Ch. DuiwiN, op. cit., t. I, p
ailes, dans chacune do ces espèces, apportent un important contingent à notre sujet. Ici, bien entendu, la sélection, du moinscelle due [d'intervention de l'homme, n'a pu jouer aucun rôle. Peut-être, et probablement même, n'en est-il pas ainsi de celle que Darwin a appelée sélection sexuelle. Il semble naturel d'admettre que les papillons mâles recherchent de préférence 4 , pour s'accoupler, les femelles de leur couleur. Certaines des espèces admises comme distinctes, par cela seul qu'elles sont de couleurs différentes, pourraient bien n'être que de simples variétés d'une seule et même espèce. Je ne me permettrai pas de trancher la question. Mais, si je ne m'en rapportais à l'examen que j'ai pu faire de plusieurs collections aussi complètes que possible, j'inclinerais fort, je dois l'avouer, à la résoudre dans le sens de l'affirmative, .le n'ai pu trouver aucune différence morphologique entre certains individus diversement colorés.
Chez les mollusques testacés, le fait éclate de la manière la plus frappante. Là les formes du lest sont plus faciles à saisir que celles du corps des insectes peu volumineux, composé de partiesdiverses, et les couleurs sont moins variées. Les espèces de coquilles se distinguent aisément. Les connaissances spéciales sont à peine nécessaires pour les reconnaître. Dans la belle collection conchyliologique de mon ami le D r Jousseaume, si richeen espèces de tous genres qu'il y a rassemblées avec amour depuis tant d'années, ne reculant «levant aucun voyage lointain pour se les procurer et pour en déeou-
vrirde nouvelles, notamment dans la mer Rouge ; dans cette magnifique collection, bien connue des zoologistes, j'ai pu constater, avec le docteur lui-môme, combien sont variées, pour les mômes formes, les couleurs du test. C'est surtout sur les porcelaines, dont le volume présente, de son côté, de si grands écarts entre un minimum presque infime et un maximum paraissant, par comparaison, relativement énorme, que les colorations se montrent variées. Depuis la teinte blanche la plus pure jusqu'à la teinte rouge sombre parsemée de mouchetures blanches, avec l'intérieur d'un beau rose, on observe toutes les gradations, mais non pas suivant les volumes. Certains auteurs ont admis diverses espèces de porcelaines ; mais Jousseaume, mieux éclairé, selon moi, sur la caractéristique spécifique, n'en reconnaît qu'une seule se présentant sous plusieurs variétés.
Les peignes (Pec/ra), coquillages comestibles bien connus sous le nom vulgaire de coquille Saint- Jacques, ont l'intérieur de leurs valves tantôt entièrement blanc, tantôt bordé d une bande irrégulicre, plus ou moins large, de teinte d'un rouge clair ou foncé. Us ne diffèrent point pour cela de formes, ni môme de grandeur. Parmi les coquilles de dimensions égales, les unes sont bordées, les autres non. S'il en était autrement, on pourrait penser que la coloration ne se produit qu'à une certaine phase du développement du mollusque. Le fait prouve qu'il n'en est rien.
Bien d'autres cas analogues se montrent dans la même classe d'animaux, aussi bien d'ailleurs chez les
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mollusques nus que chez les lestaeés. En multiplier les exemples serait superflu. Quelques faits bien constatés valent autant que mille pour la démonstration. La profusion des faits n'y ajouterait rien de véritablement utile, du moment que l'argument est décisif. Elle n'est nécessaire que dans le cas où, ne sentant pas la possibilité de convaincre, on veut seulement persuader. Ceux que nous avons choisis rendent évident que dans toute l'animalité comme dans le règne végétal les variétés de couleur sont une réalité. J'ai tenté aillcursd'interpréler leprocessusde leurproduction,el ce que j'en ai écrit il y a déjà longtemps n'a été contesté par personne. Mon interprétation est du reste parfaitement conforme aux lois physiques. Ici ce ne serait pas le lieu d'y revenir. Il suffit de constater que les conditions déterminantes de la coloration des êtres vivants sont sujettes à la variation et que, pour ce motif, cette coloration ne peut intervenir à aucun degré dans la caractéristique spécifique. Elle n'est bonne que pour caractériser des variétés, dans chaque espèce, précisément parce qu'elle est un résultat non douteux de variation.
Les variétés de taille et de volume, étroitement dépendantes de la fertilité des lieux où se développent les individus, de leur richesse en éléments constituants de ces individus, sont encore plus communes que les variétés de couleur, et leurs conditions déterminantes encore plus faciles à saisir. On comprend à merveille que le développement qu'atteignent les sujets de chaque
espèce végétale ou animale soit proportionnel à la quantité de leurs matériaux de construction.
