‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 81 sur 113 · CHAPITRE IX ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX ADDITIONNEL

trésors de l’imagination et du génie. Dans ses vers admirables, l’élégance n’excluait pas la simplicité; la chaleur ne nuisait pas à la précision; le fini'du style s’alliait avec la facilité; la noblesse des pensées avec l’agrément et l’intérêt. Hiierta avait composé des romances, Trigueros etCaàz\s.o àe& ojiacréonliques ; les compositions de ces deux premiers poètes Sont tombées dans l’oubli. Les vers de Cadalso sont restés; mais à quelle distance prodigieuse ne se trouvent-ils pas de ceux de Melendez, sousle rapport du mérite transcendant qui' les distingue. Anaw’éon lui-même se ferait honneur d’avoir composé la belle ode au Kent : Tibulle avouerait les romances de B.o~ frt/ic-ct le,5o/r ; Melendez était né pour ce genre de poésie lyrique. Accablé. sous le poids du malheur,. déjà près de descendre au tombeau, son esprit paraissait encore se plaire à manier la lyre; pendant sa longue agonie, il en tire encore des sons enchanteurs dâns la rçmance du Naufrage, dans le Colorin dé Phi fis et dans l’anacréontiqué à j4mpJu'isé. ir n’est pas moins adrnirable' dans la poésie descriptive , dans l’élégie pathétique f et tdans l’ode sublime, genre dans lequél il a déployé une richesse et une magnificence qui étonne. .

Melendez a été le fondateur d’une école qui a produit des poètes célèbres, (f) ...

([.) Mi Mauri a inséré, dans ion Espagne poétique , \.ro\s compositions de Melendez, savoir ; Rosane aux Peùs: de

aa6‘ . CHARLES iii.v , . •

Iriarte (don Tonnas), dont l’éducation littéraire fut dirigéè par son savant oncle,* don- Juan d’Iriarte(‘), est un 'des poètes les, plus renfiàrquables par la pureté de son goût et la correction. 'de . son style; On lui conteste assez généralement, et peut-être sans raison, la verve et le génie ; car nous ne voyons pas chez les autres poètes espagnols, ses cpntemporains , plus d’invention ni d’originalité que dans ses productions. A l’égard même de roriginalité et de l’invention , ses fables littéraires lui' donnent des .droits qu’aucun d’entre eux ne.peqt revendiquer. Non. seulement l’idée d’^appliquer la' morale de l’apolc^ue à des sujets littéraires est entièrement neuves non seulement les fables dont- il se sert pour fronder les vices ou Jes travers des auteurs sont entièrement originales , mais le choix des Àijets, la grâce', le naturel, le charmant 3tylç de ses fables

j oie,. V Ode à don Qaspar^de Jovellanos pour les- Têtes de Noël , VOde aux Étoile^: Le traducteur a eu Jbien des difficultés à vaincre pour conserver en- vers français, à ces belles poésies castillanes , là teinte gracieuse' on sublime qui les caractérise. Mais telle est la connaissance .approfondie que l’autéur possède du lOécanisnle et des beautés des deux lan-« gués , qu’il a sU mettrc-Je lecteur français à ménw de bien apprécier, le' mérite du poète espagnol. Une notice curieuse pt pleine d'esprit sur Melendez précède les trois ouvrages in-

. diqués. Nous ne pouvons qu’engager le Iccte'ûr à la co'nsulter.

(*) Fojrëz le Chçipitre additionnel ' m. règne- de Ferdinand VI , torte.lV. ■ '• y

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' CHAPITRE iftomOTÎNEL. j

sont yi'aimentkadmirables. On luî doit aussi le Poème. sur la Musique, ouvrage didactique, et dont la lecture ne peut, par conséquent, intéresser qu’un certain nombre de connaisseurs, mais qui a obtenu un grand succès. On en a fait plusieurs éditions. M. Mauri , dont les opinions sur la littérature espagnole portent toujours 1& cachet de la sagesse, a rendu à Iriarte la justice qu’il nous parait mériter,' par ses écrits, u Si la' poésie d Iriarte, dit-U('), nel’élevait, commeon l'a prétendu, qu’au-des^us du médiocre, il faudrait dire pour elle aurea'mediocr/tas. Tant de finesse, un goût si arrêté et si délicat, une railletie piquante sans blesser, une netteté de diction , une

élégance, une convenance toujours parfaites, rendent Iriarte éminent dans le genre qui hu fut propre..Garcilaso et Rioja n’ont pas élevé leur réputation sur de bien gros volumes. 11 n’est pas juste ' de ravaler Iriarte, parce' qu'en écrivain labo^ ' rieux,’il a cultivé" plusieurs branches. » Comme .. poète dramatique, Iriarte réclame'.encore la -, gloire d’avoir donné à la scène espagnole la pre- ’ mière comédie dans ! ordre chronologique de la re.stau ration théâtrale ^ son titre est : J^l Sehoritb mimadoj le Jeune Homme enfq.nt gâté: elle parut à Madrid an 1788. On y trouve un plan, bien conçu , de's caractères habilement tracés, des intentions comiques, une versification facile et un. •

(’) Espagne poétique , tome II, page j6;.* - | . •

aa8 , 'CHAPES in.

