois qu’il s’agissait d’achever l’ouvrage de la réforme qu’ilsavaient entreprise d’un commun accord avec* leurs adver-*

saires.

Quel que soit le jugement que l’on puisse, poéter sur le projet que l’on prête aux Torys d’avoir voulu rappeler J,e

prétendant sous la reine Anqg, il est hors de doute que ce

‘ parti , si zélé pour la prérogative de la couronne , abandonna ce dogme dès qu’il fut question de l’appliquer au roi Guillaume ; ce fut le parti vrhig qui soutint alors des dogmes favorables au pouvoir royal.

(•) Mémoires de Benvicù , tome II.’ Mémoires de Mac -

pherson , tome II. * » • * ^

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remplaça. Les Whigs qui ne soupçonnaient pas même leur danger, ou qui regardaient en pitié les intrigues d’un agent aussi peu important qu’une camériste, hâtèrent la crise par l’excès de leur confiance présomptueuse. Au lieu de s’alarmer de la retraite de lord Sunderland, beaufrère de Marlborough, de la place de secrétaire d’état, au lieu de déconcerter les vues de leurs adversaires par leur énergie et leur unanimité , ils temporisèrent et laissèrent par là affaiblir graduellement la force de leur parti par la démission successive de leurs chefs. Dans le mois d’août, la disgrâce de Godolphin, habile ministre des finances, annonça leur prochain renversement; elle fut suivie de la tardive démission de tous les autres ministres. Enfin l’année n’était pas encore terminée, qu’on forma une administration composée entièrement de Torys, sous la direction de Harley ; et l’affermissement de ce parti fut encore plus assuré par l’élection d’un nouveau parlement dans lequel l’inffuence du gouvernement , les dispositions particulières des membres des chambres et la coopération des jacobites lui donnèrent un ascendant irrésistible.

ik n’osèrent pas pourtant attaquer ouvertement, même au milieu de ces succès, l’autorité bien affermie de Marlborough. Ils lui laissèrent le commandement de l’armée, jusqu’à ce qu’en remuant les passions du peuple et en lui retirant

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les moyens de réussir, ils eussent aplani les obstacles qui s’opposaient à sa disgrâce. Ce changement de système de leur part leur valut encore un nouvel éclat de faveur populaire; et les services d’Harley furent récompensés plus tard par les comtés d’Oxford et de Mortimer, et par la place importante de premier lord de la trésok rerie. Le poste de secrétaire d’état avec la direc- 4 tion des affaires étrangères fut confié à son collègue Henri Saint-John , plus connu sous le nom , de lord Bolyngbroke ( 1 ) , qui , avec une haine in— • vétérée contre tout ce qui portait le nom d’Autriche, réunissait une prévention avouée en faveur de la France.

Cette révolution politique fut regardée comme un triomphe à Paris et a Madrid. On disait publiquement que la chute des Whigs avait sauvé les deux monarchies ; et Torcy dit avec raison : « Ce que nous avons perdu dans les Pays-Bas, nous le retrouverons à Londres. » (a)

Les nouveaux ministres s’étant assurés de la coopération du parlement, ne songèrent plus qu’à dissoudre la grande alliance et à entrer en négociation avec le monarque français , sans don-

(') Lord Darmouth, secrétaire d’état pour le département du Sud , ne sachant pas le français , toutes les affaires qui avaient rapport à la France furent passées à lord Bolyngbroke.

(*') Torcy , tome III, page 3i. .* .;t fr.i

CHAP. XIX. I y T I

ner le temps à leur administration de s'affermir. Ns écoutèrent avec une bienveillance marquée les propositions qu on • leur fit par le canal du maréchal de Tallard, prisonnier alors en Angleterre. Lorsqu’il partit pour la France, la négociation fut continuée par un prêtre catholique nommé Gaultier, que les Français avaient d’abord . employé comme espion, et que le comte de Jersey, très dévoué a la maison des Stuarts, proté- T geait alors par la recommandation de sa femme dont il était l’aumônier.

