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CHAPITRE VI

Ce qu'a dit Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, au sujet de la notion de race, est bien tel qu'il la prétendu. Non seulement celle qu'il en avait lui-même conçue a prévalu parmi la grandi? généralité des naturalistes, mais c'est aussi celle-là qui est courante dans le langage des éleveurs, des agronomes et de la plupart des zootechnistes. De Quatrefages, qui l'avait adoptée lui aussi, n'a pas peu contribué a la répandre en la soutenant avec insistance en toute occasion. Cependant elle est bien certainement fautive. Elle ne correspond point à la réalité. C'est ce qu'il ne sera pas difficile de démontrer.

Je ne me dissimule point toutefois la difficulté, sinon l'impossibilité de réagir efficacement contre un usage si solidement établi. On ne manquera point d'objecter, une fois de plus, q ne le sens des mots a souvent changé avec le temps, cl que c'est le cas pour celui de race. Ce mot s'est confondu, à certains égards, comme on va le voir, avec celui de variété, dont les éleveurs, en particulier, ne se servent point. Mais quclqu'en puisse être le résultat, on n'en doit pas moins, partout et toujours, porter témoignage en faveur de ce que l'on con-

sidère comme étant la vérité. Il adviendra ce qu'il en adviendra. Et puis, ainsi que Beaumarchais Ta mis dans la bouche de son Figaro, la difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre. Le succès n'est point la seule satisfaction que l'on puisse ambitionner, du moins le succès immédiat ou prochain. Si telle était ma prétention, les chances de déception seraient vraiment trop grandes. Ma visée se borne à fournir sur le sujet une démonstration solide et par conséquent irréfutable, comme toutes celles qui sont fondées sur les faits. Encore un coup, il en résultera ce qu'il pourra. On ne fait ici que de la science désintéressée. Ce sera tant pis pour ceux qui, après avoir lu ce chapitre, s'obstineront à persévérer dans Terreur.

Après avoir dit que le mot variété a llotté, depuis près d'un siècle, entre les significations les plus diverses, voici ce qu'ajoute Isidore Geoffroy sur celle du mot race 1 : « La race, la lignée, comme disent nos pères, c'est, dans le langage ordinaire, l'ensemble des individus qui ont la même origine. La race, c'est, en d'autres termes, la famille dans toute son extension : familia generalis, comme on se fût exprimé il y a quelques siècles. La notion de la race, en ce sens, repose donc essentiellement sur un fait, et sur un seul : la filiation des individus, abstraction faite de leur ressemblance. Les descendants, fussent-ils très différents de leurs ancêtres, seraient encore dits de la

i. Isidore Geofkhoy Saint-Hilairr, op. cit., t. Il, p. 331.

môme race aussi bien que si tous répétaient, jusque dans leurs moindres détails, l'organisation et les traits de leurs premiers auteurs.

« En passant de la langue générale dans la langue scientifique, le mot race a pris un sens plus restreint. Pour que des êtres soient dits de même race, il ne suffit pas au naturaliste qu'ils aient la même origine, qu'ils soient tous ancêtres, frères ou descendants ; il faut aussi qu'ils satisfassent en commun à une seconde condition, et d'un tout autre ordre, quoique, ordinairement, elle dérive de la première : il faut qu'ils se ressemblent, qu'ils soient de même type comme de même sang. Communauté d'origine et transmission héréditaire des mêmes conditions organiques, tels sont les deux caractères de la race en histoire naturelle. C'est en ce sens, fixé par un usage général avant de l'être par des distinctions précises, que le mot race était entendu dans la science avant Kant; et c'est en ce sens aussi qu'il y a cours depuis que Blumenbach, modifiant par sa définition celle de Kant, a fait d'une « dégénération » devenue « nécessairement et inévitablement héréditaire » le caractère essentiel de toute race.

