SECTION PREMIERE
DE l'eSPAGNE f DEPUIS LES TEMPS ANCIENS JUSQu'a LA MORT DE PHILIPPE lY.
Ori^e et fonnatioii des Monarchiet chrétiennes de l'Ecpagne. — Unions de Léon et de Gistflle , et de CasdUe et Aragon. — Riva* lité de la France. — Nouveau Système politique en Europe. — Mariages et agrandissemens des Souyerains de France, d'Autriche et d^pagne. — La Maison d'Autriche appelée à la Cou* ronne d'Espagne. — Accession de Charles Y, et réunion de la Bourgogne et du Hilanais à la Couronne d'E^Migne. — Conti» Buation de la lutte entre la France et l'Espagne. — Séparation àt* sept Provinces-Unies. — Guerre de Trente ans. — Perte du Portugal. — IVaités de Westphalie et des Pyrénées. — Mariage de rinfiuite , fille ainée du Roi d'Espagne , avec Louis XIV . -^ Mort de Philippe lY.
Depuis les temps les plus reculés^ jusqu'au milieu du quinzième siècle , l'Espagne , diYisée en petits états y se trouva constamment asservie par des dominations étrangères. Les Carthaginois , les Romains > les Goths^ les Sarrasins, les Mayises, roccupèrent tour à tour : elle vit ses habitans successivement mêlés avec ces divers dominateurs, i: I
Les Maures chassèrent les monarques goths des pins betaés pi-ovincés de la péti&nsiule , et s'établirent dans les royaumes de Cordoue, de Séville, de Tolède et de Grenade. Ils étaient très avancés dans les sciences , dans la guerre , dans l'industrie^ et dans tous les arts d'agrément; ils cultivaient avec soin toutes les connaissances qui pouvaient contribuer à relever la grâce et l'élégance des manières , à rendre meilleure la coadition des individus » ou à affermir la puissance et la force de la nation. Mais ayant formé des petits états indépendant , jalou:^ les uns des auti*es, ils furent bientôt en proie à tous les maux des empires divisés. Des guerres intérieures , des tralgisom^ des assassinats , couvrirent le pays de dévastations et de deuil. Jjes chrétiens , qui s'étaient retirés dans les montagnes de la GaKce , Ides Asturies et de la feîscaye , profitèrent des divisions de leurs ennemis , et quittant leurs retraites f ils tombèrent sur la Castille et l' Aragon , conquirent successivement Tolède , Gîrdone , Séville , Valence et Murcie , jusqu'à ce qu'enfin ils. parvinrent à enfermer les Maures dans les limites étaioities du royaunîe de Grenade.
Des rivalités et des jalousies entre les Espagnols chrétienis des diverses monarchies , et les démembretnens de ces petits états s- (^posèrent long*-temps à Faccrôissement de la puissance espagnole. Les premiers fondemens de la grandei^iir
à laquelle elle devait atteindre furent jetés par runion de F Aragon et de la Catalogne y en yertu du mariage de Pétronille, fille et héritière de Ramire II, avec Raymond Bérenger^ comte de Barcelonne^ et par celle de Léon et de Gistille dans la personne de Ferdinand III. ( ')
Ferdinand , à qui on donna aussi le surnom de Grand j acquit le royaume de Léon , par son mariage avec Sancha , sœur et héritière de Bermude lll; en loSy, il chassa les Maures de la Castille. Ses états, divisés d'abord entre ses trois enfanSy Sanche, Alphonse et Garcia, furent réunis ensuite dans la personne d'Alphonse.
( ' ) Sanche , que Ton surnomma le Grand à cause de ses victoires sur les Maures, septième roi de Navarre, était souverain de TAragon par droit de succession , et de Cas> tille par le mariage qu'il contracta. Il partagea ses états entre ses trois fils ; Ramire iiit roi d'Aragon , Gfircie eut la Navarre, et Ferdinand la Castille.
Au quinzième siècle, L'Espagne était divisée en quatre royaumes ; trois qui étaient chrétiens , et l'autre maure. Voici leurs circonscriptions :
^**. La Castille, comprenant les provinces de la vieille et de la nouvelle Castille , Léon , Galice , les Asturies , Mnrcie et Andalousie , avec la seigneurie de Biscaye et ses dépendances.
a*. L' Aragon , composé de l'Aragon proprement dit , de la Catalogne avec le Koussillon et la Cerdagne , de Valence et Slurcie , avec les lies Baléares et la Sicile.
