CHAPITRE IX ADDITIONINKL. a
bizarreries et les travers de la vie civile dans la société , les 'conversations , l’enseignement , le théâtre*, etc. L’ouvrage était écrit avec, un talent remarquable ;• le langage' en était pur et correct, le style facile, à la portée de toutes les intelligences. Clavijo se proposa d’imiter lé Spectateur f 'du célèbre Addison, et on doit dire à sa lopange^que l’influence de son travail fut très salutaire , et qu’il répandit des idées juste^ sur la morale, «la législation et la littérature^ Charles III rendit un décret par lequel on accordait à Clat^jo le privilège exclusif de l’ouvrage, en lui donnant des éloges flatteurs; et en même temjS on' y 'dit que la nation ne pouvait que profiter l^eaucoup des lùniières qu*d ren-' fermait. Clavijo, dont les connaissances étaient transcendantes , fut nommé successiveniènt di7 rècteur des théâtres, directeur du cabinet d’histoire naturelle. Il traduisit en espagnol l’ouvrage ‘ de l'éloquent et savant naturaliste Buflbu.
J£l' Censor (\e Censeur) était rédigé par l^avocat Canuelo, et par d’autres littérateurs distingués qui'lui fo(iri«)Lssaient des articles d’un rai'e mérite, entre autres le jurisconsulte Pereyra. L’esprit du Censeur était'essentîellement réformateur; il faisait la guerre sans relâche à certaines superstitions. Celle tâche était difficile et dangereuse. Un procès fut intente à’ Çanuclo pai l’inquisition, et le journal cessa de paraître. Voici
CBARLhS lit.
les griefs dont on l’acciisait ; d’avoir cherdié a affaiblir, ou plutôt à détruire entièrement la confiance du vulgaire dans les indulgences’et autres grâces attachées au scapulaire de la vierge du Mont-Carmel, aux néuvaines et à d’autres actes de dévotion purement extérieurs; d’avoir tourné en ridicule les noms pompeux que les moines avaient coutume de donner aux saints de. leurs ordres, , comme à saint Augustin > celui AeJ' Âigle des docteurs ; àe Mielleux à' saint Bernard; A! Angélique à .saint Thomas; de Séraphin à saint Bonaventure ; de Chérubin à .saint François, etc, ; de s’être enfin permis-un jour d’offrir une récompense à celui qui présenterait le titre Ae . cardinal pour 'f^int Jérôme , et celui de docteur pour sainte Thérèse de Jésus. (')
V (') Pereyra fournit à cç recueil au-delà de soixante articles, plus intéressans les uns que les autres, siir des jtiaticres de religion ou de morale. Il devint, par la ^uite, conseiller à la cour royale d'àppel de Valladplid ; ^t , éii celte qualité , il exerça lès fonctions de corCégidor dèBilbao : plus tard, il fut nommé membre de la cour fC Alcalde s de casa y cortc de Madrlt}. Ce fut pendant qi*e Pereyra occupa cette place qu’il écrivit son célèbre rapport sur les majorais, (|.u> passe pour être' le travail le plus profond et le plus luminc^if parmi les divers ouvrages publiés à çelte époque. Pendant Je règne de Joseph , il fut membre de son conseil d’État. Il mourut à Wiadrid en i8ia.
Tant que floda vécut, il soticint le,C’e«jy>«r cbntre -les efforts de l’inquisitioh ; à sa mort., le comte de Florida-
CHàPITRB. IX ADDITIONITEL. â55
Dans un esprit à peu près semblable à celui du Censeur, e'iaient rédigés aussi le Courrier 'des jéveugles , et. le Correspondant. Leur but avoué ■ était de s’attacher à déconsidérer, par tous les moyens,- les abus introduits par la superstition.v Us eurent par conséquent le même sort que le Censeur; ils finirent par être défendus. C’était vers la fin du règne de Charles UI ; à cette époque, on commençait à s’alarmer de la direction que prenait l’esprit réformateur en France.' L’inquisition, épi.int adroitement le moment de frayeur du ministre, fit sonner -bien , haut les. dangers qui menaçaient la religion, dont elle se disait le ‘plus ferme appui.. Le gouvernèmént n’accorda plus sa protection franche et libéfalë , aux hommes de lettres, qu’il s’était fait un honneur de leur donner ju.squ’alors. «V • <
• • ■ Beaux- Jrts. ■. . "
Vers le milieu du siècle, le.délèbre Mengs res-' taura la pein|ure en Espagne* Une foule d’élèvés
BIanca,-{)Ius faible on plus sujet à des alarnit^ laissa traduire Canuelo devant le Saint-^Office, et défendre le jou^ nal. On - y insérait des pièces 'eA prose et en .vers des meilleurs auteurs. On y lit la Satire ^ de Joveilands, contre' 'les vices de la Noblesse i la Despedida del .éocici/io '( les Adieux- ^ 'Vieillard';-, paf ‘Melendez, çonipositiôo charmante , renfermant de belles pensées sûr la tolérance civile^ et autres écrits, tous plus ou’mbins'empreints d'un esprit philosophique, dans l’acception Véritable'de ce mot. '
Di-!