Louis XIV fut enchanté de recevoir ces communications f et des le mois d avril , Gaultier * fut envoyé a Paris avec des instructions de la part des nouveaux ministres. Ils représentaient, dans des termes très humbles, que la paix n’était pas moins nécessaire à l’Angleterre qu a la Fiance. Ils faisaient entendre qu’il leur fallait garder les apparences auprès des alliés, et priaient le roi de renouer les négociations avec les Hollandais. Ils déclaraient, avec une bassesse inexcusable de la part de ministres d’une nation qui avait été tout récemment d’un si grand poids dans les affaires de l’Europe, qu’on donnerait des oïdies aux plénipotentiaires anglais pour empêcher que la Hollande ne mit des obstacles a la conclusion de la paix, et qu’elle ne renouvelât ces prétentions altières qui avaient blessé l’honneUr et les affections du monarque français. On ne

demandait à celui-ci aucun engagement; on se contentait seulement de l’aveu assez vague que leurs ouvertures seraient favorablement accueillies. (0

Louis reçut, à la vérité, ces ouvertures avec cordialité. Il les regardait comme le prélude d’un’ arrangement bien plus honorable, que ses revers, depuis la bataille de Blenheim , ne lui avaient permis de l’espérer. Sous prétexte de consulter sur sa propre dignité, ou pour faire une odieuse distinction entre les deux puissances maritimes, il refusa d’ouvrir une négociation directe avec* les Etats, et témoigna son désir d’employer la médiation de l’Angleterre. Il exprima ces sentimens dans un Mémoire qui renfermait les conditions qu’il se proposait d’accorder comme bases d’un arrangement général. Il offrait aux Anglais sécurité pour leur commerce , en Espagne , dans les Indes et dans la Méditerranée, une barrière aux Hollandais dans les Pays-Bas, et le rétablissement de tous les avantages commerciaux dont ils jouissaient autrefois. Il y disait qu’il était prêt à admettre des conditions satisfaisantes et raisonnables à l’égard de tous les autres membres de la grande alliance ; et comme la situation de Philippe offrait de nouveaux moyens pour arranger la dispute relative à l’Espagne, il promettait qu’on

. (’) Terne y, tome III, page 36.

êr.

CHAI». XIX. I y I I . 79

aviserait aux moyens d’écarter les difficultés, et ^ de garantir l’état présent, ainsi que le commerce * et les autres intérêts des puissances belligérantes. Enfin des conférences devaient's’ouvrir incessamment pour la paix générale : Aix-la-Chapelle ou Liège étaient proposés comme très convenables pour cette tenue importante.^1)

Le ministère anglais accepta ces conditions, quoique vagues; il trouva justes les procédés du monarque français avec les Hollandais, et prenant leur source dans la délicatesse : il ne voulut pas cependant attendre l’ouverture des conférences générales ; mais , ébloui dè l’offre des avantages commerciaux, il en demanda de plus amples explications’ qui pourraient conduire à un traité particulier et secret. Gaultier continua d’être l’intermédiaire des communications secrètes. Elles furent suivies avec la plus grande activité, tandis que l’on trompait les Etats par des protestations de cordialité et de confiance. Enfin ils pressèrent tellement leurs arrangemens, que Prior, l’ami et le confident d’Qxford et de Bolyngbroke, fut envoyé à Paris en juillet, pour mettre la dernière main à un traité qui allait décider de la destinée de l’Europe.

Pendant le cours de cette négociation si heureuse pour la maison de Bourbon, le cabinet es-

(*) Correspondance de Bolyngbroke , vol. I, page 172.

pagnol faisait sémillant de vouloir se séparer dq la France, et montrait plus d’humeur et d’indépendance qu’il n’en avait manifesté depuis le rap pel de la princesse des Ursins.

Au milieu des succès qu’il venait d’obtenir, Philippe avait vu sa joie troublée par la santé* chancelante de la reine. L’effroyable maladie des écrouelles, qui la précipita bientôt au tombeau, minait déjà lentement sa constitution, affaiblie par tant de chagrins et de fatigues. Mais, quoique ses attraits commençassent à se passer, et que sa vivacité naturelle diminuât de jour en jour, son courage demeurait inébranlable. Elle conservait toujours son empire habituel sur l’esprit et les affections de son mari débonnaire. Philippe était, de son côté, vivement affecté des souffrances * d’une épouse si tendrement chérie. Frappé de l’idée de la perte qui le menaçait, il abandonna le soin de la guerre, et même les occupations les plus importantes du gouvernement.