‘style agréable. Cæs blutes racliètont bien un peu de froideur ,qui se fait sentir dans le sujet qu’il a adopté. ' ' < \ '

' La réforme dü théâtre espagnol est le titre de gloire de Moratln fils, que nous plaçons' parmi ■les poètes durrègne de Charles III, quoiqup la plus grande partie de ses comédies aient paru dans les premières années du règne de Charles IV, parce, que son nom figurait ;déjà avec honneur dans les prïx accordés par l’Académie espagnole, eù. 1780 , et parce que sa première comédie, £1 £iejo y la Ninà , le Vieillard et la J eune Fille , fut terminée eu 1788 (‘). I^e théâtre , espagnol avait été pendant long-temps soumis à l’empire des mauvais poètes. Les princes de la’dyn'astie des Bourbon^ qui s'étaient tous plus ou. moins occiip^ dè la réforme des abusde l’administtation,

■ et'qui voufaient sincèrement rendre à la natiôii espagnole son ancien édat, avaient négligé tou t— à-£ait la réforme de la scène. Philippe V était très .pieux , et il aimait 'd’ailleurs la vie retirée. Ferdinand /VI avait, une préddection marquée pour les arts de^ l’Italie. Charles Ill^ui-mémé, qui donnait -des eUcouragemens continuels aux arts, qul-àvait bâti Caserte, tiré .Herculanum

. ■ (* ) Dans un article assez étendu sur Moratlft , ins'éré dâns '■la >Ret>ue encyclopédique du mois de février 1857 , trous avons tracé Tnistoire de la réforme du théAtre espagnol , et examiné le mérite des productions draiûatitpies castillanes les plus rèmârcjuables du dix-hnltiènie siècle.

GIJAPITRE.IX ADDITIONÎ^L. , .

de ses ruiues, embelli de plusieurs monumens la capitale de l’Espagne, avait pour le théâtre,, sinon de l’aversion', du -moins la plus profonde indiflërence. Ce né fut que vers les dernières an-, nées .de son règne que le comté d’Aranda et le marquis de Grimaldi prirent quelques arrêtés > favorables au théâtre.

Mais telle avait été l’heureuse direction donnée aux esprits des Espagnols par quelques hommes éclairés, qu’une révolution, complète s’ opéradans les arts scéniques avant la fin du, dernier siècle! Depuis la publication de V ydrtpoélique de Luzan, en lySy, Montiano y Luyando avait fait' paraître ses tragédies de P^irginie e\. à! jdtaulphe ; don Nicolas Fernarideaj de Moratin (le père), Lucrèce, Ilormeiinde , et Guzman el bueno ; Cadalso, don Sanclio Garda ; Ayala, sa Numance détruite i Hnerta , Rnchei ci Agamenmpn ; Villaroel, marquis del Palacio, y 4 nne Bolejn et don Sancho de Castilla. Quant à. ce qui concerne la comédie , des ouvrages estimables avâietit paru sur la scène, dans lesquels on «cherchait à ramener les esprits des spectateurs vers des sujets qui ofl’raient une utilité morale , et à les éloigner des ridicules imbroglio, des farceè ignobles qui blessaient toujours la raison, et dont quelques unes dépravaient les mœurs. Jovellanos avait faif paraître,- en 1770,- son Honnête Criminel, comédie entièrement originale, maigre'

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l’identité du titre avec une production de la . scene française. Elle offrit pour la première fois aux Espagnols le consolant spectacle de la philosophie introduite dans le théâtre, d’où elle avait été si long-temps et si injustement bannie. On voulut bien tolérer dans cette composition, le genre bâtard appelé drame, et par les Espagnols Iragi-comedia, en faveur des senti’mérts d’honneur, de justice et de philanthropie', qui formaient le caractère d’un magistrat aussi vertuedx que don Justo, Iriarte avait fait de même jouer avec succès son Jeune Homme ^enfant gâté. A la vérité , cés efforts n’avaient point suffi pour renverser entièrement les autels des faux dieux sur la scène espagnole; mdis, grâce aux ouvrages, indiqués, et à' un petit, nombre d’autres de cette nature, ainsi qu’aux progrès des'vrâies connaissances tout était préparé pour la réforme du théâtre, lorsque Moratin" parut. Nous n’analyserons point ici chacuné des cinq comédies qui ont fopdé la célébrité de ce. poète dramatique; il suf-, fira de dire que le Vieillard et la Jeune Fille, le Café,’\di Mogigata ou lé Tartufe femelle, le Oïd des jeunesflles, \e Baron, offrent des cadres réguliers,. des situations comiqués,’des caractères bien dessinés, un dialogue facile, et un langage

très correct. . * .

En montrant aux Espagnols la véritable route à suivre pour plaire sur la scène sans blesser le

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