Blocus de Gibraltar
Cependant, le blocus de Gibraltar continuant toujours, et la garnison éprouvant chaque jour . de plus grandes souffrances, il .fallut empêcher l’arrivée des secours que l’Angleterre |>réparait, et qu’elle se proposait de faire escorter' 1 par des forces suffisantes pour attaquer T^adre du blocus. Dans ce but, Votre Majesté ordonna^ d’établir deux stations pour pouvoir combattre » l'escadre anglaise qui escortait les^ renforts , afîft que si elle était assez heureuse pour résister à la , première, elle se trouvât du moins exposée à rencontrer la seconde.
, La première. de ces deux stations était Brest, où le comte d’Aranda se rendit de Paris afin de hâter les préparatif de l’équiperaent., Il fut con- . venu que la France aurait au moins vingt vaisseaux , lesquels unis à vingt autres espagnols restés à Brest sous le commandement de don Miguel Gaston, composeraient une force de quarante vaisseaux de ligne ; ce nombre excédait d’un tiers celui que les Anglais pouvaient envoyer
a8o ADMINISTRATION
avec leurs renforts. De Brest, port situé à l’entrée du canal et près des côtes de l’Angleterre, il était facile de surveiller le départ de l’escadre anglaise , et de l’attaquer dans des mers si resserrées , où elle ne pouvait pas refuser le combat, ni empêcher les encadres combinées d’intercepter le convoi. Quand même il n’eùt dù résulter du combat que des pertes réciproques égales , Votre Majesté prévoyait les obstacles que les Anglais rencontreraient dans un aussi long voyage que celui de Gibraltar, au milieu de l’hiver, pour conduire heureusement Icl convoi des secours, et pour résister dans cet état à une seconde attaque qui les attendait de la part de la seconde station , fi l’entrée du détroit , entre les caps Spartel et Trafalgar. ,
Quant à cette seconde station, Votre Majesté ordonna que don Luis de Ckirdova rentrât à Cadix avec seize vaisseaux : dans la réalité il n’en . existait que quinze, le Saint-Joseph ayant été perdu en sortant de Brest. Ces quinze vaisseaux, réunis à onze autres, employés dans le blocus de Gibraltar , aux ordres de don Juan de I^angara , auraient formé le nombre de vingt-sept, en y ajoutant un vaisseau venant du Ferrol. On était fondé à espérer que ces vaisseaux auraient pu combattre avec avantage l’escadre de l’amiral ' Rod^y , qui n’en avait que vingt et un ou vingtdeux, surtout apivs une longue navigation, et à .
P J • ty Ciiogle
UE FLOKIDA-BLANCA. 28 1
la suite d’une bataille qu’on regardait comme inévitable pour elle, à l’entrée du canal. Malgré ces précautions , qui paraissaient garantir le succès, l’affaire échoua entièrement par la raison que les résolutions les mieux concertées doivent être manquées, lorsqu’elles ne sont point exécutées avec précision. Le seul avantage que nous puissions retirer maintenant du rappel de ces circonstances, est de savoir combien il importe de tenir la main à l’exécution de ce qui est ordonné après une mûre délibération. Mais continuons à examiner les causes de notre mauvaise réussite.
Don Luis de Coixlova laissa quatre de ses quinze vaisseaux dans les ports de la Galice pour les faire réparer, ne pouvant pas poursuivre leur route sans de grands inconvéniens. Il se dirigea vers le port de Cadix ;^vec les onze vaisseaux qui lui rcstafent; mais ayant appris qu’une tempête avait forcé l’escadre de Langara d’éhtrer dans la Méditerranée, il s’arrêta à l’entrée du détroit pour l’attendre. On avait donné l’ordre à Cordova d’entrer à Cadix, de se ravitailler avec promptitude, et de passer en même temps devant Gibraltar , afin d’y arrête^ les dispositions convenables , relativement à l’escadre du blocus ; il aurait prévenu par là le manque d’accord, et les inconvéniens qui en découlent tout naturellement. Mais Cordova ayant pris le parti , comme, je l’ai déjà dit , de rester à l’entrée du détroit pour réparer
l'absence do baiigara, le m“>‘® aucune
approuva sa conduite , au conrrter
eonnaissance, jusqu P • ,„résolutionala-
envojé pour commumquer celte res
mirai* station a Ventrée
Cordova ayant ^^mbre et décem-
du détroit , dans les mois
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ses avaries à Cartbagéne, sortit
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détroit , et les vaisseaux rejoindre , par
valent même pas ®” ^ ^gnaienfd’éprou-
soite des grandes ^ Cordova avait lais-
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tancen'eût^^^^^^^^
DK KLOHIDA-BLANCA.
retard de quinze jours seulement , au moment où il doublait le cap Finistère, il fut assailli d’une tempête qui le força de se réfugier avec ses vaisseaux démâtés dans les ports de la Galice.
