Avantages du traité avec V Angleterre
U n’est pas besoin de détailler les avantages, obtenus par cette paix, et par les déclarations dont elle fut suivfe , quoiqu’il ne fût pas possible , il est vrai , de l’obtenir dans des termes aussi favorables que nous étions fondés à l’espérer. Tout le monde a rendu justice à Votre TWajesté , en avouant que depuis deux siècles l’Espagne n’avait pas conclu de traité aussi avantageux. La restitution de Minorque, des deux Florides, de la vaste cète de Hoftduras et de Campêche, Sont évidemment des objets de la plus haute utilité. La Méditerranée n’offrait plus à nos ennemis le refuge principal qu’ils avaient eu en temps de guerre ; le golfe du Mexique restait à l’abri de toute domination étrangère qui aur<pt pu ruiner notre grand royaume de la Nouvelle-Espagne, la plus importante de nos possessions dans les Indes; l’immense continent de nos deux Amériques est rendu ainsi compacte, étant mis à couvert de tout danger. Ces acquisitions avec celle de Gibraltar furent les objets que l’esprit prévoyant de Votre Majesté avait eus principalement en vue dès le commencement de la guerre. Il fallait ajouter aussi celui d’affranchir notre commerce dans nos ports maritimes , ainsi que votre autorité royale dans le département des finances , des entraves imposées par l’Angleterre dans les
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traités précédens. L-e présent arrangement remplissait également ce but. C’était dans ces vues
qu’unarrangementsecretfutrédigéaveclaFrance,
lorsque la nécessité nous força à la guerre ; aussi^ les instructions les plus détaillées furent comn\uniquées à nos plénipotentiaires qui conclurent les traités et les conventions postérieures. Pourquoi dirions-nous donc que le succès de ce traité fut l’effet d’une chance aveugle ou d’accidens imprévus? Ne sommes-nous pas fondés à croire que c’est au plan bien conçu , bien combiné , et bqbilement conduit par Votre Majesté^iepuis le commencement jusqu’à la fin, que nous sommes redevables de ces avantages?
Ainsi fut terminée une guerre de cinq ans, soutenue sans suspendre la paie des troupes, i*i les appointeçiens des ministères, ni ceux de la maison de Votre Majesté , sans faire aucune levée ♦ d’hommes, et sans prolonger les contributions nécessaires pour faire face à des dépenses au6si extraordinaires. A la fin de 1 annee dans laquelle le traité définitif fut conclu , Votre Majesté ordonna que toutes les contributions extraordinaires cessassent, remplissant ainsi votre auguste promesse , à 1 epoque ou elles furent établies , qu’elles ne se prolongeraient pas au-dela de la guerre. Il importe de dire que ces contributions furent approuvées par un conseil composé de tous les députés des royaumes, du procureui’-généfal»-
DE ki.oridAtBlasca. 3o7
et de plusieurs ministres respectables, sous ma direction , et aoiis cell(|||||^ comte de Carapomanes. Cette résolution importante fut prise à l’avance en 1770, lorsque nous craignions une rup* tiu’e avec l’Angleterre , par suite de la querelle relative aux îles Malouines. Une autre circonstance de ces contributions , qui mérite d’être rapportée, c’est qu’elles venaient principalement des taxes imposées sur de vastes terrains , qui furent livrés pour la première fois à la culture, ou bien cpîe l’on permçttait de fermer par des enclos.
J’eus l’honneur de proposer à Votre? Majesté les récompenses que méritaient diverses personnes, soit militaires, soit employées dans'd’au^ très parties de l’administration , qui avaient travaillé avec autant de zèle que de succès à des objets relatifs à la gueiTe ou à la paix. Parmi ces personnes, se trouvaient mes collègues le comte de Causa, le marquis de Sonora ('), et le marquis de Casfejon. Iæ premier obtint le titre qu’il porte, et la grande croix de l’ordre de Votre Majesté ; le second , la grande croix, et le troisième une place effective dans le conseil d’état.
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l3. Florida-Blanca demande à se retirer.
Au moment où je demandai, la concession de ces faveurs pour les aùd%s, sollicitai ^ec instance une grâce pour moi-même, en présence
(') Don Joseph de Galvez.
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ADMimSTKATION
du prince des Asturies. Votre Majesté ne daigna point l’accorder avant cdW’eusse exposé ma demande. I;Orsque je dis ^le cette faveur n’était ;^tre que 4a permission de quitter le ministère, il fut impossible d’obtenir votre consentement, quoique l’état de ma santé fût réellement déplorable , et quoique j’eusse fait les mêmes instances long-temps auparavant , auxquelles Votre Majesté ne daigna pas accéder, parce que nous nous trouvions alors au milieu de la guerre. Votre Majesté ne me permit point de me retirer , et elle n’accorda point a mes fatigues la seule récompense à laquelle j’aspirais. Votre Majesté eut la bonté de me dire qu’elle réfléclprait sur les moyens de me procurer quelque délassement autre que ma démission. Permettez-moi , Sire , de consigner dans cette feuille les promesses solennelles que Votre Majesté m’avait faites dans d’autres temps , lorsque j’avais renouvelé mes sollicitations.
Outre l’honneur que Votre Majesté daigna me faire en ne me permettant point de me retirer du ministère, elle daigna aussi m’offrir comme aux autres ministres la grande croix de .son ordre. Je conjurai à plusieurs l’eprises Votre Majesté de ne point me distinguer avec cette faveur, et de vouloir-bien me dispenser de l’accepter, ainsi que Votre Majesté avait daigné le faire cinq ans auparavant , lors de la paix avec le Portugal. Votre
UE FLORIDA-BLA.NCA; SOQ
Majesté eut la bonté ineffable de me faire observer : « Que dirait-on' de moi , si je vous oubliais après de si grands services? Acceptez par égard pour moi. » A ces mots, qui sont restés gravés dans mon cœur , je fondis en larmes , et je bnisai la main de Votre Majesté ; je rapporte ces faits pour manifester la magnanimité de Votre Majesté, et sa bonté plus qu’humaine; H est juste que le monde et vos sujets connaissent par cet échantillon de vertu héroïque un peu de ce qui est caché dans votre cœur par une singulière modestie , et qu’ils jugent combien d’existences seraient prêtes à se sacrifier pour un souverain qui sait récompenser et honorer aussi noblement. *
Je ne nierai point à Votre Majesté que l’idée romanesque de ma renonciation n’était pas Teffct des vertus que je suis loin de posséder, mais plutôt de mon caractère , de tna complexion et de ma philosophie. Naturellement supérieur aux atteintes de la vanité et de l’intérêt personnel , attaché par principes, par des maximes et par le fruit de mes études , aux sentimens les plus délicats de la gloire et de l’honneur, craignant toujours d’exciter la jalousie , ce que j’ai constamment désiré d’éviter, quoique sans suçcès, j’ai pensé depuis ma plus tendre jeunÆse que ma vocation était et devait être de travailler sans autre but que de servir mon Roi et mon pays, en acquérant la meilleure et la plus universelle réputation .
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