‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 99 sur 113 · VI.. • a · texte numérisé non relu

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ADMlIISTRATtONf

diversité d’opiuions et de censure, à laquelle on doit toujours s’attendre de, la part des mécon- , ^ lens, des qjsi£s et des personnes mal, informées ; sur la nécessité et la convenance des desseinl; du monarque. L’expérience fit pourtant voir bientôt ’ à Votre Majesté, ainsi qu’aux.jgsprits droits, que ^ cefexpédient était le plus facile, le moins coûteux, comme le plus efficace, pour se procurer de l’argent à l’effet de soutenir les d^enses de la guerre et payer les arrérages des trouas, des ministères, de la maison de Votre Majesté et les ^ autres services de la couronne. ■ ^

t ' Il fut plus tai’d mis en discussion de iroouve*- 1er cette opération d’emprunt, et d’émettre des , vales de trois cents pesos (piastres). Ayant été consulté sur ce point, je/eprésentai que l’augmenta- * tion de ce papier ferait tomber sa^valeur, porterait atteinte à noire crédit, ce qui exposerait la nation à une honteuse faillite, si nous u’otTrions pas aux porteurs de ces effets des facultés pour les convertir en argent lorsqu’ils en auraient besoin. J’ajoutai que la facilité de cette réduction relèverait le crédit du papier, et préviendrait le manque universel de confiance et les dangers sa dépréciation. Enfin je fus d’avis d’établir une caisse provisoire d’escompte et de réduction , à laquelle nôus^ aufious pu affecter une quantité considérable d’argent que nous avions négocié et retiré du Portugal.

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Gïnvaincu par ces re'flexions, j’eus un entretien avec votre ministre des finances , et je rédigeai les miritite^ des ordres tet des décrets à cet effet, aiiîisi (ju’un réglement pour éloigner les porteurs de vctles de 1 envie de les négocier a>(ec perle, puisque ceux qui auraient besoin d’argent pourraient aisément s’en procurer. Je^cherchaîs d ailleurs à inspirer la persuasion' quq le papieret l’argent étaient la même chose. Lorsque je croyais que tout marchait dans ce sens, je fus étonné d’apprendre que, de l’avis d’une junte tenue chez le gouverneur du conseil, en pré^nce de plusieurs,chefs et employés des finances, on avait pris la résolution de faire une .nouvelle épiissiog de vales, sans adopter toutéfois l’établissement de la caisse de réduction que 5’ avais proposée.

Je sentis tout de suite le mauvais résultat que cette opération devait avoir. Je retirai les minutes des décrets, ordres et réglement, que j’avais préparés , et je demandai instamment qu’il me fût permis de ne plus me mêler à l’avenir d’opérations de finances, afin de ne point être l’instrumeru ni le témoin de nos malheure, et de ne point passer dans le public pour être l’auteur de ces mesures, parce qu’en effet je n’y suis intervenu en rien. Votre Majesté et inon amour pour son service, comme pour le bien public, ne m’ont point permis de maintenir cette reso-

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lution, quoique je susse déjà par expérience que l’on me croyait l’auteur de beaucoup de choses auxquelles je ne me suis pas fortement oppose. Cependant je pris courageusement mon parti sur ce point , comme sur beaucoup d’autres , en sujet dévoué et en ministre fidèle , qui ne doit jamais discréditer les opérations du gouvernement quelle que puisse être son opinion particulière. Continuons :

Mon funeste pronostic fut accompli. Iæ papier baissa , l’argent disparut , et nous nous occupâmfcs, par ordre de Votre Majesté, avec le plus grand soin et une sorte d’anxiété , de trouver le moyen de payer les troupes, les ministères et la maison de Votre Majesté. Les capitalistes cherchaient à nous faire la loi, en exagérant les dangers des voies, la perte dcT leur capital et intérêt, par suite de l’accroissement des dettes de la couronne, et des grandes dépenses que la guerre rendait nécessaires. Les porteurs de voles qui avaient besoin d’argent pour leurs petits paiemens, ou qui manquaient de confiance en ce papier, cherchaient aussi à s’en défaire à quelque prix^ que ce fût. Ne trouvant ni caisse, ni' ressources, ni de fonds fixes pour escompter le papief; on offrit des primes à ceux qui se livreraient à cette espèce de 'trafic. Les voles tombèrent par ce moyen à vingt-deux et plus pour cent de perte : la prime pour les escompter n’allait pas moins

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qu’à treize, tout était dans la confusion et le dés-^ ,üi*dre. On s’arrangea de manière à éviter de les recevoir en paiement, malgré la loi qui y obligeait, et à rendre illusoire l’escompte de la prime.

:Les fournisseurs et autres créanciers, ainsi que l’armée et la marine, prièrent Votre Majesté de les dédommager de leurs pertes.

Telle était la situation de la monarchie , et tel était l’imminent danger d’une banqueroute na- », tionale, lorsque je hasardai de présenter à Votre Majesté le projet d’une banque qui, tout en obviant à la ruine totale de notre crédit, put faciliter les opérations commerciales en général , particulièrement celles de l’Espagne , ainsi qu’on l’avait fait en Angleterre, en Hollande, et dans d’autres pays éclairés sur leurs véritables intérêts.

La création de la banque eut lieu en effet.

3oo millions de réaux (y5 millions de francs) en formaient le capitaF, qui était divise en cent • cinquante millé actions. Les vales devaient etre escomptés, ainsi que les lettres-de-change.

