chapitre IV ADDITIONNEL
Les mesures ci-après apprirent à l’inqùisilion que-son empire e'tait près de finir. Ên i7'6a, on dçféndit de publier les brefe de Rpiite sur la condamnation des-livres, sans le consentement de 1 autorité civile on ordonna également de ne censurer aucun écrit d’auteurs vivans, sans qu’au préalable Us fussent entendus sur le sens qu’ils attachaient à- leurs expressions. Cette disposition, tout en ne paraissant pas <1 une importance majeure, l’était cependant b^ucoupj car le triomphe 'de l’erreur dans la Péninsule n’avait éter dû qu’au soin avec lequel on avait retiré des ’ ■-yeux des Espagnols tout livre qui aurait pu contribuer,, d’une manière directe , a les leijr dessiller sur les dangers de l’intolérance civile. I/hôrreur seule, des > bûchers n’aurait ' peut*être pas’ suis pour plonger la natibn dans les ténèbres, sans le système cônstamment suivi de l’index des censures, C’était donc un bienfait immense dans ses conséquences, que l’interVention d’une autorité éclairée dans l’exercice de ce -pouvoir censorial que l’inquisition s’était attribué jiis-. qü’aloi;s. , ^ . ' '
- Sous la présidence du comte d’Aranda, une cédule royale borna , en 1770, 1% juridiction de l’inquisition aux seuls crimes d’hérésie contii» màce et d’apostasie, et lui défendit de faire sübir aux sujets de Sa Majesté l’opprobre de la prison , à moins que leurs crimes ne fussent évi-
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rlemment prouvés. Aranda (quitta la pnésideiKie ; mais des hommes éclairés entourèrent, après sa l^traite, le trône de Charles III,' et son 'ordonnance fut maintenue, aux grands applaudisSemens des aniv? de l’huiiiaHité. •
Depuis cette époque, rinquisition fut constamment surveillée par le gouvernement ; il ne> put pas , à la vérité { empêcher le procès d’Olavide, mais il fit au moins adoucir la,sèntence; car sans l’interposition du roi et des ministres,
' cet administrateur éckiièé aurait infallliblem^enl. siuln la peine de mortw’ En 1784» établi
que lorsque l’inquisition aurait fait le procès à quelque grand d’Espagpe, à quelque ministre dé Sa Majesté , à quelque officier de sés troupes , .à quelque membre de «es tribtin’a'u^ , à un bontmc • en place en un mot, ‘elle serait obligée de présfentérau roi toute lâ'pr'océdure pour étre'revue 'et 6 x.aminée. Il eètéléà désirer /remarqiie Boufgoin aveO sa 'sagesse ordinaire, que cette même protection eût préservé les clœses moins élevées j mais c’était toujours' un fre|n assez puissant pour l’inquisition que d’être forcée de respecter comme inviolables les principaux citoyens., (ie ne fut pas seulement, il 'faut l’avouer., laphilo^phiequi dicta cette mesure; les ministres songeaient aussi à défendre par elle leurs propres per- .sonnes ; car pendant la durée' de la lutte entre les partisans des idées iiltrainouitaines , soiitènus par
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le confi?sseur Életa, et les Espagnols éclairés qu'i étaient à la tête du gouvernement, l’inquisition n oubliant pas son ancienne ..allure, et se souvenantqu elle avait réussi' autrefois à épouvanter les hommes même les lilus^puissans, eut l’audace d instruire cpntre le ministre Roda., contre les comtes dArandà, de Campomanes et de Flonda-Blanca, ainsi que contre les évêques., composant le conseil extraordinaire de 1767, et desdeux années suivantes^ formé' pour l’expulsion des Jésuites ; les procès de ces hommes distingués avaient tous la meme origine.: leur accusation consistait dans leur qttachement aux maximes.de philosophie moderne. . , .