L’absence des dangers extérieurs sembla renouveler les mécontentemens qui avaient déjà éclaté au dedans. La haine nationale contre les étran-

gers se réveilla et prit une nouvelle force; les grands recommencèrent leurs plaintes accoutumées : ils disaient que les preuves répétées qu’ils avaient fournies de leur zèle et de leur loyauté, n’avaient abouti qu’à la diminution de la faveur du roi envers eux, et à la perte de leurs propres

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CHAP. XIX. 1711. 8l

droits. La fierté de Vendôme, à qui il en coûtait de se laisser contrôler dans les opérations militaires, meme par Louis XIV, indisposa les généraux espagnols Aguilar et Valdecanas, qui, enorgueillis de leurs derniers services, aspiraient à la direction des affaires de la guerre, et censuraient avec amertume les opérations du général en chef. Des querelles éclatèrent, comme parle passé , entre les Français eux-mèmes ; et au milieu des protestations les plus sincères en apparence d’amitié et de confiance , une grande jalousie existait entre Vendôme et Noailles.

Ces contestations devinrent une source d’aversion réciproque entre ceux qui avaient agi jusque là d’un commun accord; mars les négociations commencées pour la paix rendant indispensable le retour d’un empire absolu sur la cour de Madrid de la part de la France, le monarque français envoya Noailles à Saragosse, pour y faire les fonctions d’ambassadeur, sans cependant en avoir le titre. On ne pouvait, il est vrai, faire un meilleur choix : élevé dans les cours dès Fige le plus tendre, il était souple, insinuant, habile, surtout discret. 11 jouissait de la confiance entière de Louis XIV. La duchesse de Bourgogne, sœur de la femme de Philippe, le protégeait. Madame de Maintenon était sa parente, et il avait conservé des rapports d’amitié avec la princesse des Ursins, depuis sa première mission en Espagne.

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11 venait d’être élevé à la classe des grands d’Espagne, et on lui avait envoyé aussi le collier de l’ordre delaToison-d’Or, accompagné d’unelettre de la reine , par laquelle elle lui témoignait sa reconnaissance, ainsi que celle de son mari, pour ses services importans. Enfin la cour assidue qu’il avait faite à Philippe depuis sa jeunesse, et l’ex- -, %' périence qu’il avait acquise, lui avaient donné une connaissance parfaite des dispositions de la cour et du caractère de la nation espagnole.

Le tableau tracé par Noailles pour l’instruction (

de son souverain est presque calqué sur celui, déjà rapporté, de Tessé, malgré quelques changemens que les révolutions dernières avaient dû nécessairement y mettre. Il renferme aussi d’assez claires allusions à la mésintelligence des deux cours , dont Torcy se plaignait en disant que « les secrets de l’Espagne trouvaient, sans doute, quelque obstacle pour pénétrer en France. »

« J’insiste, dit Noailles, pour qu’on envoie au plus tôt un ambassadeur capable de se faire craindre et respecter, et qui se mêle uniquement des affaires. Pourvu qu’on ne me charge pas moimême de la commission, je serai content, n’en connaissant aucune de moins désirable, depuis que je vois la manière dont on se gouverne.

« Pour tout ce qui concerne la France, je 11’aperçois que difficultés, traverses, oppositions.

Que sera-ce si l’on parvient à n’avoir plus besoin

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de ses secours ? Les prétextes ne manqueront pas alors pour effacer le souvenir des bienfaits. On dira, dans Foccasion, que Louis XIV a cherché son propre intérêt en soutenant son petit-fils sur le trône; on se récriera sur l’évacuation de l’Italie faite sans la participation de Philippe, sur le parti pris de l’abandonner lorsque la cour de France y croyait voir son avantage, sur le peu de part que l’Espagne a eue aux conférences pour la paix, sur la conduite des Français en plusieurs occasions,

. sur les trésors qu’ils ont tirés des Indes , etc

« Le roi , la reine et ceux qui les environnent sont toujours les mêmes. De petites raisons particulières détournent du bien général ; au lieu de retourner promptement à Madrid, chose très importante, on veut aller à Corella sans motif raisonnable : tout est dans l’engourdissement, dans la léthargie; et depuis la bataille de Villaviciosa, on n’a fait que perdre le temps le plus précieux.

