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rien n'étant si bon pour nos deux puissances que cette union , à laquelle rien ne pourra résister.
« Si vous êtes contraint de faire la guerre, mettez-vous à la tête de vos armées. Songez à rétablir vos troupes partout; commencez par celles de Flandre.
« Ne quittez jamais vos affaires pour votre plaisir; mais faites-vous une sorte de règle qui vous donne des temps de liberté et de divertissement.
« Il n'y en a guère de plus innocent que la cbasse , et le goût de quelque maison de campagne, pourvu que vous 'ne fassiez pas, à cet égard, trop de dépenses.
i( Donnez une grande attention aux affaires quand on vous en parle; écoutez beaucoup dans les commencemens sans rien décider.
« Quand vous aurez plus de connaissance , souvenez-vous que c'est à vous à décider; mais, quelque expérience que vous ayez, écoutez toujours tous les avis et tous les raisonnemens de votre conseil, avant que de venir à une décision.
c< Faites tout ce qui vous sera possible pour bien connaître les gens les plus importans , afin de vous en servir à propos.
« Tâchez que vos vice-rois et gouverneurs quelconques soient toujours Espagnols.
(c Traitez bien tout le monde, ne dites jamais rien de fS^cheux à personne , mais distinguez les gens de qualité et de mérite. ^
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(c Témoignez de la reconnaissance pour le kû roi et pour tous ceux qui ont été d'avis de vous choisir pour lui succéder.
« Ayez une grande confiance dans lé cardinal Portocarrero , et témoignez-lui le gré que vous lui savez de la conduite qu'il a tenue.
« Je crois que vous devez faire quelque chose de considérable pour l'ambassadieur qui a été asses heureux pour vous demander^ et pour vous saluer le premier en qualité de sujet.
« N^oubliez point Bedmar (') y qui a du mérite y et qui est capable de vous bien servir.
(( Ayez une entière créance au ducd'Harcourt j c'est un habile homme et un honnête homme qiii vous donnera des conseils désintéressa , et n'aura en vue que votre avantage.
i< Tenez touslesFrançais dans les bornes du respect , et qu'ils ne manquent en rien à ce qu'ils vous doivent.
(c Traitez bien vos domestiques , maïs ne leur montrez pas trop de familiarité ; qu'ils ne soient point vos confidens : servez vous d'eux tant qu'ils seront sages; renvoye&rks à la moindre faute^ et ne les soutenez jamais contre les Espagnols.
« N'ayez de commerce avec la reine douairière que celui dont vous ne pouvez pas vous dispenser; faites en sorte qu'elle quitte Madrid^ et^ en
(') GouYerncur des Pays-Bas.
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quelque lieu qu'elle soit, empêchez qu'elle ne sorte d'Espagne. Observez sa conduite, et ne souffrez pas qu'elle s'immisce dans aucune affaire; tenez pour suspects ceux qui auront trop de commerce avec elle.
« Aimez toujours yos parens ; souvenez-vous de la peine qu'ils ont eue à vous quitter. Entretenez un grand commerce avec eux , surtout dans les affaires importantes; quant aux petites, demandez-nous ce dont vous auriez besoin et qui ne se trouve pas chez vous; de notre côté, nous ferons de même.
u N'oubliez jamais que vous êtes Français et ce qu'il peut vous arriver (* ). Quand vous aurez assuré \^ succession d'Espagne par des enfans que le ciel vous accordera , allez à Naples et en Sicile ; passez à Milan et venez en Flandre : ce sera une occasion de nous revoir. En attendant, visitez la Catalogne, l' Aragon et autreslieux. Voyez ce qu'il y aura à fiaire pour Ceuta.
f< Jetez quelque argentan peuple quand vous serez en Espagne, et surtout en entrant à Madrid..
« Ne paraissez pas choqué des figures extraordinaires que vous trouverez; ne vous en moquez point. Chaque pays a ses manières d'agir particulières, et vous serez bientôt accoutumé à ce
( * ) Ceci a sans doute rapport à la possibilité d'être appelé un jour à la couronne de France.
