Ch. Darwin, op. cit., t. I, p
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phases, est un cas de dégénérescence chez ces animaux éminemment alpestres. » Un peu plus loin (p. 104), il ajoute : « Plus que tout autre animal domestique le mouton est très promptement affecté par l'action directe des conditions extérieures auxquelles il est exposé. D'après Pallas, et plus récemment, d'après Éman, le mouton kirghise, dont la queue est si chargée de graisse, dégénère au bout de quelques générations en Russie; la masse de graisse diminue graduellement, tant les herbages maigres et amers des steppes paraissent nécessaires à son développement. Pallas fait la môme constatation à propos d'une des races de la Crimée... »
Faire intervenir l'idée de dégénérescence au sujet de l'apparition ou de la disparition de la graisse de la queue, cela ne supporte guère l'examen physiologique. 11 ne s'agit là, évidemment, que d'une réserve nutritive, rendue nécessaire par les alternatives de disette et d'abondance relative auxquelles les animaux sont soumis dans leurs conditions d'existence. Ce sont des faits d'adaptation, qu'on est étonné de n'av oir pas vu saisir par un observateur de la valeur de Darwin. En Tunisie, les troupeaux des indigènes ont tous la queue grasse. En Algérie, la plupart n'en conservent plus maintenantque des traces, et l'on y dislingue des moutons à queue line, dont le nombre va grandissant. En Europe, ceux de Russie, comme il vient d'être dit, ceux de Hongrie, ceux de Roumanie, ceux du sud-est de la France, dont l'alimentation est régulière, ont également la queue normale. J'ai eu l'occasion de voir, dans une ferme de
Seine-et-Marne, un troupeau de dix-huit cents têtes issues de quelques individus importés de Chine depuis peu d'années. Les sujets de ce troupeau n'avaient plus qu'un peu de laxité de la peau à la hase de la queue, tandis que leurs parents chinois étaient tous à queue grasse.
Le caractère en question n'a donc point, lui non plus, de fixité. Il varie comme les circonstances. Il s'ensuit que dans l'espèce asiatique il y a des variétés à queue grasse et d'autres où l'engraissement de la queue fait défaut. Cet engraissement n'existe que dans les pays où règne, pendant l'été, une longue période de sécheresse, surtout comme en Ethiopie et a Madagascar.
Enfin on a signalé aussi chez les ovidés, à titre d'exempte de variation indépendante de l'intervention humaine, la présence de quatre mamelons au lieu de deux, nombre qui serait normal. M. Hodgson aurait remarqué, d'après Darwin, que ce nombre de deux ne serait pas absolument constant, môme chez les vrais moutons, car il a une fois rencontré, dit-il, chez des cajins (race domestique du pied de l'Himalaya), des individus portant quatre tétines. Assurément la règle est qu'il n'y en ait que deux; mais l'existence de quatre et même de six n'est point chose rare. Daubenton avait déjà signalé le fait. Tous ceux qui connaissent la race des Pyrénées savent qu'il y est commun, surtout dans sa variété du Larzac, où il a été attribué à tort par Tayon à l'influence de la gymmistiquc, cette variété étant exploitée pour son lait et soumise par
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conséquent à la mulsion. Je l'ai constaté moi -môme fréquemment sur d'autres races. Il n'est donc pas nécessaire, pour cela, d'aller jusqu'au pied de l'Himalaya.
Les variétés ovines anglaises à formes améliorées nous donnent une démonstration semblable à celle que nous avons tirée des variétés bovines du môme pays. C'est sur l'une d'elles, celle du comté de Leicesler, que d'ailleurs s'est d'abord exercé le génie de Bakewel. Cette variété, quand il a entrepris son amélioration, avait de longues jambes, un cou allongé et un corps relativement mince, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui dans la variété rhénane de la même race. L'application de ses procédés a eu pour effet de raccourcir le cou et les membres et de faire acquérir au corps une grande ampleur, le rapprochant de la forme du parai lélipipède. Maintenant toutes les autres variétés de moutons de l'Angleterre ont la même conformation. Elles ne sont point, pour cela, confondues entre elles. On les distingue au contraire soigneusement. Il y a des variétés à face blanche et des variétés à face noire. Parmi les premières il y en a de trois races, et nul ne se méprend sur leur identité spéci tique. Personne ne prend un Cotsvold ou un Buckingham pour un Leicester ou un Lincoln, non plus qu'un de ceux-ci pour un Kent. Les secondes sont toutes d'un seul et même type spécifique et ne se distinguent entre elles que par leur taille. Il n'y a pas lieu d'insister sur le fait, dont la signification est la même que celle attribuée antérieu-
rement aux bovidés améliorés du Royaume uni de la Grande-Bretagne.
