‹ L'espèce et la race en biologie généraleChapitre 12 sur 66 · I. Ch. Darwin, op. cit., p. 20, t. I · texte numérisé non relu

I. Ch. Darwin, op. cit., p. 20, t. I

HO l'espèce et la race en biologie générale

et devant participer aux caractères de nos chiens de chasse, il constate aussi que Rutimeyer a fortement insiste* sur la constance de forme de ce chien. Et il ajoute que c'est là un fait intéressant.

Pour un temps moins éloigné et par conséquent historique, on lit ceci un peu plus loin : « J'ai parcouru les magnifiques ouvrages de Lepsius et de Rosellini et y ai trouvé la représentation île plusieurs variétés de chiens sur les monuments de la quatrième à la douzième dynastie, c'est-à-dire de l'an 3400 à 2100 avant Jésus-Christ. La plupart se rapprochent du lévrier; rependant, vers la dernière période se trouve liguré un chien ressemblant à un chien courant, à oreilles pendantes, mais ayant le dos plus allongé et la tête plus pointue que les nôtres. Il y a aussi un basset à jambes courtes et torses, très analogue à la variété existante ; mais ce genre de monstruosité est si commun chez divers animaux, comme chez le mouton ancon, et d'après Reugger, chez le jaguar du Paraguay, qu'il serait peut-être téméraire de regarder l'animal représenté sur les monuments comme la souche de tous nos bassets ; le colonel Sykes a aussi décrit un chien pariah indien qui présentait le même caractère monstrueux. Le chien le plus ancien liguré sur les monuments égyptiens est un des plus singuliers; il ressemble à un lévrier, mais a les oreilles longues et pointues et la queue courte et recourbée; il en existe encore dans l'Afrique du nord une variété assez voisine, car M. E. Vernon Harcourt raconte que le chien avec lequel

DISCUSSION DE LA CARACTÉRISTIQUE SPÉCIFIQUE Ili

les Arabes chassent le sanglier est un animal hyérogliphique et bizarre, comme celui avec lequel les Chéops chassaient autrefois, et ressemblant un peu au chien courant écossais; il a la queue fortement enroulée au-dessus du dos et les oreilles détachées ïl angle droit. Un chien ressemblant au pariah a coexisté avec cette très ancienne variété.

« Nous voyons donc qu'il existait déjà, il y a quatre ou cinq mille ans, plusieurs races ressemblant de plus ou moins près à nos races actuelles, chiens pariahs, lévriers, courants, dogues, bichons et bassets. Il n'est cependant pas démontré qu'aucun de ces anciens chiens aitappartenu identiquement aux sous-variétés actuelles. Tant qu'on a cru que l'existence de l'homme sur la terre ne datait que de six mille ans, ce fait de la diversité des races à une période aussi reculée constituait un argument d'un certain poids en faveur de leur provenance de plusieurs souches sauvages, vu l'insuffisance du temps écoulé pour que la modification ait pu produire d'aussi fortes divergences. Mais maintenant que la découverte d'instruments de silex enfouis parmi les restes d'animaux éteints, dans des régions qui ont depuis éprouvé de grandes modifications géographiques, nous démontre que l'homme a existé depuis une époque incomparablement plus ancienne, et que nous voyons les nations les plus barbares avoir des chiens domestiques, l'argument de l'insuffisance du temps perd beaucoup de sa valeur. »

C'est vraiment se donner trop beau jeu que de rai-

sonner de la sorte. Ce qui aurait besoin d'être démontré, ce n'est point, comme le prétend Darwin, que les chiens figurés sur les monuments égyptiens soient identiques aux chiens actuels, mais bien qu'ils aient antérieurement subi, dans leurs caractères essentiels, des modifications. Il semble oublier d'ailleurs que, pour quelques-uns, l'identité a été constatée par des auteurs non suspects, cités par lui-même, durant la période néolithique autrement reculée. On ne peut pas remonter plus haut, puisqu'il est reconnu que l'état domestique des animaux date seulemeut de cette période.

