CHAPITRE III ADDITIONNEL. 6l
la combattre. Le rot d'Espagne, allié par le sang à la famille régnante qui venait d’étre immolée, et placé dans levoisinage d’un volcan qui menaçait de dévorer son royaume, délibérait sur le parti qu’il devait suivre dans des circonstances aussi' cciti(|nes. Le comte d’Aranda était d’avis que l'Espagne ne devait pas s’engager dans une guerre contre la France, mais que néanmoins il était de son intérêt de s’armer^ et d’étre prête à combattre si cela devenait nécessaire. Cette attitude lui paraissait la seule, que cbinmandàt la sagesse dans la situation de ce pays, séparé des autres puissances, et placé de manière à ne pouvoir. être secondé par elles dans %eA operations militaires : les-éyéhemens indiqueraient par la suite la conduite a tenir avec les étrangers; car, en organisant des armées considérables dans le bilt de la conservation du pays, des occasions propices ne pouvaient manquer de s’offrir, soit {>our agir d’accord avec les puissances alliées, soit pour négocier avantageusement avec la France , si son intérêt pouvait Ja porter à obtenir par des I sacrifices la neutralité du cabinct'de Madrid. '
D’aussi sages conseils ne prévalurent point: 'lé parti tpii voulait la guerre l’çmporta, Dès-lors, le comte d’Aranda, militaire . aussi expérimenté que sujet fidèle, cbcrcha -à éclairer le gouvernement sur les - opérations militaires,
' et lui soumit plusieurs projets sur la manière de les conduire avec avantage. Après la'campagne de 179$-, Charles IV avait fait venir a Madrid les trois généraux en chef de ses armées d’opérations contre la France, savoir: Kicardbs, conlinandant de celle de Catalogne; le princb de Castel-' Franco, de cclIcsd’Aragon ; et Caro , de celle de la Navarre et de Guipuzeoa, Le but de la réunion de ces généraux était
de concerter avec eux les plans pdur la campagne qui allait s^ouvrir. Ils devaient exposer leurs propres vues dans le conseil d’état, où siégeaient, pa^i plusieurs autres honiiups distingués , le comte d’Aranda , le tjuc d’Almodovar, le bailli
DKjiM.
CHARLES ni.
Valdès, le comte de Cainpomanes ,* Solano, marquis del Socorro, Pacheco et Llagune^Les généraux, duc de Mahon Crillon et cumte d’O-Reilly, furent aussi appelés à cette délibération en considération de leiics lumières. Dans une de ses séances, le comte d’Aranda commençait à exposer ses vues politiques et militaires; mais le temps lui ayant manqué pour les développer en entier, il se vit dans la nécessité de remettre la continuation de son discours à la séance prochaine. Le hasard fit qu’il reçut sur la figure un coup violent qui l'ciiipécha d'assister au conseil pendant plusieurs jotirs; il se décida donc à mettre scs idées par écrit, et à envoyer jon travail au ministre des affaires étrangères, le duc de l’Alciidia, en le priant de le lire, -et de le mettre ensuite sous les yeux de LL.* MAI. qui pourraient ordonner qtt’on en doniiAt lecture au conseil d’état, si elles croyaient que cela pût contribuera éclairer l’opinion des autres membres de cette assemblée. Voici l’extrait des passages les pins imporlans de ce discours
s Après :urie protestation sur la pureté de ses intentions, ainsi-que sur son devoir d’exposer, devant le roi, librement et sams.cédcr à des vues d’iptérêt privé v tout ce qu’il jugerait convenable au salut de l’État, le comte d’Arànda disait que i.’B»]>agnc ne se trouvait point forcée de faire la guerre à la France, et qu’il était peu raisonnable, par conséquent, d’accepter toute^ les 'chances et les- dangers de cette lutte Inégale contre une nation beaucoup plus forte et exaltée au dernier point par une passion aussi impérieuse que l’amour ardent de la liberté civile ; qu’aucune nation n’avait le droit de s’immiscer dans le gouvernement intérieur des autres peuples, et que, s’il devait être, sans contredit, plus agréable au roi-d’Espagne de voir.à la tête du gouvernement français un prince de sa propre dynastie , cette considération ne pouvait cependant être iiscr. puissante pour le décider à comproinétirc -le salut de l’État, ce tfui ne manquerait pas
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(l’arriver si l’on éprouvait des revers probables , tant ou avait négligé de se préparer convenablement à la guerre.