« En acceptant, dans son esprit, la définition de Blumenbach, la plupart des auteurs n'en ont pas adopté les expressions qu'ils ont jugées trop peu simples, et peut-être aussi trop absolues. Il a paru à la plupart d'entre eux qu'il y avait lieu de revenir à la délinition de BufTon ; qu'il suffisait de dire la race « une variété constante et qui se conserve par la génération >» ; ou,

co qui revient au mémo, mais plus brièvement : « une variété devenue permanente 1 ». Autre définition, ou plutôt autre forme de définition commune qui est aujourd'hui de toutes la plus usitée, mais non la plus irréprochable. Elle explique le mot race par le mot variété, qui lui-même aurait besoin d'être préalablement expliqué; et, s'il l'est dans le sens qui prévaut aujourd'hui, elle n'est pas seulement ambiguë, elle est fausse. Une race peut résulter de la permanence de vices de conformation aussi bien que de simples variétés, témoin (pour ne pas sortir des faits connus de tout le monde) le basset à jambes torses, le canard pingouin, les gallinacés alourdis au point de ne pouvoir plus voler, et les vers à soie abâtardis de nos magnaneries, dont les ailes sont même devenues d'inutileA appendices. Il y a donc des races vicieuses, il pourrait même en exister de jnonstrueuses, aussi bien que de simplement variées ; et la race ne doit pas être dite seulement une variété, mais « une déviation constante du type », ou, comme disait Blumenbach, une « dégénération » qui se transmet constamment.

« Ou encore, et afin de n'introduire dans la définition que des termes simples, d'un usage général, et exempts de toute ambiguïté: La race est une collection ou une suite d'individus issus les uns des autres, distincte par des caractères devenus constants. »

\. « (iOdron, De l'espèce et îles races. Dans les Mémoire de la Société des Sciences de Nancy, année 1847 ; et à part, Nancy, in-8 u , 1848, p. 63. .»

Dans une note, l'auteur fait la remarque suivante : « On verra plus tard que cette définition serait applicable, à un seul mot près, à l'espèce aussi bien qu'à la race, et qu'elle l'est même, au moins très vraisemblablement, à un grand nombre de collections ou suites que nous appelons espèces. La race touche de si près à l'espèce qu'il est impossible de ne pas accepter pour Tune et pour l'autre des définitions très peu différentes, à moins toutefois de quitter le terrain des faits pour se jeter dans les hypothèses et les idées métaphysiques. » Puis il poursuit ainsi :

<( Il est à peine besoin d'ajouter que, si telle est la race en histoire naturelle, elle est telle aussi en agriculture. Les distinctions qu'on acru pouvoir établir ici sont inadmissibles. 11 peut y avoir lieu, dans les applications de la science, de s'en tenir à des points de vue particuliers plus ou moins différents de ceux où nous nous plaçons dans une étude générale et théorique ; mais une diversité d'aspect n'est pas une diversité de nature, et la même question ne saurait changer de solution d'une branche à l'autre de nos connaissances. La race est donc nécessairement partout la môme, c'est-à-dire partout une suite d'individus doublement liés les uns aux autres : chronologiquement, et analogiquement: dans la succession des temps, par la liliation, et abstraction faite du temps, par la répétition chez tous des mêmes caractères organiques.

« Et c'est parce que cette répétition est un des éléments essentiels de sa détinition scientifique, que la

race devient un terme important de la hiérarchie taxinomique; un des échelons de cette échelle qui commence par X individu et la famille ou compagnie pour finir par le règne et X empire: terme et échelon qui, exprimant un très haut degré de similitude et d'aflinité, est à peu près à l'espèce ce que celle-ci est au genre. » Du moins, remarque-t-il encore en note, « quand il s'agit des animaux et végétaux sauvages ».

Un peu plus loin il ajoute : « Il est rare, quand un mot passe de la langue vulgaire dans la langue scientifique, qu'il ne change pas de sens : presque toujours, la définition nouvelle qui vient alors en régler l'emploi le circonscrit entre des limites plus restreintes en même temps que mieux tracées, et le rend, par là niènie, exempt de ces équivoques, de ces ambiguïtés qu'admet trop souvent le langage commun. Il n'en a pas été tout à fait ainsi du mot race. S'il a reçu, lui aussi, en Histoire naturelle, une signification nouvelle et plus restreinte, il s'en faut de beaucoup qu'il y soit devenu d'une application plus facile et moins incertaine. »

