CHAPITRE !*'■ ADDITIONNEL. 1 I
tainement. un homme qui a des principes, et il est généralement regardé comme un des plus vertueux de son royaume; mais cette pureté de moeurs chez lui doit être attribuée à ce que son esprit est constamment amusé , et non à sa constitution naturelle.
« Je prolongeai mon séjour à l’Escurial, surtout pour être présent à la hatida ou chasse royale, dont il y a quatre chaque année. Elle fut ordonnée pour le 28 de novembre, avant le départ de la cour.
« Le jour marqué , M. Liston eut la bonté de me placer avec l’ambassadeur de Naples*^ qui, comme représentant un membre de la famille, dpnna à cette occasion un somptueux repas ; et j’allai dans sa voiture au lieu de l’action. C’était une plaine étendue, ef commandée par un terrain en pente : k la distance d’environ un demi* mille de cette éminence, s’élevait un petit bois, dans lequel le roi, avec ses trois fils, suivis de leurs domestiques; se cachèrent. Plusieurs jours auparavant , deux mille hommes avaient été distribués en compagnies sur toute la surface du pays, pour chasser le gibier et le diriger vers le centre commun, en faisant des patrouilles nuit et jour, et en s’approchant constamment, mais
lentement, les uns des autres.
« Bientôt après avoir pris noli*e' poste sur une éminence, iipus commençâmes à voir les cerfs
à une grande dislance, arriver de tous les eûtes ^ en bondissant et s’avancer vers l’endroit fatal. A mesure qu’ils approchèrent nous entendions , d abord faiblement, ensuite plus distinctement, le bruit des fusils, et nous vîmes le trouble du gibier qui courait rapidement dans toutes les directions, mais qui en changeait à chaque instant, comme ne sachant où se diriger pour se mettre en sûreté. Quand on commença à apercevoir les compagnies de batteurs, elles parurent être séparées par des intervalles et resserrer le gibier uniquement par leurs cris et le brui t de leurs armes; mais4 mesure qu’elles avançaient sur la plaine, elles formaient une espèce de mur; et quand elles furent plus près, elles le renforcèrent en doublant leurs rangs, et obligèrent ainsi le gibier âe passer en troupeaux nombreux devant les chasseurs royaux. Alors commença le carnage; et pendant plus d’un quart d’heure le feu fut continuel. Quelques uns des cerfs, soit qu’ils eussent plus de discernement que les autres, ou une meilleure mémoire, soit qu’ils fussent excités par une crainte plus vive , ou peut-être par un courage plus exalté, refusèrent absolument d’avancer quand ils approchèrent de l’embuscade; et faisant un prompt détour, malgré les cris, les mouvemens et le feu des gardes, ils sautèrent par dessus leurs rangs redoublés , et s’échappèrent dans les bois. -
' CHAPITHE I®*' ADDITIONNEE,
« Quand le feu eut cessé, les voilures s’avancèrent toutes vers le bois, et la compagnie en descendit pour présenter ses devoirs et voir le gibier. Nous en trouvâmes une partie étendue sur deux lignes sur le champ de bataille, et le roi avec ses fils occupés à le regarder. Les gardeschasse revinrent chargés des cerfs qui, blessés mortellement, s’étaient échappés à une distance considérable; et à mesure qu’ils arrivèrent, ils déposaient leur dépouille aux pieds de leurs souverains. La curiosité me fit compter le nombre de ces animaux tués, qui se trouva être de cent quarante-cinq, avec un sanglier. Dans ce moment j’entendis un murmure, et vis tout le.
monde en mouvement. Dirigeant mes pas vers le lieu où on se pressait, je vis à quelque distance des personnes qui s’avançaient avec un sanglier, le cou et les pieds attachés ensemble, et qu’on portait suspendu à un fort bâton.^ Quand elles se furent approchées, le monarque et ses fils, s’armant de nouveau, se placèrent sur une ligne, et quand ils furent à une distance convenable, on déposa le fardeau ; on coupa les cordes les unes après les autres, et le pauvre animal estropié chercha à se mouvoir; mais une décharge bien dirigée le délivra de tous ses tourmeus.
« La dépense du divertissement de cette journée fut estimée à trois cent mille réaux, ou trois mille livres sterling. •
î4^ ' CHARLES III/ •' '
. « Dans lu soirée tout le gibier fut, selon l’usage^ déposé dans l’appartement où le roi soupe , et où les ambassadeurs de famille le suivirent pour lui' faire leur compliment. On entend par ambassadeurs de famille, ceux de Naples, de Portugal et de F rance , <jui , ayant un plus libre accès , et devant avoir des attentions plus particulières, trouvent qu’il est de leur devoir d’exprimer leur intérêt sur tous les objets qui procurent quelque plaisir au roi , et non seulement de le féliciter dans les grandes occasions, mais encore chaque soir, tandis qu’il soupe, de lui demander ce qu’il a tué, et d’en informer ensuite leurs amis. »