3*». La Navarre , divisée en haute et basse Navarre. 4*". Le royaume maure de Grenade.
A sa mort^ ses deux fils, Sanche III et Ferdinand Il eurent , le premier la Castille , et le second le royaume de Léon ; mais ces principautés se trouvèrent encore une fois réunies dans la personne d'Alphonse IX, fils de Ferdinand II de Léon, par son mariage ayec Berenguèle, fille d'Alphonse VIII, roi de Gistille. Leur fils, Ferdinand m , eut la Castille par abdication de sa mère eni 2 1 7, et entra en possession du royaume de Léon en isSo, à la mort de son père. Depuis ce temps, les deux couronnes restèrent au même souverain , jusqu'à ce que , par l'extinction de la ligne masculine dans Henri IV de Castille, Isabelle sa sœur en devint héritière ; elle les possédait lorsqu'elle épousa Ferdinand d'Aragon. Vers la fin du quinzième siècle, l'union de la Castille et de l' Aragon eut lieu par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle ; elle forme l'époque la plus signalée de l'histoire d'Espagne. Sous leur règne, Grenade fut conquise, et les Maures entièrement chassés de la péninsule, qu'ils avaient occupée pendant sept siècles. Par la conquête de la haute Navarre sur la famille d' Albret, ils réunirent également à leurs états le pays situé entre r Aragon et la Biscaye, étendant ainsi leur empire jusqu'au pied des Pyrénées ('). Ferdi-
(') La Navarre , comprenant la haute et basse Navarre, ainsi appelées à cause de leur situation respective sur les territoires français et espagnol dans les Pyrénées, appartint aux
nand^ qui possédait la Sicile par droit de naissance , fîit assez heureux pour pouvoir y réunir
eo&ns et descendans mâles de Garcia , fils aine de Sanche le Grand, jusqu'à la mort de Henri I*" , arrivée sans qu'il laissât de descendance masculine : elle échut alors à Jeanne, par le mariage de celle-ci avec Philippe-le-Bel ; elle fut réunie à la France sous son fils Louis Hutin. Sa fille Jeanne fut forcée de la résigner à ses oncles Philippe-le-Long et Charles-le-Bel , en échange d'une pension annuelle. A la mort de Charles , Jeanne rentra dans ses droits; et cette princesse ayant épousé Philippe, comte de Devereux, de la famille royale de France, la Navarre redevint encore état indépendant sous son fils et son petit-fils Charles II et Charles III. A cette époque, elle fit partie des états d'Aragon par le mariage de Blanche , fille de Charles III , avec Jacques, roi d'Aragon. Leur fille Léonore la fit passer dans la famille deFoix , par son mariage avec Gaston , comte de Foix : elle échut à sa mort à François Phœhns , son successeur et petit-fils ; et ce fut après le décès de celui-ci qu'en 1488 cet état devint l'héritage de sa sœur Catherine, qui épousa Jean d'AIhret, fils d'Alain , seigneur d'Albret.
Ce royaume , par sa situation , ne pouvait qu'être l'objet de la convoitise des souverains de France et de l'Aragon à la fois. Il en résulta que Jeanne d'Albret , s'étant prononcée pour la cause de la France , dans la contestation entre Louis XII et le pape Jules 11^ son royaume fut mis en interdit par le pontife , ce qui fournit à Ferdinand d'Aragon un prétexte pour s'emparer de la haute Navarre.
Cependant la famille d'Albret continua de posséder la basse Navarre^ jusqu'à ce qu'elle fut cédée à la France en Tertu d'un mariage , et définitivement réunie à cette monarchie par Henri IV.
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le royaume de Naples (*). Enfin , la découverte de l'Ainërique ouvrit une nouvelle et vaste carrière à l'ambition^ et à Tesprit aventureux des Espagnols.