« Ce n’est pas qu’on n’ait pas travaillé; mais le travail est sans fruit, parce qu’il est sans ordre et sans règle. Ceux qui avaient rétabli les affaires après la bataille de Saragosse, sont devenus sus-

pects : on les éloigne tant qu’on peut ; les intrigues de cour l’emportent sur le reste : on ne se fie qu’à cinq ou six misérables , dont il n’y a ni lumières ni ressources à espérer.

« Dans cet état de choses, il est essentiel de saisir l’occasion que présente la mort de l’empe-

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reur. Il faut faire la paix ; on y parviendra en continuant de secourir Philippe V. Pourvu qu’il conserve l’Espagne et les Indes, quelque cession, quelque sûreté pour le commerce que l’on accorde aux ennemis , il doit s’estimer fort heureux; c”est un assez bel appanage pour une branche cadette. La France unie à l’Espagne n’ayant pu faire la loi, il ne reste qu’un parti à prendre , c’est de persuader a l’Europe que cette union ne peut lui être préjudiciable ni dangereuse; V intérêt même de la France, comme celui des alliés , est que V Espagne perde quelque chose, puisque l’on ne doit compter sur les dispositions de la cour de Madrid, qu’ autant qu’elle aura besoin de nos secours.

« Quant à la campagne prochaine, malgré tous les soins que je me suis donnés, il n’y a rien de prêt à l’égard des vivres : on manque encore d’une grande quantité d’armes : on a beaucoup dépensé pour des projets séduisans, mais on a négligé le plus essentiel. Le meilleur parti était donc, comme on le disait, de ne rien hasarder, de soutenir, s’il était possible, un air de supériorité sur les ennemis, sans entreprendre les sièges projetés d’abord; de s’amuser seulement à réduire les montagnes en s’emparant de tous les châteaux, et de s’ouvrir un chemin de communication, afin de faire craindre que les troupes françaises ne se retirassent en cas de contesta-

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tion entre les deux cours sur les articles de paix. » En faisant allusion à la reine et à la princesse des Ursins, il ajoute « qu’elles gouvernaient non seulement l’esprit du roi, mais toutes les affaires quelconques; qu’elles n’avaient alors confiance dans aucun ministre capable de gouverner; qu’une inquiétude présomptueuse les emportait au-delà des bornes ; qu’elles se flattaient de tout reprendre, de tout garder, tandis qu’on pouvait encore craindre de tout perdre. La reine, fièreet courageuse, s’indignait des sacrifices qu’il fallait faire à la paix : la princesse des Ursins entrait dans ses sentimens, et de plus travaillait sans doute à se soutenir elle-même contre des factions redoutables. Le roi n’agissait guère que par l’impulsion de l’une ou de l’autre. Ainsi le gouvernement flottait au gré du caprice et des préventions; on n’avait ni règle ni stabilité; et la lenteur espagnole mettait le comble à l’embarras des rouages de l’administration. »

« Les Espagnols sont plus ulcérés que jamais. Ils murmurent du peu de cas qu’on fait d’eux, de la préférence qu’on accorde aux Italiens et aux Flamands; ils s’attendent à voir le gouvernement entre les mains de ces étrangers; un fantôme de conseil de guerre est sans pouvoir; ses résolutions ne sont suivies qu’autant que la chambre intérieure les approuve ; elle se réserve les plus minces détails, et rien ne s’exécute, parce qu’on ne sait