Comme on ne peut raisonner solidement que d'après les faits, et non d'après de simples suppositions, il est clair que ces faits attestent, pour les chiens ainsi que pour les autres animaux mammifères déjà examinés, la permanence des caractères spéciliques. Ils prouvent que ces caractères sont chez eux restés intacts depuis un temps qu'il n'est pas possible de calculer. Les modifications nombreuses que ces chiens ont subies, même de nos jours, sont étrangères à leur type naturel. Et c'est là ce que le célèbre philosophe anglais n'est point le seul à n'avoir point compris.

Un des plus étonnants exemples donnés par de Quatrefages à l'appui de son opinion sur les modifications que peut subir le crâne est, sans contredit, celui du H. triceros de Hochebrune. A son sujet il n'entre dans aucun détail et se borne à dire : «.... 11 existe au Sénégal uue race qui porte sur le nez une troisième corne

parfaitement caractérisée par son noyau osseux revêtu de matière cornée. C'est le bœuf ou mieux le zébu à trois cornes, que M. de Rochebrune a fait connaître. » Et deux figures sont jointes au texte, dont Tune représente une té te d'animal vivant et l'autre le crâne préparé. On y voit très bien qu'il s'agit d'une production cornée irrégulière et pendante.

Voici du reste en quels termes de Rochebrune a fait connaître cette prétendue race 11 est bon de citer complètement pour l'édification du lecteur.

« Les naturalistes et les voyageurs de toutes les époques, dit-il, pour des raisons qui nous échappent, ont gardé le silence le plus absolu sur une race de bœufs domestiques propres à la Sénégambic, dont l'étude présente un intérêt particulier.

<« Appartenant, comme la plupart de ses congénères africains, au groupe des zébus de grande taille (lios indiens Auct), elle paraît être originaire des hauts plateaux du Fouta-Djallon, d'où les Peuls, peuples pasteurs, l'ont dispersée, dans un but commercial, sur tout le littoral compris entre le Cap Blanc et la pointe de Joall, les deux rives du Sénégal et la presque totalité du Cayor ; sur cette vaste étendue de territoire, les Nègres et les Maures de la côte l'emploient, sous la dénomination de Hœu/s porteurs, au transport des gommes et des produits du pays.

1. A.-T. de Rochbbbune, Formation de races nouvelles. Recherches d'ostéologie comparée sur une race de bœufs domestiques observée en Sénégambie. Comptes Kctutus de VAc. des Se, t. XCI, f». 304.

114 l'espèce et i.a race en biologie générale

« Un caractère éminemment particulier la distingue des autres races : ce caractère consiste dans la présence sur la région nasale d une véritable corne, identique aux cornes frontales par sa nature même et son mode de développement. Propre aux femelles aussi bien qu'aux màlcs. cette corne, parfois conique, plus fréquemment développée en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, atteint une hauteur moyenne de 0",060 à O m ,075 sur 0",055 de large et 0".U40 d'épaisseur; ses faces sont sillonnées de côtes et de dépressions perpendiculaires, des stries d'accroissement horizontalement stratifiées régnent de la base au sommet, les os propres du nez sur lesquels elle repose, plus courts que dans les zébus en général, ne s'articulent pas directement avec les frontaux ; ils en sont séparés par un wormien trapézoïdal, dont la base s'unit avec eux par une suture droite et horizontale. A partir de ce point, ils s'élèvent obliquement et forment une protubérance haute et allongée : il est facile de voir qu'un travail physiologique spécial s'est établi dans cette région ; sous l'influence du rôle que les sus-naseaux étaient appelés à remplir, leur tissu, ordinairement compacte, est devenu le siège d'une vascularisation des plus accusées, et l'hypergénèse de leurs éléments constitutifs a provoqué l'ostéoporose fonctionnelle, dont l'aspect caverneux peut être comparé à celui des noyaux osseux des cornes frontales.