Les cultivateurs ou agriculteurs et les horticulteurs le savent bien. Ils enrichissent, par un apport d'engrais, les sols cultivés où ils sèment leurs plantes, de même que. par des travaux d'ameublissemcnt et d'aéralionde ces sols, ils rendent plus facilement assimilables les éléments nutritifs qu'ils contiennent. Les plantes sauvages, celles qui poussent spontanément, atteignent elles-mêmes des développements variables dans les mêmes conditions, selon les localités où elles sont considérées. La même espèce, envisagée sur une grande étendue de terrain, montre le fait d'une façon indéniable. Dans les expériences de laboratoire, où il s'agit d'étudier l'influence de telle ou telle substance fertilisante, ou de telle association de substances, on sème toujours, comme témoin, la même graine dans une terre qui en est artificiellement dépourvue ou qui n'en contient qu'une moindre quantité. Si l'action de la substance ou de l'association de substances est efficace, le témoin se montre toujours moins développé que les sujets qui lui sont comparés.
C'est du reste un fait de connaissance vulgaire, que les plantes cultivées dont l'espèce existe encore à l'état sauvage sont toujours plus grandes et plus fortes de tige que celle-ci. Toutes leurs parties atteignent un développement proportionné. L'exemple le plus commun qu'on en puisse citer est celui de la carotte qui pousse spontanément dans certaines prairies. Par la
morphologie de ses organes essentiels elle ne diffère point de celle de nos jardins, dont la racine est comestible. Aucun botaniste, à ma connaissance, ne conteste leur identité spécifique. Les différences qu'elles présentent, soit dans les parties aériennes, soit dans la racine, sont attribuées à la culture. Daucus enrôla devient ainsi D . carota saliva. De même pour les luzernes, pour les trèfles et pour un grand nombre de plantes cultivées depuis plus ou moins longtemps, et qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer, les faits qui s'y rapportent étant universellement connus. Ce serait presque injurieux pour les lecteurs de supposer leur ignorance à cet égard.
Les botanistes, et il n'en a pas manqué, qui, chez les plantes spontanées, ont attribué k ces différences de taille la valeur d'un caractère spécifique et ont ainsi, dans les genres qu'ils ont étudiés, multiplié comme à plaisir le nombre des espèces, ont donc commis de véritables erreurs. Il leur aurait sufli de changer de milieu les plantes considérées pour s'en apercevoir, ou môme seulement d'introduire dans leurs études le point de vue expérimental, au lieu de s'en tenir, comme tous les naturalistes l'ont fait durant trop longtemps, à la simple observation.
Les variétés de taille sont tellement nombreuses et tellement signilicatives, chez les animaux vertébrés, en particulier chez les mammifères, qu'il serait en vérité bien superflu de s'occuper à ce sujet de ceux des autres embranchements. 11 n'est même pas nécessaire de faire
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intervenir celles que, chez les espèces sauvages, les naturalistes appellent des variétés géographiques. Nos animaux domestiques en fournissent suffisamment pour que la démonstration du fait soit complètement satisfaisante. En anthropologie même, l»»s auteurs qui, dans la caractéristique des races, accordent le plus d'importance à la taille, ne parlent dans leurs descriptions que d'une taille moyenne, ce qui implique nécessairement un maximum et un minimum, entre lesquels l'écart est souvent considérable. C'est surtout dans les races les moins civilisées et occupant de vastes étendues que cet écart se montre le plus grand. Mais elles ne sont point les seules qui le présentent. La race malaise, par exemple, qui s'étend depuis les îles de la Malaisie jusqu'en Chine, en offre un cas bien frappant.
On a remarqué, à ce propos, que les populations insulaires atteignent une taille proportionnelle à l'étendue des lies qu'elles habitent. Et cela ne s'applique pas seulement aux populations humaines. La remarque embrasse tous les animaux terrestres.
Des animaux domestiques, les chiens sont ceux chez lesquels les variétés de taille se montrent incontestablement les plus nombreuses, avec les écarts les plus grands, proportionnellement. C'est vraisemblablement parce que leurs espèces sont les premières passées à 1 état de domesticité. Elles ont été, depuis les âges préhistoriques, les plus étroitement mêlées à la vie humaine. Les chiens n ont pas seulement toujours été
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des auxiliaires précieux, mais encore des compagnons intimes et affectueux.
