‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 35 sur 58 · LE MOINE DE M ONG AT · texte numérisé non relu

LE MOINE DE M ONG AT

Angéliques créatures que le ciel appela à lui ,

et auxquelles il voulut donner promptement une

céleste récompense !

« Depuis , rentré en Espagne, ne retrouvant

que des ruines et des monceaux de cendres, là * où j'avais eu des fermes et des habitations, ayant perdu dans la guerre et mesparens les plus proches et mes amis les plus chers, je compris qu'il fallait oublier le monde pour m'attacher à celui qui ne trompe jamais. J'entrai dans l'ordre des Chartreux ; mais l'orage révolutionnaire qui gronde encore sur l'Espagne nous a dispersés, comme nous avons vu les flottes des conquérans dispersées par les vents. Vous voyez , Monsieur , comme notre habitation a changé d'aspect ! » Et le moine de Mongat , après avoir promené ses regards autour de lui , laissa retomber sa tête sur sa poitrine.

En effet , les constitutionnels ont transformé en place forte et en caserne un séjour de pix et de tranquillité : les fenêtres et les terrasses d'où ces pieux cénobites allaient encore jeter

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un coup d'œil sur le monde, sont crénelées et disposées à envoyer la mort ; des phrases de la constitution sont substituées aux sentences des saintes Écritures, des paroles obscènes, des chansons impures, remplacent sur les murs l'image a demi effacée des saints révérés en Espagne et les versets de leurs hymnes : les juremens et le bruit des armes ont retenti dans ces corridors, qui n'ont été foulés que par la sandale silencieuse, et dont les échos n'ont jamais murmuré que de pieux soupirs. $

Et déjà le clairon qui retentissait dans la montagne annonçait que nos troupes légères

d'avant-garde s'étaient remises en marche

« Adieu, mon père, lui dis-je; nous rétablirons et les autels et le trône ébranlé de Ferdinand , nous qui avons tiré le glaive pour la plus sainte et la plus royale des causes ! ! ,

— « Avec l'aide de Dieu, jeune homme! » me dit d'une voix sévère le religieux, qui avait

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conservé sa panse immobile , comme absorbé dans quelque douloureux souvenir.

Et je quittai avec un sentiment d'effroi ce séjour abandonné et le moine de Mongat, dont le cœur, desséché par le malheur, paraissait inaccessible désormais à tout espoir comme à toute crainte.

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