‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 97 sur 113 · ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

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fon^s de charité créés par Votre Majesté, et tenus à ma disposition. Les enfans mâles pauvres oif abandonnés ont reçu également cette même éducation ; bn a eu le même soin de leur apprendre la profession que l’on a jugé être la phis • convenable dans leur propre intérêt. Plusieurs milliers ont joui de cet avantage dont ils sont redevables à Votre Majesté, ainsi qu’il résulte des rapports imprimés et publiés il y f trois mois. • .

Les commissaires des comités venaient au secours des artisans et des laboureurs qui manquaient de travail , et assistaient les malades pauvres dans leurs propres maisons, au lieu de les faire entrer à l’hôpital , où le dégoût, la répugnance, le retard qu’on éprouvait parfois pour y etre transporté , l’air malsain occasionné par le grand nombre de malades et le manque d’une distance particulière , causaient la mort de plusieurs .ftidividus ; tandis que ceux-là mêmes qui parvenaient à se rétablir , lai^aient , pendant le * temps de leur maladie , leurs familles exposées à la mendicité , quelquefois même ^à la corruption. Des mesures pour remédier à ces maux furent adoptées par des comités qui sont déjà au nombre de vingt-quatre dans les trois quartiers du Palais, de Sên-Geronimo et de los AJUgidoSf lesquels reçoivent des sommes considérables de la part de Votre Majesté , pour subvenir aux dé-

penses qu'occasionnent les soins doqnés aux' pauvres dans leurs propres demeures. On s’occupe dans ce moment-ci à régulartser de la même manière ce secours dans les autres quartiers de Madrid.

L’exemple de la métropole, soit p8ur la création d’associations d^ bienfaisance, soit pour la dotation d’hospices et de maisons de réclusion , produisit un heureux effet sous la protection de Votre Majesté dans les différentes villes principales di^oyarfme, et dans plusieurs autres. Parmi ces villes , une mentibn particulière et honorable est due à celles de Grenade, Barcelonne, Tolède,* Burgos, Gironne, Cadix, Alicante, Valladolid, + Valence, Ciudad-Réal, Ecija, Salamanque et les Canaries ; et on ne peut à cet égard que*louer le ' zèle des autorités civiles et ecQlésiastiques.

Les sociétés économiques et patriotiques que Votre Majesté a établies et qu’elle protège , |pnt déjà an iiombre de soixante à peu près. Là plüs * grande partie travaille à favoriser l’assiatancé,' l’^ucaVon et l’industrie des gens pauvres j elles, encouragent surtout l’agriculture, les arts et métiers et bon prdre : elles iç»nt établi plusieurs écoles de dessin , ce qui est d’iine grande importance pour le progrès des arts. '

La Société économique deMad^ a 'établi lyi Mont-de-piété par souscription , pour donner du travail aux femmes pauvres, ainsi qu’à plusieurs

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hommes, spit dans la filature, soit dans les métiersde tisserand ou d’imprimeur, et dans d’au très arts industriels. Votre Majesté' a, pour cet objet, contribué de plus <le vingt-cinq mille piastres qui sont passées par mes mains. Je n’ai point la prétention H’a voir été inventeur ou plutôt fondateur de ces Sociétés. »La Société Biscayenne (Vascongada) d’abord, et plus tard celle de Madi’id, avec quelques autres, offrirent des modèles pour l’établissement de ces associations civiles jfendant mon ministère. I/excelleut ouvrage srtr l’éducation populaire , èomposé et publié par le comte de Campomanes, ‘ jeta un grand jour sur ces points impo»tans. C’est pour moi un devoir non moins doux que sacr^, de rendre toujoui-s la’justice la plus éclatante à ce magistrat intègre et zélé, aussi -bien qu’au Conseil de Castille, pour avoir inspiré la fondation et la propagation des Sociétés qui existent de nos joims.

Votre Majesté a fait plus encore, elle a doté,

^ sur ma proposition , celles qui en ont fait la demande, à commencer par celle de Madrid , qui a eu une assignation de quatre-vingt mille réaux (vingt mille francs), outre la somme avancée pour son Mônt-de-piété. On a proposé des moyens j^ur doter îes aulares ; et en attendant. Votre Majesté m’a Chargé d’assurer toutes les-Sociétés de sa faveur et protection , et d’appuyer ses pro-

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DK FLORIDA-BLANCA.

jets de bienfaisance. Toutes ces Sociétés n’onl point été également utiles , ni déployé le même zèle; je le sais : mais la plus grande partie d’entre elles se sont signalées par leur ardeur , et de grands avantages ont été obtenus de ces réunions de principaux citoyens, du bon emploi de leur temps.’ On a intéressé le clei’gé et la noblesse, et l’on a fait naître dans toutes les classes le désir de faire du bien, dans llntérèt du pays.

.l’ai dit plus haut que la cliaritd sur laquelle' nous comptions pour remplir ces objets, n’avait été ni aussi grande ni aussi discrète que nous l’avions espéré d’aliord. Permettez-moi'î Sire, de m’arrêter ici un instant pour d(iplorer l’erreur de quelques personnes qui préfèrent de distribuer les aumônes de leurs propres mains aux mendians ou à d’autres individus, et qui non seulement refusent de remettre leurs contributions aux comités de bienfaisance , que l’on pourrait appeler, ajuste titre, . les distributeurs. publics des aumônes , mais blâment le projet de •réunir les pauvres dans des hospices, et de les employer d’une manière analogue à leur âge et à leurs forces dans les arts et dans les travaux publics. C’est ce que j’appelle charité indiscrète, et qui pourrait être regardée encore comme nuisible et dangereuse par rapport à la police in- « térieiire, si l’on agissait ainsi au mépris de l’autorité publique, et avec connaissance des in-

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convéniens que cela occasionne. Les aumônes donne'es en particulier aux mendians confondent le véritable indigent avec le faux , donnent l’occasion à celui-ci de ravir au premier l’assistance dont il a besoin , et encouragent la fainéantise et le vagabondage de ceux qui les reçoivent, ainsi que le déréglement des mœurs et la corruption de quelques uns d’entre eux.

Tous sont pauvres, dit-on, et l’on n’a pas le droit de priver les uns de la faculté de demander, et les autres du pouvoir de donner. D’après cette réglé, tous les individus des ordres mendians, surtout iie celui de saint François, par cela seul qu’ils sont pauvres et qu’ils vivent d’aumônes, devraient avoir la liberté de sortir pour les demander, sans nommer des quêteurs et des aumôniers pour cet effet. Quelle serait la confusion , quel serait le désordre dans ces ordres religieux s’il leur était loisible de quitter leur utile occupation, leur retraite, - leurs études, leurs confessionnaux et leurs chaires ? Si les ordres mendians sont forcés de nommer des quêteurs et des collecteurs d’aumônes, pour retenir leurs moines dans leur retraite et dans leurs occupations, pourquoi les Sociétés civiles et les villes ne pourraientelles pas faire de même , et pourquoi le souverain ne pourrait-il pas établir dans les hospices, dans les juntes et dans les comités de bienfaisance certains quêteurs fixes, autorisés également à faire

des quêtes, tandis qu’on tiendrait les mendians et les pauvres retirés et employés? Si l’un est absolument nécessaire pour la discipline et le bon ordre dans la religion , pourquoi l’autre ne produirait-il pas le même effet dans la société civile et politique ?