« La campagne précédente a été malheureuse , ajoutait le « comte; nous avons fait de grandes pertes en hommes,
« nous avons dépensé des sommes énorme*. Que serait-ce « donc si nous étions forcés de soutenir la guerre dans l’in- « téricur du royaume ? Les Français , dans le commence- « ment, étaient peu aguerris; ils le sont beaucoup mainte- « nant, ils ont plus d’enthousiasme que jamais. Il a fallu
* destiner une partie de nos troupes de ligne au service des « troupes légères : nous avons, il est vrai, fait de nouvelles « levées; mais leur organisation n’est pas encore parfaite :
< un grand nombre de ces nouveaux soldats se sont engagés
• volontairement j>ar suite des sermons qu’ils ont entendus,
« ou bien par la vanité de lice leurs noms dans la Gazette ;
« mais il s’en faut bien que leur qualité réi>onde à leur nom- « bre. A mesure qu’ils quittent leurs villes ou leurs villages,
« et qu’ils dépensent le prix de leur eiigagement , leur ti ardeur se calme , et leur enthousiasme se refroidit.
« Les succès que les Français ont obtenus dans la cam- ^ pagne précédente, doivent faire craindre une invasion sur « notre territoire. Tout porte à croire qu’ils déploieront une « grande activité dans leurs opérations ; ils connaissent bien « nos frontières^ et ils profiteront de cettd connaissance « pour les attaquer et pénétrer chez nous. »
Le comte d’Aranda discute ensuite les deux hypothèses d’une invasion de la part-des Français par la Catalogne et par la Biscaye, et il entre dans beaucoup de détails topographiques, ainsi que dans des considérations politiques et militaires , pour démontrer les inconvéniens que le cas d’une ' invasion pourrait entraîner; puis, revenant à l’état de la France , il poursuit ainsi : « Sa milice se trouve bien organisée et aguerrie; elle est commandée par des chefs intelligens et actifs. Elle est accoutumée à se battre contre les
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meilleurs soldats de Tliurope : leur enthousiasme est au comble; l’esprit de liberté a fait chez eux d’incroyables progrès. Celte légèreté frahçaise, qui naguère se rebutait si facilement des résistances , est devenue aujourd’hui du courage qui va jusqu’à la férocité; enfin , il faut regarder la France comme ' une nation réduite au désespoir, et qu’il n’est pas sage de mépriser. Les puissances coalisées ne .peuvent qu’être fatiguées et épuisées en hommes et en argent, circonstance qui est très favorable a la France : car il lui sera fort aisé de faire des conditions avantageuses à un des peuples allié*;, et certes, elle fera toute csj)ècc de sacrifices pour garantir sa constitution/ Quel seçait alors le sort de la coalition, si un seul des alliés pouvait s’en séparer?
n La Convention, non seulement a de bonnes troupes, mais elle est parvenue à amuser beaucoup d’argent , n’importe par quels moyens; une fois lancée dans fa carrière du crime, il était à supposer qu’elle ne négligerait rien pour s’affermir et faire triompher sa ^ cause. Les puissances de l’Europe réunies ne peuvent présenter des moyens aussi formidables que ceux employés par la France. Toute sa population est appelée aux frontières, et elle supporte pa-^ tiemment des fatigues dont elle attend la récompense dans le' triomphe de ses armes.
« Lies choses se passent bien autrement en Espagne : l’esprit de liberté et d’égalité n’y existe point , et ne peut , par conséquent, enfanter ces prodiges. Les engagemens volontaires sont.en petit nombre : encore ces volontaires ne sont point mus par d’aussi puissans ressorts. Le trésor doit être nécessairement épuisé : quelle comparaison peut-on raison- ' nabicment établir avec les soldats français qui sont largement payes, au moyen de fonds amassés, à cet effet, par leur nation ?
rf L’Espagne, d’ailleurs, n’est point engagée dans cette guerre par des considérations puisées dans l’intérêt national ;
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