Pendant que nous éprouvions ces contre-temps sur les mers d’Espagne , on réparait et on équipait à Brest, avec la plus grande activité, les vingt vaisseaux français qui devaient se réunir avec vingt autres vaisseaux espagnols; cependant la lenteur des commandans fut telle, et ils avaient si peu d’espoir d’être en état d’attaquer les Anglais, que notre ambassadeur à Paris demanda la permission pour l’amiral Gaston, et autres officiers, de reparaître à la cour; Votre Majesté la .refusa. Nous insistâmes de nouveau sur l’équipement des escadres combinées; nous demandâmes qu’elles fussent bientôt prêtes, afin d’attaquer les Anglais lorsqu’ils quitteraient leurs ports. Eu eflet, l’escadre anglaise mit à la voile avec le transport des secours pour Gibraltar, sous les ordres de l’amiral Rodney, à la fin de décembre 1*779; escadres combinées n’étaient pas en-
cor^ en état de se mettre en mer, loi-sque Langara était déjà battu et fait prisonnier, en janvier 1780. <
L’escadre espagnole, sous les ordres de Gaston , arr^a à Cadix après la défaite de Langara , avec quatre vaisseaux français réparés à Brest; mais ils éprouvèrent de si horribles tempêtes , et se
28/| ADMINISTRATION'
trouvèrent tellement maltraités, aussi-bien que l’escadre de Cordova qui les avait rejoints, que les amiraux n’osèrent point attaquer Rodney , quoiqu’il fût encore à Gibraltar après y avoir introduit des secours et réparé ses avaries, et quoique notre escadre fût plus nombreuse d’un tiers que celle des Anglais.
Il n’entre point dans mes intentions d’accuser personne en racontant ces faits ; je veux seulement me défendre contre les critiques lancées contre moi, en me regardant comme l’auteur de ce malheur. Je me suis borné à récapituler les premiers et les principaux arrangemens dans lesquels mes avis ont pu exercer quelque influence, aussi-bien que ceux qu’on n’a pas pu exécuter,, soit sans mon intervention, soit par hasard. Par la même raison , j’ai supprimé plusieurs circonstances qui n’ont point de rapport avec le but de ce mémoire , dans lequel je me propose de présenter, sous un même point de vue, les actes de mon administration ministérielle devant les yeux de Votre Majesté, qui a été témoin de tout ce qui s’est passé, a4în qu’elle puisse les attestqjp ou les corriger, et afin que les causes de nos malheurs, ou de notre réussite dans les entreprises passées, soient connues et puissent servir de leçon pour l’avenir. ^
Après la défaite de Langara , nous crûmes convenable d'envoyer des forces considérables , tant
terrèslres que maritimes, dans nos iles, et particulièrement à la Havane et à Porto -Rico, où nous craignions quelque attaque , sachant que Rodney devait se diriger dans les mers de l’Inde occidentale. L’expédition fut en effet formée sous les ordres du marquis del Socorro don Joseph Solano; elle consistait en douze vaisseaux de ligue et douze mille hommes, qui devaient rejoindre les forces françaises à la Martinique. Cela fut fait avec la plus grande sagacité ; et Je dois rendre justice an zèle du comte de Rida et du marquis de Castejon (‘) , qui , avec une célérité singulière, complétèrent l’expédition, sans négliger pourtant des objets d’administration intérieure. Si nous n’entreprîmes point les opérations offensives qui étaient projetées contre les étahlissemens coloniaux de l’ennemi, du moins nous réussîmes à protéger les nùtres en les mettant à couvert de toute invasion.
Avec ce qui restait de vaisseaux à Cadix , et les forces françaises qui s’y trouvaient encore, qui furent immédhitement augmentées; après avoir au printemps complété leur équipement, on songea à tenter quelque entreprise nouvelle et utile. Les Français proposèrent de retourner à Brest, de bloquer l’ennemi dans le canal , et de molestersa marine et son commerce. Cependant Votre Majesté, avertie par leur inaction et par les mal-
(') Ministres de l.-i guerre et d« la marine.