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qui TOUS aura paru d'abord le plus' surprenante Evitez, tant que vous pourrez, d'accorder des grâces à ceux qui donnent de l'argent pour les obtenir. Donnez à propos et libéralement, et n'acceptez guère de présens, à moins que ce ne soit des bagatelles. Si quelquefois vous ne pouvez éviter d'en recevoir , faites-en de plus considérables à ceux qui vous en auront donné , mais après avoir laissé passer quelques jours.
« Ayez une cassette pour y mettre ce que vous aurez de particulier, dont vous aurez seul la dé.
i( Je finis par un des avis les plus importans que je puisse vous donner. Ne vous laissez pas gouverner ; soyez le maître. N'ayez jamais de favori ni de premier ministre. Ecoutez, consultez votre conseil; mais décidez. Dieu , qui vous a fait roi , vous dpnnera toutes les lumières nécessaires, tant que vous aurez de bonnes intentions. » (*)
Philippe se conforma à ces instructions à la lettre. Il plaça sa confiance entière dans Portocarrero ; il lui permit de composer le nouveau ministère à sa volonté, selon les antipathies personnelles ou politiques , et de distribuer à son gré tous les emplois et charges de l'état.
C^) Ces instructions ont pani à l'auteur des JIfémoires renfermer des vues secrètes de domination^ dont le but était de tenir Philippe V et r£spagne sous la tutelle de Louis XIV et de la France. Nous ne pouvons rien y apercevoir de semblable.
Sans doute le monarque français comptait gouverner VEs-
pagne sous un roi de dix-huit ans , so:i petit- fils , élevé dans sa cour^ à qui il avait inspiré pour sa personne autant d'attachement que de respectueuse vénération : sans doute ^ il s'attendait à voir les Espagnols eux-mêmes , après qu'ils avaient favorisé l'élévation du duc d'Anjou au trône y venir le prier de le soutenir de toute la force de sa puissance , et avec toute la sagesse de ses conseils. Ajoutons que l'avénement de la maison de Bourbon ne pouvait qu'exciter la jalousie des autres puissances de l'Europe , et que l'union la plus intime , et la coopération mutuelle la plus efficace élait nécessaire pour donner de la stabilité à cette transaction y à laquelle se rattachaient les plus grands intérêts de ces deux monarchies. On verra bientôt que ni Louis XIV, ni Portocarrero et les autres ministres espagnols , ne faisaient mystère de la nécessité de cet accord mutuel ; qu'ils proclamaient tout haut cette intimité de famiUe , et qu'elle eut lieu en effet dans le sens le plus étendu de ce mot. Mais Louis XIY , qui connaissait bien la fierté du caractère espagnol , ainsi que la haine de ce peuple pour toute domination étrangère , et qui devait s'attendre aussi à voir son petil-fils lui-même devenir bientôt espagnol par sentiment et par devoir ; Louis XIV^ disons-nous , savait que le seul but désirable, comme étant le seul possible, était l'union des deux peuples sur la base de leur mutuelle indépendance. L'esprit du monarque français était trop juste et trop prévoyant pour régler son système politique sur le vasselage des Espagnols. H n'y a pas un seul mot dans ses instructions qui puisse donner lieu de le penser. Toutes les maximes politiques , qui retentissaient autour du jeune roi par les soins de son grand-père , étaient empreintes d'une haute sagesse : car , Louis XIY ne se contenta pas des conseils qu'il avait donnés au prince qui allait régner sur l'Espagne , il faisait parvenir jusqu'à lui de tous côtés les instructions et les
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maximes les plus salutaires. On peut lire dans les Mémoires du marquis de LouvUle les instructions qui lui furent don> nées avant son départ de Paris , pour diriger la conduite du jeune monarque ; elles avaient été rédigées par le duc de Beauvilliers. Fénelon écrivait quelques mois après à Louville une lettre datée de Cambrai , le i o octobre 1 70 1 , digne sous tous les rapports de Fauteur de Télémaque, et daiis laquelle les conseils les plus graTes, et les maximes les plus profondes f prennent sous sa plume un cbarmc irrésistible. Cette lettre se trouve dans les Mémoires pré^ cités f page 55 du premier volume.
