‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 43 sur 58 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Parler longuement des travaux de i'ravestissement , ce serait faire le récit de combats d'avant-postes et de tirailleurs , où ceux qui étaient engagés firent constamment preuve de valeur et d'intelligence; mais ces attaques réitérées de part et d'autre n'amenèrent aucun résultat décisif. Plusieurs sorties eurent lieu s- une seule fois nos lignes furent forcées ; le général Curial

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se mit à la téte d'un bataillon , prit l'ennemi en flanc , et peu d'instans suffirent pour reprendre notre position.

Cependant un combat mérite d'être rapporté , parce qu'il fut le prélude d'événemens importons pour le quatrième corps. Depuis quelques nuits, les Espagnols lançaient autour de la place des pots-a-feu , qui , éclairant une partie de leur ligne et les remparts , attiraient sur ce point toute notre attention. Nous apprîmes que le bruit se répandait dans la ville que nous devions tenter une escalade de nuit, et nous pensâmes qu'ils redoublaient de précaution pour parer à une attaque.

Le 10 octobre, à la pointe du jour, on aperçut de nombreuses colonnes déboucher par les portes de la citadelle et de la ville, descendre du Mont- Jouich, et s'avancer, protégées^par un feu des plus vifs de toutes leurs batteries, sur San- Marti, San-André, le Clot, Gracia, Sans et l'Hospitalet. En un instant, les bataillons de réserve se réunissent sur les différentes places

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d'armes , l'artillerie est attelée , la cavalerie est à cheval ; on se prépare à une vigoureuse défense. Les bombes, les obus, les boulets, déchirent l'air, sillonnent la plaine , brisent les oliviers à l'abri desquels se mettent les tirailleurs, démolissent les maisons où logeait l'infanterie. Depuis trois mois que nous étions en présence des Espagnols, nous n'avions jamais eu une attaque si générale, si vive , une marche aussi déterminée. Leur principal effort se porte sur la gauche , défendue par le général de Vence , brave et calme dans le danger. U contient l'ennemji , que ses troupes peu nombreuses , disséminées sur une longue ligne, suffisent a peine pour repousser. Ses rapports lui apprennent qu'un débarquement a eu lieu hors de la ligne d'investissement , et que trois mille hommes ont quitté Barcelonne dans la nuit pour prendre terre sur notre extrême gauche ; une ilotille composée de bâtimens légers longeait la côte, et rentrait paisiblement dans le port.

L'attaque qui continuait à être vive, l'incertitude où l'on était sur la direction de leur marche,

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ne permettaient point de dégarnir notre ligne pour envoyer sur-le-champ des troupes à leur poursuite. La colonne ennemie devait-elle nous tourner et nous prendre entre deux feux , ou marchait-elle au secours dès places fortes du nord qu'elle voulait tenter de ravitailler? Cette conjecture était la plus probable, car une lettre du gouverneur de Figuères , adressée âu général Mina , étant tombée entre nos mains , nous fit connaître l'état de détresse dans lequel se trouvait la garnison de cette place. Une reconnaissance fut envoyée pour avoir des rapports plus circonstanciés : au bout de quelques heures , on sut que cette colonne , commandée par le général Femandez , avait pris le chemin des montagnes, et se portait sur Hostalrich et Figuères pour débloquer ces deux places , ou leur donner du secours. Le bataillon d'émigrés, qui comptait trois cents Français, faisait partie de cette expédition.

La position du général de Damas devenait critique. Cet officier-général , resté devant Figuères

i i i us. a3y avec peu de troupes , devait être attaqué par des forces si supérieures, qu'il lui eût été difficile de ne point opérer un mouvement rétrograde. Un officier fat immédiatement envoyé pour le prévenir. ,

Nous combattîmes tout le jour pour conserver nos positions ; l'attaque ne se ralentit qu'au commencement de la nuit : aussitôt, trois bataillons et deux cents chevaux partirent , sous les ordres du général Nicolas , à la poursuite du général Fernandez. C'était hardi à ce général de traverser quarante lieues de ce pays occupé par les Français , et dont les populations étaient hostiles aux constitutionnels. Le baron de Damas ne pouvait disposer que de peu de monde : par un bonheur inouï , six cents jeunes soldats , appartenant à différens régimens , arrivaient de France, Wpasr saient sous les murs de Figuères. Il s'en empara aussitôt. Instruit que l'ennemi était à Besalu avec des forces supérieures , il envoya une reconnaissance de cinq cents hommes , avec ordre d'éviter %out combat. Mais un capitaine d'état-major ,

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homme ardent et entreprenant , commandait cette troupe , et l'engagea avec la colonne du général Fernandez. Le capitaine d'état-major fut tué : la reconnaissance culbutée se rejeta sur le général Damas , qui fut obligé de la soutenir avec beaucoup de monde. Ce ne fut qu'après plusieurs charges brillantes de cavalerie que l'ennemi s'arrêta. A une attaque aussi impétueuse , à une vigueur à laquelle les Espagnols n'avaient point habitué leurs ennemis, on devina que leur tête de colonne était composée de Français. Enfans de la même patrie , suivant chacun un drapeau différent, c'était une affreuse extrémité que celle de combattre les uns contre les autres; mais du moins la lutte eut lieu sur une terre étrangère.

La mût mit fin au combat , et le baron de Damas fit occuper le chemin de Canavellas qui conduit a Figuères. Le lendemain au point du jour, l'ennemi déboucha avec impétuosité, força le passage, et , malgré un feu des plus vifs , s'avançait avec audace , lorsque le général Maringoné s'empara du plateau de Llers, où se livra .

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un combat acharné. Les émigrés Français se battaient en héros , avec le courage du désespoir. Plusieurs charges à la baïonnette eurent lieu, sanglantes, et la victoire demeurait indécise, lorsque le général Fernandez aperçut la tête de colonne du baron Nicolas, qui accourait en toute hâte avec sa cavalerie et ses voltigeurs. Il comprit que toute résistance devenait inutile, et demanda à capituler : les Français demandaient à mourir. Un homme de cœur, un brave comme eux, un homme fidèle à sa foi aujourd'hui , comme eux à leurs croyances , M. de Chièvres , aide-decamp du baron de Damas , le même qui figurait il y a quelque temps sur le banc des accusés vendéens , les pressa d'accepter une honorable capitulation. Sur la parole du baron de Damas, homme de conscience, sur les instances de M. de Chièvres , ils consentirent à se rendre ; c'était assez de sang versé. Ce dut être un beau jour pour ceux de nous qui , la cocarde blanche au front, vainqueurs, mais généreux après une lutte acharnée , furent assez heureux pour convaincre

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des Français combattant sous un autre drapeau, d'accepter la vie , et de la garder pour la patrie. ( Note 3. ) -

Dans les guerres civiles, ceux qui croisent bravement leur épée sont toujours sûrs de se comprendre , car il est rare que dans un soldat il n'existe pas des sentimens généreux. Mais dans les révolutions , les haines et les ressentimens sont toujours plus violens chez ceux dont la main n'a jamais manié le fer, et dont la poitrine ne s'est jamais présentée aux balles. Ceux-là suivent à la piste les soldats , pour profiter de leur victoire. Ils ressemblent au chacal, cet animal d'Afrique, qui, trop faible, trop timide pour tuer, suit le lion pour lécher les restes d'un sang qu'il n'aurait su verser.

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