A cette même époque ^ lorsque le système politique qui régit maintenant l'Europe commençait à prendre de la consistance , les principaux souverains étaient celui d'Espagne ^ réunissant les couronnes de Castille et d'Aragon^ celui d'Autriche , la maison de Bourgogne , et celle d'Angleterre. Le Portugal, tant par son commerce étendu que par sa situation géographique et par la capacité de ses monarques , marchait aussi vers un plus haut degré d'importance que sa position isolée et son petit territoire ne paraissaient comporter. Par de semblables avan-
(') Naples et la Sicile furent conquis sur les Sarrasins pail les comtes normands , fondateurs de la dynastie normande. A. l'extinction de leur ligne masculine , Constance , fille de Roger second , transféra la couronne à son mari , l'empereur Henri VI ; et leur fils , l'empereur Frédéric second , réunit les Deux-Siciles aux états héréditaires de la maison de Souabe. Son fils Conrad , empereur et roi des Deux-Siciles , venant à mourir en i25o, Manfred, fils na— turel de Frédéric , profita de l'enfance de Conradin , fils de ce même Conrad , pour lui enlever tout le territoire sicilien.
£n même temps le pape Clément IV , comme seigneur d<^ ces domaines, les donna à Charles , comte d'Anjou, de la. famille royale de France. En conséquence Charles envahit
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tâgea provenant de leur position locale , de leur esprit martial et de la richesse de leur com^ merce , la Suisse , les duchés de Savoie et de Milan ^ les républ^qu^ de Gènes » Florence et Venise, fixaient les regards de l'Europe et jouissaient d'u^e certaine considératian politique, tandis que la réunion de la puissance tenoiporeUe et -spirituelle rendait quelquefois les papes les arbitres de la chrétienté.
Le système de politique suivi par Louis XI, ainsi que la force, la position et les ressources de la France , lui donnaient de grands avantages sur chacun d^ souverains contemporains dont les états avoisipaient les. siens. 11 en résulta que, quoiqu'il fût c^essé partout, la crainte général^
le royaume de Naples, défit et tua Manfred ^ la bataille de Bénéyei^t , et ftit reconnu roi des Deux-Siciles. Conradin , qui tenta de recoi^vrer son patrimoine , fut vaincy par Charles, et eut la tête tranchée. Mais les naturels de la Sicile, qui abhorraient la domination des Français , en dé-* livrèrent leur ilc par le fameux massacre nommé les Vêpres siciliennes i en i %8^ , et choisirent pour spuyerain Pierrç III , roi d'AragOQ , qui avait épousé Constance , fille de >\Uafred- Les descendans de Pierre conserv^r^n^ la possession, de la Sicile , malgré les efforts des rois de Naples pour la conquérir ; et Ferdinand , qui était le neuvième successeur de Pierre , l*eut en héritage. 11 s'unit avec Louis XII pour 6t«r la couronne de Dfaples à Frédéric lY : leur vuva^ion ayant été couronnée du succès ^e plus complet , Ferdinand s'appropria eu(jn la part ^e son allié , moins* «^«U^it qu/c lui « et réunit les deux royaumes.
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de sa puissance produisit une ligue tacite ou avouée de deux ou de plusieurs autres états contre lui. Ces accords politiques amenèrent des mariages entre les principales familles^ qui cherchaient à concentrer le plus de forces possible. Les plus signalés furent d'abord celui de Maximilien^ archiduc d'Autriche, avec Marie, héritière de la Bourgogne ; et plus tard , celui de son fils rarchi" duc Philippe avec Jeanne, héritière du royaume de Castille et d'Aragon, qui transféra les états espagnols à la maison d'Autriche. Les souverains de France trouvèrent moyen de balancer ces alliances par de semblables agrégations de territoire et de pouvoir, particulièrement par l'appropriation de la Bourgogne et de la Picardie, à la mort de Charles-le-Hardi; par l'acquisition de la Bretagne en vertu des mariages succe^i& de Charles VIII, et Louis XII avec l'héritière Anne, et par l'agrégation de divers fie& royaux, ou de petites souverainetés j aux domaines de la couronne.
Par suite de ces mariages et de ces alliances, les principales puissances de l'Europe, la France, l'Autriche et l'Espagne , se trouvaient être plus rapprochées, tandis que, d'un autre côté, leurs dissensions devinrent plus vives par leurs prétentions réciproques au territoire de la Navarre et du Roussillon , et à d'autres districts du côté des Pyrénées , aussi-bien que par leurs dis-
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INTRODUCTJON HISTORIQUE. SECT. I. 9
putes sur la possession des Deux-Siciles et du Milanais^ et par leurs réclamations de part et d'autre relativement aux diverses parties de Fhëritage de la maison de Bourgogne.