« Ce phénomène, que l'examen d'un seul individu tendrait à Taire considérer comme simplement térato-

Digitizeci by

logique, acquiert une valeur réelle lorsqu'on étudie un grand nombre de sujets. En effet, sur un troupeau de cent têtes, par exemple, on rencontrera toujours 55 à 60 individus porteurs d'une corne nasale parfaitement définie ; les 45 ou 50 autres n'en auront pas, mais tous invariablement montreront un gonflement de la région nasale, recouvert d'une lame cornée mince et rugueuse. Il devient dès lors manifeste que l'on est en présence d'un caractère héréditairement transmis par suite de générations successives et consécutif d'une race depuis longtemps lixée. »>

La description qu'on vient de lire suffirait pour montrer qu'il ne s'agit point du tout là d'un caractère de race depuis longtemps fixée, d'un caractère héréditaire, mais simplement d'une production cornée accidentellement développée sur un grand nombre d'individus ayant tous été soumis à une même influence particulière qui a échappe à l'observateur. Nous en avons d'ailleurs la preuve péremptoire dans un mémoire présenté en 1894 à la Société centrale de médecine vétérinaire par M. Monod sur la péri pneumonie contagieuse des bovidés en Sénégambie. Dans ce mémoire, l'auteur, après avoir établi que la maladie règne depuis longtemps sur le bétail du pays et que la pratique de l'inoculation y est générale, s'exprime ainsi au sujet de l'opération et de ses suites 1 :

t. Mono», De la péripneumonie contagieuse des bovidés en Sénégambie. Bulletin de lu Soc. cettlr. de méd. vêler. Séance du 28 juin 1804), p. 465.

« ... Le mode d'inoculation sur le chanfrein, cité par M. le D r de Rochcbrune, dans sa note à l'Académie des Sciences, mérite d'une façon toute particulière de fixer notre attention, d'abord parce que ce procédé n'est pas appliqué en France, ensuite et surtout, à cause des phénomènes consécutifs qui en sont la conséquence.

« La matière à inoculer étant préparée, l'opérateur fait coucher les animaux en entravant les quatre pieds. On les amarre solidement à l aide d'un nœud coulant qui, prenant un des paturons postérieurs, vient s'enrouler autour des cornes et fléchit fortement la tête sur un des côtés de l'encolure. L'opérateur pratique alors, avec un couteau, un poignard ou un instrument plus primitif, une incision sur le chanfrein. Cette incision est faite ordinairement de haut en bas et mesure 6 ou 10 centimètres de longueur.

« Llle atîecte la forme d'unT ou d'une H-, plus rarement elle est interrompue : dans certains cas, elle remonte jusqu'entre lesdeux yeux. L'instrument, manié sans ménagement, pénètre jusqu'au périoste qu'il entame plus ou moins profondément. 11 est ensuite promené sous la peau, de part et d'autre, de façon à rompre les adhérences du tissu conjonctif et à faire des poches à gauche et à droite de la plaie. Ces poches sont destinées à recevoir le virus qui a été préparé, et celui-ci y est maintenu soit à laide de points de suture soit à l'aide d'excréments de vache.

« Les petits cubes de poumon péripneumonique, qui sont le plus souvent employés dans cette circons-

DISCUSSION DE LA C A R A C.TÉ R I ST1 Q l' E SPÉCIFIQUE 117

tance, sont conservés pendant plusieurs jours et ne cessent d'être utilisés que lorsqu'ils sont complètement desséchés.

« Quelques heures après l'opération, ces cubes sont retirés ou tombent d'eux-mêmes par suite de la vive inflammation qu'ils ont provoquée. La suppuration ne tarde pas a s'établir; la peau devient rouge, tendue, et un engorgement énorme, chaud, douloureux, entoure la plaie. Certains opérateurs appliquent des raies de feu deux ou trois heures après l'opération ; d'autres attendent la production des phénomènes inflammatoires; d'autres encore ne s'occupent plus des opérés...

« Le périoste, qui a été le siège d'une très vive irritation, prolifère et donne naissance à une exostose de forme variable.

« Il se produit, en même temps, sur les lèvres de la plaie, une modification profonde dans la couche papillaire du derme, et a la place du tissu de cicatrice ordinaire commencent à apparaître des cellules cornées qui sont sécrétées en grande abondance et qui recouvrent rapidement l'exostosequi leur sert de base.