Nous en avons plusieurs semblables en France, mais encore plus significatifs, parce qu'ils sont plus récents et moins généraux. Le plus remarquable est celui qui se rapporte à la race des mérinos. Le type naturel de cette race, encore représenté avec tous ses attributs, se fait remarquer surtout par sa peau trop étendue pour le volume du corps qu'elle recouvre, et devant dès lors faire de nombreux plis. Ces plis sont surtout forts au cou. Ils y sont étagés et disposés transversalement, croissant d'ampleur à mesure qu'ils se rapprochent des épaules. Alors que la race était exploitée presque exclusivement pour sa laine, on regardait cela comme un avantage de premier ordre, et les éleveurs s'attachaient à conserver soigneusement la peau plissée qui, a leur avis, augmentait la valeur de la toison. De nouvelles idées, plus en rapport avec les nécessités économiques, ont pénétré parmi eux, émanant de l'enseignement scientifique. Sous l'influence de ces idées, la conformation des mérinos a été complètement modifiée dans un grand nombre de troupeaux français. Le cou et les membres se sont raccourcis, le corps s'est amplifié en telle sorte que les plis de la peau ont tout à fait disparu. Non point que l'étendue de celle-ci se soit restreinte. En somme ces mérinos améliorés ont acquis une conformation au moins aussi bonne que celle des animaux anglais, ce qui les fait singulièrement contraster avec ceux de l'ancien type. Ils forment une
variété nouvelle, qui est bien, au premier chef, une variété de forme.
La même chose est en bonne voie de réalisation dans les variétés berrichonnes et dans plusieurs autres variétés des races ovines françaises. Nos éleveurs, enfin convaincus de la puissance des méthodes zootechniques, paraissent avoir décidément renoncé a demander au croisement avec les béliers anglais l'amélioration de leurs troupeaux. Ils savent maintenant qu'ils peuvent, sans cela, modifier à volonté la conformation des individus qui les composent, dans le sens d'un plus fort rendement.
Les suidés domestiques fournissent des exemples peut-être encore plus frappants de la puissance de ces méthodes. Ce que les Anglais ont fait des leurs a longtemps entretenu dans les esprits une regrettable confusion. On sait qu'ils ont eu recours à des croisements suivis de métissages, et que nous avons trouvé dans les origines de leurs cochons de quoi contribuer à mettre la réversion en pleine évidence. Les qualités incontestables de conformation de ces cochons ont été attribuées exclusivement à l'influence de ces croisements, tandis qu'elles sont en réalité dues, pour la plu* forte part, aux conditions d'alimentation auxquelles les jeunes ont été soumis. Pour eux comme pour les ovidés, il s'est trouvé chez nous des éleveurs, éclairés par la science, qui ont résolument entrepris l'amélioration des formes de nos cochons français par la seule intervention de la gymnastique alimentaire et de la sélec-
tion des reproducteurs. Des grands cochons à corps plat, à dos tranchant, à cou long, à UMe énorme et à longues jamhes,tels qu'il s'en voit encore trop, ils ont fait les cochons craonais, maneeaux et normands, à corps cylindrique, à dos large, h col court, à tête et à membres considérablement réduits.
En qualité de membre de la Commission chargée de constater le rendement des sujets primés au Concours général agricole de Paris, j'ai eu l'occasion de comparer à cet égard un porc yorkshire et une truie normande qui étaient sensiblement de môme Age. La truie française s'est montrée sous tous les rapports supérieure au porc anglais. Dans le même temps elle avait élaboré un plus fort poids de chair engraissée. Ses formes étaient par conséquent meilleures. La modification réalisée par la seule action des méthodes zootechniques appliquées, à l'exclusion de tout croisement, était donc évidente. Le nombre des sujets de la mémo race qui sont maintenant dans le même cas est devenu de plus en plus grand. Il ne reste plus avec les formes défectueuses anciennes que ceux qui vivent en quasiliberté et sont insuffisamment nourris durant leur période de croissance.