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à qui s’adresser pour les moindres choses. Le mal est incurable; mais il importe que Louis XIV en soit instruit pour qu’il sache comment s’y prendre quand il aura des affaires à traiter avec cette cour. Une confiance aveugle, fondée sur les derniers succès, est la cause de l’étrange léthargie où l’on est tombé ; et quoique Philippe ait tous les senti mens qu’il doit à son grand-père, les impressions qu’il reçoit si aisément le rendraient peu traitable sur les conditions de la paix, si l’on se trouvait moins pressé par le besoin. » (*)

Ni la discrétion caractéristique de Noailles, ni

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sa piété au moins apparente , ni enfin le sentiment de ses devoirs envers des souverains qui lui avaient toujours donné des preuves d’affection ; aucun de ces motifs ne put préserver son âme des atteintes de l’ambition : il subit à cet égard la même influence que l’atmosphère de Madrid avait eue sur les ambassadeurs qui l’avaient précédé.

Son ami d'Aguilar et lui conçurent le projet d’éloigner le roi de la reine, croyant ruiner par là le crédit de celle-ci et l’influence de la princesse des Ursins. Il dit à Philippe que dans l’état de mauvaise santé où se trouvait la reine, il de- & vait se garder de coucher avec elle ; et prenant alors un air patelin, il lui proposa de choisir pour mai-

*(') Noailles , tome IV , pages 2ü3 0^228.

tresse une des dames attachées au service de cette princesse. Une proposition aussi inconvenante ne pouvait que blesser vivement un prince de mœurs aussi sévères que Philippe, et qui, par principes de religion, comme par amour pour sa femme, avait toujours conservé une fidélité inviolable à la couche nuptiale. Non seulement il en fut révolté, mais il courut au moment même en parler à la reine et à la princesse des Ursins. La reine s’indigna avec raison de cette attaque : elle écrivit aussitôt à la sœur du duc de Bourgogne, qui en parla à madame de Main tenon et à la cour austère de Versailles, où la galanterie n’était plus à l’ordre du jour, et dans laquelle la proposition de Noailles ne fut pas mieux accueillie qu’à Madrid. Noailles fut rappelé : d Aguilar perdit tous ses emplois civils et militaires , et fut exilé de la cour. On tint couverte d’un voile la cause de ce changement. On donna pour prétexte au rappel de Noailles sa mauvaise santé; on attribua la disgrâce d’ Aguilar à ses querelles avec Vendôme. Le mystère ne fut dévoilé que par Saint-Simon , qui tenait, comme on sait , registre ouvert, pour y coucher toutes les anecdotes de cour, et qui aimait par-dessus tout le scandale. (‘)

( ') Nous n’aurions pas osé fonder cette relation sur l’autorité seule de Saint-Simon ; mais elle se trouve confirmée par quelques insinuations mystérieuses dans les Mémoires

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S’il faut en croire les mémoires de Noailles, on devait s’attendre, malgré la faiblesse de l’Espagne et sa dépendance de la France, à éprouver les plus grands obstacles avant que d’obtenir le consentement de Philippe et de son conseil hétérogène au démembrement de la monarchie. Un objet qui n’était pas moins douteux était la concession des avantages pour leur commerce, promis aux puissances maritimes. De plus, le rappel de Noailles , personnage estimé dans les deux cours jusqu’au moment de la proposition imprudente dont nous venons de parler, pour qui le roi et la reine avaient les plus grands égards, a à qui ils avaient accordé leur estime , et qui d’ailleurs était aussi agréable à la princesse des Ursins que conciliant et communicatif avec les grands, un tel rappel, disons-nous, ne pouvait qu augmenter la somme des obstacles à l’heureuse issue de la négociation commencée. Le marquis de Bonnac remplaça le duc de Noailles; et pour éviter les disputes d’étiquette, il ne fut investi que du caractère d’envoyé extraordinaire. Ses instructions, rédigées par Torcy , feront voir la gène particulière qu’éprouvaient les relations entre la France et l’Espagne, et dévoileront en meme temps la politique intéressée de la cour de Versailles, qui,

de Noailles et de Saint-Philippe. ( Noailles , tome IV, pages a3o et 237; tome Y , page 1^2. Saint-Philippe a tome II, page 8. Saint-Simon, tome V, page 5 10.)

