‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 96 sur 113 · Bombardement d’Alger · texte numérisé non relu

Bombardement d’Alger

La guerre avec la Grande-Bretagne une fois terminée, je repre'sentai à Votre Majesté qu’il fallait attaquer, et forcer à admettre des conditions de paix, les régences barl^u’esques , surtout celle d’Alger, qui nous occasionnait, bien des dommages par ses pirates, qui infestaient nos côtes, *el gênaient le commerce et la navigation dî^ns la Méditerranée. L’attention de Votre Ma- ' jesté s’était dirigée vers cet objet important avant même la conclusion de la paix avec l’Angleterre. Les Algériens avaient promis d’entrer en accommêdement avecJ’Espagne, aussitôt après qu’elle aurait fait la paix avec la Porte-Ottomane; car, sans cela , ils refusaient de continuer les négociations commencées par ordre de Votre Majesté.

Au mépris d’obstacles insurmontables en apparence, et malgré l’opposition silencieuse, mais vive , que nous éprouvions à Constantinople de la part de toutes les puissances étrangères, nous l'éussîmes à faire noti'e paix avec la Porte. 11 est fàckeux que ni la modestie ni la politique ne me permettent pas dej’évéler toutes les circonstances de cette longue négociation pour l’instruction destins, et pour la honte et la punition des autres. Ce que je puis dire à la juste louange de Votre Majesté , c’est que malgré le mauvais exemple donné par d’autres nations, il n’y a eu

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ni perfidie, ni déception, ni fraude, ni ruse dans cette négociation, ni dans toute autre qui ait passé par mes mains. Les leçons de véracité et de probité que j’ai refcues constamment de Votre Majesté, dans tout ce qui a eu> rapport à mon ministère et à mes devoirs, m’ont forcé d’apprendre et de mettre à exécution une politique qui^’a pas eu jusqu’ici des imitateurs. On peut citer comme une preuve qui n’est pas certainement la plus importante, des scrupules de Voti’e Majesté , et de son incomparable véracité, qu’elle ^ne permit point l’usage du pavillon et des licences des puissances neutres , que quelques bàtimens espagnols avaient obtenues pour favoriser leur commerce pendant la guerre, pas même pour transporter sans dangér les efl’ets les plus nécessaires, et les articles de première nécessité , qui nous manquaient pour la marine royale.

, Lorsque la paix avec la Porte-Ottomane fut signée, on reprit la négociation avec la ^;égence d’Alger; mais elle refusa de tenir sa p«)messe, et il fallut bombarder la ville à deux reprises. 1 jorsque l’on se disposait à faire un troisième bombardement, la régence accepta les conditions proposées.

Quant aux bombardemens , bien qu’ils fussent blâmés par ceux qui murmurent de tout , ils curent trois motifs ou trois objets : i°. châtier le peuple d’Alger, et le forcer h obtenir de sa ré-

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gence qu’elle consentît à la paix , par la crainte d’être toujoure menacée d’une visite si préjudiciable; 3 ”. nou§ déî)arrasser des corsaires algériens pendant le printemps et l’été, la régence étant dans la nécessité de les- désarmer et d’appliquer leur artillerie et leurs équipages à la défense de la place; 5°. employer la grande quantité de bombes et de munitions préparées pour la dernière formidable expédition équipée à Cadix , et qui n’eut pas lieu par suite de la paix avec l’Angleterre

^ 1 5 . Traités avec les Étais mahométans.

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Je. ne «m’occuperai pas dans ce moment à justifier ni à vanter la manière dont ce traité fut conclu f ni les conditions qui en firent les bases. Vqtre Majesté se rappelle sans doute ce qui- eut lieu lorsque ce point fut soumis à la délibération des debx conseils de Castille et de la guerre.

Un traité de paix fut également conclu avei^la régence de Tripoli , par le zèle et l’activité du comte de Cifuentes. Après diverses trêves avec la régence de Tunis, Votre Majesté fut informée qu’elle était disposée aussi à signer un traité définitif. .