Sire, de si grands biens résultent de la charité e\prcée par le moyen des hospices et des comités , que je ne puis comprendre comment des personnes sensibles et timorées peuvent les méconnaître. Celui qui fait le bien par leur canal est censé ne point borner sa libéralité à une compassion purement personnelle pour un individu quelconque, et pour sa situation. Il donne alors nécessairement par amour du Christ, élevant ainsi une vertu morale à la sphère de celles qui sont véritablement chrétiennes. lies aumônes données aux hospices et aux comités ont trois avantages : de soulager les pauvres dans leurs besoins physiques ; de contribuer aussi pour leurs besoins spirituels, en les éloignant des occasions de pécher, au moyen d’une vie retirée et d’une éducation chrétienne ; de préparer et former une autre espèce de secours pour plusieurs d’entre eux dans les métiers qu’ils y apprennent.

Aucun de ces avantages ne peut se réaliser dans les aumônes données aux mendians. A l’exception de celles qu’on distribue aux personnes bien connues, et qui sont réellement dans le

besoin, tout autre genre de charité exercée indistinctement, doit, je le répète, faire naître des scrupules dans 1 esprit de ceux qui donnent avec connaissance de ces inconvéniens, et au mépris de l’autorité publique. Des scrupules bien autrement considérables doivent inquiéter également les autorités civiles et ecclésiastiques qui tolèrent l’accroissement de cette liberté de mendier , qyii est la source de la corruption et de la scélératesse. Leur devoir est bien au contraire de l’empêcber, de créer et de maintenir le bon ordre , et d’être les premières à recommander l’obéis- • sance aux décrets du souverain. Je suis forcé d’ajouter ici , Sire, avec bien du regret, qu’il y a beaucoup d’indolence, de froideur et d’indifférence, pour ne pas dire de l’opposition, à ce sujet, de la part de plusieurs supérieurs, et de quelques magistrats chargés de l’exécution des lois.

Je dois ixuirtant rendre justice à une grande partie du haut clergé et à ses prélats, qui, avec mon consentement , ont contribué à réaliser les vues de Votre Majesté avec un zèle et une libéralité dignes des plus grands éloges. Ils ont fondé, doté, établi des hôpitaux et des infirmeries; ils ont entrepris et perfectionné plusieurs travaux publics à grands frais, pour donner de l’occupation aux classes peu aisées, et pour venir au secoui-s des malheureux pendant les dernières années de disette.

Diyiii^«sd .V Ci' 7^lc

DE FLÜRlDà-BLANCA.

Je ue puis m’empêcher de nommer à Votre Majesté quelques uns de ces prélats qui se sont le plus dfstingués , et je ne dois pas passer sous silence que je leur suis fort obligé, soit personnellement, soit comme ministre de Votre Majesté.

, L’archevêque de Tolède, don Francisco de liOrenzana, mérite la première place. Il s’est distingué en donnant le premier exemple par la fondation de deux maisons de charité à Tolède et à Ciudad-Réal ; en rétablissant à grands frais le magnifique palais, ou y/Zcazrtr de Tolède, qui tombait en ruines , et que Votre Majesté lui céda pour cet objet. Les autres ouvrages publics entrepris par ce digne archevêque, sont le repeuplement de plusieurs endroits déserts et abandonnés, l’illustration et la conservation des anciens pères de l’Eglise espagnole, dont il a publié une édition magnifique à ses frais, et l’embellissement de la capitale de son dio^se par des édifices utiles, par des monumens instructifs et des statues des rois d’Espagne les plus renommés, que Votre Majesté lui donna. Il a fondé enfin mille autres objets marqués au coin de l’utilité, et dignes de la splendeur de ladite capitale, pour lesquels je lui ai donné toute l’assistance possible par ordre de Votre Majesté.

( Ici le comte de Florida-Blanca nomme plusieurs autres prélats qui avaient imité l’exemple de l’archevêque de Tolède, en embellissant les

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chefs-lieux de leurs diocèses, en encourageant l’industrie, en entreprenant des travaux publics, et en formant des institutions patriotiques, littéraires et de bienfaisance. 11 serait sans intérêt . d’insérer l’article tout. entier, qui remplit plusieurs pages. Nous nous bornerons à offrir le simple catalogue de ces noms, croyant suffisamment par là rendre justice aux vertus et aux lumières du haut clergé de l’Espagne. )

Don Thomas de Lorenzana, évêque de Gironne ; don Joseph-Xavier Rodriguez d’Arellano, archevêque deBurgos; don F. Fabian, et Fuero, archevêques de Valence; don Nicolas Santillan et Zapata, et don F. Armanà, archevêques de Tarragone; don J. Malpas, et Pinto, archevêques de Santiago ; don J. Gonzalez Laso , évêque de Palencia; don J. Diaz et Guerra, évêques de Siguenza ; don J. F. Ximenez , évêque deSégovie; don A. J. Galvan, archevêque de Grenade ; don Joseph de Molina , évêque de Malaga; don N. Rubin de Celis, évêque de Carthagène; don M. Abad y Llana, évêque d’Astorga ; don G. Quadrillero, évêque de Léon, et le confesseur du roi, don Joachim d’Eleta , évêque d’Osma.

I.’ esprit public des prélats séculiers a été hautement secondé par les chapitres des églises cathédrales, et par le clergé régulier. Les chapitres des églises cathédrales ont soutenu diverses

UE FLOniDA'BLAIXCA.

fondations pieuses, telles que des bôpitaux,^ des infirmeries et autr^ établissemens utiles pour les pauvres. Plusieîms de leurs membres', ainsi que quelques curés , se sont occupés avec lihe des< objets relatifs aux Sociétés patriotiques. Plusieurs monastères se sont chargés de nourrir, d’habiller et élever un nombre considérable d’enfans pauvres, orphelins ou enfans trouvés. Il serait fort à désirer que toutes les corporations des ordres réguliers suivissent l’exemple donné à cet égard par plusieurs communautés religieuses des ordres de Saint-Benoît, de Saint-Bernard et des Chartreux, afin d’empêcher l’oisi-^ veté et la dissipation, ainsi que l’abus fait par les ordres niendians de leurs aumônes journalières, qui ne produisent que la fainéantise et le vice.

1 8 . Caisse de bienfaisance dotée des fondi provenant d’une imposition sur les revenus des ecclésiastiques.

En voyant un si bel exemple de justice et de piété donné par le clergé d’Espagne , d’employer ses revenus considérables à secourir les pauvres , je ne puis comprendre les motifs des personnes . qui blâment la création d’un fonds de charité établi par Votre Majesté , de mon temps , en vertu d’un bref du pajlte , potr l’érection , la dotation et l’augmentation des hospices, maisons de réclusion, hospices et autres maisons de charité, ainsi que pour l’assistance des indigens, au moyen

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de juntes ou de comités de bienfaisance composés de séculiers et d’ecclésiastiques.