Entre le grand lévrier chasseur et la gracieuse et svelte levrette de salon, réduite parfois aux proportions les plus minimes, dont la taille atteint à peine 25 à 30 centimètres, tandis que celle de l'autre peut aller jusqu'à 80, il n'est pas possible de saisir de réelles différences de formes. La dernière n'est que la réduction en statuette du premier. Pour s'opérer, avec le temps, par une sélection persévérante, la réduction a dû sans doute passer par une longue série de phases intermédiaires, qui ont constitué des ' variétés temporaires. (Juelqiies-uncs de ces variétés, du reste, existent encore. Toutes les levrettes de salon ne sont point actuellement de la même taille. Celleci, dans la variété aristocratique, comporte elle aussi un maximum et un minimum. Klle atteste la puissance de la sélection sur les caractères variables. Kt ce n'est point la seule variété de chiens d 'appartement qui ait donné la preuve de cette puissance. Plusieurs autres, selon les caprices de la mode, ont été ainsi obtenues. Celles des carlins, des king's-Charles, des bichons, des chiens de manchon, etc., toutes dérivées d'espèces de taille plus élevée, sont dans le même cas. C'est par une supposition vraiment trop hardie qu'elles ont été considérées, par certains auteurs, comme des modifications d'une espèce unique, ainsi d'ailleurs que toutes les autres espèces de chiens. A ce sujet, on s'est déjà expliqué dans un des chapitres précédents.
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L'espèce du dogue, si nettement distincte des autres par ses formes crâniennes, a fourni elle aussi plusieurs variétés de taille qui, pour offrir des réductions moins accentuées que colles qu'on observe dans l'espèce du lévrier, n'en sont pas moins significatives. Du grand dogue véritablement colossal, au petit ratier, en passant par le bouledogue et par le petit mopse que la mode a fait adopter comme hôte des voitures avec un harnachement couvert de grelots, les écarts de taille ne sont guère moindres. Les chiens loulous, jadis compagnons «les conducteurs de diligence, dont ils signalaient, par leurs aboiements joyeux, la traversée des villages, présentent avec leur prototype des variétés de taille dont les écarts sont toutefois moins grands. Ce prototype, entretenu, sous le nom de chien arabe, par les tribus berbères du nord de l'Afrique, est celui qui s'éloigne le moins du chacal, même dans certaine variété, par la couleur de ses poils, quoique la plupart soient blancs. Peu cultivé, il est lui-même de la taille du chacal, qui est, comme on sait, peu élevée.
Le basset aux jambes si courtes auxquelles est du son nom ne diffère par rien autre du chien courant de grande taille, chasseur à courre comme lui. 11 n'en est, lui aussi, qu'une réduction obtenue par sélection. Les effets de cette sélection datent de loin, à coup sûr, car, ainsi qu'on la vu, l'existence de la variété du basset a été constatée au temps de l'ancienne Kgypte. Mais ces effets ne sont point pour cela douteux. On pourrait délier quiconque de distinguer le crâne du
basset de celui du courant, dcm^mc que celui du chien d'arrêt, dit braque. Assurément, si des recherches historiques comme celles que mon ami M. Piètrement a consacrées à l'évolution de ce dernier étaient possibles, elles ne pourraient manquer d'aboutir à la confirmation de ce que nous avançons.
Les chevaux, autant que les chiens, présentent des variétés de même sorte, mais non pas pour la plupart produites, comme chez ces derniers, par l'intervention des hommes. Ces variétés sont plutôt de Tordre géographique. On n'en connaît guère qu'une qui soit bien évidemment de création humaine. Dans l'espèce asiatique, dont l'aire embrasse presque toute l'étendue du globe, et dont le berceau se trouve, de l avis unanime, en Asie centrale, la taille du prototype est estimée n l m , i5. Plusieurs variétés, dans la race, sont descendues à une taille inférieure à 1 mètre. C'est le cas de celle de l'île de Corse, notamment. Je possède une photographie exécutée par Lapirque dans une des îles de l'Océan Indien, et qui représente à la fois deux hommes, deux chiens, dont l'un grand et l'autre petit, et une jument de l'espèce en question. La jument n'arrive pas jusqu'à la ceinture des hommes et n'est pas plus haute que le grand chien. Cela lui indique certainement une taille de moins d'un mètre. Aux Philippines, d'après des ossements que j'en ai reçus par l'intermédiaire d'un de mes élèves, il n'est pas loin d'en être ainsi ; et partout, pour mieux dire, en Extrême-Orient. En Perse, la taille s'élève un peu
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au-dessus de celle du type primitif, et celle-ci se rétablit en Syrie et dans le nord de l'Afrique, en Hongrie, au Caucase, en Italie et dans le sud-ouest de la France, ainsi qu'au sud de l'Europe. Elle s'est abaissée de nouveau dans les landes de Gascogne et dans celles de Bretagne.