AtîMINISTRATION
heurs de la saison préctklente , loin d’y consentir, donna l’ordre à Cordova de ne pas quitter nos côtes, quelles que fussent ou la perspective de succès, ou les instances des commandans français. Aussi l’escadre sortit de Cadix et y rentra en juin , après une croisière de quelques jours. Je fis sentir alors au ministre de la marine les suites fâcheuses de cette inaction, le discrédit qu’elle jeterait sur nous, elles avantages que nous pourrions perdre en laissant nos forces dans le port de Cadix. L’escadre eut donc l’ordre de se mettre en mer de nouveau; mais il ne fut permis à l’amiral de croiser qu’entre les caps de Saint- Vincent et de Sainte-Marie. Mon zèle dans cette occasion m’attira bien du désagrément, que je passe sous silence pour ne pas faire de la peine à Votre Majesté.
Le ciel se plut à favoriser mes bonnes intentions , car le ministre de la marine s’étant trouvé indisposé , ce fut moi qui dirigeai les affaires les plus urgentes de ce département. Un jour ,il’avis me parvint d’Angleterre que deux convois étaient sur le point de quitter ses ports; un pour la Jamaïque avec des troupes , des habillemens et des munitions, pour faire quelque tentative contre nos lies , et un autre composé de bàtimens marchands ayant de riches cargaisons pour l’Inde orientale. D’après cette nouvelle, les convois devaient naviguer ensemble jusqu’aux Açores, sans
autre escorte qu’un seul vaisseau et deux frégates. A cette hauteur, ils devaient se séparer en prenant chacun sa route. Les Anglais connaissaient notre résolution de ne point abandonner nos côtes; car ils savaient tout ce qui était ordonné et tout ce qui se passait à Cadix. Ayant reçu cet avis un peu avant midi, je me rendis, sans perdre un seu^instant, dans l’appartement de Votre Majestéj et lui repré.sentai qu’on pourrait tenter un coup par nos escadres , si au lieu de croiser entre les caps elles se portaient vers les Açores, pour y attendre les convois anglais. Malgré la répugnance de Votre Majesté à permettre leur départ de nos côtes , elle se rendit à ma proposition en voyant les suites importantes qu’elle pouvait avoir. Elle m’ordonna donc de charger Cordova del’expédition , en y joignant quelques précautions pour prévenir l’abus qu’on pourrait faire de cette permission.
Deux courriers partirent en même temps, l’un pour Lisbonne, l’autre pour Cadix', afin que de » ces deux ports des bàtimens fins voilieçs pussent rejoindre Cordova, ou quelqu’un de ses vaisseaux, et lui faire parvenir ses instructions. Le bâtiment expédié de Cadix ayant atteint l’escadre, Cordova fit voile pour les Açores, y attendit et prit les degx convois avec uj» tel bonheur, que de cinquante-cinq transports dont ils se composaient, pas un seul n’échappa, et que les trois vaisseaux
288 ADMINISTnATION
de guerre ne durent leur salut qu’à leur distance et à leur vitesse. Cet événement, aussi heureux qu’honorable , fut regardé comme une espèce de miraclej puisque, quelle que soit dans le monde l’œuvre de la Providence, elle voulut néanmoins que les circonstances suivantes contribuassent à l’exécution de ses vues ; savoir , que ce fut moi qui reçus l’avis , qui mis une grande dil^ence à en profiter , et qui possédai tous les moyens pour réussir, puisque j’avais le porte-feuille de la maiûne par intérim. Le moindre résultat de cet exploit fut la prise de tant de vaisseaux , dont la valeur fut estimée plus de cent quarante millions de réaux. Voti’e Majesté s’empara en même temps de trois mille hommes , des habillemens destinés aux troupes de l’ennemi dans ses îles, ainsi que des armes et munitions qu’ils y > conduisaient , faisant manquer ainsi les projets de conquêtes qu’ils méditaient contre nos possessions pour la campagne prochaine. Si nos forces, tant maritimes que terrestres, stationnées au Cap- Français, eussent pu ou voulu profiter de cet Ar avantage, et exécuter les plans du comte de Galvez , quoiqu’ils paraissent extravagans à quelques personnes, du moins la Jamaïque serait tombée entre nos mains. D’autres auraient demandé quelque récompense pour ce service.