Les évêques et les antres prélats de ce royaume se soumirent de bonne grâce à la déduction du' tiers de leurs revenus que, par privilège* immémorial et par coutume, Votre Majesté avait droit de percevoir, pour l’appliquer à des pensions en faveur des personnes qui cultivaient les sciences et les lettres , ou à d’autres objets' d’utilité publique , et cela sans exempter les évêques et les prélats de la sollicitude principale de leur ministère, ni de la première de leurs obligations, celle de secourir les pauvres. Dans la taxe pour la formation de la caisse de bienfaisance on respecta les bénéfices ecclésiastiques auxquels la charge d’âmes était attachée. Ils ne furent point taxés ; on fit plus : quoique Votre Majesté eût pu les charger en affectant un tiers au soulagement des pauvres, pourvu qu’on ne touchât pas au revenu fixé , qui était de six cents ducats pour les bénéfices à résidence, et de trois cents pour ceux qui ne l’exigeaient pas, cependant Votre Majesté diminua considérablement cette réduction en faveur des ecclésiastiques qui en sont pounrus, attendu leur pauvreté , le nombre de leurs parens, et la modicité de Heurs Avenus. Il en est résulté que plusieurs de ces bénéfices ne sont point imposés d’un sixième ; il y en a même plusieurs qui le sont encore beaucoup moins.

Avec l’accroissement de la population, de l’agriculture et des monnaies, les revenus eccle'siastiques se sont tellement augmentés, qu’on peut affirmer, sans exagération, que plusieurs d’entre eux se sçyit élevés du double de leur valeur primitive pendant le dernier siècle. Si le clergé distribue lui-même son superflu aux pauvres , pourquoi se trouverait-il contrarié lorsqu’on prend à cet eflet des mesures sages pour une collecte uniforme , et que par une prévoyance utile , on obtient à la fois par ces secours la subsistance, l’éducation et l’amélioration des mœurs de la classe indigente? On dira peut-être qu’il fallait laisser au clergé cette distribution, puisqu’on y aflccte l’excédant d’un revenu qu’ils emploient à ce même objet. Mais comment peut-on ignorer les avantages qui récitent delà réunion de ces fonds au moyen d’une administration publique ? Un individu peut tout au plus secourir quelques personnes malheureuses; encore arrivera-t-il très souvent qu’il ne pourra atteindre convenablement son but. Un homme bienfaisant peut faire une fondation , il peut la soutenir; mais il ne lui est pas donné d’obtenir en même temps le bien de l’Etat et l’amélioration des mœurs. Il ne pourra même pas diminuer le besoin de la classe pauvre en gé- , néral ; la libéi'alité partielle et isolée accroît ordinairement le nombre des fainéans et des vaga-

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bonds, comme le prouvente'videmment les tristes exemples que nous avons sous les yeux.

L’union des fonds facilite au contraire les grandes entreprises de charité' et d’ordre public, telles que la fondation et la dotation des hôpitaux et des hospices , l’éducation de l’enfance, en lui rendant familières les maximes de la religion, et en l’accoutumant au travail, moyen certain de diminuer la pauvreté. La diminution du nombre des pauvres augmente les produits de l’agriculture et de l’industrie, et par conséquent les dîmes et les revenus du clergé. On peut donc affirmer que par cette caisse de bienfaisance il cultive son héritage et multiplie ses produits. Ainsi, le clergé aura toujours la même faculté d’exercer à la fois sa libéralité et sa charité, comme cela arrive à l’égard des évêques, quoique grevés déjà du tiers de leurs revenus. La frugalité et les bonnes mœurs du clergé espagnol offrent de grandes ressources pour le secours des pauvres dans les fonds qui lui restent après la déduction dont il s’agit.

L’imposition pour la caisse de bienfaisance ne portait pas sur les possesseurs de bénéfices, à l’époque où le bref du pape fut publié. La grâce pontificale, quoique accordée en 1780, ne fut promulguée qu’en lySS; et VoUe Majesté eut la bonté de ne point imposer les bénéfices ecclésiastiques accordés dans l’intervalle , tandis

UE FEOBIDA-BLANCA.

que toutes les contributions levées auparavant sur le clergé, quoique non affectées directement au secours des indigens, comprenaient indistincfement tous les individus qui possédaient des bénéfices, sans égard à l’époque où ils en avaient été pourvus. De quel droit se plaignent aujourd’hui ceux qui ont demandé à être pourvus d’un bénéfice, et qui l’ont accepté avec connaissance de la charge imposée sur lui? Je le répète. Sire , je ne puis comprendre quels motifs ou quelles raisons pourraient être allégués par ceux qui se plaignent d’une mesure que je persiste à regarder comme une des plus glorieuses et des plus utiles qui aient illustré et honoré l’heureux règne de Votre Majesté.

Je suis convaincu , Sire, que vous l’endez justice à la p;irtie la plus éclairée du clergé; elle pense bien différemment que celle qui n’a pas les connaissances nécessaires pour décider dans cette sorte de matières. Toutefois j’aime à penser encore que même le peu de corporations ecclésiastiques qui désirent réclamer contre l’établissement de la caisse de bienfaisance, sont mues par de bonnes intentions, et qu’elles ne cèdent qu’au doute qu’elles ont par rapport à l’usage qu’on en fait. Le silence, ou plutôt l’approbation de presque tous les évêgues, l’amour et la fidélité que le clergé professe pour la personne auguste de Votre Majesté, et les avantages qu’il verra naître

chaque jour de ce patrimoine du pauvre , parviendront à‘ dissiper complètement ces erreurs que la le'gèretè, pour ne pas dire la malveillance, s’est plu à re'pandre contre lui.

ly. Contributions et ressources tirées de l’Église.

Puisque j’ai parlé ici de ce que l’on doit at- • tendre des lumières du clergé, a^nsi que de son amour et de son respect pour Votre Majesté, je ne puis passer sous silence ce qu’il a fait pour votre service , en conséquence dès dépenses occasion- ^ nées par la dernière guerre. En vertu d’une lettre que Votre Majesté m’ordonna d’adresser aux prélats et aux chapitres , elle obtint d’eux , par voie d’emprunt , sans intérêt , une somme de trente millions de réaux environ , avec retenue , pour paiement, ainsi que cela a été fait, des fonds provenant du subsidio et escusado après la conclusion de la paix.

Cette disposition du clergé supérieur à servir Votre Majesté, sans qu’elle ait eu besoin d’employer des mesures pénibles de coaction, dont on a fait jadis usage avec peu d’utilité, prouve ^ vérité de ce que j’ai très souvent l’honneur de représenter à Votre Majesté, que le clergé d’Espagne est peut-être plus -fidèle et plus dévoué à son roi' que celui des autres nations de l’Europe; celui qui a des moeurs les plus régulières ; retiré, sage, et toujours le plus utile au pays pai* son zèle et le

déploiement de ressources , fruits de son économie. Il mérite donc beaucoup d’estime et de considération , et on doit avoir un soin particulier de le faire respecter et obéir dans tout ce qui est compatible avec l’autorité royale et le bien public. Par le même motif, il faut lui maintenir ses privilèges légitimes, sans entrer dans des discussions fâcheuses, ni venir à des réformes peu convenables, ainsi qu’il a été pratiqué dans d’autres royaumes ('). Votre Majesté m’a entendu plus d’une fois professer ces maximes dans le secret du cabinet, lorsque ni l’intérêt ni la flatterie n’influaient en rien sur mes expressions. J’ai été du même avis au sujet du clergé régulier, quoique, à la vérité, mon opinion fut, comme elle est encore, que pour son utilité particulière et pour le bien général, ilimportede surveillersa discipline. Les ordres religieux, s’ils peuventavoir une bonne et solide instruction, d’ailleurs bien traités et bien gouvernés conformément à leur institut et aux lois civiles et ecclésiastiques , ue peuvent qu’être très utiles à la fois à la religion et^au royaume.