Les végétaux offrent en abondance des faits analogues à ceux qui viennent d'être signalés chez les animaux. Alphonse de Candolle, dans sa Géographie botanique raisonné?, estime que sur 157 plantes cultivées il y en a 85 qui sont presque certainement connues à l'état sauvage et sur lesquelles dés lors on peut apprécier
les effets de la culture. Elles n'ont, d'après lui, pas été assez modifiées pour qu'on ne puisse plus les identifier avec leur prototype sauvage. Cela veut dire, apparemment, que leurs organes essentiels, leurs organes caractéristiques n'ont point changé. Il n'y a cependant nul doute que tous les autres ont acquis des proportions bien différentes. 11 va de soi que nous n'examinerons pas une à une toutes ces plantes. Quelques exemples, pris parmi les plus communes et les plus connues, suffiront à la démonstration.
En première ligne se présente à ce titre le froment, dont la culture remonte jusqu'aux temps néolithiques, puisqu'il en a été trouvé des graines carbonisées dans les restes des habitations lacustres les plus anciennes de la Suisse. Les botanistes ne sont pas d'accord sur le nombre des espèces primitives île froment. Des efforts infructueux ont été tentés pour les faire dériver toutes de l'^Egylops, qui croit à l'état sauvage. Quoi qu'il en soit, on en observe à présent de nombreuses variétés, qui diffèrent par plusieurs de leurs formes, surtout par celles de l'épi. Les unes ont l'épi pourvu de barbes, les au très non . Certaines I ont allongé et relativement mi nce , d'autres l'on court et trapu. Celles-ci sont dites variétés à épi carré. Tous ces épis, quelle que soit leur forme, sont considérablement plus volumineux et remplis de graines plus grosses que ne le sont ceux des plantes de môme espèce, qui, d'après de Candolle, croissent à l'état sauvage sur divers points de l'Asie. En supposant, ce qui n'est d'ailleurs point probable, que ces plantes pro-
viennent de graines échappées à l'agriculture, Godron a fait judicieusement remarquer que, s'étant propagées par elles-mêmes pendant de nombreuses générations, leur ressemblance persistante au froment cultivé prouverait que celui-ci a conservé sa primitive caractéristique. Les tiges ne sont pas moins différentes de forme, et aussi de volume, que les épis. Du reste il suflit de jeter les yeux sur un traité illustré d'agriculture, où les très nombreuses variétés de froment sont représentées, pour être aussitôt édilié sous ce rapport. Les agriculteurs se sont ingéniés à les multiplier en vue d'augmenter les rendements et de les approprier aux conditions de sol et de climat dans lesquelles ils opèrent.
La question des variations du maïs est plus diflicile à juger, quand on l'envisage dans son ensemble. Toutefois, à l'égard du point particulier qui nous occupe en ce moment, la difficulté disparait. Tous les auteurs sont d'accord pour admettre que la plante es! venue d'Amérique en Europe. Il semble peu probable qu'il en ait été importé plusieurs espèces. Nulle part on n'en connaît aucune a l'état sauvage. Elle était déjà cultivée dans le nouveau monde avant l'époque des Incas. On sait qu'en Europe sa culture n'est pas possible audessus d'une certaine latitude, la plante ayant besoin, pour fructifier, d'une quantité déterminée de colories. En France, c'est dans l'est et dans le sud-ouest surtout qu'elle occupe une place importante dans les cultures. Bonafous en a décrit plusieurs variétés, différentes principalement par la forme de leurs épis et par celle
des graines qui les composent. Les tiges de la plus commune atteignent environ 1 mètre de hauteur, avec un volume correspondant. Une autre, appelée maïs nain, ne dépasse guère 5u centimètres, avec des épis petits, à grains serrés et beaucoup moins volumineux. Dans ces derniers temps, on en a cultivé une, en vue de l'ensilage de ses tiges pour l'alimentation des animaux, qui atteint jusqu'à 2 mètres de hauteur. On la nomme maïs géant caragua. Darwin, après avoir exposé les faits parvenus à sa connaissance, au sujet des variations du maïs, ajoute 1 : .< Les faits que nous venons de voir nous fournissent l'exemple le plus remarquable que je connaisse des effets prompts et directs du climat sur une plante. On pouvait bien s'attendre a ce que la taille de la plante, l'époque de sa végétation et de la maturation de sa graine seraient en quelque sorte modifiées, mais les changements rapides et considérables qui se sont produits dans la graine sont surprenants. Toutefois, comme les fleurs, et leur produit qui est la graine, sont le résultat d'une métamorphose de la tige et des feuilles, toute modification dans ces derniers organes doit, par corrélation, tendre à affecter les organes de la fructification. »
Les variétés cultivées du pavot si commun dans les champs de blé et ailleurs à l'étal sauvage, et connu sous le nom de coquelicot, sont à ranger parmi les plus remarquables, à notre point de vue. Le pavot œillette,