CHAPITRE V
Stirnitniôtrûtion promnriaU.
La. première petite ville que l'on rencontre en entrant en Espagne, est Irun. Deux choses doivent frapper celui qui sait voir, dès les premiers pas que l'on fait dans la Péninsule, et cette observation est générale pour la plus grande partie de ses provinces : c'est l'indépendance et la sagesse des administrations provinciales.
Il n'existe point un village qui n'ait une belle église , une vaste place , une belle fontaine publique, et presque toujours un hôtel-de-ville qui
serait remarqué dans la plupart de nos villes de France de troisième ordre. Toutes les villes et hameaux de la Biscaye ont, en outre, un emplacement destiné a servir de jeu de paume aux habitans de cette province, qui se livrent avec passion à ce divertissement. Dans aucun pays , il n'existe une administration plus éclairée , plus indépendante, plus paternelle et plus soigneuse des intérêts qui lui sont confiés.
A mesure que les conquêtes, les acquisitions , les héritages , les traités , les alliances , eurent réuni des provinces ou des royaumes au domaine primitif, chacune de ces provinces a gardé ses droits et ses franchises ; le niveau n'a pas encore passé, pour courber ces peuples de moeurs et d'origines différentes , pour les façonner à une honteuse centralisation. On peut dire que le roi d'Espagne , regardé, par le plus grand nombre, comme roi absolu, est plutôt le protecteur que * le maître des différentes parties de son royaume. Ce souverain absolu n'oserait point toucher à certaines prérogatives; il se trouve plus géné
pour lever des impôts, et pour créer de nouvelles charges à son peuple , que ces rois de l'Europe qui , par le mécanisme trompeur d'un gouvernement représentatif, écrasent leurs nations sous des budgets onéreux.
De cette indépendance des provinces , de cette force et de cette confiance en elles-mêmes, il* a surgi des résultats inespérés , impossibles à réaliser dans un pays organisé comme la France. En Espagne , la capitale n'est que la première ville du royaume , le centre des administrations, mais non point la ville despote qui plie tout sous son joug au gré de son caprice ; les provinces ne sont point engagées , par une basse habitude , à une obéissance passive : aussi , dans la guerre de l'indépendance, Madrid pris, n'a été qu'une grande ville entre les mains du conquérant. Il n'a point suffi d'un ordre émané de la capitale du royaume pour que les provinces s'empressasseut de courber la tête sous l'aigle impériale, et de saluer le vainqueur. Non , la noble nation espagnole se rallia à elle-même. Veuve de ses souverains, sans
capitale , sans trésors , sans armée , elle voulut être libre , et Joseph fut roi des murs de Madrid et non des Castillans.
Ces résolutions héroïques qui sauvent les nations , les Espagnols les puisèrent d'abord dans leur fierté originelle qui a horreur du joug de l'étranger, puis dans l'indépendance de leur organisation provinciale et dans la puissance de leurs municipalités. Des courriers furent envoyés dans toutes les provinces; le clergé prêcha une légitime, une sainte insurrection contre le tyran. Il fut écouté : il revêtait la liberté des couleurs de la religion ; lui peuple , il parlait au peuple. La guerre s'organisa terrible , le peuple espagnol redevint libre; et ce que ne purent faire les armées organisées des souverains du Nord, les bandes populaires de l'Espagne , les guérillas, ne le tentèrent point en vain : elles empêchèrent l'établissement d'une nouvelle dynastie sur cette terre éminemment monarchique, et dévouée à
ses souverains légitimes.