« La plaie est généralement guérie entre le vingtième et le trentième jour; mais l'exostose augmente encore de volume, la sécrétion cornée reste très active et la protubérance nasale n'est guère constituée d'une manière définitive avant h» deuxième ou le troisième mois qui suit l'opération. Parfois même s'établissent autour de la plaie des trajets tistuleux qui peuvent subsister pendant plusieurs années.

H 8 l'espèce et la race en biologie générale

« L'inflammation produite dans le périoste, et qui a pour conséquence I'exostose dont nous avons parlé, varie suivant les circonstances de l'inoculation. Elle parait d'autant plus vive que l'incision a été plus profonde, que le périoste a été plus entamé, que le poumon était plus frais et que la quantité île sérosité employée était plus considérable.

« La tumeur cornée qui recouvre I'exostose varie égaemenlde forme etde volume ; réduite parfois il quelques cellules cornées seulement, elle peut atteindre d'autres fois une hauteur de dix-huit à vingt centimètres. Rarement régulière, présentant des si lions concentriques plus ou moins saillants, elle affecte la forme polyédrique, tronc-polyédrique, conique, prismatique, etc. »

Cette longue citation était nécessaire pour bien établir l'erreur dans laquelle est tombé, faute d'informations suffisantes, l'inventeur du H. triceros de la Sénégambie. Il n'y a eu là, comme on le voit, nullement formation d'un type crAnicn nouveau par phénomène léralologique et transmis par hérédité». 11 s'agit tout simplement d'un accident individuel résultant d'un traumatisme, cl qui s'observe sur un grand nombre d'individus parce que tous ces individus y sont soumis pour la raison pathologique qu'on connaît maintenant et qui, apparemment, avait échappé au naturaliste voyageur qui a cru découvrir ce type nouveau. En s'en emparant au profit de sa thèse, de (Jualrefages n'a donc point apporté à son appui une preuve valable. Il eut été d'ailleurs, sans cela, singulier de voir prendre pour

une corne caractérisée la production irrégulière en question. En vérité, si peu difficile qu'on puisse être sur la valeur des observations, il n'est pas permis de se méprendre ;\ ce point.

Tout aussi peu sérieuse est la comparaison entre le crâne du lapin sauvage et celui du lapin qu'on appelle bélier, faite par de Quatrefages, d'après des pièces de ma propre collection que, sur sa demande, je lui avais fournies. Sans se préoccuper d'établir que le second dérive du premier, ce qui n'est rien moins que prouvé, il s'est borné à signaler leurs grandes différences de volume. Cela, évidemment, n'impliquerait en aucune façon une modification des formes. Celles-ci toutefois, dans le cas, ne sont pas moins différentes que les volumes. La conclusion qui en découle, d'après tous les faits bien observés, c'est que les deux sortes de lapins appartiennent à des espèces distinctes, du moment que leurs caractères essentiels ne sont pas identiques. De la part de ceux qui les font dériver l'une de l'autre, c'est toujours la pétition de principe, l'affirmation pure de ce qui, précisément, est en question.

L'opinion la plus répandue, au sujet de l'origine de nos cochons domestiques, du moins quant à ceux de l'Europe, est que ce sont des sangliers domestiqués. C'était celle de Cuvier. Is. Geoffroy, de son coté, les a fait dériver, non pas du sanglier d'Europe (Sus serofa), mais au contraire du sanglier d'Asie (S. inf ficus), ainsi que le sanglier d'Europe lui-môme. J'ai

montré, il y a déjà plus de trente ans, que pas plus l'une que l'autre de ces deux opinions de Cuvier et d'is. Geoffroy ne sont admissibles. Elles ne le sont pas, pour cause de différences fondamentales, non seulement dans la formule vertébrale, mais encore dans les formes crâniennes. Avec le môme nombre de vertèbres dorsales, en effet, nos porcs d'Europe ont une lombaire de plus que le sanglier. Tous les autours sont d'accord pour en compter cinq seulement chez celui-ci, tandis que tous aussi, sauf Cuvier dans ses Leçons ttanatowie comparée (2" édition), en accordent au moins six aux cochons domestiques. L'inadvertance de l'illustre savant ne peut se comprendre que d'une seule façon. Dans la conviction où il était relativement à l'origine de ces cochons, il leur aura attribué, sans plus ample informé, un nombre de vertèbres égal à celui du sanglier. Il n'est pas probable qu'il se fut trompé sur leur nombre réel s'il avait cru devoir les compter. D'autre part, les cochons asiatiques en ont, d'après Eyton, une de moins que le nombre de celles de notre sanglier.