CHÀP. XIX. I 7 1 I . « 89

malgré ses protestations de désintéressement et son prétendu désir d’assurer l’intégrité de la monarchie espagnole, ne s’occupait que d’obtenir à ses dépens des conditions favorables.

5 août.

Torcy, après avoir exposé la conduite antérieure de Louis XIV vis-à-vis de l’Espagne dans diverses circonstances, depuis l’avènement de Philippe , rappelle les dernières négociations avec la Hollande, et l’inflexible obstination des alliés. « Ils étaient prévenus, dit-il, que les liaisons entre la France et l’Espagne ne pouvaient se rompre tant que Philippe occuperait le trône. Cependant le roi n’a jamais fait de traité avec son petit-fils; il l’a toujours secouru gratuitement e t sans aucune condition ; il n’a fait qu’acquiescer aux vœux des Espagnols , en acceptant le testament de Charles II. Il était libre par conséquent de continuer ou de retirer ses secours; et peutêtre les aurait-il interrompus depuis long-temps , s’il avait eu moins de tendresse pour son petitfils , et moins d’estime pour les Espagnols.

« Les ennemis commencèrent à changer de ton après la bataille de Villaviciosa ; ils jugèrent que tous leurs efforts ne contraindraient pas Philippe à déposer sa couronne. Ils souhaitèrent de lui voir accepter les partages qu’ils avaient d’abord refusé de lui donner; c’est ce qu’ils firent

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connaître par des propositions indirectes ('); mais le roi ne voulut point deviner leurs intentions, et il continua la guerre sans parler davantage de paix. Son silence et sa fermeté produisirent un bon effet; les nouveaux secours accordés à l’Espagne ont fait sentir aux alliés combien la conquête de ce royaume était impossible : la paix est devenue enfin l’objet de leurs vœux.

« Une étroite union entre la France et l’Espagne est nécessaire pour le bien de l’une et de l’autre, mais elle ne doit avoir aucun caractère de dépendance de la part de l’Espagne. Que les intérêts des deux royaumes soient unis : que chacun soit gouverné selon ses usages et ses maximes. Quand même le roi pourrait régler toutes les affaires de l’Espagne , il ne lui conviendrait pas de s’en charger; ce serait fortifier inutilement la jalousie des principales puissances de l’Europe, qui regarderaient l’Espagne comme absolument soumise à ses ordres.

a Mais il ne faut pas non plus que les ennemis se vantent d’avoir mis la division entre les deux rois; les marques d’une parfaite union seront aussi utiles pour la paix, que les effets en sont nécessaires pour la continuation de la guerre.

« Depuis quelques années le véritable état de la cour d’Espagne a été soigneusement déguisé.

( ‘ ) Ceci a sans doute rapport aux ouvertures secrètes , faites à cette époque par le parti des Tory s.

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Quel que soit le motif d'un pareil déguisement , il importe de connaître le fond des choses ; car les vues de ceux qui gouvernent les affaires politiques ne dépendent que trop des passions et de l’intérêt des particuliers ; et ce n’est pas une nouveauté que de voir le sort des princes réglés par les intrigues secrètes de la cour. On sait que les ressorts secrets qui donnent le mouvement, nuisent beaucoup aux intérêts de Philippe V. Le gouvernement est censuré avec amertume par les Espagnols. Leurs plaintes peuvent n’être pas fondées en raison ; mais elles prouvent qu’il y a du désordre dans l’administration. Il faut connaître lè mal pour juger quels remèdes peuvent convenir; et puisqu’on veut soutenir l’Espagne , il faut savoir quelles sont ses ressources , afin de proportionner les assistances.

« Il est à craindre que le roi d’Espagne ne soit le premier trompé. L’excès de confiance lui paraît une vertu ; il s’opiniâtre dans ses sentimens , et s’il prend de mauvais partis, on ne le fera pas revenir aisément de son erreur. Lorsque la reine emploiera bien ses talens , comme elle paraît en avoir l’intention, ilsera heureux d’être conduit par elle, puisque du caractère dont il est, quelqu’un doit nécessairement le gouverner. La princesse des Ursins depuis quelques années affecte de s’éloigner des affaires, mais son crédit n’en est pas moindre. Philippe délibère et décide avec

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la reine et la princesse ; ce conseil intérieur règle ' 4 le sort de l’État ; et les autres ne sont que pour la forme. On est persuadé que la princesse des * Ursins a du zèle pour la France, et qu’elle souhaite de maintenir une étroite union entre les deux couronnes; mais elle peut se tromper dans * ses vues, les donner et les soutenir comme bonnes, quoique mauvaises. Bonnac , en lui témoignant r ^ un e extrême déférence j doit tacher d’approfondir la vérité.