Votre Majesté sait que ni pour celui-ci , ni pour aucun autre, je n’ai rien demandé ni directe-
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DK flohidI-blanca. • ■ 28g
ment ni indirectement pour moi. Je dois à Dieu de m’avoir pre'servéde toute ambition; et au moment où je trace ces lignes , très peu de personnes savent la part que j’ai ‘eue à ce succès , un des plus importaus de la dernière guerre.
Je passerai sous silence les circonstances du second secours que les Anglais re'ussirent à in-‘ troduire dans Gibraltar, lorsque nos forces maritimes à Cadix furent séparées de .celles des Français. Je pourrais parler du bon ou du mauvais usage des bombardemens, ainsi que des préparatifs faits pour incendier l’escadre anglaise dans le port; mais ce n’e.st pas mon intention. Je le répète , comme il n’est pas dans mon caractère de blâmer qui que ce soit, je me borne seulement à ce qui me regarde personnellement.
Le ministre de la guerre, comte de Rida, ayant laissé vacant ce ministère, Votre Majesté, en me transférant ses ordres pour remettre ce porte-feuille au comte de Gansa, eut la bonté de me dire que je pourrais connaître avec lui des matières les plus importantes de ce département.; J’exposai à Votre Majesté la difficulté de cet accord; mais enfin, avec l’acquiescement du conrte de Gausa , j’obéis , et j’y travaillai de tous mes moyens avec autant de bonne intelligence que de succès, ainsi que, je vais le détailler tout h l’heure.
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ADMINISTRATION
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-, - 8. Prise de Mi/iorque.
Il fallait arrêter le plan de campagne pour ' 1 780. Votre Majesté étant décidée à ne point com-
promettre ni détruire ses forces maritimes sur les côtes de France et d’Angleterre , je proposai de prendre Minorque, dont le port servait d asile à plus de quatre-vingts corsaires qui infestaient la Méditerranée, et qui était le seul refuge que ■ les Anglais avaient pour abriter leurs escadres , et maintenir leur puissance dans cette mer.
Ma proposition ayant été approuvée par Votre Majesté, j’exposai- la nécessité du secret 4 et de s’assurer auparavant des habitans de l’ile, afin que nos troupes, en débarquant, ne trouvassent plus d’ennemis que la petite garnison du fort Saint-Philippe et autres postes. 11 était difficile de ' garder le secret, parce qu’il fallait communiquer le projet à un allié, et prendre une foulé d’autres précautions ; mais on donna pour prétex'te le blocus et le siège de Gibraltar. Ce fut dans cé but que les préparatifs pour l’expédition furent faits • -à Cadix. Personne ne pouvait s’imaginer qu’une expédition préparée dans çe port.pùt avoir une autre destination que Gibraltar ou les Indes.
' ijSi distance de Minorque, la nécessité de pas.%r • cé détroit, non moins que la plus grande facilile'^ . / et le voisinage de Carthagène, d’Alicantecct Bar-
■ celonne,d’onilparaissaitnaturelq^ie l’expédition
DE ELORIDA-BLAîïCA.
partît; et aussi-bien la persuasion générale où l’on était que Port-Mahon et sa citadelle étaient inexpugnables; tous ces motifs réunis donnèrent le change à notre nation et aux étrangers, en appelant leur attentiotî vers d’autres^ objets. Pendant que l’on était occupé à deviner l’objet des préparatifs, je cherchai, par ordre de Votre Majesté, à gagner les naturels, et j’eus les preuves les plus évidentes de leur fidélité, de leur attachement et obéissance. Cette démarche ayant réussi , ce qui ,fut dû principalement au crédit, à l’activité et à la prudence du marquis de Sollerich , Votre Majesté se trouva en état de tenter de surprendre Minorque avec huit mille hommes, que le peuple accueillit avec une allégresse et une faveur extraordinaires.
Si le vent eût permis, au moment du débarquement, à une des divisions de se trouver réunie à l’instant convenu , conformément aii plan d’opération arrêté par le géîiéràl duc de Grillon, nous aurions enlevé, sinon toute la garnison , du moins la partie la plus considérable; “et un seul jour eût décidé de la destinée de Minorque, à la plus grande gloire de Votre Majesté ët de ses armes.