Ainsi que je l'ai fait remarquer 1 , il ne paraît pas possible qu'en devenant domestiques les sangliers eussent ainsi gagné une vertèbre. Si partisan que l'on soit de l'étendue illimitée de la variation, on ne voit

1 . A. San90n, Sur l'origine des cochons domestiques (Réponse à un mémoire de Nehring). Journal de VAnat. et de la Physiologie, t. XXIV, 1888. Et antérieurement: Mémoire sur la prétendue transformation du sanglier en cochon domestique. C. H., t. LXII1, p. 743-928.

pas sous quelles influences un pareil gain aurait pu s'effectuer. Il n'y a là, évidemment, aucun caractère d'évolution par adaptation. Mais ce n'est pas seulement dans le rachis que se trouvent des caractères différentiels. Le crâne de nos cochons domestiques ne diffère pas uniquement beaucoup de celui du sanglier d'Europe, il diffère aussi entre les deux espèces connues de ces cochons. Il en est de môme, et peut-être encore davantage, pour le cochon asiatique, par rapport au S. indiens et au S. serofa. Car il faut remarquer que l'opinion d'Is. Geoffroy n'a pas été adoptée, et que c'est le sanglier d'Europe qui passe pour être la souche de tous les cochons domestiques.

Des formes crâniennes de ce sanglier nous ne retiendrons qu'une seule, parce qu'elle suflit à notre démonstration. Le profil de sa tête osseuse, depuis le sommet jusqu'au bout du nez, est absolument rectiligne, tandis que chez notre porc à grandes oreilles longues et pendantes, à face longue, il est fortement angulaire rentrant ; chez celui dont les oreilles sont allongées et portées presque horizontalement, à face longue aussi, mais effilée, ce profil est également angulaire, mais très obtus ; chez l'asiatique enfin, à face très courte et camuse, l'angle est encore plus accentué que chez le premier.

Hermann von Nathusius, qui a fait une étude très minutieuse des crânes de suidés 1 , a cru pouvoir attri-

1, Herm. von Nathusius, Schweinschûdel, etc. Berlin, 1861,

buer ces différences à des variations produites par l'état domestique. Si cela pouvait être démontré, ce serait une preuve certaine de la non-fixité des formes crâniennes, et conséquemment de leur non-valeur caractéristique. L'auteur a prétendu que chez les sangliers devenus domestiques, n'ayant plus à fouiller le sol avec le groin pour y chercher leur nourriture, les muscles de leur nuque sont devenus inactifs; que dés lors ces muscles ne tirant plus en arriére le sommet de la téte auquel ils s'attachent, ce sommet s'est dirigé en avant ; et ainsi le profil rectiligne du sanglier serait devenu angulaire rentrant. (Test donc par une action mécanique supprimée dans la vie domestique que se serait opérée la transformation supposée.

Darwin, bien entendu, s'est emparé de l'explication, la tenant pour avérée. Il s'est exprimé à ce sujet dans les termes suivants : « Dans les races les plus fortement cultivées, dit-il 1 , les modifications du crâne sont étonnantes. Il faut, pour apprécier l'étendue des changements produits, étudier l'ouvrage et les excellentes figures de Nathusins. L'extérieur du crâne entier a été altéré dans toutes ses parties. La face postérieure, au lieu de s'incliner en arrière, est dirigée en avant, ce qui entraîne beaucoup de changements dans d'autres parties. Le devant de la téte est fortement concave ; les orbites ont une forme; différente; le méat auditif une direction et un aspect autres; les incisives opposées des

Page 1