CHAPITRE n, AppmONNEL
le rapport que j’ai eu l’honneur de lui soumettre j et, 'après avoir témoigné son amour pour Votre Altesse royale , ét la peiné que Sa Majesté éprouvait en voyant l’anxiété de Votre Altesse royale, le roi a déclaré qu’il n’osait faire une sernblable exception,, qui n’avait jamais eu lieu jusqu’ici, exception que le roi Philippe V n’avait point coiisenti non plus à fairç en faveur des enfans de l’infant don Philippe’. Toutefois, Sa Majesté a ajouté que.^Votre Altesse royale doit être pleinement rassurée sur le sort de ses enfans ; 'qu’elle doit apprendre avec' satisfaction qüe le roi, tant qu’il vivra, et les princes après lui, regarderont toujours comme un dqvoir t^ès digne de leur magna-, nimité, d’avoir soin des enfans de Vo.tre Altesse royale, et de tout ce qui peut lui appartenir, d’une manière-convenable à leur rang, etqu’ainsi Sa Majesté, comme Leurs Altesses royales, portent le plus vif intérêt à Votre Altesse royale ; Sa Majesté et Leurs Altesses royales m’ont chargé de le dire ainsi à- Votre Altesse royale de leur part. : . : , . ' ■
Tel est Tordre que j-’ai reçu en pi’ésence du prince des Asturies. ^
Je suis avec le plus profond respect". Monseigneur, de Votre Altesse royale, ilrès obéissant' serviteur, . ' ,
, ■ . • / Joseph Monino.
Parüo , aS février 1785^ ...
Après le décès de l’infant, on n’oûblîa pas
•JÇO ■ , I
30 S - CH4RLÇS 111. . . . *
celte promesse solennelle ^ le gouvernement dirigea l’éducation de ses trois enfans. Don Louis fut confié aux soins du cardinal de Lorenzana, arclievéque de «Tolède, dont il devint à sa mort le successeur dans cet archevêché. Les deux de-
moiselles, dona Maria Teresa et dona Maria Luisa, furent élevées, par ordre du roi, dans le couvent des religieuses de l’ordre de Saint-Bernard, surnommé d,e SânyClemente , dans.la ville de Tolède. 11 entrait probablement dans les vuçs du gouvernement de leur ^spirer du goût pour la vie du cloîtré, et de les' préparer à pi-endre un jour le voile. . , •
•. '. Quant 'aux apanages pour ces enfans, il n’est resté d’autres bielis immeubles attachés à la substitution que le conité de Chinchon, comprenant diverses villes et bourgs , telles que Chinchon , Villaviciosa , Boadî lia del Monte , et autres. La reiiie Ébsabeth Farnèse fit cette acquisitipn pour son fils l’infant don Philippe^ avant son installation dans les duchés de Parmcj Plaisance'et Guastalla ; l’infant don Louis^en fit l’achat à cette dernière époque. A sa mort, le cardinal de Bourbon hérita de ces apanages, qù’il céda ensuite à l’aînée de' ses sœurs, dona Maria Teresa de Bourbon, connue aujourd’hui sous le nom de comtesse de Chinchon (‘). Quanta la sœur cadette,
(•) On en estimait le revenu annuel à 6o,ooo fr. , dans les temps qui précédèrent les^^^bonleversemenajde i8o8. Charles IV assigna de plus à la comtesse une pension an-
XÎHAPITRE 11 ADDITIONNEL. " 39
dotïa Maria Luisa, elle ne possède aucun apanage en terres : le trésor public lui assigna une pension annuelle de deux cent mille réaux (cinquante mille francs) ('). Lors du mariage deJa comtesse de Chinchon avec le prince de la Paix, proposé, ou, pour mieux dire, ordonné par Charles'lV, ce monarque autorisa, par un décrejt royal, les en fans de l’infant don Louis, ses cousins germains, à porter le nom , les armoiries et la livrée de leur père. Il les déclara grands d’Espagne de la première classe, ainsi que tous les enfans qui pourraient naitre de leur mariage.
Nous venons de tracer ci-dessus l’exposé des circonstances, qui précédèrent, accompagnèrent ou suivirent le mariage de l’infant don Louis avec, doiîa Maria Teresa de Vallabriga , d’après des docnmens inédits et briginauif qu'on abien voulu nous’ confier. Charles 111 montra dans cette affaire
l’inflexibilité connue de son caractère. 11 fallait que des personnes bien au fait des secrets des cours, fussent instruites long-temps*auparavant de cette disposition du monaïque envere son frère, pour qu’on essayât de s’en servir dans une circonstance importante. Nous tenons l’anecdote
nuélle sur te trésor ]>ut>Hc, de ,' 16 o,ooo réa^ (go,uoo fr.\ Elle- fut réduite à io,ooo'fr. par lu loi du rouxiruoni rendue par les cprlès de Cadix , et que les besoins du trésor d’Ëspagnc n’out pâ's permis encore de rapporter,
(') Par suite des mêmes régleniens lirtancicrs, elle se trouve maintenant réduite k 4 o>ooo réaux (10,000 fr.)