L'auteur insiste ensuite, pour en fournir la preuve, sur la difficulté d'apprécier la ressemblance, qui est un des éléments de la définition nouvelle, difficulté qui est, selon lui, une condition d'incertitudes et de divergences. Il fait remarquer que la division d'une race en branches ou sous-races, dont les auteurs ne se sont point fait faute, d'après de simples nuances, est bien moins une solution qu'uu expédient, à l'aide duquel

on ne parc qu'aux premières difficultés, aux plus apparentes, niais non aux plus réelles. Et finalement il conclut ainsi :

<« La distinction, après les races proprement dites, d'un grand nombre de sous-races zoologiques et botaniques, de branches anthropologiques, est, au fond, en contradiction avec l'esprit aussi bien qu'avec les termes de la définition aujourd'hui acceptée. Si l'on veut y rester fidèle, on doit admettre autant de races qu'il y a de suites constantes et distinctes d'individus : car, après la communauté d'origine, le second élément de la définition, et le seul qui y entre avec elle, c'est la transmission constante des mômes caractères, à part leur plus ou moins grande valeur anatomique et physiologique. Faire de celle-ci un troisième élément nécessaire, ce ne serait pas seulement modifier la définition, ce serait la refaire; et la limite de la distinction des races ne peut être placée qu'où se trouve la limite elle-même des déviations spécifiques, c'est-à-dire où finissent les variétés, et où commencent les simples nuances.

« C'est donc à de véritables races, mais moins tranchées, et ordinairement aussi d'une origine plus récente, qu'on a donné le nom de sous-races; toutes les fois, du moins, qu'on l'a appliqué à des « collections ou suites d'individus issus les uns des autres, distinctes par des caractères devenus constants ».

La longue citation qu'on vient de lire a été faite pour que la question que nous voulons examiner soit

bien posée, sans risque d'en laisser de côté quelque point important. Telle est bien la notion de race qui a cours maintenant. Quoi qu'en ait pu dire l'auteur, c'est bien de lui, et de lui seul, que date sa définition précise. Pour savoir si l'expression en est exacte, s'il y a lieu d'admettre à la fois, avec lui et ses continuateurs, des variétés et des races ne digérant entre elles que par la constance des caractères ch<v. ces dernières et leur variabilité chez les autres, il suffira de s'assurer jusqu'à quel point les caractères des variétés peuvent devenir constants. Si nous parvenons à établir que leur prétendue constance n'est qu'une illusion, la définition d'Isidore GeoHroy Saint-Hilairc tombera d'elle-même.

Il est acquis que pour les partisans de la notion courante dans la science actuelle et dans la langue qu'on peut appeler vulgaire, zoologistes, botanistes et agronomes plus ou moins qualifiés, la race dérive de la variété, qui serait une modification accidentelle de l'espèce. Il convient d'en excepter les antbropologisles autres que de Qualrefagcs, qui s'est réclamé lui-même de Buffon et de Frédéric Cuvier. On sait que, pour lui, il n'y aurait qu'une seule espèce humaine, qui se serait divisée en un certain nombre de races, etque, déplus, cette espèce humaine constituerait, à elle seule, un règne humain. Si l'on en juge par les travaux français et étrangers qui se produisent depuis de nombreuses années à la Société d'anthropologie de Paris, les idées soutenues jusqu'à la tin de sa vie par l éminent professeur du Muséum n'auraient plus maintenant que de

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rares adoptes, si même il en existe encore. H semble bien que nos collègues de cette société accordent au term«' de race une signification équivalente à celle du terme d'espèce. Quelques-uns, comme George Pouchol, par exemple, auteur d'un livre sur les races humaines, l'ont même explicitement déclaré.

Une expression, très usitée dans le langage des éleveurs d'animaux domestiques, a passé telle quelle et sans examen suffisant dans celui de la science. Elle consiste à dire qu'une race s'est fixée ou qu'elle a été fixée. De la part des zoologistes qui s'intéressent surtout aux questions générales, l'acceptation de l'idée de cette fixation est excusable. Ils ne sont généralement pas en mesure de suivre de près les faits dont il s'agit, et ils s'en rapportent aux affirmations des éleveurs intéressés le plus souvent à les formuler. Ceux qui, notamment, se sont appliqués à la création des familles métisses de disliley-mérinos et de moutons de la Charmoise, ont assuré, chacun de son côté, qu'ils étaient parvenus à fixer une race. Et l'on a tenu cela pour avéré. Officiellement, ces familles métisses figurent comme races dans les catalogues de nos concours. Il n'est donc pas du tout surprenant que des auteurs qui sont obligés de s'en rapporter à ce qui est écrit s<* laissent à cet égard induire en erreur.

