CHAPITRE XXXII
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Autour de la reine se groupent pour l'appuyer de leurs conseils et partager ses dangers si elle succombe et sa gloire si elle est heureuse , car le jugement que portera la postérité de sa conduite actuelle dépendra de ses succès ou de revers , plusieurs personnages qui ont plus
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ou moins d'empire sur elle. En première ligne, l'infante Luisa-Carlotta , sa sœur aînée, épouse de l'infant don Francisco de Paula. Cette princesse doit avoir une grande influence sur l'esprit de Marie Christine, qui peut sentir le besoin de s'appuyer sur la popularité dont jouissent ces deux infans.
L'infante Luisa - Carlotta est belle , quoique avec un peu trop d'embonpoint peut-être; de beaux cheveux blonds ombragent un front majestueux et tombent en anneaux d'or sur un contour de visage parfait ; une peau d'une blancheur éclatante, de beaux jeux bleus , une physionomie expressive , douce ou sévère , suivant
une femme qui serait partout admirée , même si elle n'était point entourée des prestiges du trône. Elle est de sang royal par sa tournure imposante ; mais elle sait se dépouiller de son air de majesté , car elle est parfaitement bonne et adorée de tous ceux qui l'entourent. Cette princesse est douée d'une volonté ferme, d'une grande
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force de caractère. De nos jours , les femmes se sont faites hommes ; elles se précipitent à travers le danger, jouent hardiment avec le péril. On dirait que les filles du roi François I er des Deux-Siciles ont épuisé sous le ciel brûlant d'Italie et aspiré à elles seules toute l'énergie qui devrait se trouver dans les rois de l'Europe. Elles possèdent l'audace qui ne réfléchit pas , le cœur <pii conçoit de grandes entreprises , le courage qui les exécute. Pour de saintes causes ou pour de funestes ambitions , n'importe ! Ces vertus rares, elles fermentent dans le cœur des femmes issues des Bourbons de Naples.
Don Francisco de Paula , second frère de Ferdinand , est séparé du trône par don Carlos et sa nombreuse famille. En prêtant le serment à la jeune princesse Isabelle , ce prince n'en a pas moins donné à la volonté du roi , son seigneur et maître , un de ces exemples de soumission aveugle que l'on trouve dans la famille des Bourbons , dont tous les membres se regardent comme les premiers sujets de celui qui tient le sceptre.
l'infante luisa-caklotta. 309 H a abdiqué ses droits , ceux de ses enfans et
leventualité de la couronne pour sa postérité. Ces principes d'obéissance aveugle, les infans d'Espagne les puisent dans leur éducation. L'esprit de Philippe V s'est transmis dans sa famille. Étrangers totalement aux affaires de l'État , les infans ne sont investis d'emplois ou de commandemens que dans les momens dé crise , où le souverain éprouve le besoin d'échelonner sur les marches du trône les princes de son sang , qui donnent l'exemple rare d'une soumission qui s'interdit toute réflexion , et dé les placer comme boucliers devant sa royale personne.
Don Francisco ne connaît point les ennuis des affaires publiques ; il mène une vie toute de plaisirs. L'infante Luisa et lui forment fcn contraste frappant avec le reste de la cour. Ils fréquentent habituellement les promenades, les théâtres , les bals publics et de souscription qui se
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remarquer par ses dépenses , son luxe , ses brillans équipages , sa bophomie et son désir
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utile. Bon, excellent, familier, rejetant bien loin l'étiquette sévère du palais , il encourage les artistes , parle à tout le monde , reçoit tous les placets , accueille toutes les demandes , rend tous les services possibles, et se fait adorer à Madrid , où on le voit passer sans cesse, saluant de la main et nommant chacun par son nom.
Don Francisco jouit d'une véritable popularité.
L'infant don Gabriel * Sébastien , très jeune homme , amateur des beaux-arts , épousa , il y a deux ans, Marie-Antoinette de Naples, sœur de • l'infante Luisa et de Marie-Christine ; enfant qui vint, à l'âge de dix-sept ans, grossir le parti napolitain contre le parti portugais. Il est nécessaire d'expliquer ici que les fréquentes alliances des infans et infantes d'Espagne avec les cours de Naples et de Lisbonne, ont toujours amené des rivalités entre les princesses de ces deux cours ; que l'infante Luisa et la reine éprouvaient peu de sympathie pour les princesses Marie - Françoise d'Assises de Portugal et la princesse de
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Beïra, mère de l'infant Gabriel. Le mariage de ce jeune infant eut lieu en quelque^sorte à F insu de sa mère. Cette princesse eut à ce sujet avec le roi des scènes fort vives, à la suite desquelle» elle se retira dans un couvent.