I:æs craintes des porteurs sj^étant calmées par celte disposition , la valeur des efl’ets monta audelà du, pair. La couronne et la nation .s’épargnèrent ainsi une honteuse faillite, et les finances trouvèrent toute sorte de ressources par l’établis- ^ sèment dë la banque. Cependanl les clameui-s des élrqpgers , de ceux qui trafiquaient dans l’ex]îorta-

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tion d’argent, les plaintes de ceux qui t'étiraient des bénéfices immenses des escomptes et des échan;^ ïf' ges, présentèrent la banque sous de si sombres-* couleurs, que bientôt l’on eût l’air d’oublier ses avantages et l’embarras dont elle nous avait tirés.

Ils cherchaient, en la renversant, à nous jeter dé* nouveau dans les mêmes dangers auxquels nous • venions d’échapper avec tant de bonheur. Que deviendrons- nous avec les trois cents millions • d’effets, "si les actionnaires, dégoûtés des traite- * mens qu’ils éprouvent, viennent à retirer leurs actions, et que la banque tombe? Peut-on regarder sans effroi le précipice dans lequèl les ennemis de la banque veulent nous entraîner ? Quel rapport peut-il exister entre les fautes de ses directeui's , s’ily en a de réelles, et l’établissement lui -même? IjCS actionnaires ’n’ont-ils pas nommé douze personnes impartiales pour examiner^ cdnduite de ces directeurs? Que n’attçndaTent-ilsl|f le résultat de leur investigation? Devons-nous ruiner les actionnaires par cela seul que leurs directeurs gouvernent mal ? Songeons néanmoins à la manière dontc^te banque fut formée. Il était impossible d’agir avec plus de circonspection que l’on n’en mit lors de sa création .

Je m’étais déjà entretenu de ces matières avec don Francisco Cabarrus , lorsque don Miguel de «i# Muzquiz me l’adressé par ordre de Vôtre ûïa-^ jeste, pour discuter la première opération^des

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i>ales. Ayant trouvé dans ce négociant agjtif et intelligent, toute la capacité, la clarté etl’eloquence que demant^it une affairp aussi difficile, et aussi compliquée que la création d’unç banque, .

, il me parut convenable que l’exposé et le, projet fussent réàigés en son nom. Cabar'rus rencontra ^ une rivalité à laquelle on ne devait pas s’attendre, et se vit en butte aux efforts d’un parti » formidable qui travaille encore à renverser ses , projets. Je ne nierai point qu’il a conduit cette^'^ affaire de manière à se procurer de grands avam tages personnels. J’avouerai aussi que le' feu de son éloquence et son imagination ont blessé beaucoup de personnes; mais je rie peux m’empé- «clîfer de lui rendre justice en faisant observer qu’il nous a tirés de beaucoup d’embarras pendant la guerre , et qu’il a proposé un grand nombre d*e projets très.^utiles au roi et à la nation tout entière. Permettez, Sire^ cette digression : il • faut rendre justice à un boinme doitt on a oujjlié les importanS services aussitôt qüe les besoins ont cessé, et dont on s’acharne aujourd’hui . à exagérer les torts rpels oq apparens, comme si les hommes, j^n général, ne partageaient pas cette’ destinée.^ ,

J’eus l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté, le plan pour rélablisjement de la bitnque. On chargea de son exanieiwmc junte de iniiiisti'es et de’^persohnes nonunées spécialement

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à cet eflet, qui tint son assise chez feu le gouverneur du conseil, don Manuel de Figueroa. La •junte approuva le plan avec certaines rtiodifica-’ tions et additions. Votre Majesté, non contente de cette approbation , désira y ajouter celle d’une • autre grande junte, composée de membres pris dans tous les ordres de l’État, d’individus appartenant aux diverses classes- de la noblesse, de députés du royaume, de ministres de tous les conseils, de personnes expérimentées dans le commerce, soit à Madrid, soit à Cadix, et de régidors et députés de cette corporation. Enfin, on convoqua pour cette assemblée tous ceux qui ^ avaient des connaissances sur cette matière, ou qui jouissaient de la considération publique. Tous furent d’avis , par acclamation , d’établir la banque, dont le plan fut approuvé par Votre » Majesté. *

On trouve à peine un projet qui ait été examiné et applaudi avec autant de circonspection et de solennité. Votre Majesté ordonna en conséquence d’expédier la real cedula (décret) pour son institution, par laquelle elle déterminait les règles qui devaient régir la banque, en lui accordant en même temps quelques faveurs particulières. Plusieurs de ces privilèges , et même la plus grande: partie, n’ont pas été réalisés; et, quoique la faculté d’exporter de l’argent puisse être, considérée comme une compensation, on

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ne doit pas oublier que ce privilège ne peut pas > lui être retiré , ni diminué, comme ôn voudrait | le faire sous divers prétextes. j

L’extraction de monnaie par la banque a borné son expoi’tatiou à un seul endroit, attendu qu’il est plus facile d’y exercer sa surveillance que sur mille autres que les négocians et banquiers pouvaient choisir pour faire leur commerce. Par cette vigilance, non seulement il devient plus • facile pour le gouvernement de prévenir les fraudes et la contrebande , mais il peut connaître avec plus de précision le cours des changes , les importations étrangères dans le royaume , ainsi que les pertes que nous pouvons éprouver par l’exportation de nos denrées et de nos produits. Aussi nous avons vu les droits sur l’exportation de l’argent et les profits du trésor doubler depuis que la banque eu a le privilège. Cette preuve, ainsi que d’autres, puisées dans les bureaux des douanes , devraient mettre un terme aux conjectures, dissertations et clameurs de ceux qui voudraient qu’on retirât à la banque ce privilège, sans lui tenir aucun compte du bon usage qu’elle fait de la moitié du profit appliqué par elle à la construction du canal du Guadarrama.

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