Mais il n'en est pas de môme pour les savants spécialistes dont le devoir est de se mettre au courant des faits. On a vu, dans un de nos chapitres précédents, la variation désordonnée que présentent ces familles.

par l'effet de la réversion, au sujet des caractères spécifiques. Les éleveurs, il est vrai, ne sont, en général, pas en mesure d'apercevoir ce genre de variation, ce défaut d'uniformité. Leur attention ne se porte que sur les aptitudes pratiques. Dans les deux cas, on s'était proposé, d'abord, d'obtenir des individus plus aptes à la production de la viande que ne l'étaient ceux de la souche maternelle, puis, pour les dishley-mérinos en particulier, ces individus devaient en outre produire des toisons d'une qualité intermédiaire entre celles des deux types procréateurs.

J'ai fait recueillir et mesurer, durant le temps de mon enseignement à l'École de Grignon, sur le troupeau dishley-mérinos de cette école, 536 échantillons de laine d'antenais et d'antenaises. L'objet principal était d'exercer les élèves à la mesure microscopique du diamètre des brins de cette laine. Il est nécessaire, avant d'indiquer les résultats, de dire que le diamètre de la laine de mérinos n'atteint jamais jusqu'à 3 centièmes de millimètre et qu'il descend jusqu'à i centième; celui de la laine de leicester, dit dishley, ne descend jamais au-dessous de 3 centièmes et va jusqu'à 5 et même au delà. Des 530 échantillons mesurés, 4 seulement avaient 0,015 de millimètre; 27 en avaient 20; 107 en avaient 25; 152 en avaient 30; 121 en avaient 35; 80 en avaient 40; 15 en avaient 45; 7 en avaient 50; 22 en avaient 55; et 1 seulement en avait 60. En récapitulant on trouve que sur ces 536

échantillons 138 étaient de la laine de mérinos; tous

27V l'espèce et la n.vr.E en biologie génébale les autres, soit 398, étaient de la laine de leicesier. Quelques-uns seulement, non par le diamètre des brins, mais par la forme de leurs ondulations, présentaient un caractère intermédiaire. Dans la laine de mérinos, ces ondulations sont courtes et régulières; dans celle de leicester, elles sont au contraire longues et à peine sensibles. Voilà comment le caractère cherché a été fixé. Il se montre, au contraire, en variation lu plus désordonnée. Kt l'on ne pourra pas objecter que le temps a manqué, car la création par Yvarl des dishley-mérinos du troupeau en question date des environs de ISiO. De nombreuses générations se sont succédées depuis lors. C'est que le caractère du lainage est congénital. Il dépend uniquement de l'hérédité. A ce titre, les deux atavismes en présence n'ont pas pu y perdre leurs droits, pas plus que pour les caractères spécifiques.

Quand à l'aptitude à la production de la viande, aux formes corporelles et à la faculléd'engraissement, l'affaire est tout autre. Cette aptitude est bien, dans une mesure, transmissible par hérédité, mais elle ne sedéveloppechez les jeunes et ne se maintient que par l'intervention d'une alimentation spéciale. En l'absence de cette alimentation, elle se réduit aux conditions communes. Sa transmission par les parents en favorise le développement, mais toute seule elle est impuissante pour le déterminer. On ne peut donc point considérer cette aptitude coinmeconstaiile, comme fixée, puisqu'il suflitque sa culture soit négligée pour qu'elle disparaisseaussitùt. Aucun caractère n'est, plus que celui-là, subordonné au milieu

Dig

pour son maintien. Nous verrons l'erreur commise iï ce. sujet pur les auteurs qui se sont occupés des variations. Auparavant il faut remettre à son point un cas que tous ont cité sans le bien connaître, parce qu'il s'agit encore, dans ce cas, des caractères du lainage.

