CHAPITRE 111 ADDITIONNEL. ’ Sj
tionnait l’indépendance des colonies anglaises , la possession des Indes espagnoles ne put que paraître très précaire aux hommes d’état. Par quel privilège l’Espagne poi^vait-elle .se flatter de retenir le continent d’Amérique sous ses lois, après avoir, applaudi elle-même à l’insuirection de la Nouvelle- Angleterre, après avoir combattu pour le triomphe de sa cause et sanctionné son indépendance ? Ce projet du comte d’Aranda remplissait donc parfaitement le double but d’émanciper les colonies espagnoles sans passer par des. secoures, et de rendre cette, émancipation bien plus profitable à l’Espagne , que ne l’avait jamais été sa domination exclusive et absolue dans ces pays : l’idée était même si en rapport avec les opinions et les intérêts des colonies., que l’on a vu de DOS jours les habitans de la Nouvelle-Espagne invoquer dans quelques momens de troubles , et au mibeu des derniers bouleversemens qu’ils ont éprouvés, l’établissement d’un infant d’Espagne sur le trône des anciens empereurs du Mexique.
Nous ne dirons qu’un mot sur les guerres contre le Portugal, dont le motif principal était la possession de la colonie de Sacramento ; on ne peut que blâmer les dépenses qu’elles occasionnèrent. 11 n’y avait que trop de pays déserts et .sans culture en Amérique^ sous la ddmination du roi d’Espagne, pour attacher une si grande importance à la possession d’une petite colonie.
On ne saurait justifier non plus l’expédition contre Alger; car on serait tenté de croire que Charles III cherchait à se ménager encore un nouveau point d’appui sgr la côte de Barbarie, en voyant les grands préparatifs de. cet armement. Le monarque paraissait atteint de la manie des divers gouvernemens qui s’étaient succédés en Espagne, de dominer la partie littorale de l’Afrique. Si tel eût pu être son projet, nous devrions le plaindre d’être tombé dans une sem- J)lable aberration ; puisque, si l’on excepte Ceuta, qui est une position très forte dont on pourrait aisément faire un second Gibraltar; tous les autres pays et Presidios sur la côte d’ Afnque sont entièrement inutiles à l’Espagne, qui ne doit certainement pas se proposer de faire des conquêtes dans l’intérieur de cette région, et qui ne doit pas 'Craindre non pins une seconde invasion de Sarrasins sur son territoire. On aurait beaucoup mieux fait de' destiner les sommes que coûta l’expédition contre Alger, ainsi que celles que coûtaient annuellement les Presidios, à l’entretien des forces maritimes dans le détroit pour protéger le commerce contre les Barbaresques. L’histoire nationale n’offre que des malheurs éprouvés dans ces tentatives contre la côte d’ Afirique , depuis Charles V. .
Tout ce que le gouvemcipent espagnol aurait dû désirer , c’était de faire respecter son pavil-