CHAPITRE m ADDITIONNEL
plus amples développemens ; j’expliquerai le moyen de les mettre à exécution avec le secret et les précautions convenables , de manière que l’Angleterre ne s’en aperçoive que lorsque les trois infans seront en route, et plus près de l’Amérique que de l’Europe, et qu’elle ne puisse s’y opposer. Ce serait un coup terrible pour cette orguéilleuse rivale ; nous préparerions à l’avance les mesures à prendre pour nous mettre à couvert des effets de sa colère.
Il faudra, pour assurer l’exécution de céplon, compter sur la France, notre intime alliée, qui s’y prêtera volontiers en voyant les avantages qu’elle obtiendra de l’établfssement de sa famille sur ces trônes du Nouveau-Monde, aiiisi que de la protection spéciale de son commerce dans tout cet hémisphère, à l’exclusion de l’Angleterre, sa rivale implacable. Il n’y a pas long-temps que je suis arrivé de Paris, ayant obtenu un congé pour vaquer à mes affaires personnelles. .le repartirai sur-le-champ, s’il plaît à Votre Majesté, pour mon ambassade , en disant qu’celles sont terminées. Je jouis d’une pleine considération dans cette capitale : le roi- et la rîine m’honorent de leur bienveillance; je suis bien vu de leurs ministres. Je ne sais si je m’abuse, mais j’espère leur faire agréer le projet en question, et en conduire l’exécution avec le secret et la prudence convenables. Votre Majesté peut compter
aussi sur moi à l’avenir -pour les détails ultérieurs de ce vaste projet , de la manière qu’il plaira à Votre Majesté; car celui qui a conçu une idée est plus que tout autre en état de l’exécuter. Votre Majesté connaît mon zèle et ma fidélité : aucune affaire de celles. que Votre Majesté a daigné me confier n’a échoué ; j’ai la confiance que celler-ci réussirait de même, si j’en juge du moins par mon désir, inaltérable de consacrer mon repos, mes intérêts et ma vie au service de Votre Majesté. » (')
11 est à regretter que les vues rétrécies du cabinet de Charles III, ou peut-être ses craintes sur la susceptibilité de J'amour-propre national, aient empêché l’accomplissement de ce projet éminemment patriotique; Puisqu’on avait eu le courage de soutenir ouvertement une rébellion dont l’exemple devait être un jour si funeste à l’obéissance des colonies, on aurait dû réparer cette faute en préparant leur émancipation de la manière avantageuse proposée par le comte d’Aranda. (’) • Avant l’insurrection des-colonies anglaise.?, la domination de l’Espagne en Amérique, qui, sous un gouvernement Jclairé,- aurait dû devenir une .source intarissable de riches.ses et de prospérité pour les deux pays , se trouvait n’être , il faut l’avouer, par l’ignorance qui avait régné dans les
(') Manuscrit. Collection de M. le duc de ^ttn Fernando.
(’) la *'ui du Chapitre. '
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conseils- espagnpls, qu’une possession à peu près stérile, flatteuse tout ali pfus pour l’amour-propre national. Tout ce que l’Espagne i;etirait de ses JÉtats d’.outre-mer , se bornait à cinq ou six millions de piastres par an ('), somme suffisante à peine pour l’entretien d’une nombreuse, marine militaire , que la jalousie des autres puissances de l’Europe rendait nécessaire pour la defendre contre leurs attaques. Pour ce qui était du seul moyen qui existait d’enrichir les deux, contrées , c’est-à-dire l’échange de leurs productions, les calculs mesquins de l’administration espagnole
(') Voici les sommes versées annuellement par l’Amérique dans le trésor de Madrid. à.diverses époques.
Sous Philippe II, 6,600,000 réauz.
Sous Philippe III, aa,ooo,ooo
Sous Philippe IV, 38 , 5 oo,ooo
Sous Charles III, le ministre comte de Gansa affirme qu’il arrivait de la Nouvelle-Espagne sculepient 3 o, 000,000 réauz.
Campomanes estimait lesversemens annuels de l’Amérique à 60,000,000. ^
On a des renseignemens plus positifs sous le règne de Charles* IV. Les documens du trésor prouvent qu^ est entré en i7g3, i4Ij7ï7,55i réauz.
en 17*95, 138,764,376
■ "en 1796, 336,895,997 eni797i 12,360,128
Somme moyenne arithmétique , 145,093,203 réauz,
lavaient presque èntîerement méconnu avant ‘Charles én gênant leurs rapports mutuels, et en s’opposant àla liberté' franche de leurs communications. Mais enfin , puisque , entraîné par des considériitions d’ambition ou d’amour-propre, on ' tenait fortement à conserver un Nouveau-Monde sous ses lois , rien n’annonçait encore que cette domination courût des dangers imminehs. On sacrifiait, à la vérité, des intérêts bien réels au plaisir frivole de régner sur de vastes possessions, désertes pour la plupart; mais ce titre n’étail pas du moins contesté , et rien n’annonçait qu’il pût l’étrê de sitôt.
Mais lorsqu’un traité solennel, signé par le plénipotentiaire de Charles III lui-même, sanc-
En^i798, le trésor reçut les sommes ci-après :
Produit de la vente du tabac , i o, 54 o,ooo Produit de saisies , 8 g 5 ,a 5 i 33
Piastres, • ’ 113,937,671 33
Droit d’un pour 1 00 sur l’argent , 96,275 22
3 pour 100 sur le tabac, 140,000
Pour la muraille de Cadix , 140,000 >
Total, i 3 1,748,000
De l’annéé 1808 jusqu’en 1814 , 587,933,864 Selon M. le baron de Humboldt, la Nouvelle-Espagne envoyait pour le trésor de Madrid , chaque année , 6 millions de piastres; le Pérou i million; Buénos-Ayres 700,000, et de la côte ferme 5 oo,ooo. (Carga Abgüeli.es, Diccionario de Hacienda. )