« Les démarches faites pour la paix, le dé- « membrement inévitable de la monarchie , auront augmenté les préventions des Espagnols contre la France. Leurs ressentimens ni leur opposition dans les conjonctures actuelles ne doivent pas les faire regarder comme suspects; mais ceux qui composent le conseil secret du monarque, ne peuvent trop lui persuader que le moment le plus heureux pour lui, sera celui où l’on signera la paix. D’abord il est trop juste pour ne pas sacrifier son intérêt au repos de ses peuples. Cependant si cette considération et celle de la . France ne le touchent pas assez, vainement voudrait-on forcer le roi à continuer la guerre lorsqu’il ne s’agirait plus que de procurer à l’Espagne quelques conditions plus ou moins avantageuses. »

Après avoir chargé Bonnac de prendre des informations sur les plaintes des négocians français

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relatives aux vexations qu’éprouvait leur commerce , il continue en ces termes :

« 11 sollicitera l’expédition des actes concernant la souveraineté des Pays-Bas cédée à l’électeur de Bavière. 11 paraîtra n’avoir en but dans toutes ses actions que la splendeur de la monarchie espagnole , et le recouvrement des provinces que les ennemis lui ont enlevées; mais il ne regardera pas cette perte comme un mal. Lorsque Philippe demeurera possesseur de l’Espagne et des Indes, ses Etats en seront mieux gouvernés; et l’union subsistera peut-être beaucoup plus étroitement entre les deux couronnes, que s’il recouvrait par la paix tous les Etats qu’il a perdus. »

Le ministre terminait ainsi ses instructions :

« On a imprudemment négligé des ouvertures de négociations avec le Portugal (Louis XIV avait conseillé d’y employer F entremise des jésuites, dont le crédit était alors si considérable, et qui n’entraient que trop aisément dans les affaires publiques). Il serait essentiel de renouer cette négociation, et delà conduire à une heureuse fin. 11 ne le serait pas moins de terminer sans bassesse les différends avec le pape, car c’est travailler pour ses ennemis (pie de rompre avec la cour de Rome. »

Mesnager, député du commerce de Rouen, allait négocier la paix à Londres. Son instruction est confiée à Bonnac , afin qu il y conforme ses

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démarches : « Il doit agir fortement : la paix est , si nécessaire aux deux couronnes qu on ne peut trop s’empresser d’en saisir l’occasion. »

Le marquis de Bonnac avait la réputation d’homme d’esprit. 11 joignait l’expérience à une sagesse qu’il ne démentit point , malgré la position délicate des deux cours. Il obtint de Philippe des pleins pouvoirs qui autorisaient le roi de France à contenter les Anglais par la cession de Gibraltar et de Minorque, et par la concession de X A sieivto avec un port en Amérique pour la sûreté de leur commerce.

Pendant ce temps, on n’avait pas négligé de continuer la négociation avec l’ Angleterre. Comme le ministère anglais insistait sur la cession de quatre places en Amérique, Louis XIV n’hésita pas d’accorder encore plus qu’ils ne demandaient , profitant de la prédilection et de l’empressement qu’ils montraient pour leurs intérêts commerciaux; et jaloux de maintenir un motif éternel d’irritation entre l’Angleterre et l’Espagne, il proposa d’assurer l’exécution du traité de XAsiento en occupant Cadix avec une garnison suisse. Les journaux de Londres annoncèrent cette proposition comme un article des préliminaires.- (*)

Au seul nom d’un expédient si peu honorable,

( 1 ) Tindai., vol. XVIÏ , page 44* Noaillks , tome IV,

page 249- " * ^ " ’

la cour d’Espagne Fut soulevée d’indignation. Philippe déclara qu’il n’écouterait jamais une proposition qui lui enlèverait Cadix, et ruinerait le commerce d’Amérique. Heureusement la cour de Londres n’accepta pas l’offre; et, après une discussion de quelques mois , elle borna ses pi'étentions à un établissement sur la rive de la Plata , où les négocians anglais pourraient faire le commerce des Nègres sous la surveillance d’un officier espagnol. Elle demanda également l’exemption de quelques droits perçus à Cadix sur les marchandises d’origine ou de fabrication anglaise.