4 ^ CHARLES m. 1
qu on va lire d’une personne dont nous connaissons la véracité scrupuleuse; ' « ,•
Quelque temps avant l’expiilsion des Jésuites d’Espagne, et lorsque tous les moyens paraissaient également bons, pourvu qu’ils servissent à faire déconsidérer l’ordre aux yeux de Charles III, une personne soumit au supérieur ^es Jésuites a Madrid, une lettre confidentielle du général de la compagnie , dans laquelle il était question de mettre sur le trône l’infant don Louis. On intercepta, ainsi qu’on devait à’y attendre, la réponse à cette lettre , comme elle allait passer la frontière. Lorsqu’on présenta là lettre à Ricci, général des Jésuites à RomCj il s’aperçut .aussitôt de sa fausseté. Il ajouta ; Celui qui l’a forgée a imité à nterveille mon écïiture;' mais il a ete bien moins heureux pour' ma signature.
Charles III, à qui on ne manqua pas sans doute de. faire part de la lettre, et fie la lui présehter, comme authentique, ne put que s’affermir davantage dans ses craintes au, sujet de la descendance de 1 infant don Ijouis. Il dut poursuivre avec une nouvelle ardeur ses projets pour tenir son frère éloigné du trône , dans le cas où il ne pourrait éviter son mariage, ainsi qu’il' le désirait. Il paraît que l’ôii s’adressa aussi à l’infant don Louis lui-mêmè, pour lui communiquer le ' projet de 1 élever au trône , et qu’en sujet fidèle' fet frère dévoué è Charles III, il révéla tout à ce monarque.” , . , .
DigitizL^ by
• ’• / CHJU>n'R& ni ÀDDMTIONNEÉ. . 4'*
" CHAPITRE m ADDITIONNEL. ’
POtlTIQU'B EXTÉRIEUR?» . ■•, .
Charles t’engage inconsldé^ment dans, le .pacte de famille. ^ Funeste politique suivie par la. cour de Madrid lors de l’insurrection des colonies anglaisés. — Rapport secret du comte d’Aranda an roi su^ les suites probaBIés de leur indépendance. —4 Gaerre contre le Portugal. — Eicpédition contre Alger. .
’ En déyiant dü système, .politique extérieur suivi par Ferdinand YI,^ Cfaarlçs III écoqta.ses • aifectioDS jou ses ressentimens personnels plutôt que les conseils de la'sagçsse. La grande transac-r ^pon de sou règne, le Pof te dè famiVe, a bien pu être , , ainsi que le disait le ministre Grimaldi , . une affaire de Qoeuràe la part des souverains, de France ^ d’Espagne; mais,- dws -la réalité, elle n’en fut pas moins un piège tendu aU mmistère espagnol par. le duc 4^ Choiseul, pour lui faire abandonner la neutralité qui avait été le point de mire du gouvernement précédent , et pour l’entraîner dans les querelles entre la France et l’Angleterre. Cependant c’était bien la neutralité qui convenaitaux Espagnols;. ils n’avaient pas besoin d’alliance, -> puisque possédant un nombre consir dérable de vaisseau xqit’on pouvait d’ailleurs .aug-^
4a . tlHAHLES III. ' •
menter chaque jour , et comptant également sur une armée de terre, ils n’avaient rien à craindfe de la France ni de l’ Angletei're , forcées l’une et l’autre de courtiser le cabinet de Madrid. Aucune de ces puissances ne se souciait de faire la guerre à l'Espagne, que le fait seuf de l’agression aurait rendue favorable à ^a rivale., ■' •
Bien loin de sc^ maintenir dans des vues aussi sages et aussi conservatrices, Charles 111 épousa, avec une ardeur .impolitique;’ les intérêts de la Franqe. 11 ÿe jeta avec une légèreté blâmable dans ,des guerres longues et coûteuses qui ruinèrent ses stijets. Le Véritable intérêt de l’Espagne à cette époque était la conservation tle ses colonies, dont la^ possession lui donnait une grande considération en Europe, et qui, si 'elles eussent été régie.spar de bons principes d’économie publique,^ auraientpu élever bien haut l’industrie , le Commerce, la richesse et le pouvoir de la mère-patrte. C’était montrer la plus funeste imprévoyance que de se mettre en guerre aye^ la seule puis-^ sance maritime qui pouvait s’opposer à l’accomplissement dès projets patriotiques conçus' par quelques hommes d’état espagnols',' pour parvenir à des' améliorations progressives dans les possessions d'outre-mer.
. L’aveuglement de Charles à cet égai^ parait à peine concevable , surtout après l’insurrection des colonies anglaises. Tout devait porter un