Ija France se montra d’abdrd offensée du seéret que nous avions gardé; mais nous parvînmes à 1 apAser, en lui rappelant que nous lui avions parlé d’une expédition dans la Méditerranée, qiii*
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ADMINISTRATION
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dépendait d’accidens imprévus. Votre Majesté sait très bien, en effet, que nous n’avions aucune méfiance de nôtre allié, et que toute notre réserve venait de ce que le secret serait compromis, devant être communiqué dans ce cas à plusieurs personnes. .A la fin, la France non seulement se tranquillisa par nos représentations à son ambassadeur, mais elle nous envoya deux mille hommes à Minorque, qui servirent du moins pour garnir quelques postes que nos faibles forces ne pouvaient défendre. Néanmoins, malgré le petit nombre de nos troupes régulières , nous augmentâmes l’armée de Minorque jusqu’à treize mille hommes, au moyen de quoi nous nous rendîmes maîtres de la citadelle de Saint-Philippe, et restâmes en possession tranquille de l’île tout entière. Votre Majesté put voir alors que nous avions ^s moyens de maintenir une armée à la Havane et au Cap Français, une seconde à Minorque, et une troisiènfé à Gibraltar; d’armer une partie tronsidérable de nos escadres avec des régimens d’infanterié de ligne; de faire la conquête de Pensacola et de Mobile dans la Floride; de nous défendre contre les Anglais, de les chasser de la côte de Hondut’as , du lac de Nicaragifa et de Rio San-Juan • enfin d’attaquer et d’écraser les rebellés . du Pérou et de Rio de la Plata. Notre armée suf- ’ lisait pour tout cela, sans avoir besoin de I^er un seul homme, ni de recourir à d’autres expédiens
«fer
que de démonter quelque cavalerie , en faisant de nouveaux réglemens relatifs à la paie et au service des compagnies de grenadiers et de chasseurs ' des milices , et en les mettant dans quelques uns de nos ports pour y tenir garnison. Gis opérations, dont Votre Majesté et le prince des Astu-r ries ont été les premiers instruits , me semblent mériter quelque intérêt.
La conquête de Minorque ayant été terminée, Votre Majesté eut également la satisfaction de compléter l’acquisition de la Floride occidentale^. , par la prise de Pensacola, due à la fermeté de vôTs généraux, qui tentèrent trois fois cette entrç- jf prise, quoique les coups de vent et les flots oe- ' casionnassent des dommages aux escadres, et rui-|| nassent leurs expéditions. I*
9. Siège de Gibraltar, et destruction des batteries flottantes.
. La conquête de Minorque avait été glorieuse; il fallut songer ensuite à celle de Gibraltar.
, Ayant pris la résolution de convertir le blocus ^ ! en siège , les troupes espagnoles et françaises qui * avaient conquis Minorque passèrent au camp de Saint-Roch avec leur général le duc de Grillon ; . elles y furent convenablçment renforcées. Deu^ objets se présentaient dans le siégé de Gibraltar : l’un., militaire , était de prendre cette place sida chosa^tait possible; l’autre, politique, qui çon-^ sistait ? l’obtenir au nioyen de,négociatjons pour ‘
. ' 2g4 ADMINISTRATION
la paix,, lesquelles étaient alors ouvertes. Ces uéf^ociations, accompagnées de l’offre d’une compensation , devaient être bien moins difficiles, si le siège présentait quelque chance de succès ; car, sans cela, aucun des ministres anglais n’aurait osé combattre les préjugés de sa nation en faveur de la possession dispendieuse de ce roc stérilfe. La faible quantité de provisions de guerre et de bouche , et la facilité qu’avaient les escadres combinées réunies à Cadix pour empêcher l’arrivée des ^ ^SifeS^cours , rendaient cette acquisition probable.
Pour pousser le siège par terre et par mer à la fois , nous limes un appel aux hommes versés dans les sciences , et l’on adopta le projet de - i’ ingénieur d’ Arçon, qui consistait dans la construction de batteries flottantes , pour attaquer V' la place du côtéde la mer. Afin de hâter les opéra- ^ •• lions , nous nous servîmes de gros bàtimens mar- • chands qui, au moyen d’un fort bastingage en des-
sus , pussent résister au feu de l’ennemi , et par ^ ■ la circulation de l’eau dans leur intérieur braver la combustion. Lorsque ces bàtimens furent prêts, ou émit des doutes sur l’accomplissement des ob- * jets qu’on avait en vue ; on çroyait surtout que la circulation de l’eau dans rinlérieur pourrait rendre nul l’effet de la poudre. Cependant, l’ingénieur insista sur la certitude de cette circulation ,
, et offrit de faire voir que les vaisseaux résisteraient à la combustion dans une épreuve publique, en
DE FLÜKIUA-ULAWCA.