La mort d'Isabelle en i5o4> ^^ ^ ^"^^ m^^ s'établit pour la régence de Castille entre son mari Ferdinand et son beau-père Philippe, donnèrent lieu à un rapprochement passager entre l'Aragon et la France. La mort de Philippe vint mettre un terme à ces contestations. Ferdinand , appelé à la régence du royaume pour son petitfils Charles , suivit les mêmes principes politiques qui avaient jadis déterminé des alliances matrimoniales avec l'Autriche.
Telle était la situation des parties contendantes, lorsque la mort de Ferdinand, arrivée en i5i6, laissa la succession ouverte à l'archiduc Charles, déjà en possession des états de la maison de Bourgogne : en sa qualité d'héritier présomptif de ceux de l'Autriche, il aspirait aussi an trône de l'Empire , qui ne tarda pas à devenir vacant par la mort de son grand-père Maximilien.
Afin d'éviter les disputes qui viennent toujours à la suite des partages des royaumes, ainsi que pour se décharger du fardeau du gouvernement des provinces éloignées, Charles, après son élé^ vation au trône impérial, céda ses droits à la succession autrichienne à son frère Ferdinand. La famille autrichienne se trouva par là divisée
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en deux branches, celle d'Espagne et celle. d'Allemagne : le pouvoir de celle-ci ne tarda pas à être augmenté par l'acquisition des couronnes de Hongrie et de Bohème. Afin d'éviter à l'avenir Faliénation de ces immenses possessions , les deux frères conclurent des traités divers pour régler la succession mutuelle de leurs territoires respectifs y dans le cas où la descendance masculine de tous les deux viendrait à s'étendi'e : leur exemple fut souvent imité par leurs successeurs.
L'héritage de la maison de Bourgogne^ ainsi réuni à l'Espagne y fut affermi et augmenté soit par des achats y soit par des conquêtes y au point d'avoir formé ce territoire riche et étendu connu sous le nom de sept Prownces-^Unies, plus l'Artois et la Franche-0)mté. Par l'acquisition du Milanais^ que fît plus tard Charles en faveur de son fils Philippe y on lia entre elles les différentes provinces de cette grande monarchie : la conquête du Mexique et du Pérou vint ajouter à son pouvoir l'immense territoire des colonies espagnoles , découvertes sous Ferdinand et Isabelle , et ouvrit une nouvelle source de richesse pour la mère-patrie.
Philippe II succédant, en i556, à son père Charles, la couronne de l'Empire se trouva dévolue à la branche allemande ; mais l'acquisition du Portugal, faite par ce monarque, réunit toute la péninsule sous sa domination, en ajoutant ainsi
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aux trésors du Nouvean-Monde les immenses richesses du commerce de l'Orient. La découverte desUes Philippines^ qui eut lieu dans ce temps-là, compléta la chaîne de communication sur toute la circonférence du globe : ce fut alors que les Espagnols se crurent fondés à dire avec orgueil que le soleil ne se couchait jamais dans les états do roi d'Espagne.
L'agrandissement progressif de la maison d'Autriche excita la jalousie et une yiye opposition de la part des autres puissances rivales, et surtout de la France. Pendant long-temps l'Europe vit ces puissantes monarchies développer toute la force des armes et tous les artifices de l'intrigue, ajouter à leur cause respective des querelles politiques et religieuses, des inimitiés publiques et privées, et non seulement entraîner dans la lutte par leur supériorité les états voisins de France et d'Espagne, d'Allemagne et d'Italie, mais agiter violemment des contrées éloignées, telles que la Pologne, la Hongrie, la Bohème, et même l'empire ottoman.
Pendant les règnes de Charles et de Philippe , les différens traités et transactions qui marquent les intervalles de la lutte font voir que leurs forces et leurs ressources étaient à peu près balancées, car quoique l'augmentation de nouvelles conquêtes en Amérique, et l'agrégation du Portugal , paraissaient ouvrir d'inépuisables sources
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de richesses et de pouvoir, cependant Fimmense étendue et la dislocation des provinces de cette monarchie étaient pour elle un principe d'afSadblissement. L'influence soudaine de la richesse altéra les usages et la morale du peuple , tandis que Facquisition du Portugal devint, par Taversion des habitans pour le joug espagnol ,' plutôt un embarras qu'un avantage réel pour la cour de Madrid.