J-i’ assistance accordée à la classe indigente a été accompagnée d’autres mesures efficaces et énergiques pour prévenir la fainéantise, le vice et la mendicité volontaire. A l’exemple de la métropole, on a formé des comités pour la ré-

(‘) Probablement que le ministre yeut parler des innovations faites par Joseph II.

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pression des vagabonds, des oisi& et des personnes d’une inclination perverse , -dans toutes les villes de province où il y a des cours royales ou des chancelleries ; les niémçs précautions avaient déjà été adoptées dans les villes principales qui ont une nombreuse population.

ao. Loi pour corriger tes Bohémiens.'

Jja fameuse loi ou Pragniatica, par laquelle Votre Majesté anéantit la race , et même jusqu’au nom des Bohémiens , eut en même temps pour but de convertir en citoyens utiles et industrieux des milliers de personnes qui se perdaient jusqu’alors dans une vie licencieuse et débauchée. On ne peut qu’applaudir à cette loi célèbre et à ses dispositions bien précises et déterminées. U est à désirer que l’on tienne couramment la main à son exécution. Malgré quelques négligences auxquelles j’ai essayé de remédier, mais qui réclament toujours une surveillance continuelle de la part des magistrats, j’ai appris que parmi les délinquans et les • malfaiteurs arrêtés depuis la dernière gberte , il n’y a eu qu’un petit nombre de ceux appelés Bohémiens, impliqués dans des crimes et des forfaits. Cela prouve que la loi qui les rendait au travail et à l’industrie^ en edaçant la tache qui souillait leur race et leur nom, a déjà produit une grande partie des bons effets qu’on s’était proposés.

Votre Majesté avait prévu que ce n’était point

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assez de secourir les pauvres et de punir les vagabonds, et qu’il fallait en outre préparer du travail à ceux que la nécessité bien sentie d’un bon gouvernement, la vertu et les mesures salutaires du monarque, rendent nécessairement industrieux. ^

A cet effet. Votre Majesté u’a rien négligé* pour encourager l’agriculture, les arts et le commerce tant intérieur qu’extérieur, tandis que,, d’un auti'e côté, les heureux desseins de Votre Majesté ont été secondés par le zèle des sociétés patriotiques , et autres corporations nombreuses, ainsi que par celui de quelques membres distin-* gués du royaun^.

21. Projets peur l’amélioration de l'agriculture «J du commerce; formation de canaux et de routes ; création cT étahlisseniens nouveaux.

Quant à l’agriculture, qui est la première comme la plus noble source de la subsistance des * hommes, aussi-bien que des richesses èt de la prospérité réelle des peuples. Votre Majesté a entrepris des canaux d’irrigation dont la magnificence fera l’étonnement des^es à venir. L’Espagne , constamment exposée aux grandes sécheresses , ne peut devenir agricole tent qu’on ne suppléera pas par l’irrigation ihix pmies rares dans un grand nombre de provinces ; . ce qui met le cultivateur dans l’impossibilité de recueillir le

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fruit de ses peines. La continuation de 1 immortel ouvrage du canal d’Aragon, ^commencé avec plus de hardiesse que de connaissances pratiques par le grand empereur Charles-Quint, était réservée à un autre Charles, qui devait surmonter tous les obstacles, et le rendre praticable sur une étendu^ de plusieurs lieues jusqu’à Saragosse, d’où il sera*continué jusqu’à la Méditerranée. On espère, quç ce projet magnifique sera entièrement exécu^* sous peu d’années , avec les ressources que Votre Majesté m’a confiées pour subvenir à cette dépense, et par le zèle jjeconnu et l’activité ^u directeur don Ramon Pignatelli , à qui je me

■* plai» à rendre la justice qu’il mérite. (♦)

(*) Chs^les lit , à son passage par Saragosse , lorsqu’il vint de Naples pour prendre possession de la couronne d’Espagne , autorisa une compagnie , à la tête de laquelle se trouvait don Agustin Baditt*, pour continuer le canal impérial d’Aragon ; mais elle ne réussit pas à remplir les vues

* duH Souverain , qui confia la direction des traijjux à don Ramon Pignatelli , avec le litre de Protecteur, Cet homme, •zélé pour le bien public , surmonta un grand nombre d’obstacles de tout genre , et il avança les travaux en vingt aiîs plus qu’on ne l’avait fait pendant deux siècles. L’espace parcouru par le canabprincipal et ses tWrivations , depuis Fonfellas en Navarre jusqu’à Sastago , forme une ligne de 796,910 toises.^ l’on parvient un jour àouvrir à ce canal deux communications <Çic l’on croit possibles , l’une avec rôcéai^ar la partie supérieure , l’autre avec la Méditerra-

* née, cette entreprise pourra passer pour être une des plus magnifiques et des plus utiles de l’Europe moderne.

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Ce canal , qui sert à la fois aux irrigations et à la navigation, embrasse des travaux tellement grands , hardis et utiles , que pour la gloire de Votre Majesté, pour l’honneur de la nation et des ingénieurs qui les ont dirigés, je devrais faire ici une relation détaillée de ces ouvrages gigantesques, des terres qui sont maintenant cultivées et arrosées , de plusieurs grandes plantations déjà faites, et d’autres dont on s’occupe * actuellement, des moulins et fabriques déjà construits, et que l’on continue à construire pour activer toute espèce d’industrie. Le canal de Tanste, incorporé avec celui d’Aragon, est un encouragement de plus offert à l’agriculture , au moyen de divers canaux d’irrigation qui en dérivent.

Dans le fertile territoire de Lorca , ville du royaume de Murcie , Votre Majesté a proposé la confection de deux réservoirs pour l’irrigation , qui peitVent déjà contenir plus de vingt-quatre millions de varas cubiques, quoique les digues n’aient pas encore atteint la moitié de la hauteur projetée de soixante-dix varas. L’épaisseur de ces digues est de cinquante varas, ou cent cinquante pieds, toutes fabriquées avec de grandes pierres de taille assurées par de larges barres de fer. On en a publié les plans avec des rapports très circonstanciés des ouvrages , leurs excavations, leurs aquéducs, et une description de leur

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Utilité |joui- l’instruction et la gloire nationale.

Dans des terrains qui produisent cent pour un , tels que le Campo de TjOrca, il est aisé de calculer ce que l’on a gagné par cette irrigation. Votre Majesté à déjà fait faire une route solide, utile et même magnifique qui aboutit au port d’Aguilas, situé sur la côte maritime de ce district, après avoir créé parla une ville agricole, commerçante pour l’exportation de .ses produits. Votre Majesté a fait conduire à cet endroit une quantité très abondante d’eau , sur l’étendue de plusieurs lieues, au moyen d’un aquéduc digne de la magnificence de son règne. Sans le bienfait de l’eau dont ce point manquait totalement sous un climat où il pleut rarement, il eût été impossible d’établir des demeures humaines, tandis qu’au moyen de ce .secours vivifiant, il contient déjà au-delà de quatre cents habitans. Votre Majesté y a fait bâtir une égli.se, des maisons et des édifices publics indispensables. On est étonné de l’accroisisemem rapide de la population, ainsi que de l’exploitation et de la culture des terres que Votre Majesté a eu la bonté de donner à ces habilans. Ce bien est dû, je le répète, principalement à la paix faite avec la régence d’Alger , dont les corsaires tenaient les côtes d’Espagne dans une alarme continuelle, ce qui lès rendait incultes et désertes. J’ai à me louer beaucoup du zèle et de l’activité de don Antonio Robles Vives, mem-

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bre du conseil des finances, qui a été chargé de l’inspection des travaux, et de la création des moyens de pourvoir à cette dépense. En moins de trois ans il les a portés à l’état avancé où ils sont maintenant.