exposant un d’eux au feu d^s boulets rouges lancés de nos batteries, se proposant aussi de remédier aux défauts que l’on pourrait remarquer, et de multiplier les précautions. • ■
Mais le ministère de la marine donna 1 ortfre que l’attaque eût beu sur-le-champ, dans la crainte, d’après ce qu’on m’a dit depuis , que l’escadre anglaise n’arrivât , et que nos soldats et nos matelots se décourageassent, si la batterie flottante venait à être incendiée dans l’essai qu’on proposait de faire. Les précautions indispensables n ayant point été adoptées , l’ingénieur recommjpida qu’au moins chaque bâtiment portât des haus-' sières et des câbles doubles pour Içs r^iorgi^'i,^ dans le 'cas d’événement. Le duc de Crillqp appuya cette proposition, et présenta plusâçu^ idées relatives à la disposition de ces batteneS",, par suite de, doutes qui s’étaient élevés conqpi^ nant les points d’attaque. Celui du vieux môle, qui avai( paru de prime abord la partie la plus faible de la place, et qui aurait pu être soutenu par une diversion de la part des troupeâ de terre, se trouva être couvert par les principales bat^ries que l’ennemi avait préparées pour défendi’e son drout. Celui du nouveau môle offrait d’autres dilHcultés qu’il est inutile de détailler main- . tenant. Quoique le généi'al Crillon fut autorisé , î,' par les instructions que Votre Majesté, m’avair^ ordonné de communiquer par les départeiûens ;
C AimimSTR^TlON
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de e ® commandement et
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f information. J appns ce P courrier, lorsque l’»‘- “ Cepen-
jesté P-^' “"'’’7^/JX,nelqn^ officiel danl 1 .ng'"'™’ renouvelèrent leurs .n-
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précaution ne fut point prise. Les batteries furent incendiées; tout le monde connaît les malheurs qui s’ensuivirent.
Malgré cet échec, on espérait encore que la place serait forcée de se rendre, si elle n’élail point secourue, parce que, de l’aveu des assiégés, la plus grande partie des munitions avaient été consommées dans la défense. Pourempêcher l’entrée des secours il fut décidé, sur les instances du département de la marine, que les escadres combinées de Cadix iraient stationner devant le port de Gibraltar, pour attaquer l’escadre anglaise lorsqu’elle y arriverait; mais la Providence ordonna que la nuit même qJi précéda l’arrivée de l’escadre ennemie, une tempête effroyable dispersât la nôtre. Cependant, malgré ce funeste contre-temps, ni l’escadre anglaise, ni ses transports ne purent entrer dans le port, ni inti’Oduire des secours dans la place; ils passèrent dans la Méditerranée, et donnèrent par là le temps à l’escadre combinée do se réparer et de revenir pour tenter de l’attaquer.
Beaucoup de personnes prétendent que si notre escadre, au lieu de suivre les Anglais, eût conservé sa station à l’entrée du détroit du côté de la Méditerranée, ils n’auraient jamais pu ravitailler la place sans un combat qu’ils auraient perdu , attendu l’infériorité de Icuts forces. A la vérité, étant restée à l’entrée du détroit, il aurait été plus'
agy ADMINJSTRATfON
difficile à l’ennemi d’y entrer sans qu’il y eût un -engagement qui devait lui être funeste; mais les vents contraires , et même l’opinion générale déterminèrent nos marins à adopter un avis opposé , qu’il n’entre point dans mon but d’approuver ni de blâmer; il suffit de dire quelles furent les suites qui en résultèrent. Les Anglais ravitaillèrent la place , et se sauvèrent ensuite sans que notre ministère de la marine eût pu l’empêcher , avant même qu’il en fût informé.
10 . Négociations pour la paixi t espoir de recouvrer Gibraltar perdu.
Cependant , même après tant de contretemps., nous conservions encore l’espoir d’occuper la place en vertu de la négociation qui avait été entamée. Pour cela on jugea convenable do faire croire à une continuation sérieuse du siège, en se représentant la prise de la place comme moins difficile qu’on ne le pensait. Le ministère anglais était lui-même intéressé, ainsi que je l’ai déjà dit, à donner quelque consistance à cet espoir , afin d’avoir un motif de céder Gibraltar sans blesser les préjugés nationaux. Dans ce but, je représentai secrètement par Votre Majesté au duc de Grillon , et aux autres généraux , qu’il était très important de continuer le siège. En effet , Grillon , sans tenir auéun compte d’autres opiuion.s, ouvrit une-pai'allèle dans une seule nuit-,.