Mais cette heureuse étoile qui avait lui d'un si brillant éclat, et qui avait si rapidement élevé la monarchie espagnole à un si haut degré de puissance et de splendeur, pâlit tout à coup aussitôt qu'elle arriva au comble de sa grandeur. Des entreprises gigantesques, aussi fréquentes que malheureuses , épuisèrent sa force au dehors ; tandis que dans l'intérieur on sapa les fondemens de la société par des^ibus d'autorité aussi-bien que par l'adoption de nouveaux principes religieux et politiques. Les événemens qui firent d'abord pencher la balance en faveur de la France sont les troubles intérieurs occasionnés dans les états espagnols par le despotisme et la bigoterie de Philippe n, la rébellion qui finit par l'indépendance des sept Provinces-Unies, la destruction de l'invincible Armada, et la guerre malheureuse avec l'Angleterire.
. Pendant la durée de cette rivalité, la France s'opposa constamment aux efforts souvent renou-
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velés des princes autrichiens pour afferinir l'union de leur famille ^ et pour s'assurer la mutuelle succession dans leurs états respectifs ; elle ne négligea aucune démarche pour déjouer leurs projets de conquête et d'agrandissement. En cherchantà atteindre ce but, l'habileté et l'heureuse étoile des Français triomphèrent plus d'une fois de la vieille inimitié de la maison rivale ; et profitant adroitement des temps et des circonstances, ils réussirent à former des mariages entre les deux familles de France et d'Espagne. Philippe II épousa Élizabeth , qui était une princesse française : un double mariage fut aussi conclu entre l'infante Anne, fille de Philippe m, et Louis XIII; et entre Elizabeth , sœur du roi de France , et le prince des Asturies, qui fut après Philippe IV. Cependant, pour obvier aux inconvéniens qui pouvaient résulter de ces déviations momentanées de leurs principes politiques, les monarques autrichiens ne négligèrent pas de conserver et d'affermir leurs prétentions respectives à l'héritage de leur famille , par des renonciations, des pactes et des traités.
Ces mariages et ces alliances ne suspendirent la guerre en Italie que momentanément. En 1619 commença la lutte non moins longue que fertile en événemens , connue sous le nom de la guerre de trente ans : l'Espagne, déjà affaiblie par les désastres qu'elle avait éprouvés , fut alors
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ébranlée jfiis<|fte ilans ses fondemens. Des exactions y que les faiUes ressources d'un gouvemer ment appauvri rendaient indispensables , accompagnées des exoès qui vont toujours à la suite du pouvoir délégué y excitèrent des troubles civils : le progrès de cette décadence fut marqué par une rébellion en Catalogne ; par le soulèv^nent que parvint à opérer un simple pécbeur à Naples y et qui le rendit maître un insitant de cette capitale ; une révolution plaça aussi la maison de Bragance sur le trône de Portugal. Le résultat de cette terrible secousse fut Taffaiblissement de la maison d'Autriche dans les deux branches y et l'accomplissement partiel de vastes desseins que la France avait médités contre le reste de l'héritage de Bourgogne, et même contre l'Espagne. La paix de Westphalie, en 1649^ ^^^ ouvrit des passages en Allemagne et en Italie , introduisit l'aristocratie dans l'empire y et altéra l'union du corps germa* nique, en créant un schisme politique et religieux.
