‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 79 sur 113 · CHAPITRE IX ADDITIOKNÉL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX ADDITIOKNÉL

Sophie expérimentale , par laquelle on^ parait vouloir désigner le matérialisme, 'date d’une époque postérieure. Feyjoô, Luzan^ et plusieurs autres espagnols, avaient déjà, avant l’existence de cette secte; signalé la nécessité d’abandonner les aberrations et les bizarreries du gongorisme. Que l’on veuille bien lire d’ailleurs avec attention les écrits de Cadalso, Ayala, Melendez,'Moratin, Iriarte, Jovellanos, et qu’on dise s’il s’y trouve là moindre trace de la philosophie expérimentale dont il s’agit. Si leurs écrits, ne sé font point remarquer par des conceptions hardies, trop souvent voisines des extravagances et des bizarreries, . si l’on' n’y voit pas des efforts extraordinaires pour atteindre à un genre idéal tout-à-fait en dehors de la nature , c’est-à-dire oppose à ses lois, on y trouvéra en revanche des observations ingénieuses, des pensées, profondes, desÇentimens vrais, exprimés dans un langage naturel et correct, et dans un style convenable^ Une preuve que la littérature castillane n’a point dérogé par ses rapports avec l’écolefrançaise, c’est que les Espagnols modernes qui ont sans contredit le plus profité de ses conseils et de ses modèles, peuvent soutenir" avec avantage le parallèle avec les poètes et les prosateurs castillans anciens les plus distingués. Nul d’entre eux n’a jamais traité avec autant de profondeur et dans un style ayssi facile, aussi riche et aussi agréable, les hautes questions de

morale, de législation et de littérature que Jovellanos. Je ne pense pas que Villegas ait écrit avec un goût aussi exquis et aussi soutenp que Melendez. Enfin, tout homme éclairé préférera les co- , inédies dé Moratin à celles de I^ope de Véga , • défauts et avantages compensés de part et d’autre. Que si l’on veut nous vanter l’originalité, le, feu , l’invention de quelques poètes espagnols anciens, il .nous sera sans dojite permis de répondre, tout en rendant hommage à leur génie, qu’il y a dans le monde intellectuel comme dans le monde physique des lois immuables, des principes consacrés qu’ôn ne doit jamais franchir, et que malheureusement la plupart des anciens poètes espagnols, comme ceux. des antres pays de l’Europe, les ont trop souvent méconnus.

Parmi les poètes espagnols du règne de Charles III , nous citerons d’abord le colonel Cadalso,

' > aiUeur d’une tragédie intitulée Don Sancho de CastiUa, qui n’est pas exempte de défauts essentiels. Il est plus connu par ses Eruditos.a la Fioleta, ou Cours complet de toiltes les sciences, divLsé en sept leçons pour les sept jours de la semaine, satire dans laquelle il fronde, avec un badinage ingénieux et léger, la manie de ceux qui prétendent passer pour savans à la faveur d un certain nombre de mots employés avec adresse. On a aussi de lui les Loisirs de mon jeune temps (Ocios de mi juveutud)^ collection de poé-

Dig ■ by Goôojc,

Page 1