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Mesures prises par Louis pour conserver a son petît-fils les posses- Kions espagnoles. — Alliances ayec le Portugal et la Savoie. — Il cherche à se justifier auprès de Guillaume et des Hollandais.
— Opinions des puissances maritimes. — Occupation des Pays- Bas par les troupes françaises. — L'Angleterre et la Hollande reconnaissent Philippe. — Conduite magnanime de l'empereur Léopold. — Préparatifs pour la guerre en Italie. — Situation intérieure de l'Espagne. — Caractère impérieux de Portocarrero^
— Mécontentement excité par le nouveau gouvernement. — Ses causes. — Mauvais état du pays. — Coup d'œil sur la politique extérieure , les finances , l'armée et la marine. — Réforme financière de Portocarrero. — Mauvaise conduite des Français. — Nomination d'Orry à la direction des finances. — Demande la convocation des Cortès.
Louis XIV n'avait épargné aucune démarche pour prévenir l'opposition des autres puissances de l'Europe^ et pour assurer la reconnaissance de Philippe dans les Pays-Bas et en Italie. H avait trouvé moyen de s'attacher le prince de Vandemont, gouverneur du Milanais, quoique sujet autrichien, que le roi d'Angleterre avait recommandé comme un général sur lequel on pouvait compter pour faire passer ce duché sous l'empire
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de la maison d'Autriche. U réussit non moins bien auprès du duc de Popoli, vice-roi de Naples, qui avait dû sa nomination à un motif semblable; et il s'assura également de la fidélité de l'électeur de Bavière , qui avait le gouvernement des Pays- Bas. Philippe fut donc proclamé dans les provinces hors de l'Espagne avec autant de facilité et de calme qu'à Madrid.
Cependant Louis était intimement convaincu qu'il ne parviendrait jamais à apaiser l'empereur et les puissances maritimes y qui avaient pris justement l'alarme en voyant la monarchie espagnole augmenter À ce point le pouvoir déjà si colossal de la France. Comme il avait prévu que l'Europe s'opposerait à la possession du trône d'Espagne par sa famille , et qu'il faudrait tôt ou tard vider cette querelle par les armes ^ il n'avait rien négligé pour paraître dans la lutte avec un avantage marqué. Charles II vivait encore qu'il se préparait déjà à la guerre. Porter un coup prompt et vigoureux, lui paraissait le moyen le plus sûr d'arriver à un résultat satisfaisant; aussi^ à la mort de Charles , tout était prêt pour porter ce coup décisif. U avait rassemblé, peu à peu et sans bruit, une puissante armée sur les frontières d'Espagne; le duc d'HLarcourt, qui connaissait le pays et y avait conservé beaucoup de relations, fut nommé pour la commander. On lui transmit l'ordre de s'emparer des places de Pampelune ,
cHAP. u. — 1700-1701. l33
Fontarabie , Saint-Sébastien , et d'entrer de vire force dans la péninsule^ pour peu qu'il y eut le ' ntioindre doute sur une paisible soumission aux lois de Philippe. En même temps, afin de main-* tenir la tranquillité dans l'intérieur du royaume et d'ôter aux mécontens les points de ralliement qu'ils pouvaient avoir, Louis XIV, employant tour à tour les caresses et les menaces, parvint à obtenir du roi de Portugal la reconnaissance du nouveau souverain, et le décida même à signer un traité d'alliance avec la maison de Bourbon.
Il lui fallut aussi se ménager la facilité d'entrer en Italie. Il l'obtint par le mariage de Philippe avec une princesse de la maison de Savoie, et par la promesse qu il fit au duc de lui donner le commandement de l'armée destinée à l'occupation de ce pays. H put aussi établir une garnison française dans Mantoue , regardée comme le boulevard de la Lombardie, parce que cette place domine les principales routes qui y aboutissent de l'Allemagne.