.Grâce aux mesures qu’on avait prises, et à la" marche constante et assurée de la raison dâps les temps 'postérieurs,, le gouvernement de Charles IV trouva l’inquisition peu redoutable; elle fut même sQuple et aveuglément, soumise à ses volontés; car ou doit dire, A son honneur, qu’il mit fin à plusieurs proches , ert prenant les prevenus sdus,.sa protection. > .. .
. Aftrandùsxèmenl'de t autorité royale
. i-a couronno-avait réussi , âii-delà peut-être de ses espérances , à s’affranchir de toute intervention des Cortès dans les affaires du gouvernement;^.mals eUe avait été moins heureuse contre les ehipiétemens continuels de ' l’aptorité spiri-
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tuelle qui la tenait , sous bien des i^pports*, dans une espèce de vasselage. I.e même esprit audacieux qui s*iétait -arrogé" le droit* de disjioser à son f^é des trônes de la terre , et avait fait courber devant lui le front des têtes couronnées, prçtenikit aussi s’immLscer dans presque tous les détails de l’administration à la faveur de l’origine sacrée de l’autorité religieuse. La lutte'était engagée à cet égard ep Eiépagne,- comme elle l’était dans les autres États de l’Europe depuis le renversement 'des principes ,*ojwré pendant le moyen -âge.
Le gouvernement deCharlesIIl renditàla couronne une partie du pouvoir qui avait été usurpé sur lui par le clergé ; çt, quoique les limites des deux autorités civile et ecclésiastique soient encore de nos jours loin -d’être bien déterminées en Espagne, * les décrets sur la nécessité de présenter tous les brefs de la cour de Rotné au Conseil de Castille avant leur publication, la protection accordée 'aux . ecclésiastiques" dans • l’ordre judiciaire contre les abus d’autorité de leurs supérieurs , le décret qui prescrivait aux évêques dé démandér au Conseil de Castille son approbation relativement aux provisores nommés par eux pôur exercer l’autorité judiciaire dans les procès sur les mariages. et" autres affaires ;,ces diverses dispositions, ‘‘et plusieurs autres,- attéstent lajol- •licitude-des ministres de Charles en fhvfeur de l’autorité ci-vile. ' • •' '*
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Le mêirie esprit qpi conclut le concordat entre Ferdinand VI et le Saint-Siège en ly.SS, dictait les mesures prises postérieurement sous Charles III parles noinistres Roda et Floridi-Blanca;, elles sont de nature à satisfaire les esprits les plus difficiles. Il .est assez 'remarquable que ce soient précisément ces deux ministres qui, après avoir rempli des fonctions publiques à Rome pour l’Espagne, ont porté les coups les plus sûft et les plus douloureux à la cour papale. On serait. ' tenté de dire qu’ayant vu de près ce gouvernement, -ils avaient mieux appris à en connaître les abus et à- en prévenir les empiétements. Roda était plus ardent ennemi des usurpations de la cour papale que Florida-JBlanca ; mais tous les' deux professaient des maximes favorables aûx droits de la couronne; tous'lés dpux avaient été avocats dittis les tribunaux espagnols, et- étaient ' hautement ço'nvaûicus aussi que l’indépendance de l’Eglise nationale et la souveraineté du peuple espagnol demandaient sou afïrancbissement de la cour de Rome, relativement à l’àutoi^té qu’elle était parvenue à exercer chez lui sur une foule de points intimement liés à sa prospérité et à ia forme de son gouvernement.
