‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 37 sur 58 · MOLINS— DEL— REY. 2 I · texte numérisé non relu

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lient la plaine de Barcelonne, et tourna ainsi la citadelle , la place et le fort Mônt-Jouich. Nous présentions le flanc d'une longue colonne flottante et peu serrée , car le chemin était escarpé, étroit et coupé de ravins. Les Espagnols échelonnèrent quelques troupes dans la plaine , et firent quelques démonstrations menaçantes.

Nous passâmes par les villages de Gracia, Sarria, Pedralbas, San-Pedro , et notre tête de colonne arriva à Espulgas à midi et demi. La, nous apprîmes par les habitans du pays que Ton se battait à Molins-del-Rey depuis huit heures du matin. L'infanterie était harassée; mais le bruit de quelques coups de canon vint jusqu'à elle, et l'ardeur des soldats se ranima. La division fut partagée en deux colonnes : Tune suivit la grande route ; l'autre le chemin des montagnes. Un aidede-camp fut envoyé , avec quelques chasseurs d'escorte , pour annoncer aux combattans l'arrivée de la division. Voilà ce qui s'était passé :

Le général Laroche - Aymon avait en face de lui les Espagnols , massés sur les hauteurs qui

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dominent Molinsr-del-Rey : il était séparé d'eux par le magnifique pont jeté sur le Llobrégat , guéable en ce moment sur tous les points. Ce général devait se borner à faire quelques dispositions d'attaque pour occuper l'ennemi , bien supérieur en nombre ; mais comment s'en tenir à prendre position , à de simples démonstrations, en face d'un ennemi que l'on rencontrait nombreux pour la première fois , et après lequel on avait couru pendant plusieurs mois sans pouvoir le rejoindre ? Les soldats étaient pleins d'ardeur, les officiers brûlaient de combattre. Le général Laroche - A vmon donne le signal de l'attaque. Le 3 e de ligne s'avance au pas de charge , l'arme au bras. Une fusillade terrible renverse les premiers grenadiers. Le brave colonel Fantin s'élance en avant ; Laroche^Ajmon met au bout de son épée son chapeau bordé , et chante gaiment : « En avant, Farifan la Tulipe : en avant, Fanfan, en avant. » A la manière dont cet officier-général, qui n'avait jamais servi qu'à l'étranger, mène nos soldats au feu, on eût dit

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que toute sa vie il avait commandé à des Français. Le premier rang de la compagnie de grenadiers tombe sous les balles ; trois officiers roulent sur le pont, Les grenadiers s'élancent au pas de course, mais ils ne peuvent atteindre l'ennemi, qui s'enfuit de toutes parts et gagne de hautes montagnes presque inaccessibles. En vain nos soldats les poursuivent, les Espagnols leur échappent par une course rapide : quelques prisonniers seulement furent le résultat de cette journée, qui ataij été pniparéede longue main far le maréchal Moncey, et qui nous coûta du monde,

Le vieux inaré^chaj arriva sur le pont au moment qù le capitaine de grenadiers, qui venait de recevoir une balle au front, était renversé sur le parapet, pantelant et se débattant contre cette mort douloureuse qui vous fait tordre et mordre la terre , contre cette mort cruelle , si souvent le partage du soldat. Il s'arrête, ôte son chapeau , et s'adressan t au malheureux agonisant : « Capitaine, vous mourez au champ d'honneur, de la mort des braves ; qu'une consolation adoucis*

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