MARIE-CHRISTINE
partit en public. Après avoir conquis le peuple , elle s'empara du cœur de Ferdinand.
On raconte les anecdotes suivantes, qui font connaître les moyens à l'aide desquels Marie- Christine parvint à dominer l'esprit du roi.
Naturellement défiant, Ferdinand craignait que la reine ne voulût s'immiscer dans les affaires de l'État. La jeune princesse n'eut garde de témoigner le désir dfc s'occuper de politique. Napolitaine et adroite, elle habitua par de ten- / dres soins et de constantes caresses le roi à ne pouvoir se passer d'elle. Au moment où se réunissaient les ministres, elle s'éloignait, affectant une grande réserve et une parfaite indifférence pour les affaires. L'appartement de la reine attenait a la salle du conseil. Dans les commencemens, elle laissa le roi seul ; elle se plaignit de l'ennui qu'elle éprouvait d'être séparée si longtemps de lui. Ensuite elle entra dans la salle, et vint dire quelques mots de tendresse au monarque , fatigué de graves et pénibles discussions ; puis elle laissa ouverte la porté de son apparte-
OOO MARIE— CHRISTINE.
ment ; éloignée, sans être absente, elle participait déjà aux délibérations ; enfin elle vint s'asseoir au conseil pour ne plus jamais quitter le
roi. Par la suite elle prit aux délibérations une part active , et finit par les diriger, ou au moins sa voix fut toujours influente et souvent décisive.
Ferdinand était jaloux. Comment chasser tout soupçon de son esprit ? On dit qu'un officier de la garde royale devint éperduement amoureux de la reine. Rêvait-il, sous un monarque affaibli par les maladies, la destinée des Leicester et des Orloff , ou l'infortuné se laissa-t-il entraîner par un sentiment irrésistible, sans calculer qu'amour de reine peut donner la mort? Avait-il cru lire Quelque sentiment de bienveillance dans les yeux de sa souveraine? c'est ce que tout le monde ignore. Mais il présenta à la reine un bouquet emblématique composé de couleurs rouge et verte, langage symbolique connu des Espagnols, qui signifie amour et espérance. Marie-Christine le reçut, puis, s'élançant chez le roi, pâle et
MARIE-CHRISTINE. 3o t
émue, elle jeta sur la table le fatal bouquet en disant : « Voici ce que m'a donné don G.... » L'officier fut exilé à Ceùta , où il expie sous le ciel dévorant d'Afrique la hardiesse et l'imprudence d'avoir déclaré son secret.
Ces ruses de femme qui passent inaperçues dans les conditions ordinaires , acquièrent de l'importance sur le trône , puisque les moindres circonstances influent sur la vie des rois, et pèsent de tout leur poids sur la destinée des peuples.
Marie-Christine devint mère, et donna le jour a dona Isabella, princesse des Asturies, à laquelle Ferdinand légua sa couronne. La reine devint grosse une seconde fois : l'Espagne, l'Europe entière, on peut le dire, eût désiré que la naissance d'un prince vînt ôter tout prétexte de
troubler l'ordre de succession, et que la couronne, transmise de mâle en mâle, fût remise sur la tête d'un prince héritier direct et légitime du trône d'Espagne, depuis qu'à son avènement Philippe V institua la loi salique, cette loi a la-