I^e canal de Tortose est aussi une entrepris?** au moyen de laquelle Votre Majesté a rendu fa- ’i çile, en peu d’années, la communication tout le * long de l’Ebre, depuis les environs d’Am posta jusqu’au port d’Alfaques, en épargnant ainsi le détour et les dangers d’entrer dans la mer par son embouchure. Ce canal sert pour le transport et pour l’arrosement d’un grand nombre des terres de ce district, qui étaient en friche auparavant à cause des fréquentes sécheresses. On a bâti dans ce port la ville même de San - Carlos ; on travaille avec une grande activité a la terminer. 'f

Dans plusieui-s autres endroits, des travaux semblables ont été entrepris pour des canaux d’irrigation, ainsi que pour encourager l’agriculture et lé commerce. Ceux des canaux du Mancanarez et du Guadarrama sont continues par la banque nationale, qui a aft’ecté à cet objet la moitié des l)énéfices de l’exportation d’argent. Nous nous occupons maintenant de creuser un canal dans la plaine d’Urgel, un autre d’irriga-* • tion à Albalate , et celui de Campos de Baza dans le royaume de Grenade. Nous voulons

AUMINISTRATIOK

mettre à proüt plusieurs sources d’eau, dans les champs fertiles et vastes d’Albacète , et dessécher les terres marécageuses ainsi que les lacs près de

et dans plusieurs autres provinces.

La ville d’Almuradiel , formée au centre du

anipo niievo d’Andalousie, pour le passage dif- • ficile de Despenaperros , est encore un auti^ exemple de culture qui peut servir de modèle aux villes environnantes ; car à la place de quelques arbres et d’affreuses solitudes, nous avons vu s’élever dans peu d’années des bâtimens publics, des maisons particulières, des plantations , et des terres cultivées produisant toute espèce de grams et de fruits. Ces divers édifices bordent maintenant la route , et éloignent le danger des voleurs et bandits.

Je ne parlerai point ici du canal de Campos dans la Castille parce qu’il se trouve sous la direction immédiate du ministère des finances, et que les dépenses sont payées par ce département. Les ti’avaux et les progrès de l’agriculture, les canaux, les irrigations, les routes et les édifices publics dont j’ai entretenu Votre Majesté dans ce mémoire, sont ceux qui ont été faits par mon intervention, sans occasionner aucune dépense au trésor, ni employer les sommes destinées au service de la couronne.

Il est bon de remarquer cette circonstance, et

la ville de Villena dans le royaume de Murcie,

de se rappeler toujours que tout ce qui a été fait ou qui se fait maintenant sous ma direction n’occasionne pas la moindre charge au trésor royal. (‘)

•Ji. Exemples donnés par le Roi et la famille royale.

l*.es infans don Gabriel et don Antonio , en suivant l’exemple de Votre Majesté , ont entrepris l’exécution de divers pi*ojets d’irrigations et de canaux très coûteux. Le premier, dans son prieuré de Saint-Jean; le second, à Calanda, bourg qui fait partie des commanderies qu’il a dans le royaume d’Aragon. Les ordres de Votre Majesté à ce sujet , et l’approbation qu’elle a bien voulu donner à lÆurs Altesses Royales, ont été la suite naturelle de la satisfaction éprouvée par Votre Majesté, en voyant ces desseins patriotiques de ses frères bien-aimés.

Je dois aiTÔter ici un instant le cours de ma narration pour faire remarquer le zèle singulier dont les infans sont animés ,pour encourager toute sorte de culture , zèle qui est partagé par leur auguste frère le prince des Asturies. Il esta la connaissance de tout le monde que de vastes ten-ains ont été lout-à-coup convertis par les soins de Leurs Altesses Royales en fertiles etaboAdans vergers , en jardins délicieux , et en belles

(’}Lc ministère d’état dispose du produit des postes, avec une totale indépendance du ministère des finances. •

ADMINISTRATION

plantations. On sait également combien ils ont encourage' et activé la culture dans les résidences royales, en y travaillant même de leurs propres mains, en ennoblissant la charrue et la bêche , et en apprenant aux grands, par leur exemple, l’objet, l’application et l’importance du laboureur et de ses travaux.

Votre Majesté s’est montrée la principale maîtresse de ce premier des arts utiles , par la fondation d’une école pratique d’agriculture dans les terres qu’elle m’a ordonné de cultiver, et d’exploiter près de la résidence royale d’Aranjiiez. Nous commençons à nous apercevoir des bons effets de cette école. On y suit la véritable méthode , celle d’employer chaque terrain aux productions les plus apalogues à sa nature, et en même temps les plus utiles. Nous voyons des landes arides couvertes aujourd’hui de plusieurs milliers d’oliviers, d’autres terrains plus gras destinés à la production des céréales, et ceux qui sont bas , et par conséquent plus humides , transformés en vergers , en prairies , portant le mûrier, le maïs, le lin, le chanvre, et toutes les espèces possibles de fruits et de légumes.

• On y fait une récolte abondante d’excellente soie , et d’une quantité congidérable de miel et de cire, objets auxquels Votre Majesté elle-même a voulu donner ses soins particuliers. On y tire aussi un profit considérable des troupeaux et de

DE FtOR IDA-BLANC A. 54y

leur laine , et les glands que produisent les chênes qui servent d’embellissement , et forment de magnifiques allées, sont employés à engraisser des porcs. Enfin il n’y a pas de fruit qui n’y soit cultivé , et on n’a épargné aucune démarche ni aucune dépense pour nous procurer toute espèce de plantes et de semences utiles venant de toutes les parties du monde.

Les grands travaux que Votre Majesté m’ordonna d’exécuter pour atteindre le plus haut degré de perfection et d’utilité sous le rapport de la culture , sont et seront toujours un éternel monument de votre sollicitude pour les progrès et l’amélioration de cette ferme. On se sert pour faire le vin et l’huile, de pressoirs parfaitement exécutés, et on conserve ces denrées dans de grands tonneaux ou dans des vases contenant plusieurs arrobas. Tout ceci n'est qu’un modèle, ou plutôt une école pratique de culture et d’industrie agricole, par laquelle Votre Majesté, comme le premier des cultivateurs, ainsi que le fermier le plus prévoyant, le plus expérimenté en industrie agricole, instruit ses sujets dans la profession sans contredit la plus nécessaire à la prospérité de la monarchie.

Par suite du nouveau réglement adopté d’après l’avis du Conseil de Castille pour les plantations, et pour la clôture des propriétés. Votre Majesté a procuré un accroissement considérable à

348 ADMIMISTRATIOK

l’agriculture. Si on ajoute à cet objet beaucoup d’autres mesures déjà arrêtées pour étendre la liberté de la culture, ou pour aider le cultivateur, on est fondé à penser que l’Espagne, y trouvera uye source inépuisable de productions et de richesse?.