CHiLRLE.S TII. . ■.
suivirent ses conseils, et honorèrent leur maître ^ par des ouvrages distingués. Joseph de Vergara, d’Alcendia de Çarlet, dans le royaunie de Valence; Bayeux, natif de Saragosse; Maella, le disciple le plus chéri de Mengs; Goya, signalé parda légèreté et la grâce de son pinceau ; Ëstève et Acuna cûltivèrent les divers genres de peinture ' '
avec succès. ' '
Dans la sculpture , nous citerons Philippe de Castro; don Francisco GiUierrez, qui flt le mausolée deFerdinand VI; et la Cérès du Prado; Alvarez, à qui l’on doit un modèle parfait d’une statue équestre de Philippe V, un superbe bi^-relief à Tolède, et d’autres ouvrages qui font admirer le goût délicat de son ciseau ; Rioja; Contreras, de • qui sont les statues en bronze que l’on voit au palais du^'oi à Madrid; Capuz, qui a embelli d’un beau Christ l’église de. Saint-Jean de-l’Hôpilal de Valence; Martinez, à qui on confia Fexéeution du mausolée du duc de Montemar, dans la cha- . pelle de Saint-Joachin , de l’église de j>iotre-Dame du Pilar de Saragosse; F^er'^ara, auteur d’un grand nonii3re d’ouvrages de sculpture à Valence, et même de quelques uns qui sont conservés au Vatican.-v ^ ,,
. L’architecture compte aussi des monumens' qui font honneur au goût des Espagnols, Iæ beau pont construit sur le Jarama, 'entre Aranjuez cl Madrid ,' sous le ix'gnc de Charles III, fait par
Digilized by =
OHAPÏTBE I3t. ADDinONKEL. - *5^
Viêrna; la douane de Valence; l’église du Temple dé la même ville, construite sur les plans de Feraandez;’ la. bourse de Barcelonne, l’arc de triomphe qui forme la porte d’Alcala à Madrid, l’édifice po«r'la manufacture de tabac à Séville, sont autant de monumens des progrès modernes de l’architecture en Espagne. Don Ventura Rodriguez, Villanueva, d'Àmal , Sahatini, sont des maîtres dont-toute nation la plus avancée dans les arts pourrait s’honorer.
Quant à la gravure, nous nommerons Carmona, qui épousa la fille deMeqgs, laquelle, selon là remarque d’un voyageur français, a hérité en partie du pinceau -gracieux de son père*: Ferro, Montaner, Fabregat, Ballester, et surtout Selma; qui a enrichi de son burm la superbe édition de Don Quichotte, par Ibarra, ouvrage vraiment national, observe encore le -même voyageur ('), par lequel les Espagnols ont^voulu donner un, démenti à l’Europe qîii croyait chez eux les arts àü berceau. On doit regarder" encore comme des monunaens superbes de Fart typographique , le Salluste d’ibarra , et plusieurs ouvrages sortis de rimprthierie de Monfort, à, Valence, tels que Mariana, Solis, Garcilaso, \e poème de la Musi- (juc, par Iriarte ; le Pamaso espahol, par Sedano, et surtout le cheM’œuvre de Monfort, Vonvrage inédit'de Bayer, précepteur de l’infant don Ga^
• f ' ) M. de Laborde. ’ . ■ , . ’j ^ ^
■ Jr» ■
bS8 , -ckiHtçs ni. '
* briel, intitalé de Numjnis hæbfnwo samaritanis,
2 vol. in-fol. ' '
' . Conclusion de P ouvrage».'
En terminant le récit des principaux événe- ' mens de r Histoire d’Espagne pendant la durée peu près un siècle, il. nous* partit 'convenable de comparer ensemble le commencement et la fin de cette éfioque célèbre; l’observateur ' éclairé, qui aitne à refléchir, trouvera sans doute, dans ce rapprochement, matière à én tirer d’im* portantes inductions. ,
A peine pourrait-il exister une situation- plus malheureuse .pour un peuple , que celle où se ' trouvait l’Espagne sous le dernier roi de la dynastie autrichienne. La succession à la couronne tou t-à-£ait. incertaine ; lès nations de l’Europe entourant par leurs agens le lit de mort de Charles II , pour tâcher d’enlever son héritagè.; le peuple espagnol menacé de voir sa belle monarchie partagéét^^int d’armée, poi^t de marine ; les finances dans le plus grand d^abrement; un monarque sans énergie, né pouvant tenir dans >aes mains le gouvernail de l’Etat, et des sujets^dcmt envoyait à cbaque.itiomentle» ' ' ' liens de'robéissance ae relàch^ sous un gouver-, ' nement plein de faiblesse ; la superstition Iriom-