Par ces traités. Votre Majesté se trouva délivrée d’ennemis et de pirates , qui croisaient à partir des côtes immenses qui séparent l’Océan atlantique, et les États les plus éloignés de l’em-

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pire de la Turquie jusqu’à l’extrémité de la Méditerranée. Le pavHlon espagnol flotte maintenant sur les mers du Levant , où il était auparavant inconnu : les nations commerçantes ellesmêmes, qui jadis le persécutaient indirectement, le préfèrent à présent à tout autre, ce qui apporte un grand accroissement à notre marine et à notre commerce, profite à nos matelots, et fait honneur à l’Espagne en augmentant la gloire de notre auguste souverain. 11 est' aujourd’hui terminé l’esclavage de plusieurs milliers d’infortunés dont la captivité avait causé un préjudice incrojrable à la religion et à l’État. On voit aussi maintenant cesser l’exportation continuelle de sommes exorbitantes d’argent, qui, en nous appauvrissant , enrichissaient nos ennemis , et facilitaient leurs armemens pour nous inquiéter; enfin plus de trois cents lieues du pays le plus fertile du inonde sur les côtes de la Méditerranée, qui avaient été abandonnées par la crainte des pirates, se peuplent aujourd’hui et se cultivent avec une promptitude incroyable. Toutes les villes et les villages sont bâtis avec la jouissance déports spacieux pour faciliter l’exportation des produits agricoles et manufacturés qui se multiplient chaque jour davantage à l’ombre de la paix, et sous la protection de Votre Majesté.

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i6. Mariages entre les familles royales d’Espagne et de Portugal. ■ t

La paix extérieure ayant été une fois assurée , Votre Majesté l’affermit encore davantage par les alliances qui eurent lieu entre votre auguste* famille et celle de Portugal. Les mariages de l’infante dona Carlota, petite-fille de Votre Majesté , maintenant princesse du Brésil , avec l’infant qui est -à présent le prince don Juan, et de l’infant don Gabriel avec l’infante de Portugal , dona Mariana-Victoria , excitèrent la jalousie de toutes les nations qui, malheureusement pour nous , connaissent mieux que beaucoup d’Espagnols les intérêts véritables et solides de l’Espagne et du Portugal. JL.es rois catholiques Ferdinand et Isabelle , l’empereur Charles-Quint et Son fils Philippe n comprirent parfaitement que les deux couronnes avaient le plus grand intérêt à vivre dans une amitié intime, et ils cultivèrent cette heureuse union entré les souverains des deux pays avec le«uccès que tout le monde connaît. L’Espagne s’éleva sous ces princes au plus haut degré de puissance et de gloire; cette considération seule devait suffire pour forcer quelques politiques superficiels à reconnaître la sagesse de Votfe Majesté et de son gouvernement , lorsqu’elle suit l’exemple donné à des époques les plus glorieuses de l’histoire d’Espagne.

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Tous ceux qui intervinrent dans l’exécution de ces arrangemens entre les deux cours eurent quelque récompense ou quelque témoignage de votre royale gratitude , et Votre Majesté a daigné écouter et agréer, avec une extrême bien- • veillance, mes recommandations à ce sujet. Notre ambassadeur à Lisbonne, le comte de Fernand Nunez , eut une place effective dans le conseil d’état; le marquis de Lourizal, ambassadeur de Portugal à Madrid , reçut le collier de la Toisond’Or. Don Joseph de Galvez, qui lut et signa le contrat, fut nommé marquis de Sonora, avec exemption des droits qui se paient ordinairement pour de semblables titres. On donna une place effective dans le conseil d’état au marquis de Llano, qui fut témoin de l’échange. Le duc d’ Almodovar eut l’emploi de majordome majeur et d’écuyer de l’Infante portugaise. Une commanderie fût promise à son frère le patriarche, qui présida aux cérémonies religieuses; enfln, les aumôniers de service et autres personnes eurent des pensions et des grâces qu’ils dûrent à votre auguste munificence.