Permettez -moi, Sire, de jeter ici un coup d’œil rapide sur les points que Votre Majesté a déjà indiqués dans son instruction pour le conseil d’état, afin qu’il s’en occupe sans relâche, et qu’on puisse les communiquer au Conseil de Castille; 1°. déclarer et établir au profit de chaque possesseur d’un majrorazgo (’) , ou substitution , le droit

' (') 1,^% mayorazgos , ou substitutions, sont de quatre

espèces :

1 °. L’agnation rigoureuse qui borne la succession aux descendans mâles, à l’exclusion des femmes;

2 °. L’agnation artificiosa, par laquelle les héritiers mâles succèdent d’abord en ligne directe , et dans le cas où cette ligne vienne à s’éteindre, les plus proches du côté des femmes ;

3°. L’agnation de masculinidad , ou de la succession aux mâles et aux femmes de la ligne masculine ;

4°. L’agnation régulière, c’est la substitution de la- succession indistinctement aux hommes et aux femmes , les premiers toutefois de préférence aux secondes.

Ces mayorazgos sont en général en faveur de l’aîné : il y en a cependant qui sont établis en faveur des puînés , au point que lorsque le second enfant succédé par lÿ mort de l'ainé , le majorât descend au troisième.

De grands inconvéniens accompagnent cette multiplicité

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DE FLORIUA.-BLANCA. 54g

de recevoir le montant d^s sommes dépensées pour des irrigations nouvelles, des plantations et des défrichemens , d’après la valeur et les produits de la terre, évaluée par autorité de justice dans une période antérieure à ces améliorations. Cette augmentation deviendra la propriété du possesseur actuel et de ses héritiers , malgré les lois contraires à ces dispositions. Combien l’intérêt devrait, dans cette hypothèse, porter les possesseurs actuels h améliorer leurs vastes possessions qu’ils négligent maintenant pour ne point priver leurs enfans ou leurs héritiers de ce qu’ils dépenseraient dans des améliorations.

2 °. Pour encourager la construction dos maisons , permettre , ainsi que Votre Majesté 1 a déjà fait conformément à l’avis d’une junte tenue a Madrid, que toutes les terres considérables puis-

de majorais inaliénables, surtout là ou les femmes ont droit de succéder. Si des héritiers mâles viennent à manquer pendant une génération , les biens des fomillés passent par les femmes entre les mains des étrangers , tandis que les branches collatérales tombent dans 1 indigence et dans l’obacurité. Les possesseurs de tels majorats , lorsqu’ils n’ont point d’enfans , sont très peu attachés à une propriété, à laquelle ils ne s’intéressent que pendant leur vie ; ils laissent tomber en ruine les maisons ; et les terres restent dans l’abandon le plus complet. I.’cspoir de ces successions contribue beaucoup aussi à inspirer l’oisiveté , en ôtant aux hommes tout ce qui jicut les encoiuager au travail. La E fSnuE , vol. V, page io5. ,

ADMINISTRATION

seul être vendues et aliénées par autorité légale, après une estimation équitable, soit qu’elles appartiennent à quelque majorât, patronage, anniversaire, chapellenie, ou à toute autre charge perpétuelle, le niontant devant être placé en faveur des propriétaires du sol ou du possesseur du majorât sur les juros , censos et actions de la banque.

3". Empêcher les avantages qu’il est permis de làire par testament de tercio j quinto (le tiers et le cinquième), ou tout autre genre de propriété, d’être érigés en substitution perpétuelle par ceux qui n’ont pas d’héritiers directs, sans la permission de Votre Majesté. Ce point est de la plus haute importance, parce qu’avec la faculté d’avantager les enfans accordée par la loi, tous avantagent, même le bas peuple, et avec de petites sommes, leurs enfans ou leurs petits-fils. D’ordinaire, ils érigent en majorât la partie des biens qu’ils leur lèguent, formant un patrimoine dont le seul effet est de satisfaire l’amour-propre et d’encourager la fainéantise, laissant ainsi un grand nombre de propriétés qui ne peuvent pas etre cultivées , dans des mains pauvres ; lesquelles ne peuvent pas non plus être vendues aux riches, qui pourraient les rendre productives. De là naissent de grands obstacles pour les progrès de l’agriculture et des arts industriels, sans compter une perte incalculable, résultant non seulement

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DE FLORIDA-BLANC A. 35 l

d’un grand nombre de terrains (jui restent en friche, mais du défaut d’accroissement de fortune et de travail pour les propriétaires peu aisés.

Il en est de même de beaucoup d’autres substitutions ou de majorats perpétuels : aussi, je pense qu’il faut appliquer un prompt remède à d’au,ssi:grands maux. Que l’on maintienne donc la faculté d’avantager et les substitutions perpétuelles, mais qu’elles soient toutes sujettes à l’approbation royale; que l’on s’enquière si le majorai, l’avantage ou la fondation , sont formés . sur des terres ou sur des rentes publiques, en totalité et en partie; que l’on recherche la qua- ' lité du fondateur, celle de la fondation et de ' son revenu, pour s’assurer si cette substitution pourra être profitable à l’Etat, parla dotation', perpétuelle d’une famille, et en augmentant le » nombre des serviteurs fidèles du Roi et de la patrie.

Les majorats ou les substitutions qui ne produisent point un revenu de 4 ooo ducats ( 1 2000 fr. environ), et qui consistent principalement, ainsi que je l’ai dit, en frutos civiles, ne doivent pas plus être tolérés de notre temps. J’aurais éprouvé les plus grands scrupules de conscience si je n’eusse exposé à Votre Majesté ces ^nconvéniens; et chaque fois que l’occasion pourra se présenter, je les exposerai de nouveau en développant les raisons concluantes sur lesquelles je fonde mon opinion.

55a ' ADMINISTRATION

aa. Progrès des àrWides sciences et des manufactures.

Votre Majesté ne s’est point contentée d’encourager l’agriculture par tous les moyens qui sont en son pouvoir, sa sollicitude a été encore plus grande, s’il est possible de le dire, en faveur des progrès de l’industrie, de l’avancemênt des arts et métiers et de l’encouragement du commerce, tant intérieur qu’extérieur. Des millier d'dqvri^ers ont été engagés à venir s’établir^n E^Ag^!,;. Oiiaf^pqr des modèles de ma- ,

i chinés et autres choses nécessaires pour les arts, cherchant ainsi à atteindre, par des procédés économiques, cette perfection qui donne une aussi grande supériorité aux manufactures des ^autres nations de l’Europe. De vastes tanneries i ont été établies à Séville; des manufactures de lingeries et de cotonnades ont été' élevées à, Avila. A Madrid, et dans d’autres villes de province, on a vu des fabriques de boutons, de coutellerie, de joaillerie, d’horlogerie, d’éventails, et de^ plusietirs autres articles de consommation ordinaire, pour lesquels nous dépensions auparavant des sommes considérables, tout ^laissant sans emploi un grand nombre de vos sujets. Sire, qui auraient pu gagner leur^ vie. par leur travail. On a établi des écoles pouc dre à faire des bas, des rubans, de la tioüejfine, des broderies et plusieurs autres branches d’in-

DE FLORIDA- BUNCA.. 355

dustrie. Ces établissemens sont entretenus avec/ le plus grand zèle, par ordre de Votre Majesté'. Il est juste de publier la sollicitude extrême avec laquelle le ministre des finances , don Pedro Llerena, soutient-la plupart de ces fabriques. Votre Majesté a déjà établi à Madrid, dans l’holel appartenant au prince Pio , une fabrique de machines, sous la direction de mécaniciens très habiles et de professeurs étrangers'; on voit, dans un autre quartier, une collection des meilleurs modèles apportés des pays les plus industrieux et les plus éclairés de l’Europe. • ^

Les arts ne pouvant être perfectionnés sans le secours des sciences, et spécialement sans les mathématiques et la philosophie naturelle , Votre Majesté arrêta qu’il serait formé une académie qui pût égaler et même surpasser un jour la plus célèbre de ce genre. Elle a envoyé, à cet effet, dans l’étranger plusieurs personnes douées de capacité et d’instruction , auxquelles elle a assigné des pensions et procuré toute sorte de facilités pour qu’elles puissent se perfectionner dans les sciences, acquérir l’expérience convenable, voir, observer et nous rapporter les meilleures et les plus utiles decouvertes de chaque pays.

