‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 78 sur 113 · CHAPITRE IX- ADDITIOMMEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX- ADDITIOMMEL

l’avis de l’immortel Cervantes, qui avait dit, dans Don Quichotte, que « les étrangers observent les lois de la comédie avec beaucoup d’exactitude, et qu’ils nous regardent comme des barbares et des ignorans par suite des bizarreries et des absurdités auxquelles nous nous laissons entraîner, » il prit le parti désespéré, pour aOaiblir une aussi grande autorité, de reprocher à Cervantes d’étre jaloux de Lope de Véga, et d’attribuer à cette cause la critique sévère qu’il fit de ses comédies. Cette profanation souleva tous les esprits 'contre La Huerta : c’était , à la vérité , un singulier patriotisme que celui qui s’attachait à déconsidérer le plus illustre des Espagnols , le premier de tous, le maître par excellence en fait de style , d’invention et de goût. Les préventions de La Huerta contre la littérature étrangère étaient d’ailleurs d’autant plus injustes qu’il n’a- . vait dû ses succès , comme poète dramatique , qu’à l’imitation des chefs-d’œuvre dé l’école française. Sa ^acÆe/, qui, pnalgré quelques défauts înhérens au sujet, mérite d’être regardée comme la première parmi les tragédies espagnoles , est calquée d’après les règles des unités : elle est entièrement conforme aux préceptes de la Poétique moderne. Lorsqu’il la composa, il ne s’était pas encore constitué, par un excès de patriotisme, ou plutôt d’amour-propre, le défenseur de l’opinion paradoxale qui souleva contre lui tous les poètes

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de son temps. 11 est bien à regretter qu’au lieu de se rendre le champion d’une beauté souvent défigurée par des ornemens grossiers ou bizarres , il n’ait pas consacré son beau talent au culte des véritables muses : car c’est à tort qu’on l’a surnommé le moderne Gongora. Sa Racket, nous le répétons , restera toujours comme un monument de son génie.

Parmi les étrangers7un critique estimable (i) a paru croire aussi que la littérature castillane n’a pu que perdre dans ses rapports avec le Parnasse français. Ce qu’il dit pour justifier cette -assertion est au moins étrange. La littérature , française a paralysé, dit-il, l’enthousiasme poétique des Espagnols. L’esprit de la philosophie tout expérimentale des encyclopédistes français, ce sontsês propres expressions , et qui cherchait dans un amas de faits la dernière raison de la . faculté de connaître et les principes -de toutes les sciences, s’introduisit dans la littérature espagnole. Ce n’était pa$ sans, doute, ajoutet-il , sous de tels auspices que la poésie pouvait renaître dans son ancien éclat. Ce n’estpoint, disons-nous à notre tour, la philosophie tout expérimentale des encyclopédiste? français qui a fait la réforme de la littérature castillane, et lui a rendu sa beauté primitive. Cette philq-

(*) Bocterwbk , dans son Histoire de lit Littérature es/Mi- Çnole, -vol. II, p. t^’j. • ,

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