Louis XIV consentit à ces conditions au nom de son petit-fils, et lui communiqua , en ces termes , le résultat de la négociation :

18 septembre.

«J’espère que vous ne vous repentirez pas de la confiance que vous me témoignez, si je vous engage à des conditions que vous n’avez pas prévues. Vous verrez qu elles ne sont pas essentielles , et qu’il était nécessaire de les accorder pour vous . délivrer absolument des instances opiniâtres que les Anglais continuaient de faire pour obtenir quatre places dans les Indes : il y a des occasions qu’il est important de ne pas laisser échapper. Ainsi ne soyez pas surpris si j’ai interprété votre pouvoir sans vous consulter. 11 fallait, pour avoir la réponse de Votre Majesté, perdre un temps

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précieux; et je crois travailler utilement pour vous, en cédant le moins pour conserver le prin- " cipal, que vous consentiriez d’abandonner. J’informe le sieur Bonnac en détail de l’état de la négociation. Gomme il vous en rendra compte,, . il ne me reste qu’à vous assurer que je ne souhaite pas moins la paix pour vous que pour moi, et que je serai content quand je vous verrai heureux et solidement établi sur le trône d’Espagne. C’est en y contribuant de tout mon pouvoir que je veux vous faire connaître la tendre amitié que j’ai pour vous. » (*)

Les insinuations contenues dans cette lettre ne manquèrent pas d’alarmer le roi et la reine; et, lorsque Bonnac fit part des conditions, les ministres se récrièrent contre des stipulations si nuisibles à l’honneur et aux intérêts de l’Espagne. «Les Anglais, disaient-ils, n’ abusent-ils pas du désir qu’on a de la paix, pour découvrir les avantages qu’elle pourra leur procurer ? et ne profiteront-ils pas ensuite, pour continuer leurs entreprises, de l’espèce d’engourdissement où ils nous auront mis par de trompeuses négociations? Le meilleur moyen d’assurer la paix ne serait-il pas de se montrer bien déterminé à la continuation de la guerre ? C’est la crainte et non la pitié qui désarme les ennemis. » Ils ne donnèrent qu’à

(') Noàilles, tome IV, page 25 1.

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regret leur approbation, en ajoutant cependant qu’ils cédaient par respect et par considération envers le roi de France , et non par crainte de nouveaux malheurs. (l)

En vertu de ce consentement, les arrangent ens avec le ministre anglais atteignirent une parfaite maturité, et les préliminaires, tant généraux que particuliers , furent signés avec Mesnager , agent français, qui avait été envoyé secrètement à Londres , et avait obtenu en arrivant l’honneur d’une entrevue avec la reine.

Les préliminaires qui regardaient spécialement l’Angleterre renfermaient la reconnaissance de la reine Anne , et de la succession protestante ; la démolition de Dunkerque ; la possession de Gibraltar, Minorque et Saint-Christophe par les Anglais; le pacte pour la traite des Nègres, appelé YAsiento , accordé aux Anglais pour trente ans dans les mêmes termes qu’il l’avait été aux Français ; des privilèges pour le commerce anglais en Espagne , égaux à ceux des sujets de la France, et une partie de terrain pour rafraîchir les Nègres sur les rives du Rio de la Plata. On se réservait de s’occuper plus tard d’arrangemens relatifs aux pêcheries du banc de Terre- Neuve. (a)

Les préliminaires généraux signés en même

( 1 ) Noaillks , tome IV, page ^53. «f

(a) Correspondance de Bolyngbroke , vol. I, page 3^^.

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