Depuis l’époque où Votre Majesté me chargea de former un établissement provisoire pour l’étude de la chimie et de la botanique, et particulièrement un jardin des plantes qui fait main-

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tenant les délices , de la capitale , elle m a autorisé à faire bâtir un édifice magnifique pour les sciences, dans lequel nous voyons déjà que la grandeur et la solidité rivaliseront avec l’utilité et l’élégance. Ce superbe bâtiment a plus de sept cents pieds de long ; il sq trouve déjà assez avancé. C’est là que sera placé le riche cabinet d’histoire naturelle que Votre Majesté a réuni. L’Académie des sciences y trouvera une demeure convenable pour chaque branche des connaissance^humaines . qui est la plus utile au bonheur et à la gloire .des peuples. Tout cela s’opère sans la plus petite charge pour le trésor public.

Je ne parlerai pas des arts libéraux , tels que l’architecture, la peinture et la gravure, si encouragés par les soins de Votre Majesté. L institution de ces academies a précédé mon ministère ; mais Votre. Majesté sait les progrès qu’elles ont faits de mon temps, et avec quel intérêt singulier je les ai protégées par ordre de Votre Majesté, en conférant des pensions, et en donnant des récompenses aux professeurs de ces établissemens. La médecine et la chirurgie n’ont pas été oubliées. Pour favoriser leurs progrès, nous avons fait voyager , aux dépens de Votre Majesté , dans les pays étrangers plusieurs personnes d’un talent reconnu. On s est occupé avec le même soin de toutes les autres branches des connaissances Immaines. Des jeunes gens ont été

DE FLüHIDA-ULAACA.

envoyés pour apprendre les langues dans les différentes cours de l’Europe; quelques ui^ ont été envoyés à Constantinople, en Asie et en Afrique, et nous avons engagé des étrangers s *vans dans les langues orientales à venir chez nous, pour qu’ils puissent être tout- à la fois utiles à la religion et à l’Etat.

Ces mesures prises pour perfectionner l’agriculture, les sciences et les arts, ont été accom-

pagnées de beaucoup d’autres , tendantes à faciliter le commerce intérieur de vos sujets, et les échanges fructueux de leurs connaissances,* de leurs produits et de leur industrie. Il a fallu pour cela construire des routes et des canaux, qui sont les veines et les artères pour la circulation dans le corps' politique. Sans cette circulation, comment pourrait-on renouveler ou affermir cette monarchie? Les secours réciproques des villes et des provinces , l’exportation de leurs produits et de leurs fabriques, ainsi que les échanges du commerce intérieur , seraient singulièrement obstrués sans des routes faciles et convenablement entretenues. '

I • 'a/*. Communications intérieures. •

Quoique Votre Majesté , depuis' Iç commencement de son règne fortuné, eût porté son attention vers la confection des routes, î&ijel

350 ADMINISTRATION

aussi indispensable qu’important , en y aflectant spécialement l’impôt établi sur Je sel en 1 7G0 , toutefois, dans l’espace de dix-neuf ans, dix lieues seulement avaient été terminées sur la route entre Aranjuez et Valence, un nombre égal sur celle de Barcelonne, à peu près trois sur celle de la Corogne , et pas tout-à-fait une sur celle d’Andalousie. Encore ces parties peu importantes, ainsi que celles des i-ésidences royales , celles des montagnes de Guadarrama et de Santander, construites pendant le règne précédent, é«iient si mal entretenues, qu’on pouvait les regarder comme impraticables. Les propriétaires des terres avaiéï t envahi la principale partie^du terrain destiné à former celle de Santander ; il en était de même dans les routes de la Navarre, de la Biscaye, d’Alava et de Guipuzcoa, que ces provinces avaient entreprises.

Dans les neuf ans écoulés depuis que Votre Majesté daigna me confier la .surintendance générale des routes , toutes celles qui étaient dégradées ont été réparées avec de nouveaux ponts , parapets , rigoles et autres ouvrages nécessaires : en outre , Votre Majesté a vu par le plan que j’ai eu l’honneur de mettre sous ses yeux il' y à quelques jour|j que, sansy comprendre quelques travaux, ni une gral'ide partie de ce qui a été fait pendant cette année, plus de cent quatre-vingtquinze lieues ont été terminées et livrées , de mon

nE FLOnjOA-BLANCA. 357

Icnijxs, à la circulation, et plus de deux cents réparées dans les dilTérentes provinces (chaque lieue est d!un quart plus grande que les lieuesordinaires ). On a bâti trois cent vingt-deux ponts; quarante-six ont été réparés : environ mille quarante-six conduits ont été formés pour l’écoulement des eaux, sans compter ceux qui ont été réparés. Outre ces travaux contenus dans le plan, plusieurs autres ont été établis, ainsi qu’il en est question dans les notes, tels, par exemple, que les têtes de ponts, des quais, chaussées, arches, parapets, digues, parois, lavoirs, plantations et vergers, ainsi que plusieui-s autres travaux qu’il serait trop long d’énumérer.

On fit en même temps un réglement pour leur entretien; des ouvriers ont été placés sur les routes, de lieue en lieue, ainsi qu’un intendant pour chaque distance de huit lieues. Des maisons, ont été bâties pour ces ouvriers dans les endroits ou la distance des villes était trop considérable : quarante-neuf de ces maisons sont d^à achevées et servent d’abri aux voyageurs en cas d’accideus. D’autres bâtiroens ont été construits de même pour la perception des péages pendant la construction des routes. On j>eut maintenant, pour entretenir celles-ci, affecter les taxes levées pour leur formation. Des maisons, des auberges pour les postes aux chevaux» des hermitages, de vastes églises, et même des bourgs, ont été élevés

ADMIH1STHAT10^

dans les endroits convenables, pour que l’espace que pa#fcourent toutes les routes fiuisse être sulHsamment peuplé.