Mais ce fut surtout contre l'empereur et les puis- , sances maritimes que Louis déploya une sin* gulière prévoyance et qu'il prit la plus sage pré* caution. La Hollande et les Pays-Bas servant comme de liens entre l'Angleterre et l'Autriche, il jugea, avec raison, qu'il lui serait facile de porter de ce côté vulnérable de l'Empire toutes ses forces sur l'Allemagne. Dans ce but il déploya
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toutes les ressources de sa politique pour s'emparer des Pays-Bas^ afin de pouvoir pénétrer dans la Hollande et s'y établir tout le long de la côte du canal. Il entretenait pour cela une correspon* dance secrète avec l'électeur de Bavière ; du vivant même du feu roi, il avait déjà obtenu pour lui le gouvernement des Pays-Bas. Une armée française se trouvait d'ailleurs en cantonnement sur la frontière 9 toute prête à la franchir au premier signal.
On n'a pas besoin de dire que Louis comptait sur les avantages orditiaires que devait lui procurer l'appui des électeurs et des princes du Rhin, chez lesquels il cherchait toujours à nourrir cette vieille jalousie des états de l'Allemagne contre l'empereur. On devine bien aussi qu'il était secrètement secondé par plusieurs de ces princes^ qui espéraient tirer parti de leur service par le profit que les troubles pouvaient leur procurer.
On peut dire cependant qu'il ne poussa pas le mépris de l'opinion publique jusqu'à violer ouvertement la foi de ses engagemens; il s'aperçut qu'il se priverait par là de tout moyen de justification. L'avènement de Philippe au trône d'Espagne fut communiqué par lui officiellement à toutes les puissances de l'Europe. Quant au roi Guillaume , toujours bercé de sa promesse de maintenir le traité de partage^ quelque résolution que le roi d'Espagne pourrait prendre^ il
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accompagna d'une lettre confidentielle écrite de sa main la communication officielle qu'il lui fit ; on trouve dans cette lettre la substance de tous les raisonnemens dont il se servit dans cette occasion mémorable. U s'y justifiait d'avoir accepté le testament I « parce que le ti^té de partage ne ce remplissait pas, disait-il, le but pour lequel il u avait été conclu , savoir : le maintien de la paix (c générale* On avait insisté en vain pour obtenir (c à cet égard l'approbation de l'empereur, qui « avait refusé de la donner. Ceux même qui « avaient montré d'abord un grand empresse- « ment pour qu'il fût ratifié, ne l'avaient approuvé (C plus tard qu'avec une certaine froideur. Les •i Anglais et les Hollandais en blâmaient hauteu ment les dispositions générales , surtout en ce (f qui avait rapport à la réunion de Naples et de la c< Sicile à la France : ils y voyaient des inconvé-u niens pour La prospérité de leur commerce. S'il (( neùt pas accepté le testament, ajoutait-il, la « succession entière revenait à l'archiduc Charles, (C qui était très disposé à l'accepter : quant aux u Espagnols , ils s'étaient prononcés si fcMtement u contre le démembrement de leur monarchie, « qu'il eût été nécessaire d'arracher leur consen- <€ tement par la force. U aurait £ftllu alors entrer (f en guerre non seulement pour ôter la couronne i< à l'archiduc soutenu par toute la nation espace gnole, mais encore pour assurer la part du dau-
phin , et pour remplir les autres stipulations du traité. Le contingent des vaisseaux que chaque nation maritime devait fournir n'aurait pas suffi pour atteindre le but qu'on s'était proposé ; elles se seraient vu entraînées dans de nouvelles dépenses y et de nouveaux contingens plus considérables seraient devenus nécessaires. Le traité de partage y disait-il en terminant sa lettre, eut été bien plus avantageux pour la France quel'acceptation du testament. Ainsi il espérait que la bonne intelligence avec les puissances maritimes ne serait point troublée, et que Ton ne trouverait pas mauvais qu'il adhérât plutôt à l'esprit qu'à la lettre du traité; car l'acceptation du testament avait une tendance plus marquée vers la conservation de la paix , et obviait mieux au danger de rompre l'équilibre entre les puissances, chose qui paraissait inévitable dans le cas de partage. >» Cette apologie fiit également adressée aux Hollandais, accompagnée d'une lettre à l'ambassadeur français, le comte de Brioud, dans laquelle on répétait les mêmes argumens, en laissant tomber des insinuations calculées pour exciter la discorde entre les puissances maritimes et l'Autriche. En voici la substance :
\i Vous tiendrez, disait le roi, le même langage au pensionnaire qu'à l'ambassadeur anglais. Faites-leur sentir que l'empereur ne s'étant pas engagé, il ne saurait exister aucune garantie
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pour l'exécution du traité. A la vérité, cet obstacle n'aurait pas eu lieu si le roi d'Angleterre et les états -généraux eussent pressé vivement l'empereur de signer, au lieu de le bercer du secret espoir de n'être pas obligé d'y consentir ; s'ils eussent pris des mesures plus énergiques a l'égard du duc de Savoie; s'ils eussent agi de meilleure foi pour obtenir que les princes du nord se fussent rendus garans du traité ; enfin , s'ils eussent réglé d'avance les secours que x'éclamait son exécution.