DE FLORIUA-BLANCA. 29C)
sans être aperçu de l’ennemi, s’approcha du lac', et de la porte de terre, et il couvrit par là les batteries de ce côté. Par cette opération hardie et brillante, il pouvait s’établir sur le roc, s’y tbr- . tifier malgré la supériorité des Feux de l’ennemi , et préparer les moyens qui auraient pu contribuerai la prise de la place.
Je ne puis m’empêcher de rappeler ici le peu d’attention que l’on fit à Futilité de ces travaux faits pendant une seule nuit sans être aperçus par l’ennemi. Plus de dix mille hommes furent employ es dans la première tranchée j ceux de la seconde étaient au-dessus de sept mille. Quel ordx*e, quel accord, quelle activité , quel silence fallait-il parmi un nombre si considérable de troupes pour exéculjer ces travaux difficiles dans une seule nuit, pour être déjà à couvert des feux de l’ennemi le lendemain, et pour tromper la vigilance de 1 habile gouverneur Elliot ! Que d’existences furent conservées par ces opérations aussi rapides qu importantes ! On ne peut comparer ces tranchées avec celles du siège de 1727; d’où il faut conclure que le général , les officiers et les sol- ^ dais donnèrent pendant ces opérations immortelles des preuves singulières de ce que la subordination , le zèle , la vaillance et la bonne volonté sont capables de faire.
Dans cette situation , espérant que le siège serait couronné du succès, les négociations conli-
ADMINISTRATION
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nuaient, et les préliminaires de paix étaient presque convenus. Un des articles était la cession de Gibraltar à l’Espagne; la France donnait en compensation à l’Angleterre l’île de la Guadeloupe, et nous rendions à la France, comme équivalent, celle de Saint-Domingue. Nous nous attendions à cet arrangement, lorsque Votre Majesté vint à Aranjuez en décembre 1782. Mais au lieu de recevoir le courrier porteur de la signature, un autre arriva qui dissipa toutes nos espérances. D’un côté, le ministère anglais demandait de nouvelles cessions, onéreuses pour la France; de l’autre, le gouvernement français se trouvait entouré d’obstacles suscités par ceux de ses sujets qui avaient des possessions dans la partie française de Saint-Domingue , .et qui s’opposaient à des acquisitions qu’ils croyaient préjudiciables à leurs intérêts. ,
Dans ces circonstances il fallut renoncer à toute négociation, afin de continuer la guerre avec une vigueur nouvelle pour cet objet. Le comte d’Estaing vint en Espagne, et nous affrétâmes avec lui et avec sa cour un plan d’opérations combinées. J’eus avec le comte, par ordre de Votre Majesté, toutes les conférences nécessaires. 11 traça, avec sa capacité et son expérience ordinaires, le plan qui avait reçu de la pénétration et du savoir de Votre Majesté toutes les améliorations nécessaires pour une complète réussite.
DE FLOHlDi-BLANCA. 3oi
• Si ce plan eût été rendu public il aurait, fait un honneur indni à Votre Majesté, aux cours alliées qui l’adoptèrent , et à l’amiral d’Estaing , par qui il fut conçu. Il suffira de dire que jamais jusqu alors les Indes- Occidentales n’avaient vu soixante -dix vaisseaux de ligne avec quarante mille hommes à peu près de troupes de débarquement, et avec tous lès préparatife convenables pour frapper le coup qu’on avait en vue. Iæs objets étaien^; tellement vastes et si bien combinés, que, sans l’opposition manifestée contre nos desseins de la part de la Providence , nos ennemis n’auraient* pu se soustraire aux maux terribles dont ils étaient menacés.