Malheureusement, toul en donnant leurs soips eropressés^et louables à la réintégration de la couronne dans ses droits, ils ne songèrent nqllement'à ceux que la couronne elle- même avait
ysurpés sûr le peuple. Il «iiit été juste cepeii- • dantÿ puisqu’on étaîl sur la voie des restitutions , ét <^ue d’ailleürs- les esprits Commençaient à ’se porter vers' les' réformes utiles > il eût été juste J .disons-nous, de proposer le rétablissement des anciennes CoCtès. Cela devenait 'd’autant plus nécessaire, qu’en restituant à la couronne "ses droits légitimes, il n’en fallait pas moins songer à éfiter l’inconvénient de la concentration des -pouvoirs, en les balançant les uns pàr les autres, et en établissant entre eux une heureuse et salutaire harmonie. Ija susceptibilité de Charles sur le màintien de ses prérogatives , et sans douté aussi le peu de progrès que la science du droit public avait faits encore en. Espaghfe, détournèrent les jurisconsultes de cet objet important { 'et les en-' gagèrent days dés combats rtioins périlleux contre . l’autorité ecclésiastique. On' doit- supposer que CampomaneS , Jovellanos , et . autres hommes éclairés, auraient vonln Iq rétablissement dès
Cortès ,' Tpais qu’ils 'n’osèrent pas le proposer.
Diputndos y -Personero del comuji. ^
■ L'organisation des municipalités, si intimément liée partout a\ec la liberté civile des' peuplés, â'Vait sùbi en Rspagne des vicissitudes et des altérations qui amenèrent enfin la .servitude des 'Cortès, et rendirent la couronne assez hardie pour se débarrasser dé la gêne de la représenta-
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lioli nutioiiale, quelque soumise à ses volontés qu’elle, lût devenue. I/usage s’étaiJ. introdu^ depuis Uong-tehips (îans les provinces de Castille de vendre les emplois municipaux de re- ^idoref (échevins), lesquels, à raison de leurs fonctions, donnaient de l’estinie et de la considération à ceux qui les ejLerç^ent. Dans les ville# surtout qui avaient le droit de. nommer des députés aux Cortès , l’élection leur appartenait exclusivement , .circonstance qui faisait rechercher ces emplois parles familles nobles, fort empressées "de les acliéter. De là la facilité pOur la couronne dé ne faire arriver aux Cortèé quedéa personnes complaisantes et jalouses d^obteuûr les faveurs <ie la cour. • . 'i
U en résulta pour ces charges municipales en général que,.. soit vendues, soit transmises par , héritage, elles étaient regardées comme des litres • purement honorifiques , • et que l’on se metiait très peu en peine d’en remplir, convena]demeut les fonctions. Les économistes uq>pgnols , eittre autres Osorio, avaient déjà fait, .sentir, la nécessité d’apj^der au gouvernement muhicipal tout homme qui avait de la capacité , sans aucune dis-, tinction de classes. Le comte de Cahipomanes , a ({ui cette idée d’Osorio paraissait très sensée ,
( mais qui voulait efi même temps la concilier dans son exécution avec les droits acquis par les propriétaires , émit l’avis de reiiibp.urser aux
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titulaires de ces emplois lès mêmes sommes qu’ils leur avaient coûtées, laissant âinsi l’àccès libre pour le gouvernement des villes à tou,te personne dont les lumières, les vertus -et 'les richesses, offriraient l’espoir d’avantages pour la communauté. Campomanes aurait voulu • qu’il y eût dans chaque municipalité au moins autan]: d’échè* vins librement choisis par le peuple, "^qu’il y en avait qui possédaient ces places par suite, des ventes ou des héritages.'
Lie décret roy^l du 5 mars 1766, sans entrer entièrement, dans les vues de ces deux écrivains, en adopta cependant le principe ,• et créa deux olBciers municipaux populaires et un syndic, ^qui devaient être choisis au commencement .^de l’année 'parmi le§ personnes de la ville méritant mieux la considération générale. L’uti- * lité de cette création se fît bientôt sentir; car les nouveaux élus travaillèrént avec zèle pour la prospérité, l’honneur et l’embellissement, des . villes qui les avaiént entourés de la faveur popûlaîre ; ils furent puissamment secondés par elles, dans leurs opérations et dans tous leurs travaux.
.Main-morte civile et ecclésiastique. ^ "
Une grande^partie des biens immeubles étaient affectés à des majorats oü possédés par l’Eglise. Les inconycniens de ce mode de possession se faisaient sentir chaque jour. Dâns les majorats, les
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