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On en rendit compte au . roi ,, ear c était une afl’aîre très grave que de .violer les lieux consacrés à ses plaisirs. Sous un monarque absolu , passionné à l’excès pour 1 exercice de la chasse , les lois ne pouvaient qu’être séveres sur ce point.
Il fut décidé que le coupable irait expier sa faute dans les cachots de Ceuta, et qu il y resterait autant d’années qu’il avait pris de glands. Iæs prières, les sollicitations furent inutiles, le roi fut inexorable : car c’était une chose ajf reuse , disait-il , que de priver les pauvres petits animaux de leur nourriture. Le décret feçut son exécution, l’infortuné paysan fut déporte a Ceuta et mis dans un cachot humide et obscur, ou il resta pendant six années. Il en sortit au bout de ce temps, le désespoir et la'rage dans le cœur , bien résolu d’assouvir sa vengeance sur le garde ' qui l’avait pris et dénoncé au roi. H le tua en eft’et dans un guet-à-pens. meurtrier fut arrêté, condamné à mort, et exécuté a Madrid.
Nous empruntons à un voyageur anglais (') la 'relation ci -après, sur l’amusement favori tie Ciiarles III. Elle est de la plus exacte vérité.
- « Le roi passe la pluS grande partie de son temps
à la chasse. Dans le niilieu du jour, apres une courte excursion , il revient dîner , fait la conversation avèc les ministres étrangers, se retire pen- ■ dant quelques minutes avec son confesseur , et
*• (’) Towwswewo, U II, l>.-72 Cl suiv.
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^ ordinairement avant trois heures , quelquefois
beaucoup plus tôt, il quitte le palais, et fait vingt . ou trente milles avant de commencer sa chasse. Quand le jour tombe , il se met dans sa voiture ^ et revient; aucun temps ne peut le retenir, car
il ne craint ni tonnerre, ni éclairs, ni grêle, ni pi'^ie, ni neige; lorsqu’un de ses habits est mouillé, il en met un autre; et quant à ceux , qui le suivent, il leur dit froidement : « La pluie
■ ■ ^ (f ne brise, pas les os. » Les jours de fêtes ne
^ i empechent point de se livrer à cet amusement,
excepte deux jours de la semaine sainte; et quoiqu il soit naturellement d’un caractère doux, on dit qu il est de si mauvaise humeur, que per-^' sonne n aime a 1 approcher dans ces momens— là. Un de ses fils étant à toute extrémité, il sortit ^ ^ comme a 1 ordinaire, insistant sur ce qu’il se ré-.
. tablirait certainement; et quand on lui apprit ■ répondit avec son calme
accoutumé : <c Eh bien, puisque l’on n’y peut ’i . i^eu, il faut prendre son parti. » Il est suivi or- ■ ,dinairement par le prince des Asturies, le capi- ^ plaine des gardes, son premier écuyer, son prenuer gentilhomme de la chambre , son médecin ‘ et son chirurgien. Toutes ces personnes occupent
cinq voitures; outre cela, il y en a une pour les , lemedes, les fusils, les munitions, les habits de
rechange, etc. Chaque voiture est attelée de six » mules; et comme il y a sur la roule plusieurs
. relais de chevaux, ainsi que ceux des gardes, le nombre qu’il en faut chaque jour est d’environ deux cents. Ces animaux doivent faire douze milles par heure ; aussi arrive-t-il fréquemment des accidens aux hommes et aux mules.
« Quand le roi chasse , il ne dépend pas entièrement de ses chiens : il a ordinairement deux cents hommes employés à battre le pays, et à conduire le gibier devant lui à des places convenables, où / lui, et le prince l’attendent avec des domestiques occupés à charger les fusils j et à les leur présenter aussi long-temps qu’ils veulent tirer. Tout gibier est indifierent au roi; mais il est surtout flatté de l’idée de délivrer le pays des loups, dont . il tient un bompte exact. Qu^d j’étais à l’Escurial , le nombre qu’il en avait tué était de huit cent dix-huit. Dès que l’on en aperçoit un à une distance raisonnable, une multitude de personnes," depuis seize cents jusqu’à deux'mille individus, suivant l’étendue de la montagne, sont dépêchées pour veÿler la bête, l’environner et la conduire dans quelque endroit où le roi puisse avoir la facilité de la tuer. Il donne à chacune de ces personnes six réauxj mais s’il tue le loup, les batteurs reçoivent double paie. Cette dépense , il faut l’avouer, (^t superflue, car un petit nombre de paysans serait souvent suflisant, soit pour dé- ' truire l’ennemi, soit pour lui faire quitter le pays; mais si un bon souverain trouve du plaisir
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à liier celte bêle féroce, ses sujets seront les derniers à penser qu’il paie peut-être ce plaisir trop cher. Il serait cependant heureux pour l’Espagne que toute la dépense à ce sujet se bornât là ; mais ce n’est certainement qu’une bien faible portion de la somme totale que cette manie du roi pour la chasse fait perdre à la nation. Tout autour des sitios , ou résidences royales, les terres vagues ont une très grande étendue. lia forêt de Pardo a trente lieues de circonférence; et si on y ajoute tous les terrains incultes près A.ranjnez> Saint-lldefonse , et l’Escurial ; si on considère en ■ outre que les cerfs, jouissant de leur liberté entière, parcourent tranquillement tout le pays intermédiaire, à combien ne s’élèvera pas l’évaluation de la perte Supportée par la nation I 11 est vrai que le roi paie amplement aux fermiers les dommages qu’ils éprouvent; mais le mal don^ soufl’re la communauté en général , ne peut pas être aussi aisément réparé; car le pays, manquant de nourriture , se dépeuple, et les villa'ges tombent en ruiné.
<f Des personnes qui connaissent bien le roi m’ont dit que, dans sa jeunesse, il avait eu du goût pour les lettres; mais qu’ayant été détourné de cette étude , il avait pris le goût de sa famille, goût qui était non seulement augmenté par une habitude invétérée,. mais encore encouragé chez lui par le désir d’çviler tout embarras. C’est cer-