Le marquis de Lourizal essaya de me persuader que je devais avoir la Toison-dJPr , grâce qui avait été dispensée à plusieurs ministres ^ f'd’état, mes prédécesseurs, et même au marquis de la Ënseuada, qui n’avait pas été ministre des affaires étrangères ; il ajoutait qu’il en avait parlé

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au prince des Asturies. Je repoussai, avec une espèce de dureté , cet empressement officieux , en lui disant que maTecompense consistait dans la satisfaction que me témoignait Sa Majesté tle mes faibles services , et que j’étais on ne peut pas plus éloigné d’jntriguer , en aucune manière , pour obtenir des grâces ou des honneurs. Son Altesse Royale sait la vérité de ce que j’avance. Mais une chose publique et que pefsonne n’ignore , c’est que ni moi, ni mon neveu le Sumiller don Antonio Joseph Salinas , qui remplit les fonctions de patriarche dans le voyage pour l’échange des princesses, ne demandâmes ni n’ obtînmes aucune faveur directement ou indirectement.

Outre les mariages et les traités avec le Portugal, plusieurs autres affaires importantes furent traitées avec les puissances étrangères, qu’il serait trop long de rapporter; mais dans toutes. Votre Majesté s’est attiré le plus grand respect et la plus profonde vénération; et jamais, depuis deux siècles, l’Espagne n’a négocié, entourée d’une aussi grande considération. Il suffira maintenant de rappeler ce qui arriva l’année 1787, lorsque les dissensions de la Hollande et les désagrémens qui s’ensuiirirent entre la France, l’Angleterre et la Prusse, menacèrent d’embraser l’Europe en* tière. Les paroles de Votre Majesté, prononcées? avec autant d’énergie que de sagesse, furent écoutées par ces cabinets et par beaucoup d’autres.

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Les avis et les préparatifs de Votre Majesté calmèrent l’orage et affermirent la paix par des liens plus étroits qu’elle contracta avec la Prusse et l’Angleterre.

Votre Majesté sait bien aussi tout ce que l’on flt pour terminer les maux de la guerre qui commença dans le Levant , et s’étendit jusque dans le Nord. Elle vient d’avoir des preuves récentes du respect qu’ont téüîoigné à sa couronne les souverains les plus puissans , ainsi que de la confiance que les Turcs eux-mêmes mettent dans sa droiture , son impartialité et sa probité bien reconnues.

Puisse le ciel favoriser les vœux ardens de Votre Majesté pour la paix du monde ! J’ai» lieu d’espérer ce bienfait de la main puissante de la Providence par vos vertus personnelles. C’est à elle que je dois également la force avec laquelle j’ai supporté toutes les fatigues que j’ai éprouvées. .

17. Mesures intérieures; Sociétés patriotiques de bienfaisance; Dispositions relatives à la mendicité et au vagabondage; Institutions et avantages des individus et des corporations qui sont sous la protection de la couronne.

J’arrive, 'Sire, à traiter des affaires intérieures de l’Etat. 11 est juste de faire connaître les améliorations que Votre Majesté a faites dans toutes les branches de l’administration publique , dans l’ordre judiciaire, dans l’économie et dans la police

AUMimSTHATION

• delà capitale et des autres provinces du royaume.

, A leur aspect il est permis do nourrir l’espoir de restaurer un jour cette grande monarchie , et de l’élever à ce haut degré de puissance et de splendeur qu’eUe eut dans les temps les plus heureux. Votre Majesté a réussi à faire nettoyer les rues de la capitale des malpropretés qui la dégradaient : a force" de dépense et de persévérancè elle a fait de Madrid la ville la plus propre du monde. Il fallait aussi la purifier moralement et politiquement de fainéans, de vagabonds et de mendians volontaires, qui formaient, avec leurs familles , un séminaire permanent de criminels et de débauchés. Les améliorations de la capitale ont servi d’exemple aux autres villes du royaume.

