A MARIE-CHRISTINE
quelle l'Espagne doit sa force, puisqu'elle lui doit la réunion de ses divers royaumes , et qu'elle exclut les étrangers du trône. Avec quelle anxiété le peuple de Madrid attendait dans les premiers jours de l'année i852 que le drapeau rouge fût hissé sur la partie la plus élevée du palais , télégraphe flottant, qui eût instruit sur-le-champ toute la capitale qu'un prince était né. Les avenues , les rues , les places qui mènent à la demeure royale étaient remplies d'une foule empressée et respectueuse qui palpitait d'attente. La Providence en décida autrement : une fille fut le dernier rejeton que donna Ferdinand.
La santé du roi s'affaiblit de jour en jour. La reine , dominée sans doute par le sentiment le plus impérieux que la nature ait mis dans le cœur d'une femme, par l'amour maternel, voulut fixer sur la tête de sa fille une couronne que son front ne ceindra peutrêtre jamais. Entourée d'hommes ambitieux qui espéraient posséder le pouvoir pendant une longue régence, elle fut facile à tromper, et jamais on ne lui fit connaître
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les dangers auxquels elle exposait sa fille, les suites sanglantes d'une collision entre le frère du roi , don Carlos , héritier légitime , les malheurs auxquels elle allait livrer la nation qui l'avait adoptée , l'Espagne , qui , sans les dernières volontés de Ferdinand, ignorerait aujourd'hui les horreurs d'une guerre civile longue et sanglante.
Marie-Christine s'est crue appelée à faire luire sur ce royaume des jours glorieux, pendant les longues années de sa régence. L'orgueil de la jeune femme , l'amour aveugle de la mère , son inexpérience, l'ignorance où elle est des mœurs de la nation espagnole, qu'elle na vue qu'au théâtre et au Prado , ont été exploités par des hommes ambitieux. Elle a été entourée de séductions. La foute , le crime, en sont à ceux qui l'ont trompée , qui ont voulu faire de cette jeune reine un instrument entre leurs mains , profiter de son énergie, de la force de son caractère, pour lui faire oser des choses injustes, qui ont exalté ses sentimens , faussé ses idées. Us ont dit à la
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jeune femme : Le peuple est fier de vous ; le lion de Castille sera guidé par la main douce de la reine. Nouvelle Isabelle , vous commanderez l'amour de vos sujets. La tache est facile ; vous donnerez votre nom au siècle qui marchera brillant de votre éclat.
Ils ont dit à la jeune mère : Pourquoi laisser Isabelle princesse du sang , lorsque vous pouvez l'asseoir sur le trône ? La régence ne sera point orageuse. Jeune, énergique, Marie - Christine façonnera la main de sa fille à porter le sceptre. Marie-Christine connaît son siècle : l'Espagne marchera entraînée à une régénération qui lui fera reprendre son ancien rang. Cette détermination , la politique la conseille a la régente ; le sentiment maternel l'ordonne à la mère.
Et Marie - Christine s'engagea dans une voie périlleuse ; et aujourd'hui elle connaît les soucis de la royauté , ses cruelles insomnies. Son cœur de femme est déchiré par mille sentimens qui lui seraient inconnus si elle se fût contentée des
vêtemens de deuil de la veuve de Ferdinand,
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sans vouloir disputer un trône dont les marches sont déjà sanglantes. Elle a cru dominer, reine puissante ! Faible femme , elle est déjà loin du but , entraînée , foulée par des exigences insatiables, brisée peut-être avec ceux qui ont lancé .sur cette teçre semée de précipices le char sur lequel elle n'eût jamais dû monter.