On doit remarquer parmi le nombre de travaux aussi considérables , ceux de la Sierra-Morena, ou Puerto del Rey; ceux de Puerto de Cadena, sur la route de»Carthagène; ceux de la route d’Antequera à Malaga; ceux de la route de Galice, ^j>artir d’Astorga. Que d’obstacle^, que de dangers et d’inconvéniens n’a-t-il pas fallu surmonter pour venir à boyt de toutes ces entreprises ! Il n’est personne qai n.’admire, qui ne bénisse Votçe Majesté, lorsqu’on traverse ces districts, surtout celui de la’^Sierra-Morena , .qui a étonné les étrangers les plus instruits , et les gens de l’art les plus distingués, pa^ la magnificence, la solidité et la convenance avec lesquelles des ouvrages aussi difficilas et aussi dispendieux ont été exécutés. i

Une diligence (') a ||té établie pour parcourir une distance de plus de cent lieués entre Madrid et Cadix , dans le but de faciliter les communications avec "ce grand entrepôt commercial, les

( ' ) Plut d’un lecteur sera’ peut-être tenté de sourire en voyant premier ministre d’Espagne se faire honneur de 1 établissement d’une diligence. Que l’on veuille bien observer cependant qu’il existe encore des personnes qui se rappellent très bien l’époque où ce mode de voyager élait encore rare en Angleterre. •

DE FLORID&-BLANCA., 55q

ports enyironnans, Séville, Cordoue, Ecija,. et autres villes qui se trouvent sur la route. On va en établir une autre sur la route de France, le service des postes se trouvant déjà organisé depuis Vittoria. Le départ des diligences aura lieu une fois par semaine de Madrid à Bayonne ; les voyageurs trouveront des auberges convenables qui manquaient auparavant dans le centre de la Castille. Le»dépenses faites pour ces grands travaux montent, d’après le plan présenté, à quatrevingt-dix millions de réauy (vingt-deux millions de francs); et l’impôt sur le sel n’ayant produit que vin^t-sept raillions (six millions anq cent raille francs) dans les neuf années qu’il a eu lieu sous mon’ administration , on voit qu’il a fallu trouver plus de soixante millions (quinze millions de francs) pou i^ire face aux dépenses, dans lesquelles ne sont pas comprises celles pour les canaux de navigation, d’irrigation, réservoirs, ports, édifices publics pour l^s sciences et les arts, l^cmbeUissement et la sécurité de plusieurs villes , ainsi qôe pour d’autres travaux dont il sera fait mention dans un mémoire circonstancié.

J’ai qté, il est vrai, secondé par les municipalités , les archevêques et les évêques que j’ai déjà nommés , par les sociétés patriotiques et par plusieurs autres personnes bien intentionnées. On a aussi affecté à ces travaux l’excédant des revenus des postes que mes prédécesseurs destinaient à

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d’autres objets. J’ai proposé de l’appliquer aux travaux des routes, et de retirer la faculté d’en disposer pour tout autre objet. J’ai profité aussi, avec l’autorisation de Votre Majesté, de l’accroissement du produit régulier et exact des biens ap-. partenant à des personnes non connues, lequel était tout-à-fait perdu ou dissipé, pendant qu’il se trouvait confié aux soins des magistrats ordinaires. Il en résulte donc quenous avons exécuté, et que nous exécutons encore des travaux aussi grands et aussi utiles , sans avoir recours à l’argent du trésor public, ni aux fonds alloués au ministère des finances.

On n’a pas manqué de dire que l’on devait affecter ces fonds au paiement des intérêts de la dette publique^ comme si, selon les règles de la justice et de la conscience. Votre Majesté pouvait leur donner une autre destination que celle pour laquelle ils ont été généreusement offerts; comme .s’il pouvait en exister une meilleure que celle d’employer et de maintenir des milliers de sujets indigens, dont la plupart auraient péri dans les derniers hivers rigoureux, puisqu’une partie d’entre eux meurent à présent pendant cette saison. Les pei’sonnes qui parlent de la sorte connaissent mal la nature des dettes de la couronne et le mode de leur paiement. Serait-il juste de ravir au peuple sa subMstancc , ses provisions, l’exportation de .ses denrées et de ses

UE FLOniDA-BLANCA. 56^

inanufaclures, enfin d’autres communications, | jusqu’à ce que les dettes de la couronne fussent payées , ce qui ne demanderait pas moins de deux/ cents ans, en n’y affectaht que la faible somme annuelle fournie par les villes et par des individus pour les routes et pour les travaux publics? Quant aux dettes de la couronne contracte'es par Votre Majesté, ou elles sont liquidées et remboursées , ou les créanciers se trouvent contens de toucher leurs intérêts , qui son t exactement payés sans aucun égard pour les autres charges du trésor. Pour ce qui est des dettes contractées pendant les règnes précédens, qui sont, à la vérité, considérabk*s, il est nécessaire d’aviser àd’autresexpédiens plus productifs que ceux de priver les villes de leur commerce et de leurs communications. Je prends sur moi d’affirmer, à cet égard , qu’il existe des moyens de s’acquitter et de maintenir le crédit sans épuiser le trésor.

Comment peut-on oublier ainsi les besoins et les malheurs qu’éprouvaient jadis la population, obligée de marcher dans des routes difficiles, exposée à être entraînée par les torrens , et à voir à chaque instant les voitures cassées et démontées, perdant très souvent son bétail et quelquefois la vie? Comment peut-on oublier, je le répète , la pauvreté à laquelle la capitale , ainsi que les villes de province se trouvaient jadis réduites, manquant (le provisions pendant la saison des neiges

et des pluies , les passages fermés, et le pain manquant très souvent à Madrid même et dans les résidences royales. Iæs critiques de ceux qui censurent ces améliorations* sont aussi absurdes qu’il le serait de dire que l’armée, les ministres , et tous ceux qui sont employés au service de Votre Majesté devraient être privés de ce qu# leur est nécessaire pour leur subsistance, çt qu’il faudrait aflecter leurs appointemens au paiement de la dette publique. Abandonnons des projets aussi inhumains et soyons justes. Avoudhs que les grands travaux des routes sont non seulement nécessaires, mais les plus utiles et les plus glorieux que Votre Majesté ait faits pour le bonheur de son peuple bien-aimé. Par ce moyen Votre Majesté est venue au secours de toutes les provinces de cette grande monarchie. 11 y a en ce moment même, dans chacune des vingt-six intendances qui la divisent, deux grandes entreprises de ce genre au moins dont on s’occupe à la fois , sans comprendre les îles Canaries. Ainsi il y a d’innombrables indigens maintenus ; il reste pour prix de leurs travaux un monument éternel d’utilité et de convenance pour leur pays.

D’un autre côté, il y a des routes dont la construction est faite avec une économie qui doit être remarquée. Dans les temps passés, chaque nouvelle lieue de route était évalué«i*à un- million de réaux (deux cent cinquante mille fr.), tandis qu’à

présent elle ne dépasse point, d’après calcul fait, le tiers de cette somme, ainsi que l’on peut s’en convaincre par le projet qui a été présenté à Votre Majesté. Cette économie est due à l’aclivité extraordinaire et à l’intelligence des magistrats zélés et de leurs subordonnés , ainsr qu’au patriotisme de quelques hommes vertueux et désintéressés, qui, sans d’autre paie ni autre récompense que celle qu’ils attendent âu ciel, quittent leurs occupations, les plaisirs et les agrémens de leurs demeures et de leurs familles pour se livrer à la fatigue et s’exposer à l’intempérie des saisons, afiif de surveiller l’exécution des travaux.

(On supprime ici sept pages de ce Mémoire, parce qu’elles ne contiennent qu’une énumération sans intérêt des différentes personnes auxquelles le ministre d’état avoue être redevable de leur assistance. Les principaux directeure des routes publiques étaient don Vicente Carrasco et don Joaquin d’Urbido : les surintendans, don Juan de Villanueva et don Manuel Serrano.)

Outre ces travaux publics. Votre Majesté en a commencé par mes mains beaucoup d’autres d’une grande nécessité, ou ayant pour objet l’embellissement de plusieurs villes qui n’avaient pas les moyens de les faire. Il serait long de parler de tous; je me bornerai à nommer les plus renrarquabk's.

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