a 11 ne faut pas pourtant leur en faire un reproche : il suffira de parler au pensionnaire comme je marque dans ma lettre , et suivre l'esprit de cette note. Vous êtes même autorise à la lui montrer sans lui en laisser de copie.
« Vous préviendrez l'ambassadeur espagnol à La Haye, que je vous donne l'ordre de- lui communiquer les dépêches que vous avez reçues pour lui. Le zèle qu'il a constamment montré pour le service de son souverain , ne permet pas de douter qu'il se réunira à vous, et qu'il vous fournira toutes les informations nécessaires pour le bien de la monarchie espagnole. Donnez-lui l'assurance que je n'ai d'autre chose en vue que la conservation de sa parfaite intégrité dans toutes ses parties : communiquez-lui aussi la copie de ma réponse au conseil de régence. » (') ( » ) QEuvres de Louis XIF, tome VI, page 37.
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Ces excuses ne pouvaient être suffisantes pour calmer le ressentiment de Guillaume et pour dissiper les alarmes des deux puissances maritimes ; car il était impossible de se méprendre sur l'occasion favorable que Favénement de Philippe offrait à la France pour s'emparer des Pays-Bas espagnols. La correspondance de Guillaume avec le pensionnaire son amii, fait voir l'impression que cet événement fit sur son esprit. Elle contient aussi les moti& qu'il avait eus pour conclure les traités de partage dont on fit pendant long-temps un reproche à sa politique. (')
Les dispositions inattendues que renfermait le testament espagnol , ainsi que la prévoyance et l'activité de Louis XIV portèrent la frayeur che» les principales cours de l'Europe. Il se trouva pourtant en Angleterre un parti disposé à &voriser les vues du monarque français^ reproduisant ses mêmes argumens^ et tout-à-fait prononcé pour la paix, lequel cherchait à paralyser les efforts de Guillaume pour faire sentir au peuple sa dignité et le danger qui le menaçait.
Quant à la Hollande , la crainte d'un désastre imminent y souleva tous les esprits contre la
( ' ) Voyez les Lettres intéressantes contenues dans la collection des papiers de l'État, de Lord ff€trdwicke, toI. II ; surtout celle qui se troare à la page 'igS , écrite immédiatement après Tacceptation du testament.
France. On se prépara à la guerre; et^ pour obtenir de puissans secours^ des alliances furent conclues avec le Danemarck^ l'électeur palatin et plusieurs autres états d'Allemagne; mais Louis avait trop bien mûri ses plans pour laisser à ces sentimens le temps de se développer et d'acquérir de la force. D'accord avec l'électeur de Bavière^ il pénétra avec son armée dans les Pays-Bas; il surprit toutes les places sur cette frontière 9 et fit prisonniers quinze mille soldats hollandais qui y tenaient garnison^ en vertu du traité avec l'Espagne. Après ce succès, il ne lui fut pas difficile de traiter avec une nation riche et frappée de terreur. La crainte d'une invasion , et le désir de délivrer les troupes qui avaient été faites prisonnières, déterminèrent Iç gouvernement hollandais à reconnaître Philippe comme souverain de la monarchie espagnole. I^ parlement et la nation anglaise forcèrent Guillaume a suivre cet exemple.
Au milieu de cette soumission universelle, l'empereur fut le seul qui montra un caractère digne d'un monarque à la fois puissant et habile. Léopold resta stupéfait en apprenant le testament de Charles , tant il avait de puissans motifs d'espérer qu'il serait favorable à son fils l'archiduc. Il exprima son indignation avec plus de véhéaience que son caractère ne semblait le comporter; son ressentiment fut partagé par ses sujet<»
l4o PHILIPPE V.
qui admirèrent la noblesse et la dignité avec laquelle il supporta ce chagrin.
