‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 45 sur 58 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Onu** yornipatiatu

La campagne de i&*3 terminée, les points les plus importans furent confies à des divisions françaises, qui restèrent trois années en Catalogne, en Navarre, dans la Biscaye, la Castille et l'Andalousie, Burcelonne, Pampelune, Saint* Sébastien , Vittoria , Burgos , Madrid et Cadix ,

a5o l'armée d'occupatiow.

furent occupés par nos troupes. L'armée, étrangère à tout esprit de parti , intervint entre les royalistes et les constitutionnels,, et fut souvent utile pour contenir l'exaspération des différentes opinions. Bien quê la discipline la plus sévère continuât a être rigoureusement observée ; que rien ne pût choquer ni les mœurs, ni les usages , ni les croyances des Espagnols ; que notre séjour répandit de l'argent dans les provinces où nous tenions garnison , il était cependant facile de * s'apercevoir que nous commencions à être vus avec défaveur. Impatiens du joug étranger, quelque doux qu'il puisse être, et certes rien ne décelait le vainqueur exigeant, mais bien l'allié loyal et fidèle , les Espagnols n'en désiraient pas moins nous voir quitter leur territoire. Leur esprit national et leur fierté ne les abandonnèrent jamais , et ils le témoignaient dans les moin-

dres circonstances.

Nous fûmes convaincus que les opinions sont trop tranchées pour que l'on puisse créer un parti mixte qui marche entre les deux seuls qui

l'armée d'occupation. a5ii

dominent en Espagne. Ces deux partis sont : les absolutistes ou apostoliques , partisans de la monarchie absolue, qui veulent le roi absolu, el rey absoluto; les constitutionnels, qui veulent la constitution proclamée dans la guerre de l'Indépendance.

• A la première opinion appartient le clergé, qui domine de toute sa puissance et sans partage d'autorité les populations des campagnes et des villes de la plus grande partie des provinces d'Espagne, à l'exception de quelques villes du littoral de l'Océan et de la Méditerranée. C'est l'immense majorité de la nation.

Les constitutionnels ont pour eux une partie du haut commerce des villes maritimes, et quelques familles riches et anciennes. Ces grands d'Espagne qui suivent la ligne révolutionnaire ressemblent à ces familles de France dont l'illustration , qui remonte aux temps les plus anciens de la monarchie , rend leur conduite inexplicable. Fiers de leurs blasons, courbés sous le poids des faveurs de la cour, revêtus de l'her-

n5a l'ahmke d'occupation.

mine du législateur, on a vu quelques uns de ces illustres rejetons, transfuges au camp du peuple, dans les temps d adversité de nos rois. A chacun son rôle. Leur condition est d'être monarchiques , de défendre et non de démolir la royauté. Classés dans Tordre social par leur naissance , leurs idées premières , leurs goûts , leur orgueil , ils mentent à leur origine lorsqu'ils veulent con-

ri

de tous.

En rentrant en France, nous présagions des jours sinistres à l'Espagne ; nous pensions que des réactions auraient lieu, car trois années n'avaient point efface* totalement les souvenirs de haine contre la conduite des constitutionnels. Il paraît que rien de sérieux n'éclata. Le gouvernement comprima, mais n'étouffa point les ressentimens qui fermentaient au fond des cœurs. C'est de l'Espagnol que l'on peut dire :

altd mente rcpostum!

L'ARMÉE d'oCCUPATÎON. 2 53

Il n'oublie jamais. Le temps seul pouvait diminuer des haines profondes. Malheureusement des événemens se préparaient, qui allumèrent les flambeaux de la guerre civile dans ce royaume , dont le peuple ne sommeille jamais que les armes à la main.

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