Mais quoique l'empereur Ferdinand Itl eût élc déjà obligé de se retirer de la lutte , et de consentir à la réduction de son pouvoir et de son influence , Philippe IV se laissait encore entraîner dans la guerre par le souvenir de son ancienne grandeur y par l'espoir de profiter des discordes civiles qui afiligeaient la France pendant la minorité de Louis "XIV, et surtout par sa répugnance à
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donner sa fille alnëe en mariage au monarque français , condition qui lui avait été proposée pour prix de la paix. Pour atteindre le but de sa politique, il se décida à marier sa fille à l'archiduc I^pold ; et étant lui-même devenu veuf, il affermît ses liaisons avec la branche d'Allemagne, en épousant Marie- Anne, fille de Ferdinand lH. Après un certain laps de temps, ses embarras toujours croissans, la perte de la Jamaïque et de Dunkerque, que Cromwel réussit à lui enlever, la naissance d'un fils , Philippe-Prosper , et une nouvelle grossesse de la reine , le déterminèrent enfin à accepter les propositions de la France. En conséquence les préliminaires furent signés a Paris le 7 novembre 1669, et un traité de paix fut négocié par les deux premiers ministres de France et d'Espagne , le cardinal Mazarin et don Louis de Haro , dans la petite !le des Faisans sur la Bidassoa, confins des deux royaumes. Ce fameux traité, qu'on a nommé le traité des Pyrénées ^ jeta les germes des guerres qui eurent lieu par la suite, et ne donna pas à la France moins d'avantages dans la péninsule et dans la Flandre , que la paix deWestphalie n'en avait donné à l'Autriche dans l'empire germanique. L'Espagne céda à la France le Roussillon avec une partie de Conflans et de la Cerdagne, de la Flandre et du Hainaut , ainsi que tout l'Artois, -excepté Saint- Omer et Aire. Les droits de la France sur la Na-
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varre lui furent réservés; Dunkerque et la Jamaïque furent cédés à F Angleterre^ et le duc de Lorraine , le seul allié qui restait à l'Espagne, se trouva réduit k la dépendance, forcé de démanteler les fortifications de Nancy, et de céder Moyenvic et Bar. Enfin le roi d'Espagne consentit à donner sa fille aînée , Marie-Thérèse, en mariage à Louis XIV, sous la condition expresse qu'elle renoncerait pour elle et pour sa descendance à son patrimoine. Pour sa part, le roi de France restituait toutes ses conquêtes dans les Pays-Bas , l'Italie et la Catalogne , et s'engageait à ne pas donner de secours aux Portugais.
En conséquence la signature du traité fut suivie de la célébration du mariage, le 2 juin 1660, après que l'infante eut renoncé dans les termes les plus formels , pour elle et ses descendans , à tous ses droits et titres sur chacun des états espagnols . Louis XIV ratifia ensuite avec la plus grande solennité, en son nom et pour ses héritiers , cette renonciation que confirmèrent les cbrtès rassemblées à Madrid. Cependant la cour de France ne se croyait point liée par des engagemens aussi solennels; l'observation connue que fit Mazarin aux plénipotentiaires employés pour négocier le traité montrait le but véritable de cette alliance. k Faisons le mariage , disait le cardinal , car aucune renonciation au monde n'empêchera le roi de prétendre plus tard à la succession d'Espagne. »
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Le monarque français ne tint en effet aucun compte de sa promesse de ne point se mêler des affaires du Portugal , but principal que Philippe avait eu en vue lorsqu'il consentit à accepter un traité si désavantageux pour lui. Tout au contraire , il chercha à justifier publiquement le secours qu il doiMait aux Portugais -: il encouragea leur résistance^ qui le servait très utilement pour épuiser les dernières forces de la monarchie espagnole, ainsi que pour préluder à ce système de conquête , qui devait bientôt être mis en jeu devant TEurope effrayée.
Le reste du règùe de Philippe se passa dans de vaines tentatives pour reconquérir le Portugal. Un autre soin l'occupait aussi sans, relâche : il était tourmenté d'une inquiète sollicitude pour trouver les moyens d'assurer à sa Emilie la succession de ses états. La mort de ses enfans mâles en bas âge, surtout celle de Philippe Prosper; l'âge tendre de Charles, la complexion délicate de ce seul fils qui survivait, lui laissant à peine l'espoir de succession masculine, l'engagèrent ir fiancer Marguerite, sa fille ainée, qu'il avait eue de sa seconde femme, à Fempereur Léopold, dans le but de contre-balancer les effets qu'il oraignait de son union forcée avec la France.
La mort vint surprendre Philippe au milieu de ces projets. H termina sa carrière orageuse le 17 septembre i665, à la soixantième année de
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son kfre, laissant la régence confiée à sa venve^ et nommant, en conformité de la constitution espagnole , un conseil composé des principaux officiers de l'État, y ayant voix délibératiye. (^)
(') Pour les faits établis dans ce chapitre, on a consalté dîfférens ouvrages d'histoire nationale et particulière, tels que ceux de Maeiana , Oetiz , Feeeekàs ^ des Traités divers^ des Actes publics ; Diplomatie française ; OÊuvres de Lottti XI K, DOMOiTT , KôCK , Histoife des Traités de pais y tone I.
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