En Angleterre, où l'espèce est représentée par la variété des chevaux de course, dont la plupart sont, comme on l'a déjà dit, de son type, elle a subi un fort agrandissement sous l'influence d'une alimentation riche et de la gymnastique fonctionnelle de l'entraînement. Aucun individu de celte variété n'a moins de l ra ,(>0 de taille, et le plus souvent cette taille est dépassée de plusieurs centimètres. L'écart entre le minimum et le maximum est toujours de plus 0"\60, ce qui, par rapport au type naturel, représente une différence, en plus ou en moins, d'au-delà de 45 0/0. Et personne n'a jamais contesté l'origine commune de toutes ces variétés de taille disparate. L'histoire de l'extension de la race est d'ailleurs maintenant bien connue. Cette histoire, telle qu'elle a été étahlie par les recherches si patientes et si érudites de Piètrement, a pleinement confirmé les déductions que j'avais tirées de son élude zoologique.
Une autre espèce chevaline, dont l'aire s'étend sur notre littoral armoricain, sur l'Irlande, sur le pays de Galles, sur les Shetland, sur l'Islande, sur la Norvège et sur la Suède, mot en évidence des faits non moins significatifs. Chez nous la taille de cette espèce s'est
élevée jusqu'à l m ,50 environ. Dans les Iles Britanniques elle ne dépasse guère l m ,20. Dans les Shetland et en Islande, elle n'atteint jamais 1 métré, et elle descend le plus sou vent jusqu'à 0 m ,80. En Norvège et en Suède elle ne dépasse guère 1 mètre. L'écart entre le minimum et le maximum est donc plus fort que dans le cas précédent. Les poneys des Shetland sont incontestablement les plus petits chevaux du monde. Comparés à nos bretons du littoral, élevés dans ce qu'on appelle la ceinture dorée de la Bretagne armoricaine, ils paraissent de véritables pygmées. Pourtant il n'y a pas de doute sur leur parenté spécifique. Les uns et les autres dérivent du type irlandais. Les inlluences ambiantes ont seules déterminé l'écart observé.
Dans l'espèce germanique maintenant si troublée par les croisements qui ont été opérés sur les principales parties de. son aire géographique, il se produisait dans le Holstein des individus de taille énorme. J'en ai connus qui atteignaient jusqu'à 1™,80. En Mecklenburg et en Hanovre, la taille ne dépassait guère l m , 65. De même en Normandie. Dans les marremmes de la Toscane, en Andalousie et en Algérie et au Maroc, les sujets de cette espèce ont tout au plus l m ,50. Les écarts déterminés par les différents milieux sont moins grands que dans les cas précédents ; mais on le comprend sans difficulté, en songeant à l'élévation relative de la taille du type naturel. Les variations, pour être moins étendues, n'en conservent pas moins leur signification. Celles des autres types nalu-
rels de race chevaline, dont l'extension a été moins grande à la surface du sol, atteignent encore de plus faibles proportions. Quand on compare toutefois, par exemple, la taille de la variété bavaroise du Pinzgau avec celle du type de la race frisonne considérée dans son pays d'origine, en Flandre, en Picardie ou en Poitou, on est frappé du contraste que cette variété présente avec les autres.
Dans les espèces asines, beaucoup moins nombreuses et aussi d'un maximum de taille beaucoup moindre, les écarts ne sont cependant proportionnellement pas moins étendus. Entre les grands ânes d'Egypte et les petits bouricots de Tunisie, d'Algérie et d'Europe, surtout entre les grands baudets du Poitou, employés à la production des mulets, et les sujets de la même espèce» utilisés comme moteurs, presque toujours par les pauvres gens, la taille ne dilTère souvent pas loin du simple au double. En effet les Anes qui mesurent seulement de 0 m ,b'0 à 0"\7O ne sont pas très rares. Or il y en a dont la taille va juqu'à 1",40.
