‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 4)Chapitre 7 sur 22 · CHÀP. II. Ï7OO-I7OI · texte numérisé non relu

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le monarque français de l'autre cherchait avec non moins d'activité à affermir et à étendre son influence par un changement général dans le système de l'administration. Sous les rois de la dynastie autrichienne^ les opérations du gouvernement avaient été dirigées par les conseils respectifs de Castille, de la guerre^ des finances, des Indes, de la marine, de grâce et justice : les chefs de ces conseils formaient une espèce de conseil de cabinet, appelé le Despacho unwersal. Ce corps n'était^cependant pas assemblé en présence du roi : l'organe véritable de la volonté souveraine^ et le premier ministre de l'Espagne, si nous pouvons parler ainsi , était le premier secrétaire du Despacho dont les fonctions étaient d'enregistrer les procès^verbaux de leurs délibérations, de les soumettre à l'approbation du roi et d'annoncer celle-cifau conseil. La personne qui remplissait en ce moment cette place était Ubilla, qui avait joué un rôle si^ important dans la rédaction du dernier testament.

Un Espagnol, jouissant de tous les avantages attachés[k cette place sous un jeune monarque sans expérience, ne pouvait manquer de devenir le principal ressort du gouvernement. Pour parer à un tel inconvénient, Portocarrero et le président de Castille furent admis chez le roi toutes les fois que le secrétaire du Despacho devait faire ses rapports; bientôt après, il fut question d'ac-

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corder le même privilège à d'Harcourt , ambassadeur de France. Louis se reposant sur l'attachement du cardinal , ou bien voulant -peut-être faire ostentation de générosité , fit semblant d'éluder la proposition; mais les instances répétées de Portocarrero , et la conviction où il était que l'accord parfait entre les deux gouvernemens serait impossible , si l'on n'adoptait pas cette admission , déterminèrent enfin Louis à y consentir. (*)

Dès l'aurore du nouveau règne , toute la cour et une grande partie de la nation flattèrent à l'envi le monarque français. Portocarrero et Arias le saluaient comme le régénérateur de l'Espagne. On l'engageait à venir à Madrid, et à prendre lui-même les rênes de l'administration : on lui insinuait avec respect que l'air du pays produirait un bon effet sur sa santé. D'ailleurs dans l'état paisible de l'Europe, lui disait-on, il pouvait gouverner la France par des courriers. Le même langage d'affection retentissait partout : les habitans de Burgos en particulier demandèrent très humblement l'honneur d'une visite du monarque français au printemps pirochain, saison dans laquelle les taureaux montrent leur plus grande bravoure , et où l'on pourrait offrir à sa

( * ) No AILLES , tome II , page 3 1 . Sairt-Pkilifpb , tome I,

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majesté le spectacle national de ces combats fameux. ( * )

Louis XrV disait, à la vue de tant de témoignages d'affection , que les Espagnols le prenaient pour le premier ministre de son petit-fils : mais malgré la connaissance profonde qu'il avait de la nature humaine, malgré son habitude d'entendre des hommages de cour, il ne laissa pas que de s'y méprendre, ainsi que ses miiûstres, au point de croire qu'il pourrait gouverner l'Espagne aussi aisément et avec autant d'autorité que son propre royaume. D'un autre côté, les illusions que la nation s'était faites sur la sagesse , la perfection et l'énergie du gouvernement étaient trop fortes pourpouvoir se réaliser. Le rusé Louville remarquait avec raison que quand même un ange descendrait du ciel pour prendre les rênes du gouvernement , on se trouverait désappointé dans les espérances que l'on s'était forgées, vu l'état présent de l'Espagne, qui était gangrenée d'un bout à l'autre. (•)

La police et le gouvernement intérieur étaient tombés dans le plus déplorable désordre. A Madrid même, la négligence ou l'incapacité des gou- Tememens précédens avaient donné lieu à toute sorte de licence et d'excès. Les hôtels des grands,

(*) Mémoires de NomUcs , tome II, page 35. (*) Mémoires de Noailles, tome II , page 3o, f. 10

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et même les églises, servaient d'asiles aux criattnels : la plus petite augmentation du prix des denrées exdtait les plus vives alarmes; les mes et les places de la ville étaient infectées de vagalnmds armés , de domestiques congédiés et de gens oisifs, sans aucun moyen de subsistance. Les établissemens , dont le but était de maintrair le respect dû à la royauté, n'étaient plus que Tombre des pranières institutions. Toute la dignité de la couronne n'avait pu préserver le dernier ni des insultes et des mortifications qu'il essu ja dans sa personne et dans son autorité.

La même confusion régnait dans les finances: les revenus de la couronne étaient absorbés par les employés du gouvernement ou par les fermiers et leurs agens , dont on avait à subir la dépendance et à mendier en quelque sorte les secours dans les momens de détresse. Le peuple de la capitale et des provinces était en proie à toute sorte de vexations et de monopoles : les revenus considérables du Nouveau-Monde étaient encore pins mal administrés. Les vice«rois et les gouverneurs , après avoir fraudé la couronne et opprimé les sujets,, revenaient de leurs gouveraemens jouir en Espagne du fruit de leurs dilapidations et de leur vmiaUté.

Non seulement la couronne était alors privée de son ancienne splendeur, mais elle se voyait réduite à une pénurie a peine concevable. II y

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