CHAPITRE IX
(61 (palario-Rral. — Ornuria.
« Vous qui parlez avec enthousiasme de ma belle province, dit un jour Blanca à Maurice, vous qui auriez désiré faire partie du corps d'armée qui marche sur Grenade, vous devez être curieux de voir le lieu où sont conservées les armures des vainqueurs et des vaincus, des Castillans et des Maures. L'Armeria vous fournira
des souvenirs ou vous pourrez lire T histoire •
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d'Espagne écrite en nobles caractères. Chaque siècle y est là vivant, éclatant de la gloire de ses giands hommes, resplendissant encore dans ces armures sous lesquelles ont palpité de grands cœurs. »
Madame de Saizedo , Blanca et Maurice se dirigèrent au château royal, désert a cette époque, car Ferdinand était encore à Cadix. L'Armeria est un immense bâtiment, formant un côté de la %aste cour située en avant de ce palais, qui, bâti par Philippe V, rappelle, quoique inachevé, le château de Versailles. Ce roi avait hérité du goût de Louis XIV pour le grandiose. Situé au nord-ouest de Madrid, le palais domine une partie de là ville et toute la vallée du Mançanarez, que Ton voit couler, souvent opuisé d'eaux, au bas des jardins projetés par Philippe V, n'offrant à présent encore qu'un terrain inculte. Au nord, l'horizon est borné f par les montagnes du Guadarrama , presque toujours couvertes de neige, qui imprègnent d'un froid glacial ces vents si redoutés qui viennent
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surprendre l'habitant de Madrid au milieu des journées les plus chaudes de l'été.
Le palais , dépeuplé de gardes , sembla triste à Maurice : privée de son roi, bien qu'animée pr une nombreuse garnison et par un mouvement de guerre inaccoutumé, cette capitale se ressentait de l'absence du souverain. Le drapeau espagnol avec ses couleurs vives , emblèmes des sentimens de cette nation ardente, ne flottait point sur le vaste édifice, qui semblait porter le deuil de son maître : tel un guerrier, dans des jours fuuèbres , se dépouille d'un éclatant panache. Pour les monarchies, l'absence ou les malheurs des souverains légitimes rejaillissent sur les peuples en longs reflets lugubres.
Ces réflexions, Maurice se gardait de les faire
devant Blanca; la position de son père les lai interdisait : aussi , après avoir admiré le site magnifique qui se déploie devant les yeux, de la cour intérieure du palais, ils entrèrent dans les* salles où sont suspendues des armes de tous les âges; vaste arsenal où brillent les efforts de l'es-
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prit humain pour attaquer et se défendre, où un siècle accuse d'ignorance celui qui Ta précédé, où la science et les arts ont embelli, rendu plus commodes et plus meurtriers les instrumens de la mort. De tant de rivaux de gloire qui portaient fièrement la tête couverte de casques étincelans , qui défendaient de nobles causes derrière les éclairs de leurs glaives , à peine si quelques noms arrivent à la postérité ! mais ceux-là sont redits avec enthousiasme; les poètes les chantent, les peintres les font passer aux siècles à venir, et les soldats s'inclinent et se découvrent, émus et respectueux , devant les dépouilles de ces héros.
« Arrêtons -nous, dit Blanca , devant cette « armoire de glaces , dans laquelle sont suspen- « dues les épées du Cid, de Roland, de Gonzalve « le grand capitaine, de Pizarre, d'Isabelle, de « Cortez : l'épée de Hernand Cortez, Maurice, «c'est toute la vie de ce grand homme, c'est « toutr un siècle; c'est le monde ancien inondé « des richesses du nouveau ; c'est le nouveau