Dans ses parties de chasse. Votre Majesté était suivie par une nuée d’hommes, de femmes et d’enfans qui , abandonnant leur domicile et leurs occupations dans les environs de la capitale et des résidences de la cour, afiluaient pour recevoir les aumônes distribuées par ordre de Votre Majesté. U en résultait la perte des avantages qu’aurait dû avoir l’industrie de tant de personnes qui , passant plusieurs heures dans la campagne , s’accoutumaient à abandonner leurs demeures , ou qui y retournaient le soir par groupes mêlés des deux sexes , au grand détriment de la morale. Je hasardai de proposer à Votre Majesté, pendant le séjour de la cour à l’Escurial en 1/77,

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la possibilité de distribuer le montant de ces aumônes , ainsi qu’on le fait à présent , entre les véritables indigens de ces villages et ceux de Madrid, lui Élisant observer que c’était le cas de prendre des mesures énergiques pour empêcher la mendicité volontaire , bannir la fainéantise* et répandre l’éducation et les arts industriels dans les classes inférieures du peuple. Votre Majesté' ^ daigna approuver ces insinuations. Des instructions très détaillées furent communiquées pour être mises à exécution par le Conseil de Castille; une méthode fut adoptée pour établir des dépôts de mendicité , et pourvoir aux besoins des pauvres et des enfims , au moyen des soixante-quatre sections dans lesquelles Madrid se trouve divisé depuis l’administration du comte d’Aranda. Huit de ces sections composent un quartier qui est sous l’inspection d’un, magistrat. On forma ensuite une junte générale supérieure de charité, pour aviser aux moyens de soutenir cette vaste institution , pour venir au secours des comités lorsque les charités de leurs quartiers respectife ne seraient pas suffisantes , et pour destiner à cet objet toutes les fondations et œuvres pieuses qui étaient susceptibles de celte application, en modifiant utilement leur natui-e.

Dans le commencement on comptait beaucoup sur les quêtes qui seraient faites par les comités ; mais l’expérience fit bientôt voir que la bienfai-

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sance n’était ni aussi étendue ni aussi discrète qu’pn l’avait cru d’abord : il fallut donc avoir recours à des impositions, au moyen desquelles Votre IMajesté fît remettre tous les ans à la junte générale trente mille ducats pour pourvoir aux besoins des comités dans les cas extraordinaires ; accorder à l’Hospice-Général , où le nombre des pauvres et des mendians s’était considérablement accru , quatorze mille ducats à peu près; à l’Hô- ^ pital-Général, une somme un peu plus forte; à celui de San-Juan de Bios, environ trois mille ; aux prisons de la capitale et de la Galera (lieu de détention pour les prostituées), outre d’autres secours, plus de trois raille ducats , dans le but de fournir du travail à ces êtres malheureux : cette mesure a été couronnée d’un succès complet. On voit maintenant avec satisfaction des femmes livrées naguères à une vie licencieuse, devenir honnêtes, mener une vie régulière et s’adonner au travail. Une association de dames, formée par le zèle et les soins d’un ecclésiastique laborieux , a été mise sous la protection spéciale de Votre Majesté.

D’un autre côté, et indépendamment de la junte générale et des comités, on fait distribuer des secours à plusieurs milliei's de personnes respectables, honnêtes et modestes , qui se trouvaient naguère dans l’indigence, mais qui cachaient leurs besoins par honte, telles que des

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femmes et des veuves d’officiers, de magistrats et autres employés, des enfans puînés et des orphelins, leurs fils et leurs femînes ; des fabricans, des'commerçans et des artisans manquant de travail , ou infirn^N , recevaient aussi une assistance journalière ,^ur des fonds destinés à des objets de charité que Votre Majesté daigna confier à ma discrétion. ’ *

Toi«r les comités de quartier essayèrent d’établir des écoles pour les filles pauvres' ou qui avaient été abandonnées. Dans ces écoles, outre la doctrine chrétienne et une bonne éducation morale , on les instruisait à la confection d’ouvrages propres à leur sexe, ainsi qu’à plusieurs branches d’industrie qui se sont considérablement augmentées, et sont devenues fort utiles à rétablissement. Les députations de la Trinidad et de Saint-Isidore établirent des métiers de rubans semblables à ceux de la France. Dans celles des quartiers de la Comadre et de Mira-el-Rio, outre les ouvrages à l’aiguille, on fait de très belles broderies en soie, en or et en argent^ ainsi que des fleurs artificielles. Plusieurs centaines de filles sont élevées dans ces écoles; on a habillé les plus pauvres ; on a donné des récompenses à celles qui se sont le plus distinguées dans les examens publics ; on a doté cellcs^ui se sontluiariées. Pour ces objets, on a remis des secours extraordinaires aux comités, pris sur ces mêmes

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