CHAPITRE IX ADDITIONHEl
prérogatives , et surtout fortement intéresse à resserrer de plus en plus son ancienne et inséparable alliance avec la couronne^ devant des ennemis aæe* forts , ou plutôt assez inconsidérés pour leur déclarer ouvertement la guerre ; un peuple fidèle et soumis , une armée dévouée ; voilà certes de précieux élémens que la sagesse du gouvernement pouvait employer avec avantage pour faire échouer les terribles efforts qu’on allait tenter contre lui.
Mais, quelques motifs de confiance qu’offrit l’état moral et politique de la nation espagnole , à l’époque dont nous parlons , l’attaque qu’on lui préparait était trop rude pour qu’elle pût être efficacement repoussée, même étant gouvernée par une administration éclairée et prévoyante. Qu’eusse donc été si des hommes faibles , maladroits ou corrompus , étaient parvenus à diriger les conseils du prince !
D’ailleurs, la stabilité«même que paraissaient offrir les croyances, ne pouvait inspirer une pleine sécurité dans la crise qui les menaçait. Il en est des principes politiques comme des dogmes religieux, rien ne mène plus directement à l’incrédulité, que l’ignorance et la superstition. Or, l’absence totale des discussions sur ces matières en Espagne , pendant les deux derniers siècles , avait rendu la soumission à l’autorité civile et ecclésiastique une affaire de siqiple habitude. Peu de
CHARLES Iir. '
personnes se trouvaient en e'tat d approfondir d aussi hautes questions de religion et de gouver- . nement , surtou^de les soutenir par dés considé-
rations puisées, soit dans l’histoiY-e, soit cfans les lois ou dans les véritables intérêts du peuple ; un très petit nombre d’hommes, (placés à la sommité sociale, on occupés des affaires de la haute administration, étaient les seuls qui fussent en état de les comprendre. Lorsque da révolution française écla^ta, des connaissances positives et générale- * ment répandues sur la Science du droit public, auraient été le meilleur, le seul préservatif peutctre , contre la funeste confusion des vérités et des erreurs , des principes sains et des paradoxes , •
proclamés avec une égale assurance par la phi- losophié du dix-huitieme siècle; mais la science du droit public , peu avancée partout à cette époqitè, l’était beaucoup moins encoreichez les Espagnols,* qui s’étaient laissé ravir toutes leurs libertés politiques, et ^Jui avaient entièrement abandonné aux ministres de la couronne le soin de les gouverner.
Aussi, des que des dogmes, tels que celui de la souveraineté du peuple, avec ses absurdes et funestes conséquences , retentirent du haut des Pyrénées , l’horreur momentanée qu’ils excitèrent , fit bientôt place à des doutes et à des incertitiides.'Faute d un attachement éclairé et réfléchi à des institutions monarchiques, une foule d’es-
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prils. superficiels devinrent e’pris dès nouvelles doctrines, . - : i. . i .
Le gouvernement adopta alors la marclie ‘ ^ inverse de celle (jue la prudence conseillait ”dc : lorsqu’il n’atirait falln qu’ëclairèr les esprits, ^1 sévit; au lieu de faire valoir les titres irrécusables de son autorité , il persécuta ceux qui voulaient les' examiner ; il soutint, en un mot , sa bonne cause par les mêmes moyens qu’aurait adoptés une autorité illégitime et usurpatrice, '
Notre intention , dans le développement des considérations que l’on vient de lire, a été de constater un fait important, savoir, que le peuple espagnol , en présence des saines doctrines et des paralogismes que proclama la révolution françai.se, avait un désavantage marqué, en dépit de se.s^ croyances , en raison du peu de soin qu’on avait donné à son instruction, dans les matières dont la discussion allait s’ouvrir au milieu de tant d’orages. Ces mêmes considérations serviront aussi à convaincre le gouvernement de la néce.ssité de répandre l’instruction par tous les moyens possibles; car ce n’est que par l’ignorance du peuple que l’erreur fait deg prosélytes. C’est sur elle seule qu’elle fonde sou empire ; tandis que l’instruction générale offre au' pouvoir la facilité de faire .sentir to"ute l’étendue de ses bienfaits, et de rendre évidens les droits incontestables
CHASLES III
qu’il a au respect et à l’obëissance des sujets. Bien ne garantit la stabilité des gouvememens , et la durée des États , comme les lumières et les connaissances généralement répandues sur les véritables intérêts de la société civile.