‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 80 sur 113 · CHAPITRE IX ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX ADDITIONNEL

' sies légères, telles qu’anacréontiques, chansons, sonnets, et une églogue intitulée Les Rigueurs de Philis. Ses Lettres mauresques ( Carias marz ruecas) sont une imitation des Lettres j>ersanes de Montesquieu ; mais quoiqu’elles soient remplies d’observations fines et délicates sur les mœurs , Cadalso ne pouvait qu’éprouver une certaine contrainte en traitant un pareil' sujet dans le pays de l’inquisition. Le caractère des compositions de Cadalso, en prose et en vers, offre constamment-une teinte de douce philanthropie, et annonce un penchant généreux vers les idées qui ■ÿieuvent contribuer au bonheur des humains. Cet auteur fut tué devant Gibraltar en 1 782.

Mais le meilleur de tous les ouvrages de Cadalso, celui auquel l’Espagne doit le premier de ses poètes anacréontiques , ce fut 4 ’éducatiori littéraire de Melendez. Il lui apprit à connaître les beautés et les vices des anciens livres espagnols, ainsi que la littérature deé nations éclairées de l’Europe. Ce fut dans la société de Cadalso, toujours passionné pour les hommes de mérite, que Melendez puisa ce beau caractère, supérieur aux atteintes de la jalousie, lequel’ s’annonce dans toutes ses compositions. A la mort de son maître et de son ami, Melendez' composa cette belle élégie qui, tant que durera la belle poésie espagnole, restera un monument consacré par l’amitié «t la reconnaissance , et en

même temps un modèle parfait de la plus sublime poe'sie.

, Melendez est le restaurateur de la poésie castillane : lorsqu’il apparut sur l’horizon littéraire , dit le biographe, auteur de lanoiice placée en tête de l’édition de ses ouvrages publiée à Madrid en 1720, la poésie, à peine échappée à la dégradation et à la corruption qui la déshonoraient depuis trop long-temps, se trouvait déjà menacée d’un danger plus’ imminent. Garcia de La Huerta, qui semblait avoir hérité de l’espi’it de Congo ra (') avec son talent et sa ténacité, ses caprices et son orgueil, soutenait ëncore, à cette époque, les /restes du mauvais goût du dix-septième siècle. Jriarte, au contraire, sans avoir autant d’imagination que Huerta , avait bien plus de goût et de savoir, donnait la vogue à une certaine espèce de poésie, qui, malgré sa’ correction , son aménité et le choix des pensées, manquait néanmoins de feu et d’hai-monie dans le stj'le. Moratin ( le père )■ (car son fils, le poète- dramatique, ne marquait point encore à cette époque’), Cadalso et quelques autres, luttaient contre ces aberrations, et donnàient parfois des modèles d’une poésie plus pure et plus animée. Mais ce ne fut que dans les écrits de Melendez que la poésie castillane pârut ornée de ses grâces natives, et riche des

(') Nous venons de dire que cé jugement sur La Huerta noua -parait Jrop sévère.- • • . >

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