L'empereur réclama vivement contre l'usurpation de la monarchie espagnole par un prince français; il alla même jusqu'à nier Tauthenticité du testament, soutenant que le feu roi n'avait pas la faculté de faire une' disposition contraire aux droits reconnus de sa famille et aux engagemens solennels des traités. L'ambassadeur impérial Harrack quitta Madrid aussitôt qu'il eut présenté cette protestation.
La cour de Vienne n« tarda pas à se mettre en mesure pour décider cette querelle par les armes. On fit des levées de troupes dans tous les états héréditaires. Des ministres furent envoyés auprès des puissances maritimes et des princes de l'empire y afin de les exciter à la guerre. L'Italie étant regardée comme le seul théâtre où l'Autriche pourrait lutter contre la France avec des chances égales , des troupes furent rassemblées dans le pays de Trente et dans les districts environnans. On envoya des émissaires pour organiser secrètement le parti impérial dans le Milanais , et préparer une insurrection à Naples en aplanissant par là les voies pour les opérations militaires* Tous ces efforts ne furent pas d'abord suivis d'un résultat positif , l'empereur néanmoins en espéra un succès éventuel selon les circonstances. Les mécontentemens commen-
çaient à éclater en Espagne , les HoUandais et Guillaume faisaient des insinuations secrètes; l'empereur fut encouragé , il se flatta de pouvoir, par un coup hardi et heureux, dissiper l'alarme générale, et ramener les autres puissances de l'Europe aux sentimens de leur honneur et de leur intérêt. (')
Cependant la situation intérieure de l'Espagne fixait les regards des puissances de l'Europe qui se voyaient déjà à peu près engagées dans une lutte prochaine. Portocarrero avait profité avec empressement de l'avènement de Philippe pour afiermir son influence, et pour éloigner ceux qu'il craignait ou qu'il n'affectionnait pas, sous prétexte de leur partialité en faveur de la maison d'Autriche. Outre la retraite forcée de la reine douairière , il avait conseillé Philippe de confirmer l'exil d'Oropesa. Il demanda le renvoi du grand-inquisiteur, priva l'amirante de Castille de sa place de majordome majeur qu'il donna au duc de Medinasidonia , et traversa toutes ses démarches pour venir à un accommodement avec la nouvelle administration. Il conféra les gouvepnemens de diverses provinces à ses créatures ou a ses flatteurs : celui de la Catalogne fut donné à son neveu le comte de Palma. Il fallut pour cela déplacer le prince de Darmstadt. Il pressa Phi-
(*) Histoire de la maison d'Autriche , roi. I , chap. lxyiii.
lippe d'exiler plusieurs grands d'Espagne opposés à son autorité, et ne fit pas difficulté de comprendre dans cette liste de proscription les confesseurs du dernier roi et de la reine douairière. Enfin il étendit son système de protectorat sur toutes les branches de l'administration , et plaça même les ecclésiastiques attachés à son service dans des emplois tout-4-fait au-dessus de leurs talens et de leur caractère. Louyille écrivait à ce sujet à Torcy dans un style toujours enclin à la plaisanterie. « Souvenez-vous bien, disait-il, que vous aurez deux prêtres proposés pour la présidence de Castille. Nous avons déjà un prêtre gouverneur du Mexique, et un autre âgé de soixante-dix ans qui dirige notre commerce à Se ville avec le succès que vous savez. A mesure que les présidences des conseils deviendront vacantes, on proposera des prêtres pour les remplir, et je ne désespère point de voir des nominations semblables pour les commandemens des armées et des escadres, quand nous en aurons. » (') Quoique tout se fut passé, à l'avènement de Philippe, avec une tranquillité au-delà de toute espérance , un esprit d'opposition ne tarda pas à se manifester contre le nouveau gouvernement. Tandis que Portocarrero d'un côté lâchait la bride à son ambition et satisfaisait sa vengeance ,
(') Mémoires de NoaiUes, tome U, page i3o.