Les espèces bovines dont l'aire géographique s'est étendue de même sur des régions de fertilité très diverses présentent à l'observation des faits analogues. Bien que ces espèces soient plus nombreuses que les chevalines, elles en fournissent cependant un plus faible contingent. Il faut sans doute en chercher la raison dans leur moindre sobriété naturelle, affaiblissant chez elles ce que les transformistes appellent la plasticité. Toutefois, eu comparant la variété des Pyrénées, dite
lourdaise, de la race d'Aquitaine, avec celle qui est connue sous le nom de garonnaise, une des plus grandes, sinon la plus grande du genre, on voit que dans certains cas il s'est produit, là aussi, des écarts considérables. En comparant aussi la variété algérienne et surtout celles de Corse et de Sardaignc, de la race ibérique, avec la béarnaise, on constate, il est vrai, un écart moins grand, niais qui ne laisse pas cependant d'être frappant. Dans la race asiatique, dite des steppes, que les documents officiels sur la police sanitaire appellent grande race grise, les variétés kirghises, celles du nord de la Russie, la variété dalmate, celle de la Camargue, montrent des réductions de taille considérables. Du reste, les variétés de cette race, à peine cultivées, ne se distinguent entre elles que par leurs tailles dilïérentes. En Néerlande on reconnaît trois variétés bovines de la même race: la grande, qui habite princi paiement la province de Hollande septentrionale, celles de Frise et de Groningue ; la moyenne qui se trouve dans celles d'i trecht et de gueldre; enfin la petite dans celles de Drenthe, d Overyssel et de Brabant septentrional. Quand on connaît la constitution géologique du pays, la raison de ces variétés saute aux yeux. L'espèce irlandaise, déjà signalée, pour les différences de son pelage, est la plus petite de toutes celles du même genre. La variété noire de Kerry n'atteint jamais 1 mètre de hauteur. Celle de Devon va jusqu'à l m ,20 et 1"V.*0 en s étendant vers le Dorselshire, à sol moins pauvre.
Dans le groupe des espèces ovines, celle des dunes du sud de l'Angleterre qui, à son état primitif, restait toujours au-dessous de 0". 55 de hauteur, atteint maintenant, dans sa variété du comté de Shrop, au moins 0",70 ; dans les comtés de Hamp et d'Oxford, elle dépasse le plus souvent 0 m ,65. La variété Cotsvold, de la race britannique, mesure 0 m ,70, tandis que celle du Buckinghamshire atteint 0 m ,80 et que celle de Cheviot descend à 0",60. Les mêmes différences existent entre les variétés leicester et lincoln, Q m ,10 pour Tune et 0 m S0 pour l'autre ; dans la Franconie et la Westphalie, les variétés de la même race germanique atteignent tout au plus 0 m ,65, tandis que celle des Provinces rhénanes mesure de 0 Bn ,70 à 0",80. Mais c'est chez les mérinos que les écarts se montrent les plus grands. Entre les toutes petites variétés de l'Espagne, de la Saxe, de la Silésicet de la Posnanie, hautes tout au plus de 0°\50, et celles de notre région septentrionale de la Beauce,de la Brie et du Soissonnais, toujours plus hautes que 0",70, on observe toutes les tailles intermédiaires. Des documents conservés à la bergerie nationale de Rambouillet montrent comment celte élévation de la taille des mérinos introduits d'Espagne en 1786 s'est produite chez nous. Sur le processus de la variation en question ils sont fort instructifs. Dans notre pays même, les grands mérinos de la Beauce contrastent singulièrement avec les petits mérinos de la Champagne, et encore plus avec ceux de la Provence. L'énorme extension de la race, répandue maintenant en grand nombre sur quatre des cinq
parties du monde, rend parfaitement raison des écarts constatés.
Un cas dont on a vraiment trop abusé est celui qui a été raconté par Darwin, au sujet de rabaissement de la taille par le seul raccourcissement des membres. « Dans quelques cas, dit-il on a vu paraître subitement des nouvelles races: ainsi, en 1791, il naquit au Massachusetts un agneau mftleavec les jambes courtes et tordues, et le dos allongé, connue un basset. C'est avec cet unique animal que fut créée la race semi-monstrueuse des moutons /outres ou ancons : ces moutons ne pouvant franchir les clôtures, on pensa qu'il y aurait quelque avantage à les élever; mais ils ont été remplacés par les mérinos et ont ainsi disparu. Ces moutons transmettaient leurs caractères avec une certitude si parfaite que le colonel Humphrey 2 dit n'avoir jamais eu connaissance d'un seul cas où un bélier et une brebis ancons n'aient pas produit des agneaux ancons. Croisés avec d'autres races, les produits, au lieu d'être intermédiaires, ressemblaient toujours, à de rares exceptions près, à l'un ou à l'autre des parents, et cela s'est présenté môme dans le cas de jumeaux. Enlin, mélangés dans les enclos avec d'autres moutons, les ancons se séparaient du reste du troupeau pour faire bande à part. »
En présence des termes de cette narration, il serait bien permis de concevoir de forls doutes sur l'authen-