Loreque cinquante vaisseaux se trouvèrent prêts a Cadix pour être rejoints par plus de vingt autres dans les Indes-Occidentales, que toutes les troupes furent prêtes à marcher, et les préparatifs terminés, le ministère anglais proposa de nouveau des préliminaires de paix presque dans les mêmes termes qa’auparavant. Cette fois-ci ils furent signés : la cession de Minorque fut substituée à celle de Gibraltar, dont l’acquirsition fut réservée pour une négociation ultérieure. lia cour de Londres dispensa la France de la compensation qu’elle devait donner pour Gibraltar; elle n’exigea pas non plus d’équivalent deJa part de l’Espagne. En outre, l’Angleterre nous leurra avec la cession de la Floride orien-
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ADMINISTRATION
tJile, quoique nos plénipotentiaires , d’après Içufs instructions, ne dussent demander qua la conservation de la Floride occidentale, que nous avions conquise, à condition qu’elle s’étendrait jusqu’au cap Canaveral, au-delà du canal de Baliama, afin de dominer de ce côté-là le golfe du Mexique, et de nous rendre maîtres de ses côtes.
La France nous pressait pour l’acceptation immédiate de ces propositions , en les considérant comme avantageuses; et Votre Majesté n’était point éloignée de les admettre. Mais Votre Majesté considéra que la négociation pouvait offrir de plus grands avantages, si l’expédition projetée , pour laquelle on avait déjà dépensé des sommes immenses , mettait à la voile de Cadix. Telle fut aussi mon opinion.
Le départ de l’expédition aurait fait voir aux Anglais que le projet était quelque chose de plus qu’une simple menace, ainsi qu’ils se plaisaient à l’imaginer. Cette connaissance les aurait déterminés à adopter avec empressement ces préliminaires , qu’ils blâmèrent plus tard lorsqu’ils forcèrent les ministres , lord Shelburne et lord >. Grantham , qui en avaient préparé les conditions avec tant de sagesse, à quitter leurs ministères. Cette expédition, je le répète , si elle avait mis à la voile vers le point convenu , lors même qu’elle eût été obligée de rétrograder , aurait maintenu les ministres bien intentionnés dans leurs places.
DE FLORIÜA-BLANCA. 3o5
et la paix aurait été faite avec désavantagés bien autrement considérables , sans rompre les négociations préparées pour l’acquisition de Gibraltar. •
1 1 . Préliminaires et traité définitif.
Il en fut tout autrement. Votre Majesté se vit dans la nécessité de céder à d’autres considérations qu il ne convient point de déclarer, et on * signa les prébminaires, dont le zèle de notre plénipotentiaire, le comte d’Aranda , tira tout le parti possible : le résultat fut tel qu’on l’avait craint. Le ministre anglais qui avait signé la paix a yant été disgracié, M. Fox, qui le remplaça, adopta des principes bien différens; et lorsque le terme de huit mois expira , nous fûmes obligés d’accepter un traité définitif, dans lequel il chercha à jeter des germes de nouvelles discordes.
Conformément aux préliminaires, les Anglais devaient abandonner tous les élabbssemens clandestins qu’ils avaient faits depuis un siècle sur l'immense côte de Honduras et les rivages environnans. Leur plénipotentiaire, ayant réussi à faire insérer dans le traité cette phrase : ff Que le continent espagnol serait évacué » , il se prévalut de cette expression équivoque, répétée avec une afièctation marquée , pour prétendre que la cote de Mosquitos ne devait pas être évacuée, parce’’ qu’elle ne faisait point partie du contl-
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AUMINISTRA.TION
neiit espagnol , et qu’elle en était indépendante et soumise aux Indiens , affranchis de notre domination. La disposition contenue dans cet article du traité était la plus importante pour nous; car nous rentrions dans la possession de Mosquitos jusqu’au cap de Gracias a Dios , ou même plus loin. Sans cette acquisition, les Anglais auraient pu augmenter leurs fertiles et vastes colonies, en y établissant de nombreuses. familles de royalistes bannis des Etats-Unis , en favorisant la rébellion des Indiens de Mosquitos et leur invasion dans les établissemens espagnols , et préparant de grandes et terribles usurpations dans nos Indes , qui s’étendent , soit depuis la rivière de San-Juan Jusqu’au grand lac de Nicaragua, et même Jusqu’à la mer du Sud, soit du côté de la Californie, selon les plans que nous avions découverts avant la guerre.
Pour prévenir ces inconvéniens il fallut charger le marquis del Carapo d’une nouvelle négociation , au moyen de laquelle il parvint à éviter une rupture , en amplifiant les explanations dti traité définitif, et en assurant la restitution , ou, si on veut , "l’acquisition du pays des Mosquitos, et la reconnaissance de la souveraineté espagnole sur tout ce continent-là, et en obtenant l’évacuation des colonies anglaises qui s’y étaient établies.