Isidore Geoffroy, Darwin, de Quatre fages, et bien d'autres encore, ont donné comme une preuve de la fixation des caractères d'une variété 'Jcv? f, .ant ainsi une race, le cas des mou tors à laine soyeuse de Mauchamp. Le premier de ces auteurs, qui écrivait en 1859, est celui qui, à leur sujet, s'est le plus éloigné de la vérité. L'histoire de la prétendue race à laine soyeuse avait pourtant été publiée en 1849 par Yvart, avec de grands détails d'une exactitude parfaite. « Issue, a dit Isidore Geoffroy 1 , il y a trente ans a peine, d'un bélier mérinos qui présentait une variété remarquable de pelage, elle adonné déjà plusieurs variétés, fruits pour la plupart d'heureux croisements, et dont la principale tardera sans doute peu à mériter le nom de race f/c tiecro/le.s, sous lequel elle est même, dès à présent, connue parmi les agriculteurs. >.

En fait, il n'y a jamais eu que deux troupeaux de ces mérinos soyeux, et ces deux troupeaux ont cessé d'exister depuis longtemps. Le premier créé, celui de M. Graux, de Mauehamp, a disparu d'abord, pour une raison d'ordre purement économique, la laine particulière qu'il produisait n'ayant plus d'emploi dans l'indus-

i. Isidore Geoffroy Saint-Hilajre, op. cit., t. II, p. 3*0.

trie et conséquemnient plus de débouché dans le commerce. Le second, tiré par Yvart decelui de Mauchamp, au compte de l'Administrationde l'Agriculture, a subsisté d avantage. On le comprend saus peine, pour peu qu'on soit au courant des mœurs administratives. Il fut d'abord établi à Lahayevaux, dans les Vosges, puis à Gévrolles, dans la Cote-d'Or, puis aux Chambois, dans la Haute-St^", puis enlin en dernier lieu, considérablement réduit, à la Pommeraie, succursale de la Bergerie nationale de Rambouillet. Il fut décidément supprimé, après la mort de son dernier directeur.

Les mérinos soyeux n'appartiennent donc plus qu'à l'histoire. Aujourd'hui, il n'en existe nulle part de vivants. Quant aux plusieurs variétés de ces mérinos. « fruits pour la plupart d'heureux croisements », personne ne les a jamais connues. On se demande où Isidore Geoffroy, dont la bonne foi ne peut être mise en doute, avait pu puiserun tel renseignement. L'Administration avait pensé, un moment, d'après une conception d'ailleurs singulière, que ces mérinos à laine soyeuse pourraient améliorer les toisons des mérinos de Rambouillet. Onaparléadministrativement, durantquelques annnées, de Mauchamp-Rambouillel. Mais il y a belle heure qu'il n'en est plus question. De variétés de Mauchamp pas la moindre trace dans l'histoire réelle.

Darwin a parlé, en 18G8, de ces mérinos à laine soyeuse d'après ce qui avait été dit dans le rapport du jury pour l'Kxposition universelle anglaise de 1851. H en rappelle très sommairement l'histoire, et il y ajoule

des détails qu'il se serait certainement épargnés s'il avait été mieux au courant des faits au moment où il écrivait. « La laine, dit-il 1 , en est si particulière et estimée qu'elle se vend 25 0/0 au-dessus des prix des meilleures laines mérinos; les toisons, même des individus demi-sang, sont très estimées et sont connues en France sous le nom du Mauchamp-mérinos. Il est intéressant de constater, comme montrant que généralement toute déviation marquée de la conformation est accompagnée d'autres déviations, que le premier bélier et ses descendants étaient de petite taille, avaient de grosses tètes, de longs cous, le poitrail étroit et les lianes allongés; mais ces défauts ont été corrigés par une sélection soignée et des croisements judicieux. La longue laine douce était aussi en corrélation avec les cornes lisses, corrélation dont nous pouvons comprendre la signification, puisque les poils et les cornes sont des formations homologues. Si les races Àncon et Mauehamp avaient apparu il y a un ou deux siècles, nous n'aurions aucun document sur leur origine, et cette dernière surtout eût sans doute été regardée par plus d'un naturaliste comme la descendance de quelque forme primitive inconnue, ou au moins comme le produit d'un croisement avec cette forme. »

Darwin a répété là une assertion absolument erronée, en rapprochant la forme des cornes de celle des poils. Il faut remarquer d'abord que les mérinos de Mauehamp

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